Quel avenir pour l’industrie pharmaceutique dans la région de Montréal?

Centre de cas HEC Montréal
Ce cas traite de décision, de stratégie, de recherche et développement à travers l’arrivée fictive du nouveau ministre chargé du développement économique au sein du gouvernement du Québec qui doit prendre position sur l’industrie pharmaceutique dans la région de Montréal, un des fleurons de la nouvelle économie québécoise, vigoureusement soutenue depuis quelques décennies par les politiques publiques québécoises.
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Pendant un instant, les yeux de Michel Dansereau quittèrent les documents et fixèrent le mur qui lui faisait face. Nous étions le mercredi 19 septembre 2012 en matinée. Il soupira et se fit intérieurement la remarque que les 48 dernières heures avaient été un véritable tourbillon. Il venait d’être nommé ministre du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation (MDEIE) au sein du gouvernement du Québec. Auparavant, il était un obscur ministre délégué au Tourisme.

Tous les observateurs s’entendaient sur un point : cette nomination faisait maintenant de lui un des joueurs-clés du gouvernement. Un peu partout, on notait que le premier ministre l’avait sans doute promu parce qu’il avait montré un jugement sûr dans son modeste portefeuille antérieur. En regardant les déboires de certains de ses collègues, Michel Dansereau avait en effet rapidement compris qu’il était préférable de ne s’exprimer publiquement que lorsqu’on avait pris le temps de se familiariser avec ses dossiers. Quelques heures après sa prestation de serment, il s’était donc lancé avec zèle dans l’étude des documents préparés à son intention par les hauts fonctionnaires de son nouveau ministère.

Il s’agissait d’une série de cartables comprenant, pour chaque thème, une synthèse des grands enjeux, une brève présentation des travaux en préparation au sein du ministère, une liste des aspects problématiques soulevés par ceux-ci, une note sur les lobbyistes de l’industrie les plus actifs auprès des cabinets ministériels concernés, de même que des suggestions de réponses à donner à court terme s’il était interpellé. Dans le jargon du milieu politico-journalistique, on appelait ces dernières des « lignes de communication ». Pour certains thèmes particulièrement névralgiques, on avait joint aussi des extraits d’études plus pointues réalisées par des consultants ou des chercheurs universitaires.

Ce matin-là, Michel Dansereau était plongé dans l’étude du cartable faisant le point sur la situation du secteur des sciences de la vie à Montréal, un des fleurons de la nouvelle économie québécoise et une des locomotives du développement de la région métropolitaine. Même s’il était ingénieur de formation, cette question avait toujours beaucoup intéressé le fils de pharmacien qu’il était.

Les documents racontant l’histoire de l’industrie pharmaceutique au Québec avaient particulièrement retenu son attention. On y expliquait que les gouvernements successifs du Québec avaient, à partir du milieu des années 1980, agi de manière très agressive pour attirer des investissements pharmaceutiques sur le territoire québécois. Fondamentalement, ils avaient :
• fait pression sur le gouvernement fédéral pour que celui-ci protège mieux les droits de propriété intellectuelle;
• mis en place de généreux crédits d’impôt pour encourager la recherche et le développement ici même;
• introduit la règle québécoise dite « des 15 ans », qui prévoit que le coût d’un médicament breveté inscrit sur la liste des médicaments couverts par le régime public peut être remboursé au patient pendant cette période, si lui ou son médecin en fait la demande, et même s’il existe une version générique moins chère de ce produit sur le marché (on y reviendra dans un instant);
• et, plus récemment, octroyé de généreuses subventions directes à ces entreprises.

À la lecture des documents, Michel réalisait progressivement que seule une plongée dans le passé permettait de vraiment bien comprendre la situation d’aujourd’hui1.

Au milieu des années 1980, Montréal semblait en perte de vitesse. Le taux de chômage était élevé. Le secteur manufacturier déclinait. Beaucoup de sièges sociaux de grandes entreprises avaient été déménagés à Toronto. Le gouvernement du Québec subissait des pressions pour réagir. Une décision cruciale fut alors prise : au lieu d’engloutir des milliards dans des domaines où la montée de l’Asie était irrésistible, les autorités québécoises décidèrent plutôt de miser sur des secteurs d’avenir à haute valeur ajoutée dans lesquels elles pensaient que le Québec avait des atouts particuliers à faire valoir. Ces secteurs étaient principalement le secteur pharmaceutique, celui de l’aéronautique et celui des nouvelles technologies de l’information et des communications.

Michel poursuivit sa lecture. Fondamentalement, l’industrie pharmaceutique était divisée en deux catégories principales : l’industrie du médicament d’origine, qui commercialise des médicaments issus de recherches internes et qui sont protégés par des brevets, et l’industrie du médicament générique, qui produit et vend à moindre coût des copies des médicaments dont les brevets sont arrivés à échéance.

