Tout n’est pas blanc dans un verre de lait

Centre de cas HEC Montréal
Ce cas traite d’analyse de décision, pouvoir, groupes de pression et changement stratégique à travers une mise en scène fictive du ministre des Finances du Québec qui songe à mettre fin au système dit de gestion de l’offre dont bénéficient les producteurs laitiers. Il consulte le ministre de l’Agriculture qui lui explique le fonctionnement du système, sa résistance au changement, l’efficacité du lobbying des agriculteurs et pourquoi ce projet est irréaliste, malgré les coûts exorbitants du système.
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Vous pourrez trouver une version PDF de cette étude de cas ainsi que les notes pédagogiques qui l’accompagnent à cette adresse de la boutique evalorix

Quand Jim Prescott demandait à quelqu’un de passer le voir en fin de soirée à son cabinet ministériel, c’est qu’il s’agissait de discuter de choses importantes en toute discrétion.

Jim avait pris cette habitude au début du précédent mandat, quand il avait été nommé ministre pour la première fois, responsable de l’Industrie, de la Science et de la Technologie. Il avait gardé cette façon de faire maintenant qu’il était ministre des Finances du Canada.

Au début, ses adjoints avaient été étonnés. Selon Jim, on minimisait ainsi les chances que les médias flairent quelque chose. Quand on approchait de minuit, la journée de travail des journalistes de la colline parlementaire, se disait Jim, qui s’en méfiait beaucoup, était terminée depuis longtemps.

Ses collaborateurs immédiats savaient que leur présence ne serait pas requise à ces rencontres tardives. Si le patron le voulait, il en parlerait le lendemain.

Cinq minutes avant minuit, on frappa discrètement à sa porte. Avant que Jim ne puisse répondre, le visage rouge et joufflu de Laurent Gauthier, ministre de l’Agriculture, apparu dans l’entrebâillement.

Entre, Laurent, je t’attendais.
Merci.
Tu vas bien? Mets-toi à l’aise. Prends un jus ou un verre d’eau sur la petite commode si tu veux. Pardonne-moi l’heure tardive.

Laurent Gauthier se laissa tomber dans un confortable fauteuil placé devant le bureau de Jim.

Oh, ne t’inquiète pas, je n’ai jamais eu d’horaires très réguliers.
C’est vrai, tu étais vétérinaire avant de te lancer en politique, non?
Oui, mon ami, pendant trente ans. Dans le coin de Saint-Hyacinthe, mais je me déplaçais partout dans la Montérégie et dans les Cantons-de-l’Est. Quand une vache doit accoucher, elle ne prend pas rendez-vous, mon ami. Tu te lèves et tu y vas.

Jim sourit.

Ouais, mais au moins ton épouse était habituée à tes drôles de journées. Elle n’a pas dû être trop désemparée quand tu t’es lancé en politique, non?
Oh, c’est encore drôle. Je revenais quand même à la maison tous les soirs, tandis que là, on dort à Ottawa quatre jours semaine…
C’est vrai. Imagine, moi, avant la politique, j’étais prof d’économie à l’Université de Toronto. Contrairement à ce que les gens peuvent penser des universitaires, je travaillais fort, mais surtout de la maison. Pour reconduire les enfants et tout ça, c’était pratique.

Jim se racla la gorge, jeta un œil sur les notes posées devant lui et reprit :

Écoute, Laurent, je t’ai demandé de venir pour te parler et t’entendre sur des choses avec lesquelles je jongle dans ma tête depuis un bout de temps. Inutile de dire que cette rencontre n’a jamais eu lieu.
OK.
Tu connais le contexte financier. Il y a deux ans, le gouvernement avait fini l’année avec un déficit de 38 milliards de dollars. On s’était donné trois ans pour revenir à l’équilibre. L’an dernier, on a fini à 24 milliards de dollars de déficit. Cette année, on devrait terminer à 12 milliards de dollars. Je dois donc…
Oh, que je te vois venir, Jim, subtil comme un troupeau de bisons de l’Ouest…

Jim esquissa un demi-sourire.

Et oui, qu’est-ce que tu veux! Je dois trouver encore du gras à couper. Avec une petite reprise qui pourrait gonfler nos revenus fiscaux de 3 ou 4 milliards de dollars de plus que prévu, on a tout de même un 8 ou 9 milliards de dollars de coupures à faire l’an prochain pour respecter notre promesse. Et au-delà de l’an prochain, je voudrais qu’on conserve une plus grande discipline budgétaire que par le passé.

Laurent Gauthier prit un air malin.

Puis c’est pour ça que tu m’invites à minuit…
Oh, tu n’es pas le seul. Rassure-toi, je ne vais pas, je ne peux pas décider seul, mais je veux qu’on discute franchement. Tu connais le secteur agricole mieux que moi. Comme tu le sais, c’est que j’ai été au maximum de ce que je pouvais faire en coupant un peu ici et un peu là, en ne remplaçant pas les départs à la retraite, en jouant sur les paliers d’imposition, les crédits d’impôt et tout ça.
Tu vas me parler des missions fondamentales du gouvernement, comme tu dis. Je connais la chanson : « le saupoudrage des coupures a atteint ses limites et il faut remettre en question des programmes au complet »…

Laurent Gauthier joua avec son col de chemise et ajouta d’un air détaché :

Et tu vas me parler de gestion de l’offre dans le domaine, hum…, laisse-moi deviner, je dirais dans le lait. C’est ça, hein?
Je…
Je le sais parce que j’ai cru comprendre que tu avais examiné ça quand tu étais prof.
Pas moi directement. Un collègue à moi dans le temps, William Samuel. Il connaissait ça à fond. Il me disait souvent : « Les contribuables mettent une fortune là-dedans et ils ne se rendent pas compte qu’ils se font avoir. » Ça l’obsédait.

