La Révolte

Centre de cas HEC Montréal
Ce cas porte sur la gestion des ressources et la résolution de conflits à travers la décision du Cirque du Soleil de prolonger le spectacle Alegria. En 1995, Jaques Marois est directeur de tournée au Cirque du Soleil. Il y a une possibilité de prolonger la tournée l’Alegria qui connaît beaucoup de succès dans toutes les villes américaines où le spectacle prend l’affiche. Après avoir consulté par écrit la distribution qui ne se montre pas favorable à une prolongation, la direction du Cirque du Soleil décide tout de même de prolonger le spectacle. L’équipe du spectacle menace de débrayer.
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Jacques Marois était directeur de tournée quand il eut à affronter la situation la plus difficile de son cheminement professionnel. C’était à l’été 1995. Le Cirque du Soleil présentait à Chicago le spectacle Alegria dans le cadre d’une tournée nord-américaine de 18 mois qui connaissait un très grand succès.

Le groupe de la tournée est composé de 45 artistes, 15 techniciens de scène et une soixantaine d’employés de métiers aussi divers que soudeur, comptable et professeur. Ils viennent de tous les coins du monde : Belgique, Chili, États-Unis, Mongolie, Québec et Russie. De plus, si certains d’entre eux connaissent bien la dynamique des tournées, d’autres, en bon nombre d’âge mineur, en sont à leurs débuts tant dans le monde du spectacle que dans la réalité du travail. Parmi les gens un peu plus âgés, certains ont des enfants en bas âge et d’autres accompagnent leur enfant qui fait partie de la distribution. Quand ils ne sont pas affairés à déménager les installations du chapiteau d’une ville à l’autre, les membres de la troupe donnent des représentations six jours par semaine.

Le groupe est en tournée depuis un peu plus d’un an lorsqu’il s’installe à Chicago. L’accueil du public américain est chaleureux et plusieurs représentations sont données à guichet fermé. En particulier, la vente des billets pour les spectacles annoncés à Atlanta, la dernière ville prévue au programme pour cette première tournée d’Alegria, a si bien débuté que les dirigeants du Cirque envisagent la possibilité d’offrir des représentations supplémentaires dans cette ville pour la semaine suivant la fête de Noël. En fait, le nombre de billets déjà vendus permet de prévoir avec une grande certitude que les gradins se rempliront si on prolonge la tournée.

Cette idée est très intéressante pour le Cirque qui, ce faisant, se produirait pour la première fois entre Noël et le jour de l’An en territoire nord-américain alors qu’une telle pratique existe déjà dans les pays d’Europe. Jacques Marois est donc parmi ceux qui considèrent d’un bon œil la possibilité de prolongation.

Néanmoins, les dirigeants ne prennent pas une décision immédiate. Soucieux de connaître le point de vue des membres de la troupe sur la question, ils les consultent au début de juillet 1995. Dans une formule soulignant l’importance accordée à leur point de vue, on demande alors à chacun de se prononcer sur la tenue éventuelle de représentations supplémentaires pendant le temps des Fêtes, en précisant que cette possibilité est actuellement à l’étude.

Les membres du groupe ont connu une année intense de vie commune. Le groupe est donc bien soudé et, de par la nature de ses activités, il s’agit d’un groupe motivé, dynamique et ouvert. Il n’est donc pas surprenant de les voir échanger au sujet du sondage et s’entendre afin d’exprimer un désaccord général avec le projet. Les raisons sont néanmoins multiples et varient d’un à l’autre. Certains d’entre eux, principalement des Québécois, accordent une grande importance à la tradition du temps des Fêtes qu’ils souhaitent passer auprès de leurs familles. Selon eux, cette période de l’année n’est pas faite pour travailler. Par ailleurs, tout le groupe commence à regarder l’approche de la fin de l’année, et de la tournée, comme l’annonce d’une pause bien méritée.

Les dirigeants recueillent donc les commentaires et laissent dormir le dossier pendant un mois après quoi ils décident de tenir, quoi qu’en pensent les membres de la troupe, des représentations supplémentaires à Atlanta. L’annonce de la nouvelle aux employés revient d’office au directeur de la tournée.

