Plaidoyer pour un recrutement efficace

Centre de cas HEC Montréal
Ce cas illustre la situation des deux dirigeants de la Clinique juridique Juripop, organisme à but non lucratif en pleine croissance, où la gestion des ressources humaines devient de plus en plus problématique. À la suite d’une mauvaise expérience d’embauche, les dirigeants de l’organisme désirent recruter un nouveau chargé de projet, responsable d’un projet novateur de sensibilisation et d’information relatif au droit.
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Vous pourrez trouver une version PDF de cette étude de cas ainsi que les notes pédagogiques qui l’accompagnent à cette adresse de la boutique evalorix

Partie A

Le 18 mai 20121 , après vingt heures de débats à l’Assemblée nationale du Québec, la loi issue du projet de loi 78 est adoptée. Cette loi spéciale, aussi appelée « loi 78 », vise à freiner la grève étudiante générale et illimitée qui dure depuis bientôt 14 semaines. Depuis quelques mois, au Québec, un véritable mouvement social a été déclenché par les associations étudiantes d’enseignement supérieur pour militer contre l’augmentation des droits de scolarité universitaires. Comme moyen de pression, des milliers d’étudiants manifestent presque chaque soir, dans les rues de Montréal, pour contester cette augmentation prévue par le gouvernement provincial.

Ce matin du 25 mai 2012, en ouvrant le journal La Presse2, Laurent Gagné, directeur exécutif de la Clinique juridique Juripop, s’exclame de son bureau : « Jean-Pierre! As-tu vu? On parle de nous dans le journal d’aujourd’hui. C’est au sujet de la loi 78, destinée à encadrer les manifestations liées à la grève étudiante! »

En entendant ces mots, Jean-Pierre L’Écuyer, le directeur général de Juripop, se lève de sa chaise et sort de son bureau pour aller rejoindre son collègue. Comme la journée vient de commencer, il n’a pas encore eu le temps de feuilleter les journaux. À son entrée dans la pièce, Jean-Pierre prend l’article que lui tend Laurent et lit à voix haute le titre : « Juripop se lance à l’assaut de la loi spéciale ». L’article du journal relate que ce sont les avocats de la Clinique juridique Juripop qui prendront les rênes de la contestation juridique de la loi spéciale. Ils estiment qu’elle constitue une atteinte aux droits constitutionnels et fondamentaux des citoyens, en limitant le droit de manifester et en imposant de fortes amendes aux manifestants. On y apprend également que cette contestation est partagée, entre autres, par le Barreau du Québec et par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse.

« Je n’en reviens toujours pas comment la visibilité de l’organisme s’est accrue dans les médias québécois depuis que nous représentons la FECQ et la FEUCQ3 dans le conflit étudiant », dit Jean-Pierre, après avoir terminé de lire l’article.

« C’est stimulant! Nous acquérons de plus en plus de notoriété dans le milieu juridique et dans la population québécoise », répond Laurent. « Allez, au travail! Les semaines qui s’en viennent ne vont pas être de tout repos. »

Clinique juridique Juripop

La Clinique juridique Juripop, fondée en 2009, est un organisme à but non lucratif ayant pour vision l’accessibilité à la justice pour tous. Juripop offre des services juridiques gratuits ou à des coûts très modiques aux personnes qui ne sont pas admissibles à l’aide juridique gouvernementale et qui sont dans l’impossibilité de payer des services d’avocats pour des raisons financières. Outre les services de consultation juridique, l’organisme se décline en quatre autres volets :

  1.  « Juripop Affaires » qui offre des services spéciaux pour les travailleurs autonomes, les très petites entreprises, les entreprises en démarrage et les organismes à but non lucratif;
  2.  « Conférences d’informations juridiques » qui vise à informer les citoyens de leurs droits et obligations. Ces conférences sont dispensées sur mesure pour des organismes, des écoles, des entreprises, et autres, qui font la demande de ce service;
  3.  « Projets » qui a comme objectif de sensibiliser au droit plusieurs groupes tels que les universitaires, les aînés, les étudiants du secondaire, les aides familiales, etc.;
  4.  « Faits et Causes », média virtuel, qui analyse l’actualité selon une perspective juridique.

En 2012, la Clinique juridique Juripop, située sur la Rive-Sud de Montréal, a connu sa plus forte expansion avec l’ouverture de deux autres filiales dans la région de Québec et de l’Estrie. Ces nouvelles filiales visent à mettre en œuvre la mission de l’organisme dans ces régions.