Laurent redevint sérieux.

C’est plus compliqué que ça et c’est très discutable qu’ils se fassent tant avoir que ça. Mais c’est vrai qu’on met des milliards là-dedans. Sauf que vous autres les économistes, vous aimez ça simplifier.
J’avoue, j’avoue. Mais je te rassure de nouveau. Je ne te jouerai pas dans le dos…

Après une pause, Jim reprit :

… mais c’est vrai que je n’ai jamais oublié ce que Bill me disait dans le temps. Et ça me trotte dans la tête depuis. Je n’ai pas demandé les derniers chiffres aux fonctionnaires parce que juste les demander, ça se saurait, il y aurait des fuites, pis la machine à rumeurs s’emballerait. Mais Bill disait, je dis ça de mémoire, que l’OCDE avait calculé que, pour l’année 2003, le soutien gouvernemental aux producteurs de lait canadiens était de quelque chose comme 2,3 milliards de dollars, juste pour une année, soit plus de 60 % de la valeur totale de la production laitière de cette année et que…

Laurent Gauthier l’interrompit :

Tu ne peux pas sortir ce chiffre de son contexte. C’est tout le système qu’il faut comprendre et…
Et c’est pour ça que je t’ai demandé de venir. Je ne te dis pas que je veux mettre la hache1 là-dedans demain matin. C’est juste que…

Laurent soupira bruyamment.

Écoute, je connais la cassette et je ne dis pas qu’elle est entièrement fausse. Je sais exactement ce que tu vas me dire. Que la consommation de lait baisse2. Que les coûts de production du lait baissent. Logiquement, tu vas me dire, si la demande est de moins en moins élevée pour un produit de moins en moins cher à produire, son prix devrait baisser. Pourtant, le prix du lait augmente et augmente même plus vite que le prix moyen des autres aliments. Et les producteurs de lait font de très bonnes affaires. C’est donc qu’il y a quelque part un transfert massif d’argent de tous les contribuables vers un tout petit nombre de producteurs.

Jim eut un sourire.

Tu es vétérinaire ou économiste?
Oh, tu sais, quand tu soignes une bête, elle n’est pas très bavarde. Son propriétaire est à côté de toi et il parle pour meubler le temps. Alors j’écoutais. Je les ai écoutés pendant trente ans. Et je ne suis pas totalement idiot.
Et ils sont même de moins en moins nombreux, ce qui veut dire qu’on leur transfère de plus en plus d’argent au fil du temps, non?

Laurent acquiesça d’un signe de la tête.

Exact. Les producteurs de lait, c’est vrai, sont parmi les plus riches de tous les agriculteurs3.
Tu vois, je…
Oui, je vois moi aussi, mon ami, mais tu raisonnes dans un univers de marché libre. Tandis que le lait…
Oui, nous autres les économistes…

Laurent changea d’air et devint sérieux.

Écoute-moi un instant. Si tu veux parler, on va parler pour vrai. Faut comprendre d’abord le contexte historique dans lequel ce système – la gestion de l’offre – est né. Donne-moi deux minutes.

Il se cala confortablement dans son fauteuil. Il avait fait ce genre d’exposé des centaines de fois.

Ce n’est pas le Canada qui a inventé ça. C’est né en Australie dans les années 1920. Au Canada, c’est apparu au milieu des années 1960. À cette époque, les crises dans le secteur du lait se succédaient les unes après les autres. Les prix fluctuaient beaucoup. Les fermiers se retrouvaient avec des stocks invendus de beurre, de lait, de poudre dont ils ne savaient pas quoi faire.

Jim hocha la tête.

Oui, je m’en rappelle. J’étais enfant. Les images à la télévision étaient frappantes. On jetait du lait dans les égouts. Je trouvais ça triste. La nourriture, il y a quelque chose de sacré là-dedans. Tu ne jettes pas ça. Je demandais à mes parents de m’expliquer. Nous, en ville, tu sais…
Écoute, c’était effrayant. Papa était vétérinaire lui aussi, alors il connaissait tous les producteurs de lait des environs. Une manif n’attendait pas l’autre, ça se tapait dessus, les producteurs étaient désespérés. Le ministre du temps, Eugene Whelan, se faisait lancer des sacs de lait en poudre.

Laurent se pencha vers l’avant et poursuivit :

Alors le gouvernement fédéral a fait une sorte de pacte avec les producteurs. Sur le fond, c’était simple : d’un côté, les producteurs s’engageaient à contrôler leur production, donc à respecter une quantité préétablie, ce qu’on a appelé un quota, et de l’autre, le gouvernement règlementait le prix du lait et reconnaissait officiellement un coût de production. C’était comme une sorte de contrat historique.
Et…

Laurent leva la main en signe d’arrêt.