Au Canada, la protection de la propriété intellectuelle est une prérogative constitutionnelle exclusive du gouvernement fédéral. Depuis longtemps, l’industrie pharmaceutique du médicament breveté faisait pression sur ce dernier pour qu’il revoie sa législation et protège mieux la propriété intellectuelle. Au milieu des années 1980, le gouvernement du Québec décida de prendre fait et cause pour cette industrie auprès du gouvernement fédéral. L’Ontario ne s’avança pas autant puisqu’une puissante industrie du médicament générique était déjà implantée sur son territoire. Finalement, la réforme de la loi canadienne des brevets de 1987 donna satisfaction à l’industrie du médicament breveté. Un mariage de raison entre celle-ci, qui sut reconnaître l’appui déterminant du Québec, et les autorités québécoises venait de naître. L’évolution de la position du gouvernement fédéral fut aussi influencée par la tenue, au même moment, des négociations qui allaient conduire à l’Accord de libre-échange nord-américain de 1992 et qui étaient déjà une source de pressions sur Ottawa pour aligner davantage sa législation sur la propriété intellectuelle sur les normes internationales.

La législation fédérale assure à l’industrie du médicament breveté une protection complète de 20 ans (elle était de 17 ans jusqu’en 1987) contre la concurrence de l’industrie du médicament générique après l’obtention d’un brevet. Cette période est moins longue qu’on ne pourrait le croire quand on considère que la mise au point d’un médicament peut exiger autour de 10 ans d’efforts – soit la période qui sépare le dépôt du brevet et la commercialisation du produit – et qu’elle est remplie d’incertitudes et peut aisément coûter autour d’un milliard de dollars. L’entreprise doit donc récupérer son investissement et dégager un profit au cours de la dizaine d’années pendant laquelle le brevet est encore en vigueur après la mise au point du médicament. À elle seule, la phase pendant laquelle les autorités fédérales examinent les données cliniques et vérifient le processus de fabrication avant de permettre la commercialisation peut prendre de 2 à 3 ans.

En échange de cette protection légale accrue, l’industrie du médicament breveté s’était engagée, à l’époque, à investir 10 % du chiffre d’affaires provenant de ses ventes canadiennes en R-D au pays, ce qu’elle fit. Cependant, pour s’assurer que l’industrie du médicament breveté n’abusait pas de sa position monopolistique pour imposer des prix trop élevés, la loi fédérale créait aussi un Conseil d’examen des prix des médicaments brevetés (CEPMB) doté du pouvoir de plafonner ces prix. Malgré cela, le Canada était tout de même, en 2010, le quatrième pays le plus cher au monde pour le prix des médicaments brevetés à la sortie de l’usine, derrière les États-Unis, l’Allemagne et la Suisse2.

En 1987, le gouvernement fédéral faisait aussi passer ses crédits d’impôt à la R-D de 10 % à 20 %. Le Québec, lui, introduisit un crédit d’impôt de 17,5 % sur les salaires en R-D pour les grandes entreprises inscrites à la Bourse ou sous contrôle étranger, le plus élevé de toutes les provinces canadiennes à l’époque. Les petites entreprises sous contrôle canadien, elles, bénéficiaient d’un crédit d’impôt fédéral pour la R-D de 35 %, auquel le Québec ajoutait un crédit d’impôt de 37,5 % sur les salaires en R-D, ici encore le plus généreux au Canada au moment où Michel se familiarisait avec ces questions3.

Michel fut frappé par ce qu’il lisait sur ces crédits d’impôt. Les entreprises soumettaient des demandes pour tous les programmes qui leur permettaient d’espérer une aide gouvernementale. Or, au Québec, il existait aussi un crédit d’impôt pour la recherche précompétitive en partenariat privé et un congé fiscal pour les chercheurs étrangers. Selon une étude de KPMG, le coût réel après impôt d’une dépense de 1000 $ en R-D au Québec n’était que de 180 $ pour l’entreprise et non de 316,40 $, comme le soutenait le ministère dont Michel était maintenant le responsable politique4. Plusieurs autres fiscalistes soutenaient aussi que le coût final après impôt pour ces entreprises étrangères établies au Québec était de 15 à 40 % moins élevé que les chiffres officiels, mais on ne pouvait en être totalement sûr puisqu’on n’avait pas légalement accès à leurs déclarations d’impôt. Une compagnie étrangère avait donc tout intérêt à s’associer à une PME canadienne admissible à des aides fiscales additionnelles afin de réduire encore sa facture.

Le Québec posa aussi d’autres gestes pour attirer et soutenir l’industrie du médicament breveté. Comme Ottawa n’accorde pas de prolongement des brevets au terme des 20 ans, le Québec introduisit, en 1994, la règle dite « des 15 ans ». Après qu’un médicament breveté ait été inscrit sur la liste des médicaments remboursés au patient par le régime public, le coût de celui-ci peut encore être remboursé au patient pendant 15 ans, si ce dernier ou son médecin en fait la demande, même s’il existe déjà une version générique moins chère du médicament sur le marché.