Mission de l’organisme

La mission de la Clinique juridique Juripop est d’offrir des services pour soutenir l’accessibilité de la population à la justice. Pour accomplir sa mission, l’organisme met en œuvre cinq principales actions4 :

  1. Prévenir l’émergence de conflits et agir sur la détérioration des conditions de vie, la capacité économique et la santé des personnes;
  2.  Accompagner les personnes dans la recherche de réponses à leurs besoins et de solutions à leurs problèmes dans une perspective d’autonomie, de prise en charge individuelle et collective;
  3. Informer et sensibiliser les citoyens quant à leurs droits et leurs obligations afin d’assurer une meilleure cohésion sociale;
  4.  Promouvoir l’amélioration de l’accessibilité à la justice;
  5. Offrir aux jeunes un milieu d’apprentissage pertinent et stimulant dans le cadre de formations scolaires et professionnelles.

À ce jour, la Clinique juridique Juripop n’a pas établi quelles sont ses valeurs en tant qu’organisme.

Structure de l’organisme

Le cofondateur de Juripop, Jean-Pierre, est un étudiant au baccalauréat en droit et n’est âgé que de vingt-trois ans. Possédant le titre de directeur général, Jean-Pierre gère l’organisme avec, à ses côtés, Laurent, directeur exécutif, également étudiant en droit. Les décisions prises par les deux dirigeants sont évidemment approuvées par le conseil d’administration constitué d’étudiants en droit, d’avocats et de gens du milieu des affaires et du milieu politique, dont Lucien Bouchard et Gilles Duceppe. Depuis 2009, la Clinique juridique Juripop n’a cessé de croître et l’organisme embauche maintenant environ 30 employés et compte plus de 200 bénévoles pour l’ensemble de ses trois filiales.

La filiale de Saint-Constant, qui est la base nationale de l’organisme, compte, outre les deux dirigeants, 16 employés permanents, dont trois adjointes administratives, cinq avocats, un directeur comptable, une directrice du financement, cinq chargés de projet et une chargée de projet adjointe. La filiale embauche également des stagiaires de l’École du Barreau du Québec et recrute entre 50 à 75 bénévoles chaque année, que ce soit des étudiants en droit ou des avocats. Les étudiants en droit bénévoles ont le choix de s’engager dans trois types d’implication : étudiant clinicien, étudiant stagiaire (implication créditée par l’université) et implication dans les divers projets de l’organisme (voir Annexe 1).

Les projets

Chaque année, la filiale de la Clinique juridique Juripop située à Saint-Constant met sur pied de nombreux projets novateurs de sensibilisation au droit adressés à différents groupes de personnes. Tel que mentionné, ces projets sont un volet important de la mission de Juripop et englobent des partenariats avec Desjardins, la FECHAM5 , le Barreau du Québec, la radio CIBL et plusieurs autres.

Projet « Concours de plaidoirie »

Le Concours de plaidoirie est une activité formatrice pour les élèves de 4e et 5e secondaire qui s’intéressent de manière générale aux domaines du droit et de la justice. Basé sur le modèle élaboré par l’Association du Barreau canadien, le Concours se veut un outil pédagogique pour allumer l’intérêt des jeunes envers l’art de la plaidoirie. Il consiste en une simulation d’un procès ayant déjà eu lieu à la Cour suprême du Canada et qui concerne les droits de la personne. Le processus comprend plusieurs étapes et se termine par une finale régionale et nationale. Chaque année, dix élèves par école secondaire sont choisis parmi les inscriptions reçues et chacune des équipes est dirigée par deux bénévoles de Juripop qui assument le rôle de mentors.

Projet « Ateliers dans les écoles secondaires »

Ce projet consiste, pour les bénévoles, à construire des ateliers sur les droits et obligations des élèves de 4e et 5e secondaire et de les dispenser dans les écoles de la grande région de Montréal. Tout au long de l’année scolaire, les bénévoles de Juripop réalisent plusieurs ateliers portant sur divers sujets tels que la signature de contrats et de baux de logement, le droit international public et l’aspect juridique des accommodements raisonnables. Les connaissances des élèves du secondaire sur ces différents sujets sont ensuite testées par le biais d’un bref questionnaire distribué au début de l’atelier ainsi qu’une semaine après l’exercice. Les bénévoles peuvent donc véritablement jauger l’impact de leur formation sur ces derniers.