Attends, attends. Pour gérer ça, le gouvernement fédéral a créé la Commission canadienne du lait. En 1966, je crois. Elle décide d’un prix cible, un prix de référence si tu veux, pour le lait. Ces gens-là tiennent aussi un comité pancanadien de gestion des approvisionnements, qui est l’instance qui établit le niveau global de production de lait de transformation par le biais des quotas dont je t’ai parlé. Tu me suis?
OK. Et les provinces…
J’y viens. Le fédéral a ensuite délégué des pouvoirs monopolistiques à des agences provinciales pour qu’elles supervisent, dans le respect des cibles canadiennes, la production de lait et la répartition des quotas entre les producteurs dans chaque province4.
Donc, si je te suis et si tu me permets de remettre ma casquette d’économiste un instant, au fond, le gouvernement intervient de deux façons. D’abord, par un contrôle centralisé de la quantité offerte, de son prix et de la distribution du produit. Ensuite, il …

Laurent eut un large sourire.

Tu as tout compris. Ensuite, il impose des tarifs douaniers très élevés pour décourager l’entrée de produits étrangers en sol canadien. En 2004, si je ne m’abuse, les tarifs étaient de 245,5 % pour les fromages étrangers et de 298,5 % pour le beurre5.
Ouf!
Ouf, certain!

Jim regarda droit devant lui et reprit :

Donc, ça revient à ce que je disais. On assure une clientèle captive aux producteurs. C’est pour ça que les prix canadiens pour le lait sont, selon l’OCDE, de deux à trois fois plus élevés que les prix mondiaux6.

Laurent fit une moue.

Euh, oui, mais dans le lait, l’idée d’un prix mondial est purement théorique parce que…
Un prix en tout cas totalement déconnecté de ce qu’il serait s’il y avait un marché déréglementé. Au fond, nos prix domestiques à l’épicerie, qui sont artificiellement élevés, correspondent à une sorte d’impôt que l’État permet aux fermiers de prélever sur les consommateurs.
Vu sous cet angle, oui. Mais nos prix à l’épicerie pour les produits laitiers sont habituellement plus bas au Canada qu’aux États-Unis et depuis un sacré bout de temps7. Tu dois comparer du comparable.
OK, mais il n’y a pas que les Américains…

Laurent leva légèrement la main.

Attends, attends, pas trop vite. Une chose à la fois. Prends ton prix « mondial » dont tu me parlais. Écoute, sais-tu quel pourcentage de la production mondiale de lait est commercialisé?

Allez, dis un chiffre.

Laurent avait un demi-sourire. Jim se gratta le côté du nez.

Je ne sais pas… 30 %?
Trois pour cent, mon Jim. Il y a juste 3 % du lait produit dans le monde qui est commercialisé. Alors si on abolissait la gestion de l’offre, le prix payé par le consommateur de chez nous ne s’ajusterait pas à un hypothétique prix mondial, mais à un prix régional. Et, de ce point de vue, comme je te dis, les Canadiens paient moins cher que les Américains. C’est très artificiel de parler de prix mondial parce que le lait, ça ne voyage pas beaucoup. Ce n’est pas comme un baril de pétrole.

Jim prit un temps de réflexion, puis ajouta :

Bon, OK, pour ça. Il reste que, je te le disais tantôt, William Samuel, dans le temps, me parlait de quelque chose comme 2,7 milliards de dollars d’aide publique conférée aux producteurs canadiens de lait pour la seule année 2003. Tu m’as entendu? 2,7 milliards de dollars d’aide publique pour une seule année!!!

Laurent desserra machinalement son nœud de cravate.

Je connais ce chiffre. C’est ce que l’OCDE appelle son « indicateur d’estimation du soutien des consommateurs », l’ESC. Essentiellement, on calcule ça à partir de la différence entre les prix à la sortie de la ferme et les prix mondiaux à la frontière. Évidemment, les économistes dans ton genre ont des gros débats de, comment vous dites déjà?, de méthodologie là-dessus.
Ouais, je sais, on est forts là-dedans8.
Et ça n’inclut pas d’autres subventions financées par les contribuables auxquelles ils ont accès. Tu sais, je ne nie pas que…

Jim ne put résister et le coupa :

Et ce n’est pas juste les familles qui paient plus cher leur litre de lait qu’elles ne devraient. Pense à toutes les industries canadiennes qui utilisent du lait transformé. Elles sont désavantagées par rapport à leurs concurrentes qui ne sont pas soumises aux prix canadiens. William Samuel me disait que, pour rétablir leur compétitivité, on avait concocté une réglementation spéciale leur donnant droit à des prix préférentiels selon l’utilisation finale du lait! Imagine la bureaucratie, mon ami. Tu introduis une distorsion coûteuse, tu la laisses en place, puis tu ajoutes un autre mécanisme bureaucratique par-dessus pour tenter d’en compenser les effets négatifs. C’est le cas, me disait Bill, des fabricants canadiens de pizzas congelées qui menaçaient de déménager aux États-Unis si on ne baissait pas le prix du fromage pour eux, ce qu’on a fait évidemment.
Bien…