L’impact de cette règle est crucial. Comme il a été dit, le brevet a une durée légale de 20 ans, mais il faut au médicament une dizaine d’années pour arriver sur le marché. Cela laisse donc à la compagnie pharmaceutique une période d’exploitation de 10 ans à partir de l’inscription du médicament sur la liste gouvernementale des médicaments remboursables. Avec la règle des 15 ans, les compagnies de médicaments brevetés bénéficient donc de 5 ans d’exploitation au « prix fort » au Québec. Les coûts pour les finances publiques du Québec équivalent donc à la différence de prix entre le médicament breveté et le médicament générique pendant ces 5 années5.

*****

Pendant que Michel se frottait à ces questions très complexes, à l’étage juste en dessous de celui de son cabinet, Henri Guilbault, haut fonctionnaire chargé des questions de biotechnologie, préparait sa première rencontre avec le ministre qui devait avoir lieu le lendemain. Il feuilletait de nouveau les notes qu’il avait lui-même préparées.

Fondamentalement, il voulait sensibiliser le nouveau ministre à l’importance cruciale du secteur des sciences de la vie pour la région métropolitaine et le Québec tout entier. Avec sa longue expérience, Henri savait que les nouveaux ministres veulent bien faire et apprennent vite, mais ne sont habituellement pas des experts du secteur dont ils se retrouvent responsables.

Le ministre, se disait Henri, doit absolument comprendre que les sciences de la vie à Montréal, ce ne sont pas seulement de simples marchands de pilules, mais l’ensemble des acteurs impliqués dans la recherche et le développement de médicaments. Cela regroupait donc les compagnies pharmaceutiques de recherche et d’innovation, celles fabriquant des médicaments génériques, les établissements universitaires de recherche, les entreprises privées se consacrant aux recherches précliniques et cliniques, de même que les entreprises spécialisées dans la fabrication des ingrédients actifs à la base des médicaments. Dans ce secteur des sciences de la vie6, 60 % des travailleurs avaient un diplôme universitaire de premier cycle. Bien sûr, beaucoup d’autres entreprises dans divers secteurs (transport, sécurité, construction, banques, etc.) étaient également en lien avec ce domaine, ce qui signifiait que chaque emploi créé dans le secteur des sciences de la vie entraînait la création de plusieurs autres emplois indirects.

Henri se doutait que le ministre voudrait aussi avoir l’heure juste sur l’impact de la crise financière de 2007-2008 sur le secteur. Inutile de dorer la pilule, mais il faudrait lui mettre les choses en perspective à cet égard. En 2009, 30 % des entreprises de biotechnologie de la cohorte existante en 1999 étaient mortes7. Mais même si les entreprises pharmaceutiques établies au Québec avaient dû, entre 2008 et 2010, réduire leurs effectifs de 45 % en raison de la crise financière, il reste qu’en 2010, le secteur pharmaceutique au Québec effectuait encore 41,2 % de la R-D canadienne dans ce domaine. Sur la scène internationale, le Québec était toujours reconnu comme un leader de la recherche dans des champs comme la neurologie, l’oncologie, la cardiologie et la génomique.

Henri Guilbault savait aussi que, dans un contexte difficile au plan budgétaire pour le gouvernement, le Conseil du trésor chercherait à faire des économies dans les dépenses de programmes. Il voulait donc outiller son ministre pour qu’il puisse défendre les crédits déjà prévus pour le ministère. En effet, après que l’Ontario eût mis sur pied, en 2008, une stratégie prévoyant des subventions directes pour attirer des investissements pharmaceutiques, le gouvernement du Québec avait riposté, en 2009, avec sa propre Stratégie biopharmaceutique québécoise, qui prévoyait des dépenses de fonds publics de 122,77 millions à 176,77 millions de dollars sur trois ans, incluant des subventions directes au secteur privé pharmaceutique de 81 millions à 135 millions de dollars8.

*****

Le jour même, quelques heures plus tard, tout juste avant le bulletin de nouvelles télévisé de 21 h, Jean Dupuis, directeur de cabinet du ministre Dansereau, entendit soudainement la sonnerie de son téléphone cellulaire. C’était Sébastien Morin, l’attaché de presse du ministre, qui l’informait que Radio-Canada allait, selon un journaliste qu’il venait de croiser sur la colline parlementaire, diffuser dans quelques instants un reportage assez croustillant sur le secteur des biotechnologies dans la région de Montréal. Ulcéré, Morin fit remarquer à Dupuis, qui était maintenant pressé de terminer l’échange, que personne au cabinet, du moins à sa connaissance, n’avait été contacté pour se voir offrir l’opportunité de réagir dans le reportage même.