Projet « Caravane contre l’abus des aînés »

La « Caravane contre l’abus des aînés » est un outil de prévention contre l’abus fait aux aînés. Ce projet a pour objectif la construction d’ateliers juridiques sur les différentes problématiques que vivent les aînés. Le concept veut que les ateliers soient donnés par un jeune avocat, pour favoriser le caractère intergénérationnel de l’activité. Ainsi, l’avocat est amené à donner un atelier d’une heure et demie sur les différents enjeux juridiques qui peuvent toucher les aînés, et est disponible pour répondre à des questions tout au long de l’activité. À la fin de l’atelier, un espace confidentiel est réservé à la consultation individuelle, afin que l’avocat puisse répondre à des questions particulières de certaines personnes et qu’il puisse donner des conseils sommaires sur les démarches à prendre. Pour ce projet, les bénévoles de Juripop doivent donc bâtir les ateliers juridiques qui seront donnés par l’avocat et pour ce faire, ils doivent rencontrer des intervenants du milieu pour connaître précisément les enjeux à aborder.

Projet « Colloque annuel de Juripop »

Chaque année, la Clinique juridique Juripop organise un colloque afin d’encourager les discussions au sujet de divers enjeux dans le domaine de la justice. En 2013, le colloque a eu comme thème « La responsabilité sociale des entreprises ». Les bénévoles qui s’impliquent dans ce projet participent à toutes les étapes du colloque.

Projet « Guides d’informations »

La mission de la Clinique juridique Juripop est d’offrir à tous une accessibilité à l’information juridique. Pour ce faire, plusieurs guides d’informations juridiques sont produits. Par exemple, un guide sur les droits et responsabilités du milieu agricole et un guide sur les droits des femmes ont déjà été publiés. Pour ce projet, des bénévoles de Juripop participent à la production et à la publication de guides portant sur différents sujets juridiques.

Projet « Droit de Cité »

« Droit de Cité » est une émission radio hebdomadaire d’une heure qui est diffusée à la station de radio CIBL. Chaque semaine, deux groupes de deux à quatre étudiants bénévoles s’affrontent sur un sujet et une position prédéterminés et débattent en ondes devant un jury, un public et un animateur modérateur. Ce projet a pour but de porter un regard juridique et sociopolitique sur des enjeux actuels et futurs de la société et de faire évoluer les débats.

Le poste de chargé de projet

Pour chaque projet, une personne responsable, appelée chargé de projet, en assume l’entière réalisation. Il est également possible qu’un chargé de projet soit responsable de deux projets à la fois. Sous la responsabilité de Laurent, directeur exécutif, le poste de chargé de projet est permanent, salarié et nécessite environ 20 heures de travail par semaine. En plus de planifier et d’organiser les différentes étapes du projet, le chargé de projet doit également diriger le travail des bénévoles qui participent à la réalisation du projet. Pour être chargé de projet, le titulaire du poste doit détenir un diplôme universitaire en droit ou avoir fait, au minimum, un an de formation universitaire en droit. Pour Laurent, le volet « projets » constitue un élément considérable de la mission de l’organisme, car il vise à informer les citoyens de leurs droits et de leurs obligations tout en les sensibilisant au droit. Les chargés de projet se doivent donc de bien représenter l’organisme et endosser pleinement la mission de Juripop.

L’embauche des chargés de projet

Comme il n’y a aucun programme en gestion des ressources humaines en place dans l’organisme, c’est Laurent lui-même qui se charge d’embaucher les chargés de projet. Depuis ses débuts, la Clinique juridique Juripop n’a jamais eu de problème d’attraction. Chaque année, Laurent reçoit un grand nombre de candidatures spontanées de personnes qui désirent s’impliquer dans l’organisme. Dans le processus d’embauche, Laurent se fie à son intuition et choisit les candidats qui semblent correspondre à ce qu’il recherche.

Une embauche qui tourne mal

Il y a un mois, Laurent a embauché Gabriel comme chargé de projet pour les Ateliers dans les écoles secondaires. Gabriel est un étudiant en droit et lors d’un cours à l’université, Laurent lui avait informé qu’il cherchait une personne responsable pour la réalisation d’un projet chez Juripop. Comme Laurent avait eu de bonnes expériences de travail d’équipe avec Gabriel et que ce dernier semblait aussi intéressé par le poste, il a pris la décision de l’embaucher comme chargé de projet. Par contre, cette décision ne s’est pas avérée judicieuse. En effet, à peine une semaine suivant la nomination de son collègue, Laurent a réalisé que Gabriel n’accomplissait pas le travail de manière satisfaisante. Il ne contactait aucune école afin de vendre et de promouvoir les différents ateliers, ne planifiait pas les différentes étapes et évènements du projet, en plus de ne pas maintenir une communication efficace avec les bénévoles qui s’impliquaient dans les ateliers.