Jim trouvait toujours un deuxième souffle quand il se lançait sur le thème des entraves à la concurrence :

Puis il y a aussi le secteur de la restauration. Pense au gars qui a une pizzeria. Il est en concurrence avec les fabricants de pizzas surgelées, parce que tu as le choix entre la commander au téléphone ou l’acheter congelée à l’épicerie ta pizza. Lui, le gars de la pizzeria, il n’a pas accès à ces prix préférentiels pour le fromage. C’est très injuste, non? En fin de compte, tout se répercute sur les prix de détail payés par les consommateurs qui, en plus, comme contribuables, financent toutes sortes d’autres subventions, pour la formation, la RD, les équipements, etc., dont profitent les agriculteurs.

Laurent hocha la tête.

Je sais, je sais. Écoute, je ne veux pas te faire fâcher davantage, mais tes 2,7 milliards de dollars d’aide publique aux producteurs laitiers canadiens pour 2003, calcule-les maintenant sur une vingtaine d’années…
J’y arrivais. Sur vingt ans, entre disons 1980 et l’an 2000, ça fait quoi à vue d’œil? Environ 50 milliards de dollars transférés à un groupe de gens qui, si tu calcules une famille de quatre par ferme laitière, sont 0,26 % de la population canadienne!
Oui, à peu près.

Laurent prit une gorgée d’eau et poursuivit :

En fait, de mémoire, au Canada, 70 % de toutes les subventions versées indirectement par les consommateurs à l’ensemble du secteur agricole vont spécifiquement aux producteurs laitiers, et 97 % de cela est directement attribuable au système de gestion de l’offre9.
Hein?!
Oui, la stricte vérité, mon ami. Les producteurs de lait chez nous disent que le Canada est, avec la Nouvelle-Zélande, le pays qui donne le moins de subventions directes. C’est une astuce, un jeu de mots, une illusion d’optique. Le soutien qu’on leur donne ici est dans les prix. Que tu soutiennes par les prix ou par des subventions directes, au bout du compte, c’est le contribuable qui finance.
Évidemment.
Et si tu regardes l’ensemble du soutien public aux producteurs de lait, on est dans les plus généreux au monde10.
C’était mon sentiment.

Laurent se leva et se dirigea vers la petite table où était le pichet d’eau. Il ajouta :

Écoute, ce n’est pas parce que je suis ministre de l’Agriculture que je vais nier, de toi à moi, qu’il y a des affaires étranges dans ce domaine. Je n’ai pas les derniers chiffres sous la main. Je les aurais apportés si j’avais su que tu voulais parler de ça, mais oui, fondamentalement, leurs coûts de production baissent et, simultanément, le prix du lait à l’épicerie grimpe plus vite que les prix des autres aliments11.
Ils sont morts de rire…

Pendant qu’il se versait de l’eau, Laurent répondit :

Bien, oui et non. Comme je te disais tantôt, c’est complexe. Quand on a introduit le système des quotas pour calmer le jeu dans les années 1960, les premiers quotas ont été distribués gratuitement. Ils équivalaient à se faire donner le droit de produire une certaine quantité à un prix fixé administrativement. Sans quota, sans permis donc, tu n’as pas le droit de produire. Mais ensuite, ces quotas donnés gratuitement à l’origine, les producteurs ont commencé à se les échanger, si bien qu’ils ont pris de la valeur et sont devenus de plus en plus coûteux. Le prix d’entrée dans la partie a grimpé en flèche.
De combien?

Debout, verre à la main, Laurent dit :

Bien, tu vois, en 2003, selon Statistique Canada, un quota valait en moyenne 1,1 million de dollars par ferme laitière. La valeur totale de tous les quotas de lait au Canada tournait autour de 17,6 milliards de dollars. C’est l’équivalent de la moitié de tous les actifs des producteurs de lait12.
Autrement dit, si je voulais me lancer là-dedans, l’achat du quota, de mon droit d’entrée, me coûterait à lui seul autant que les animaux, les bâtiments, le sol et les équipements.
Exact. Exploiter une seule vache pour vendre son lait coûtait 22 000 $ en 200213.
C’est le prix d’une automobile, Laurent!
Oui, une ferme laitière au Québec, c’est en moyenne 60 vaches. Alors, fais le calcul. Le prix des quotas est carrément devenu une barrière à l’entrée pour quelqu’un qui voudrait se lancer là-dedans.

Jim resta silencieux un moment, puis dit :

Donc, on est coincés des deux bords. Les agriculteurs qui ont ces quotas, gratuits à l’origine mais qui valent aujourd’hui une fortune, n’ont aucun intérêt à ce qu’on change le système. Les quotas sont devenus un actif qui leur sert de garantie de prêt auprès des banques. Si on mettait fin à ça, les quotas perdraient toute valeur. Les fermiers seraient au bord de la ruine et leurs créanciers, en grande difficulté. Et, d’un autre côté, le prix actuel des quotas fait qu’il n’y a pas beaucoup de sang neuf, pas beaucoup de relève qui entre dans cette industrie, sauf quand un fils ou une fille de producteur se voit offrir un arrangement privilégié par ses parents.