Fort inquiet, Dupuis, qui restait au cabinet jusque tard en soirée tous les jours, se dépêcha d’allumer la télévision. Le ministre Dansereau, lui, était occupé à une activité partisane dans sa circonscription. Le téléjournal débuta. Les premiers reportages traitaient d’une houleuse période des questions au parlement fédéral autour du registre des armes à feu, d’une menace de grève dans les centres de la petite enfance et d’une violente tempête qui privait d’électricité quelques milliers de personnes en Estrie.

Puis, on y arriva9. La multinationale allemande Boehringer Ingelheim venait d’annoncer qu’elle fermerait, au début de 2013, son centre de recherche de Laval : 170 personnes seraient mises à pied. La région de Montréal perdait donc son dernier centre de recherche appartenant à une entreprise pharmaceutique de taille mondiale. Les coûts de la recherche étaient devenus prohibitifs, expliquait-on. Un cadre de l’entreprise ajoutait que la virologie, longtemps un de leurs créneaux principaux, n’offrait plus des perspectives très alléchantes : la demande pour des antiviraux contre l’hépatite C ou le sida allait fort probablement baisser en raison du grand nombre de médicaments déjà en phase d’étude clinique avancée. Plus largement, la situation de l’entreprise, disait-il, n’était que le reflet d’un contexte plus large : les brevets des médicaments les plus rentables arrivaient à échéance, la concurrence des médicaments génériques était féroce et peu de médicaments prometteurs au plan commercial étaient en développement dans les créneaux traditionnels de l’entreprise. Il rappelait au passage que Pfizer, quelques années auparavant, avait quitté la cardiologie, où ses brevets venaient à échéance, pour s’investir plutôt dans la recherche sur le cancer.

« Je suis sous le choc », disait Max Fehlman, PDG du Consortium québécois sur la découverte du médicament (CQDM). Le centre de recherche de Boehringer Ingelheim était en effet le dernier en activité dans la région métropolitaine appartenant à une firme multinationale, alors qu’on en comptait encore quatre il y a deux ans à peine.

Le reportage se poursuivait en rappelant les temps forts de cette hémorragie :
• Merck : fermeture en juillet 2010, 200 emplois perdus à Kirkland.
• Pfizer (jadis Wyeth-Ayerst) : fermeture en février 2011, 150 emplois perdus à Montréal.
• AstraZeneca : fermeture en février 2012, 132 emplois perdus à Montréal.

Le reportage se terminait en rappelant brièvement que, malgré ces fermetures qui avaient l’air d’autant de coups de masse, le Québec restait le leader canadien dans le domaine et un joueur qui comptait sur la scène internationale.

Jean Dupuis comprit immédiatement que, dès le lendemain matin, on demanderait au ministre Dansereau ou à un porte-parole autorisé du ministère de réagir au reportage. On pouvait gagner quelques heures, mais il faudrait bien dire quelque chose. Sinon, les partis d’opposition dénonceraient le silence du ministre, qu’ils feraient passer pour du désintérêt et de la nonchalance.

La sonnerie de son téléphone cellulaire retentit de nouveau. Jean devina qui voulait lui parler. C’était évidemment son ministre. Son activité s’était terminée assez tôt pour qu’il puisse prendre connaissance du reportage. Jean fut heureux de voir que Michel Dansereau ne paniquait pas du tout. Il fallait cependant, lui dit le ministre, dès le lendemain, et le plus tôt serait le mieux, faire le point pour le court et le moyen terme. « Et dis à ce Guilbault d’être là », lui lança le ministre avant de raccrocher.

*****

Le lendemain matin, à 8 heures pile, on frappa à la porte du bureau du ministre. Il était déjà au travail depuis une bonne heure. Les journaux étaient lus et le courrier prioritaire avait été signé. Michel Dansereau fit signe d’entrer à Dupuis et Guilbault et leur indiqua les fauteuils devant lui d’un geste de la main.

Bonjour messieurs, vous avez vu comme moi le reportage hier soir
Oui, dit Dupuis, des journalistes ont commencé à appeler tout à l’heure. Sébastien a gagné du temps en leur disant que…
Dis-lui, coupa le ministre, de préparer un communiqué de presse prudent. D’abord, que nous sommes désolés pour les travailleurs de Boehringer. Ensuite, qu’on comprend la décision d’affaires de l’entreprise. Qu’il rappelle aussi que le secteur vit une restructuration à l’échelle internationale, mais que le Québec reste un leader canadien et international, et patati patata. Et bien sûr qu’il termine en rappelant tout ce que ce gouvernement a fait pour le secteur ces derniers temps. OK, Jean?
Oui, oui, monsieur le ministre, Sébastien est très bon là-dedans.
Évidemment, je veux voir le communiqué avant qu’il l’envoie.
Bien sûr.
Avec ça, on gagne du temps, reprit Dansereau. Je veux quand même me faire une tête pour la suite des choses. Je n’ai pas envie d’être toujours dans la position de celui qui doit réagir à de mauvaises nouvelles qu’il apprend au téléjournal. Politiquement, ce n’est pas très bon pour nous. Les électeurs ne sont pas très intéressés par les restructurations, les brevets, la R-D, etc. C’est trop compliqué pour eux. Ils voient seulement les emplois perdus. Les partis d’opposition, eux autres, vont marteler les chiffres des pertes d’emploi. Évidemment, si le secteur était en plein essor, ils le mettraient sur le compte des tendances mondiales. Pile, c’est de notre faute si ça va mal, face, nous n’y sommes pour rien si ça va bien. Les sondages montrent qu’on perd déjà des plumes dans la grande région de Montréal. Nous sommes censés être le parti qui prend le mieux soin de l’économie, alors je ne veux pas avoir l’air du gars qui reste les bras croisés pendant que des emplois disparaissent.