Deux semaines après l’embauche, Laurent a rencontré Gabriel afin de rectifier la situation. Lors de cette réunion, le chargé de projet lui a confié qu’une fois en poste, il avait été surpris de devoir réaliser certaines tâches avec lesquelles il est moins à l’aise et qu’il trouvait difficile de diriger le travail d’une équipe de bénévoles. En entendant ces paroles, Laurent a alors expliqué à Gabriel de façon détaillée en quoi consistait le travail d’un chargé de projet et il lui a donné une deuxième chance. Malheureusement, cette réunion n’a pas corrigé la situation. Après un mois en poste, le chargé de projet n’était toujours pas compétent dans ses tâches et il était incapable de prendre des initiatives afin de mettre en œuvre le projet. Aussi, la communication entre les bénévoles et Gabriel n’était toujours pas efficace, ce qui présageait que les objectifs du projet ne seraient pas atteints.

Congédiement

Voyant que Gabriel n’avait pas le profil recherché ni les compétences requises pour le poste de chargé de projet, Laurent a dû le congédier. Cette situation a été très inconfortable pour lui, car il s’entendait bien avec ce collègue d’université et les travaux d’équipe qu’ils faisaient ensemble se déroulaient toujours bien. Laurent s’est donc retrouvé sans chargé de projet pour les Ateliers dans les écoles secondaires, un projet d’une grande importance et qui représente un élément crucial de la mission de Juripop, soit d’informer et de sensibiliser la population sur ses droits. Laurent doit donc trouver, et vite, une autre personne pour prendre les rênes de ce projet. C’est à ce moment que Laurent est devenu très préoccupé par rapport à l’embauche des chargés de projet.

Apparition d’une préoccupation

Le 8 juin 2012, deux semaines après la parution de l’article dans le journal, Laurent demande à rencontrer Jean-Pierre, le directeur général de Juripop, à son bureau. Laurent considère important de lui faire part de sa préoccupation.

« Le temps presse. Je dois embaucher un nouveau chargé de projet. Je ne veux pas répéter la même erreur qu’avec mon collègue d’université et je veux embaucher un chargé de projet qui pourra accomplir ses tâches efficacement. Je manque de temps compte tenu de tous mes dossiers à traiter comme directeur exécutif… Je crois qu’on devrait demander de l’aide à l’externe pour pourvoir ce poste… qu’en penses-tu? »

« C’est vrai que Juripop est en croissance et que les projets deviennent de plus en plus importants pour l’organisme », répond Jean-Pierre. « Nous devons embaucher des chargés de projet compétents qui pourront bien représenter l’organisme. Mais comment faire? »

Votre mandat

N’ayant jamais fait de dotation, Jean-Pierre et Laurent décident de faire appel à une firme de consultation pour les aider dans le processus d’embauche des chargés de projet. Après plusieurs appels, ils optent pour la firme « ML CONSEILS », où vous travaillez depuis peu comme consultant. C’est donc à vous que l’on confie le mandat.

Par où commencer…?

L'étude de cas complète
Vous appréciez cette étude de cas? Bénéficiez du cas complet incluant les seconde (10 p.) et troisième (13 p.) parties de cas ainsi que les annexes (3 p.) suivantes sur la boutique :
  • Organigramme de la Clinique juridique Juripop – 2012-2013
  • Extraits des entrevues menées auprès des différents experts de la tâche
  • Parties B et C (disponibles pour tous)
Afin d’acheter l’étude de cas dans son intégralité, rendez-vous à cette adresse de la boutique evalorix
  1. Le cas est inspiré de faits vécus au sein de Juripop. Les noms et les dates ont toutefois été modifiés afin de préserver la confidentialité des personnes.
  2. http://www.lapresse.ca/actualites/quebec-canada/justice-et-affaires-criminelles/201205/25/01-4528615-juripop-se-lance-a-lassaut-de-la-loi-speciale.php
  3. Associations étudiantes collégiale et universitaire du Québec
  4. http://www.juripop.org/banniere/historique-et-mission/
  5. Fédération des coopératives d’habitation montérégiennes