Laurent hocha la tête.

Exact. Tu as tout compris. C’est un système devenu un frein avec le temps. D’abord, tu n’as évidemment aucune incitation à augmenter ta production parce que le quota te fixe un plafond. Ensuite, il n’y a pas grand intérêt non plus à innover avec des stratégies différentes au plan des prix, de la variété des produits, de la qualité, de la commercialisation et ainsi de suite. Et c’est aussi presque impossible de modifier la proportion de quotas que reçoit chaque province.

Jim soupira bruyamment en guise de découragement. Laurent enchaîna :

C’est pas compliqué. Le Canada a déjà été condamné par l’OMC parce que ses pratiques dans ce domaine ont été assimilées à des subventions à l’exportation. Si je me souviens, c’étaient les États-Unis et la Nouvelle-Zélande qui avaient initié les procédures contre nous. C’est pour ça aussi que nos producteurs sont tellement inquiets des négociations en cours depuis des années à l’OMC pour mettre en cause le système de gestion de l’offre en abaissant les tarifs douaniers. Tu comprends, les États-Unis, l’Union européenne, l’Inde, le Brésil, l’Australie veulent pouvoir exporter plus. Pour nos producteurs, ce serait une bombe atomique.
Ouais.

Laurent eut un sourire malin et ajouta :

Tellement que, au cas où tu l’aurais oublié, en novembre 2005, la Chambre des communes a adopté une motion, que nos producteurs auraient pu écrire eux-mêmes, disant que le gouvernement canadien n’accepterait aucune réduction tarifaire et aucune augmentation de l’accès au marché canadien pour les produits étrangers qui sont sous gestion de l’offre chez nous : lait, œufs, volailles.
On a voté ça? J’ai voté ça, moi?
Oui, mon ami.Tu ne t’en souvenais plus?, lui glissa Laurent avec un sourire malin.

Jim regarda dans le vide. Un silence s’installa. Laurent était de nouveau assis en face de lui.

Laurent, il y a une chose que je ne comprends pas.
Dis-moi, mon ami. C’est moi le prof ce soir.
Je t’écoute depuis tout à l’heure. Visiblement, tu trouves ça aussi difficilement justifiable que moi.
Presque.
Bon, mettons. Alors pourquoi on ne regarde pas ensemble si on ne pourrait pas…

Laurent éclata d’un rire qui dut résonner jusque dans tout l’étage déserté.

Parce que c’est un combat perdu d’avance, mon ami. Les choses ne changent pas juste parce que c’est ce que la logique semblerait commander, juste parce que des économistes soutiennent que telle ou telle affaire n’a pas d’allure14 sous prétexte que la théorie économique le dit.
Je…
Regarde, Jim. C’est un combat que tu ne gagnerais pas, entends-tu? D’abord, le premier ministre et son entourage ne te laisseront pas t’enfoncer là-dedans. Nos propres députés ruraux seraient les premiers à vouloir te faire la peau. Je te le répète, c’est perdu d’avance.
Pourquoi tu…
Je vais te le dire pourquoi, mon cher Jim.

Le ministre de l’Agriculture leva les yeux au plafond, ce qu’il faisait chaque fois qu’il voulait organiser sa pensée.

La plupart des producteurs actuels n’ont connu que le système actuel. Ils le voient comme un contrat historique. Ils ont bâti leur vie là-dessus. C’est profondément enraciné dans leur mentalité. C’est comme le jour où un jeune séminariste est ordonné prêtre, tu comprends? Tu voues ta vie à ça à partir de ce jour. Et puis si tu enlevais ce mécanisme, il faudrait forcément les compenser pour des actifs qui valent des millions.

Laurent joignit ses deux mains devant lui comme s’il priait, puis il reprit :

Ensuite, que ça te plaise ou pas, c’est un système qui les a bien servis. Je veux dire, évidemment, pour les producteurs de la première génération. Regarde l’affaire de leur point de vue. Ils ont reçu des quotas gratuitement. Ces quotas ont pris de la valeur, coûtent aujourd’hui une fortune et empêchent l’entrée de nouveaux joueurs. Pendant toutes ces années, ils ont bénéficié de prix stables, généreux, en hausse régulière. Pourquoi ils voudraient autre chose? Mets-toi à leur place. Ils vont se battre corps et âme pour…
Oui, mais la relève…
J’y venais. Je t’ai dit que la première génération, celle qui a commencé à produire au début des années 1970, en a vraiment bénéficié. Quand cette cohorte-là partira à la retraite, là, c’est vrai, la partie pourrait changer. Leurs enfants ne sont pas nécessairement intéressés par un métier si dur ou à racheter leurs parents. Il y a aussi des jeunes qui voudraient se lancer et qui ne peuvent pas à cause des barrières à l’entrée. Mais tant que la première génération sera encore nombreuse et en affaires, tu joues là-dedans, mon ami, et c’est la guerre nucléaire.
J’admets ça.

Laurent prit un crayon sur le bureau en face de lui et l’examina.