Dupuis et Guilbault restaient silencieux. Le ministre continua d’un air grave :

Et ce n’est pas seulement une question de politique partisane. C’est plus important que ça. Le Québec a besoin de la vitalité des industries de l’économie du savoir. Nous sommes un peuple de seulement 8 millions de personnes. Ce n’est pas en faisant des chaussettes à la chaîne qu’on pourra surnager au niveau mondial. On doit se démarquer par l’innovation. C’est notre force, notre avantage concurrentiel!

Jean Dupuis acquiesça de la tête :

Vous avez raison, monsieur le ministre. Pour les petites nations comme la nôtre, l’innovation sera de plus en plus au cœur de la croissance économique. En plus, ce sont de sacrées bonnes jobs! Dans les sciences de la vie, les salaires sont en moyenne 55 % plus élevés que le salaire industriel moyen au Québec. C’est capital pour garder une classe moyenne forte qui consomme. Et ces travailleurs sont aussi plus diplômés que la moyenne. Malheureusement, ils sont aussi plus mobiles que les autres, alors s’il n’y a pas d’opportunités pour eux ici, on peut les perdre rapidement.

Dupuis regarda Guilbault. Le fonctionnaire le prit comme une invitation à s’exprimer :

Entièrement vrai, monsieur Dupuis. C’est un domaine névralgique pour nous. Je précise tout de même que, dans ce secteur, la majorité des emplois ne sont pas dans la R-D à proprement parler, mais dans la représentation commerciale. De mémoire, en 2003, 43 % des employés des entreprises pharmaceutiques au Canada étaient dans le marketing et la distribution, 24 % dans la production, et seulement 17 % en R-D au sens strict, et les représentants commerciaux gagnaient en moyenne 18 % de plus que les chercheurs10.

Comme s’il se parlait à lui-même, le ministre Dansereau dit :

Nous avons tout fait pour créer un écosystème favorable à cette industrie. À Montréal, on a une solide base universitaire. On donne des formations dont la qualité est reconnue et on fait de la recherche de niveau international. Nos universités ont toutes un département de valorisation qui travaille à transférer des avancées scientifiques vers des compagnies qui pourraient les commercialiser. Mon prédécesseur vient à peine d’annoncer des investissements de plus d’un milliard de dollars à Montréal pour la modernisation des installations de recherche du CHUM, de McGill et du centre hospitalier Sainte-Justine. Les infrastructures sont en train de sortir de terre et elles seront à la fine pointe mondiale.

Dansereau fit une pause. Les autres ne dirent rien. Toujours comme s’il cherchait à se convaincre, il reprit :

Nous avons une masse critique suffisante d’entreprises. Par le biais d’Investissement Québec, on injecte de l’argent frais de capital de risque pour les aider. Misère, on ne peut pas nous reprocher de ne pas intervenir! Pourtant, depuis trois ans, les seules nouvelles qui sortent sont des annonces de fermetures de centres de recherche privés ou des faillites de petites entreprises de biotechnologies.

Dupuis fut sur le point d’intervenir, mais Dansereau reprit :

Le Québec a mis en place des incitatifs parmi les plus généreux en Amérique du Nord pour les attirer. Je lisais encore là-dessus hier. Il y a le crédit d’impôt provincial commun à toutes les entreprises qui s’ajoute au crédit fédéral, le crédit d’impôt spécifique pour les activités de recherche, la règle des 15 ans pour les ventes de médicaments, et même la politique fédérale des prix sur les médicaments qui aide puissamment les compagnies. C’est comme si toutes ces règles avaient été mises en place pour aider des entreprises qui nous laissent aujourd’hui tomber. Qu’est-ce qu’elles voudraient de plus? Qu’on baisse encore leurs impôts?