À ce moment-là, je n’étais pas tout à fait content. Je trouve qu’on a un peu gaffé en faisant un sondage qui donnait à penser aux gens que l’on suivrait leur opinion, puis en décidant d’aller à l’encontre de leur préférence. Ce n’était pas avec la décision que j’étais mal à l’aise, car ces repré-sentations pouvaient être fort intéressantes pour le Cirque, mais j’étais un peu irrité par la façon de procéder. De plus, j’étais en désaccord depuis le début avec l’idée du sondage, car mon approche n’est pas de demander aux employés ce qu’ils veulent faire ; elle est plutôt de leur dire ce que l’on fera tout en prévoyant des réponses à leurs questions qui peuvent être parfaitement justifiées. Sinon, il faut au moins les prévenir que nous ne tiendrons peut-être pas compte de leurs opinions dans notre décision1.

Jacques se sent donc mal à l’aise lorsqu’il présente la décision aux employés de la tournée. Même s’il ne fait pas complètement partie du groupe, il le connaît très bien étant presque en tout temps avec lui. Impatient, il aborde le sujet d’entrée de jeu lors de la réunion qu’il tient à son arrivée à Chicago, le vendredi après-midi :

Je dois vous informer de la décision que nous avons prise, à Montréal, dans le dossier de la prolonga¬tion pour le temps des Fêtes. Puisque nous avons l’occasion d’aller chercher des revenus supplémen¬taires, puisque tel est notre mandat et puisque c’est notre métier de donner des représentations à ceux qui veulent acheter des billets, nous allons répondre à la demande du public et nous offrirons des représentations supplémentaires à Atlanta entre Noël et le jour de l’An.

Étonnés de cette décision, les employés tentent aussitôt d’en comprendre les motifs en engageant la discussion avec leur manager.

D’accord, mais quels étaient les résultats du sondage, demande l’un d’entre eux sachant très bien que tous connaissent déjà ces résultats.
Dans la très grande majorité, vous aviez exprimé que vous ne vouliez pas de représentations supplémentaires. Mais notre décision n’est pas celle-là, répond Jacques.
Mais pourquoi avez-vous fait un sondage, enchaîne un autre.
Parce que nous voulions savoir ce que vous pensiez de cette possibilité, continue Jacques.

À ce moment-là, Jacques remarque les rires de trois artistes russes, avec qui il a une bonne complicité, qui se moquent gentiment de lui : « Tiens, le boss s’est mis dans le trouble. Comment s’en sortira-t-il donc? » D’autres choisissent le silence et écoutent la suite des échanges.

Si vous savez ce que nous en pensons, pourquoi ne faites-vous pas ce que nous avons dit? C’est nous qui faisons les représentations. Rendus à la fin décembre, certains d’entre nous auront des blessures, nous serons fatigués, nous ne serons pas rentrés chez nous depuis longtemps. Bref, nous en aurons ras-le-bol. Nous ne voulons pas de prolongation, et nous ne voulons pas non plus d’argent, ajoutent les uns et les autres.
Oui, mais le rôle d’un producteur est de produire des shows. Et le producteur décide qu’il produit des shows, maintient le directeur.

Jacques profite de l’arrivée de la fin de la semaine pour clore la discussion d’un ton résolu, même si certaines personnes souhaitent encore prendre la parole : « Voilà, c’est la décision : nous donnerons des supplémentaires à Atlanta entre le 25 décembre et le 1er janvier. »

Certains des employés sortent fort mécontents de la réunion. À l’heure du souper, Jeanne, Belge d’origine, et Benoît, Québécois, expriment leur point de vue à leurs collègues.

Benoît : Ceux qui ont pris cette décision n’ont aucune idée de l’importance d’être parmi les siens pendant le temps de Fêtes, et ne tiennent compte ni de ceux qui ont des enfants en bas âge, ni des jeunes qui ont quitté leur famille depuis déjà plus d’un an. Il faut nous faire respecter et leur montrer qui nous sommes. Moi, je tiens à passer cette période de l’année auprès de mes enfants.
Jeanne : Ils abusent de leur pouvoir, ils ne nous respectent pas, et ils ne savent pas communiquer avec nous. Nous devons nous faire respecter.
L'étude de cas complète
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  • Réception de la lettre d’une cinquantaine d’artistes et de techniciens
  • Partie B et Partie C (disponibles pour formateurs seulement)
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  1. Toutes les citations sont tirées d’une entrevue que Jacques Marois a accordée aux auteurs le 19 janvier 2000.