Il y a aussi ce que vous autres, les économistes, appelez la mobilité du capital. Mettons que tu possèdes un bureau d’architectes ou un magasin de meubles. Ce n’est pas dur à déménager. Mais un troupeau de vaches, des pâturages, des étables, l’équipement, ça ne se déménage pas aussi facilement. En agriculture, la mobilité du capital est très faible et les investissements requis sont considérables. La ferme laitière moyenne au Québec, c’est des investissements de plus de 3 millions de dollars.

Il fit une courte pause et ajouta :

J’avais lu quelque part un truc intéressant : l’auteur expliquait que plus les actifs d’une entreprise sont fixes, plus les coûts d’adaptation seront élevés et, conséquemment, plus la résistance au changement sera forte. Tu sais, ces gens-là ne vont se reconvertir en agents immobiliers si tu vois ce que je veux dire.
Oui, je peux voir.

Laurent Gauthier se gratta une oreille avec le crayon et poursuivit :

Et il y a aussi, de leur point de vue, je parle toujours de la première génération, des tas d’avantages pratico-pratiques à la mise en marché collective du lait et au fait d’avoir délégué à leur Fédération au sein de l’UPA la responsabilité d’agir en leur nom.
C’est-à-dire?
Fondamentalement, les fermiers vendent leur lait aux laiteries qui produisent le lait de consommation et aux trois gros transformateurs présents au Québec, Agropur, une coopérative, Saputo, une entreprise privée québécoise, et Parmalat, une multinationale italienne. Ces trois-là transforment près de 82 % du lait pour fabriquer du fromage, du yogourt, du beurre et de la crème glacée. Face à ce genre de joueurs, les fermiers trouvent de gros avantages à centraliser leur mise en marché et les négociations. Et quelque part, ça simplifie aussi la vie de ces autres gros joueurs de l’industrie15.

Jim prit un air perplexe.

Dans quel sens?
Bon, imagine que tu es Saputo. Tu as besoin de tonnes et de tonnes de lait pour faire tes fromages. Tu te fais approvisionner de façon régulière à un prix connu d’avance. Tu négocies une fois de temps en temps avec un interlocuteur unique. Tu n’as pas besoin de courir après un tas de petits producteurs pour qu’ils te fournissent. Mets-toi à leur place.
Oui, je vois. Et les petites fermes laitières, elles, reçoivent un prix moyen connu d’avance pour leurs livraisons de lait, c’est ça?
En plein ça. Elles livrent une fois par mois. À cause des quotas, on sait exactement combien il y a de producteurs, combien chacun va produire et combien les transformateurs vont acheter. On connaît donc d’avance les ventes. Alors ils mettent ensemble le produit de toutes les ventes planifiées et chacun reçoit un prix moyen selon les volumes auxquels il a droit. Même les conditions de transport de la ferme à l’usine, qui sont aux frais des producteurs, sont négociées par leur Fédération.

L’air découragé, Jim laissa tomber :

C’est carrément soviétique.

Laurent, qui jouait distraitement avec le crayon, fit une moue.

Si tu veux, mais c’est stable, sans surprise, ils se sont enrichis de cette façon et ça marche comme ça depuis quarante ans. Tout le monde est content, y compris le gouvernement.

Laurent baissa la voix d’un ton et ajouta :

Et alors toi, mon Jim, tu arrives à l’improviste, comme le professeur Tournesol, et parce que c’est cher pour le contribuable, tu penses que tu vas détricoter ça?!
Oui, mais la génération suivante…
Ah, oui, mais ça c’est autre chose, je te l’ai dit! On n’est pas encore tout à fait rendu là.

Jim éloigna son fauteuil du bureau et se leva. Il resta immobile, regardant droit devant lui. Les mains dans les poches, il fit trois pas, puis se tourna vers le ministre de l’Agriculture :

C’est quand même 2,7 milliards de dollars par année pour une poignée de gens…

Il se frotta le menton et laissa tomber :

Il me semble quand même que, si on documentait notre affaire, puis qu’on montrait au grand jour que…

Laurent leva les yeux au ciel et esquissa le demi-sourire de celui qui avait entendu cela mille fois.

Écoute, Jim, je suis bien placé pour le savoir. C’est peut-être le lobby le plus puissant et le mieux organisé au Canada. Ils ont des bureaux à Montréal, à Ottawa, à Genève, pour suivre les négociations internationales. Ils ont même des bureaux dans plusieurs capitales africaines, surtout en Afrique de l’Ouest, où ils aident à mettre en place…
Laisse-moi deviner. La gestion de l’offre en Afrique…
En plein ça. Écoute, juste l’Union des producteurs agricoles, l’UPA, au Québec, c’est quelque chose comme 800 employés, un budget de fonctionnement d’autour de 45 millions de dollars, une expertise exceptionnelle dans leurs dossiers. Le ministre de l’Agriculture du Québec d’il y a quelques années, Turcotte, me disait que ses fonctionnaires, quand ils ne comprenaient pas trop quelque chose ou qu’ils cherchaient des données, ils appelaient… l’UPA.
Oui, mon ami. Et ils ont un fonds de défense richement garni. Ils financent même des chercheurs universitaires qui….

Jim prit un air indigné.