Henri Guilbault n’avait pas oublié les points précis qu’il voulait faire valoir. Il vit sa chance :

Monsieur le ministre, je comprends et partage votre sentiment. Cela dit, pour ce qui est des impôts, les taux d’imposition appliqués au secteur des sciences de la vie sont plus élevés que les nôtres dans beaucoup d’endroits en Amérique du Nord où ces entreprises sont implantées et vont bien11. Le choix du lieu d’installation ne repose pas seulement sur ce critère. Pour ce qui est de notre position au pays, nous sommes toujours leaders. J’ai les chiffres avec moi ici. Le dernier rapport d’Ernst & Young sur le secteur des biotechnologies12 montre qu’au Canada, le Québec a obtenu 50 % de tous les investissements l’an dernier contre 24 % pour l’Ontario. Ces fermetures qui font grand bruit sont comme l’arbre qui cache la forêt.
Oui, le reportage d’hier le disait, plaça Dupuis.

Guilbault poursuivit :

Toutes les grandes compagnies pharmaceutiques mondiales ont une présence au Québec. Certains des plus gros succès commerciaux de ces compagnies proviennent des laboratoires montréalais, comme le Singular de Merck, qui est utilisé dans le traitement de l’asthme. Même certaines entreprises de taille moyenne fondées ici ont eu des succès retentissants : le 3 TC, l’un des médicaments les plus prescrits dans le traitement du sida est issu des laboratoires Biochem, une entreprise fondée à Montréal…
Est-ce qu’il n’y avait pas aussi, demanda Dupuis, une autre compagnie qui a sorti un médicament lié au VIH il y a un ou deux ans?
Oui, Theratechnologies. Leur EgriftaMD est utilisé pour le traitement de la lipodystrophie associée au VIH.
Justement, enchaîna Dupuis, c’est bien la preuve que les incitatifs fonctionnent, non? Je me rappelle avoir vu passer une étude de 2005 du ministère des Finances qui étudiait l’impact de la règle des 15 ans sur l’économie québécoise. Elle soutenait que nous recevions plus en retombées économiques que nous ne donnions en incitatifs aux compagnies pharmaceutiques par le biais de ce programme, qu’il valait la peine13.
Je le pense aussi, monsieur Dupuis, dit Guilbault, mais il n’y a pas unanimité là-dessus. À cause de notre règle des 15 ans, on utilise moins ici les médicaments génériques que dans le reste du Canada. Certains chercheurs calculent que le coût des médicaments per capita est d’environ 2,9 % plus élevé au Québec que la moyenne canadienne. Ils estiment que cela avait coûté au trésor public québécois 130 millions de dollars en 200714, alors que l’étude de 2005 du ministère des Finances chiffrait à 25 millions les déboursés supplémentaires entraînés par la règle des 15 ans. Pour être précis, chaque année, le ministère de la Santé verse un montant à la Régie de l’assurance-maladie du Québec (RAMQ) en guise de compensation pour la non-application de la politique du prix le plus bas quand on rembourse le prix du médicament, ce qui représente donc le coût réel de la règle des 15 ans. En 2010, la RAMQ disait avoir reçu une compensation de 162 millions de dollars du ministère15. C’est un argument continuellement martelé par les fabricants de médicaments génériques qui détestent cette règle du 15 ans : ils disent qu’on paie trop cher inutilement.
Je peux les comprendre, dit Dupuis.
Oui, continua Guilbault. Mettez-vous à leur place. Pour eux comme pour les compagnies de médicaments brevetés, le Québec est un marché intéressant. La santé représentait, quoi, 42 % du dernier budget16. Et ici, contrairement aux États-Unis, où le marché est fragmenté parce que chaque assureur a ses propres ententes avec les manufacturiers pour les achats de médicaments, tout est centralisé. Au Québec, on dépense plus de 7 milliards de dollars par an pour les médicaments17 et ça ira en augmentant à cause du vieillissement. Forcément, ça aiguise des appétits. D’un autre côté, c’est aussi un défi pour l’industrie.
Que voulez-vous dire?, demanda Dansereau en fronçant les sourcils.
Ben, je veux dire, reprit Guilbault, que les populations font de plus en plus pression sur les gouvernements pour avoir des traitements efficaces et financièrement accessibles à tous. OK? Ça, ça joue en faveur des compagnies. Par contre, les gouvernements ont tous d’énormes problèmes budgétaires. Ils cherchent à serrer des vis là où ils peuvent. Ils veulent donc des preuves plus solides que par le passé sur l’efficacité des nouveaux médicaments. Ils sont aussi plus stricts qu’avant pour autoriser leurs remboursements.
On n’a pas vraiment le choix, nota Dupuis.
Sans doute, dit Guilbault, mais du coup, de moins en moins de nouveaux médicaments arrivent à passer cette barrière. Comme tout consommateur, le gouvernement veut en avoir pour son argent. On s’est aussi rendu compte, imaginez-vous, que 80 % des nouveaux médicaments brevetés n’apportent aucune contribution thérapeutique significative comparativement aux médicaments déjà existants, ce qui fait beaucoup d’argent investi pour des produits qui, pour nombre d’entre eux, risquent de ne pas être de gros succès commerciaux. Les gens ne sont pas idiots et verront bien que beaucoup de ces nouveaux médicaments plus chers ne seront pas plus efficaces que les anciens.