Comme ça, on raffine à l’université l’art d’exploiter le contribuable!
Doucement, mon Jim, doucement, ils ne sont pas les seuls à faire ça et ils ne sont pas les pires. Ils avaient aussi engagé, il y a un certain temps, un ancien premier ministre du Québec, Pierre-Marc Johnson, à 3 000 $ par jour, comme lobbyiste, pour défendre la gestion de l’offre.
Hum…
Écoute, depuis des décennies, ils rencontrent régulièrement tous les députés provinciaux et fédéraux, de tous les partis. Il y a quelques années, ils avaient affecté une famille agricole à chacun des députés pour les « sensibiliser » à la réalité rurale. Peux-tu imaginer la tête de Wilson, le député de Westmount, quand ils sont arrivés dans son bureau? Il m’a dit plus tard que c’était comme si des petits bonshommes verts venaient d’atterrir.

Jim lâcha un petit rire dépité.

Je vois la scène d’ici.
Et en plus, ils ont un énorme capital de sympathie et de crédibilité auprès de la population. À chaque sondage qui mesure la confiance, ils arrivent en tête avec les infirmières et les pompiers. Nous, on est dans les bas-fonds avec les avocats et les vendeurs d’autos usagées16.
Je sais, je sais.
Alors si la population doit choisir entre deux messages, le leur et le tien, quand il s’agit de questions compliquées, le monde va se demander : Bon, lequel des deux messagers est le plus crédible? Je te garantis que ce n’est pas nous.

Laurent regarda dans le vide et ajouta :

Des fois, je me dis même que, plus la société se modernise et s’urbanise, moins le monde sait ce qu’est vraiment la campagne, plus celle-ci est idéalisée. Ça renvoie le monde à une sorte de nostalgie pour une époque de « vraies valeurs », de choses solides et franches comme la terre. Tu remontes à peine une ou deux générations, et il y a des ancêtres de la campagne dans quasiment chaque famille. C’est puissant ça, mon ami, pour faire vibrer les cordes sensibles du monde.

Laurent Gauthier prit une gorgée d’eau et poursuivit :

N’oublie pas non plus, Jim, je ne veux pas t’écœurer17 avec ça, mais la moitié ou presque de tous les producteurs laitiers au Canada sont au Québec. Tu veux vraiment provoquer une autre chicane Québec-Canada? Le poids du Québec dans l’industrie laitière canadienne est énorme. Faut aussi que tu regardes au-delà du petit nombre de fermes laitières. Faut penser aux emplois directs et indirects dans toute la chaîne de la ferme à l’épicerie, aux investissements, aux retombées fiscales pour tous les paliers de gouvernement. Fais-toi sortir les chiffres, le portrait au grand complet. Tu vas voir, mon ami, à quoi tu t’attaquerais. Tu n’as pas idée18.
Oui, mais politiquement…

Laurent eut un mouvement d’impatience.

Non, non, non, tu vas me dire qu’ils ne sont qu’une poignée de votants. C’est vrai. Mais il ne faut pas le voir comme ça. Dans les comtés ruraux, ce sont des gens très actifs, très enracinés, très crédibles. Et puis, n’oublie jamais que sur les 308 sièges au parlement fédéral, le résultat de l’élection est joué d’avance dans 250 ou 260 d’entre eux. Au fond, pour nous autres, la différence entre la victoire ou la défaite tient au résultat dans 50 ou 60 sièges qui peuvent basculer d’un bord ou de l’autre. Tout se joue donc sur quelques dizaines de milliers de votes. Si la tempête se lève dans les campagnes à cause d’un petit prof de Toronto…

Jim pencha la tête en signe de contrariété.

Écoute, Laurent…

Laurent leva ses deux mains devant lui.

Je ne voulais pas dire ça comme ça, mais…
Non, non, je te comprends.
Puis les banques, les caisses, Jim, sont là-dedans jusqu’au cou. Il y a des milliards sous garantie. Tu joues là-dedans et il y aurait des faillites, des vraies. Là où toi tu vois des courbes sur un graphique, moi je vois des drames humains garantis.
Tu me fais passer pour un…
Je…
Non, c’est OK, Laurent, on se parle franchement. Il reste que l’Australie et la Nouvelle-Zélande…

Laurent esquissa un sourire

Je me demandais quand tu me la sortirais celle-là.
C’est vrai, non? En 1984, si je ne trompe pas, la Nouvelle-Zélande a supprimé quasiment toutes les subventions à l’agriculture et a déréglementé son marché domestique. Plus aucun monopole légal…

Laurent leva l’index.

Sauf pour les kiwis.
OK… sauf pour les kiwis, merci de la précision. Et en Australie, en l’an 2000, on a éliminé la gestion de l’offre dans le lait et on a introduit une compensation temporaire pendant la période de transition, financée par une hausse de la taxe de vente sur le lait.
Comment tu sais ça?
C’est un de nos sous-ministres adjoints. Il était dans ton ministère avant. Il avait l’air quasiment coupable en me le disant. Il me disait aussi qu’en Nouvelle-Zélande, la secousse avait entraîné un développement de l’agriculture organique, une diversification de l’offre pour les consommateurs, des prix très intéressants à l’exportation et la plus grosse hausse de productivité de l’histoire du secteur.

Laurent étira ses jambes et dit :

C’est un point de vue, mais c’est complexe, et puis leur situation19 est très différente de la nôtre…
Il reste que…

Laurent redevint très sérieux.

Il reste que tu oublies un point fondamental.

Jim leva un sourcil.

Lequel?
Tu n’es pas « vite vite » des fois. Réfléchis un instant. Les négociations en cours à l’OMC mettent en danger les tarifs à nos frontières. Réellement en danger. Si ces négociations aboutissent à des conclusions défavorables à la position canadienne, qui est celle de nos agriculteurs, c’est eux qui vont venir en courant nous demander des réformes parce qu’elles seront devenues inévitables. Alors pourquoi chercher le trouble maintenant?

Laurent fit un clin d’œil à Jim et lui murmura :

Même un économiste devrait pouvoir comprendre ça, non?
Hum…
D’ici là, comment vous dites ça déjà en anglais? Let sleeping dogs lie? C’est ça?
Oui.

Il y eut un silence de quelques secondes.

Jim?
Quoi?

Laurent prit une expression qui le faisait ressembler à un gros chat.

Pendant que tu repenses à ton affaire, tu n’as pas quelque chose de meilleur à boire que de l’eau? Tu as vu l’heure qu’il est?
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Bénéficiez du cas complet incluant les annexes suivantes (6 pages au total) sur la boutique :
  • Consommation de lait par personne au Canada
  • Comparaison des prix domestiques du lait avec les prix mondiaux (OCDE, 2004)
  • Comparaison Canada/États-Unis des prix au détail pour les produits laitiers pour la période 1990-2010
  • Soutien public global aux producteurs de lait par pays en 2003
  • Avantages de la mise en marché collective du lait selon la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ-UPA)
  • Portrait de l’industrie laitière selon la Fédération des producteurs de lait du Québec (FPLQ-UPA)
Afin d’acheter l’étude de cas dans son intégralité, rendez-vous à cette adresse de la boutique evalorix 
  1. Mettre la hache ou supprimer.
  2. Voir le graphique de l’annexe 1.
  3. Voir William Stanbury, « The Politics of Milk in Canada », Fraser Institute, août 2002, p. 3.
  4. Le site Internet de la Commission canadienne du lait contient un intéressant résumé historique de l’évolution du rôle des gouvernements fédéral et provinciaux dans le domaine laitier. Voir : http://www.cdc-ccl.gc.ca.
  5. Voir Agence des services frontaliers du Canada, Tarif des douanes, lait et produits laitiers, à http://www.cbsa-asfc.gc.ca/trade-commerce/tariff-tarif/2004/ch04nf.pdf.
  6. Voir le graphique de l’annexe 2.
  7. Voir à ce sujet le graphique de l’annexe 3.
  8. Voir OCDE, « Le soutien à l’agriculture : comment est-il mesuré et que recouvre-t-il? », L’Observateur OCDE, septembre 2004. Voir aussi Maurice Doyon et al., « Analyse critique du concept d’estimation du soutien au producteur. Application au secteur laitier », Économie rurale, vol. 272, no 1, 2002, p. 74-87.
  9. Voir Stanbury, op. cit., p. 3.
  10. Voir l’annexe 4.
  11. Entre 1990 et 2000, l’indice du prix moyen des aliments augmenta de 17,1 % alors que le prix moyen du lait au détail grimpa de 37,7 %. Pourtant, entre 1994 et 2000, le coût de production estimé du lait baissa de 8,1 %. Voir Stanbury, op. cit., p. 3.
  12. Statistique Canada, « Enquête financière sur les fermes », décembre 2004. Voir aussi Valentin Petkantchin, « Production laitière : les coûts de la gestion de l’offre au Canada », Institut économique de Montréal, février 2005.
  13. Producteurs laitiers du Canada, « L’industrie laitière en chiffres », 2002, p. 68. Cette donnée est mentionnée par V. Petkantchin, ibid., p. 2.
  14. N’a pas d’allure signifie n’a pas de sens.
  15. Voir l’annexe 5.
  16. En septembre 2011, la firme Léger Marketing a publié les résultats de son Baromètre annuel des professions. Soixante professions, métiers ou occupations étaient mentionnés. À la question : « Faites-vous confiance aux… », les fermiers obtenaient un score de oui à 88 %, au cinquième rang derrière les pompiers à 97 %, les ambulanciers à 93 %, les infirmières à 91 % et les chirurgiens à 89 %. Les politiciens venaient à l’avant-dernier rang avec 8 %, juste devant les vendeurs d’automobiles usagées à 7 %. Les vendeurs d’automobiles neuves étaient à 26 %.
  17. Écœurer signifie embêter.
  18. Voir l’annexe 6.
  19. Pour en savoir plus sur les cas australien et néo-zélandais, voir : Federated Farmers of New Zealand, « Life after subsidies », 2005, http://www.fedfarm.org.nz/files/2005—Life-after-subsidies—the-NZ-experience.pdf; Frank Scrimgeour, « Reform of the Domestic Market for Dairy Produce: An Analysis of Progress and Issues », Working Paper, Wellington, New Zealand Business Roundtable, 1998, 23 pages.