Le ministre intervint :

Je comprends tout ça, mais si le gouvernement n’essayait pas d’avoir le meilleur rapport qualité-prix, le meilleur rendement pour une des principales dépenses du budget, les électeurs ne nous le pardonneraient pas.
Oui, bien sûr, dit Guilbault, vous rejoignez les préoccupations de mes collègues aux Finances et au Trésor. Ils me disent souvent cela. Et c’est là, voyez-vous que la carte du médicament générique risque de devenir de plus en plus intéressante à jouer pour les gouvernements. En 2011, au Canada, le coût moyen d’une ordonnance de médicament d’origine était de 73,76 $ contre 25,04 $ pour une ordonnance de médicament générique. Le prix des médicaments d’origine a aussi augmenté beaucoup plus vite que celui des génériques ces dernières années18. Ce n’est pas compliqué : en 2011, les médicaments brevetés représentaient 75 % du coût total des médicaments délivrés sur ordonnance alors qu’ils ne comptaient que pour 40 % du nombre total d’ordonnances19. Pourtant, au plan de la qualité et de la sécurité, il n’y a strictement aucune différence puisque les deux types de médicaments sont soumis exactement aux mêmes normes règlementaires.
Et je devine, dit Dupuis, qu’à cause de nos politiques particulières, c’est au Québec que la part du marché des médicaments brevetés est la plus forte, non?
Exact20.
Je veux bien, intervint le ministre, mais si on ouvrait toutes grandes les portes du côté générique, qui ferait encore de la recherche fondamentale, qui ferait progresser le traitement des maladies? Et ça ne règle pas mon problème des fermetures des centres de recherche à Montréal. Est-ce qu’après le départ de l’économie manufacturière vers les pays émergents, on assiste maintenant à la fuite de l’économie du savoir? Ces centres de recherche, ils vont où?
Pour le moment, ce n’est pas vraiment un phénomène de délocalisation vers d’autres pays, dit Guilbault. Nous subissons la concurrence d’écosystèmes bien organisés et performants ailleurs en Amérique du Nord, comme celui de la région de Boston ou celui de San Diego. Il y a aussi des pays comme Singapour qui investissent des milliards pour bâtir des conditions qui attireront les industries des sciences de la vie. Ce sont plutôt, je dirais, des facteurs structurels qui expliquent ces suppressions de postes.

Le fonctionnaire remonta ses lunettes sur son nez et continua :

Les fermetures de centres de recherche ne sont pas une exclusivité québécoise, mais une tendance mondiale. L’industrie change complètement ses façons de faire. C’est carrément un nouveau modèle d’affaires qui se met en place. Auparavant, l’industrie était intégrée de manière verticale tandis que…
Verticale? C’est-à-dire?, demanda Dupuis.
Jadis, dit Guilbault, les compagnies pharmaceutiques contrôlaient les quatre étapes fondamentales du processus qui va de la recherche fondamentale à la mise au point d’un médicament21. Comme ce processus prend une dizaine d’années et est extrêmement coûteux, les compagnies avaient besoin de stabilité dans les règlementations et les incitatifs pour pouvoir planifier à long terme et…
Je vois, coupa Dupuis. Pour investir tout ce temps et tout cet argent, il faut que le jeu en vaille la chandelle.
Exactement, reprit Guilbault. Chaque médicament potentiel peut être abandonné à n’importe quelle étape s’il ne semble pas prometteur. Pour les entreprises, ça représente des investissements faramineux. En tenant compte des molécules qui disparaissent du pipeline à des étapes précoces, le coût de développement d’un médicament dépasse fréquemment le milliard de dollars.
Oui, mais leurs profits ont quand même été énormes ces dernières années, non22? Alors il est où leur problème?, demanda Dupuis.
Il est dans le fait, dit Guilbault, que leur modèle d’affaires correspond de moins en moins aux nouveaux types de maladie auxquels nous sommes confrontés. La plupart des maladies pandémiques virales ou bactériennes, dont le traitement est plutôt standard, comme la variole ou la poliomyélite, sont sous contrôle grâce aux antibiotiques et à la vaccination. Maintenant, nous sommes de plus en plus confrontés à des maladies chroniques plus complexes comme le cancer, la maladie d’Alzheimer ou le diabète.
Ouais, mais ça reste fondamentalement une histoire de pilules et de granules, non?, demanda Dupuis.
De moins en moins. Le temps où le médicament était une petite molécule chimique facile à synthétiser est terminé. Nous sommes passés de l’ère chimique à l’ère biotechnologique. Les traitements sont plus complexes et plus coûteux à mettre au point. Les pommes les plus basses du pommier ont déjà été cueillies dans le secteur, si je peux m’exprimer ainsi. Les chiffres sont clairs : les sommes investies pour mettre au point des médicaments n’ont jamais été aussi importantes, alors que le nombre de médicaments mis sur le marché n’a jamais été aussi faible23.
Si l’innovation a du mal à suivre, il y a un gros risque pour cette industrie à long terme, remarqua Michel Dansereau.
Pas seulement à long terme, monsieur le ministre, dit Guilbault. Les compagnies sont déjà confrontées à des problèmes immédiats. Les pipelines de nouveaux médicaments sont quasiment vides et il est estimé que d’ici 2015, 11 des 20 médicaments d’ordonnance les plus vendus au monde verront leur brevet arriver à échéance. Les revenus de ces compagnies sont donc appelés à chuter si elles ne tentent pas quelque chose.
D’où ce qu’elles font en ce moment, plaça Dupuis.
Exact, reprit Guilbault. Elles cherchent des moyens de survivre. Elles changent donc de stratégie et donnent la recherche fondamentale en impartition aux laboratoires universitaires et aux petites entreprises locales de biotechnologie. À leur tour, ces dernières, je pense à des entreprises d’ici comme Mimetogen ou Milestone Pharma, revoient aussi leurs modèles d’affaires, ne conservent qu’une poignée d’employés, réduisent leurs frais d’exploitation au minimum et sous-traitent dans toute la mesure du possible.

Guilbault fit une pause, puis reprit :

Et puis on ne peut vivre dans un monde sans recherche fondamentale dans ce domaine!, dit-il en fixant les deux autres à tour de rôle. Le monde a besoin de médicaments et d’une industrie capable de répondre rapidement aux nouvelles maladies qui pourraient émerger. C’est aussi une responsabilité fondamentale de l’État, me semble-t-il, que de protéger la santé de nos populations. Rappelez-vous la rapidité avec laquelle un vaccin a été disponible lors de la vague de la grippe H1N1. Heureusement, le virus était bénin, mais si une nouvelle « bibitte » plus virulente apparaissait…
Hmm, fit entendre le ministre.
Les compagnies, poursuivit Guilbault, ont compris que plus leurs activités se situaient en amont des quatre étapes du processus, plus les risques et les coûts étaient grands. Traditionnellement, chaque entreprise faisait sa recherche dans son coin. Personne ne se parlait. Zéro concertation. Elles se voyaient strictement comme des rivales. Cela entraînait un gaspillage de temps, d’énergie et d’argent phénoménal.
Je vois, dit Dupuis.
Voilà pourquoi elles veulent maintenant, dit Guilbault, un modèle basé sur la collaboration avec le milieu universitaire avec qui elles pourraient partager les risques inhérents à l’innovation et à la recherche.
Donc, intervint le ministre, si le Québec veut être un joueur à ce niveau, il faut encourager ce type de partenariat entre les universités et les sociétés pharmaceutiques, si je vous comprends bien.
Oui, mais il faut une recherche qui soit à la fine pointe, car la concurrence universitaire, elle aussi, est mondiale maintenant. Et il faut que cette recherche se fasse dans des domaines qui intéressent les entreprises, car elles vont devoir trouver un marché pour leurs produits.
Les universités sont toujours en train de se plaindre qu’elles souffrent d’un sous-financement chronique, dit Dansereau. Logiquement, elles devraient être ouvertes à ce genre de collaboration. Elles auraient de l’oxygène au plan financier, non?

Guilbault reprit la parole :

Oui, mais à la condition, comme je viens de le dire, que les chercheurs effectuent leurs recherches dans des domaines qui pourraient avoir des débouchés commerciaux. La mentalité des chercheurs universitaires est malheureusement très peu tournée vers le dépôt de brevets. Les inventions académiques sont souvent peu adaptées à la commercialisation. Les chiffres montrent qu’il y a de moins en moins de projets universitaires commercialisés si on compare les cinq dernières années aux cinq précédentes.
Pourquoi cette baisse?, demanda le ministre.
Historiquement, dit Guilbault, les chercheurs qui avaient un produit prometteur ou une idée intéressante essayaient de les commercialiser eux-mêmes en créant une petite compagnie de biotechnologie. Mais ces compagnies sont extrêmement gourmandes en capital parce que la recherche en sciences de la vie est lente et coûteuse. Il y a bien eu plusieurs histoires à succès dans la région de Montréal comme Biochem et Axcan, mais la plupart d’entre elles se sont cassé les dents.

Le ministre Dansereau esquissa un sourire et demanda :

Les chercheurs sont-ils de si mauvais gestionnaires?

Jean Dupuis lâcha :

J’ai un cousin chercheur. Je ne lui confierais les clés de rien du tout.

Henri Gilbault reprit :

Comme partout, il y en a des bons et des mauvais, mais à leur défense, il y a eu un gros assèchement du capital de risque dans le secteur depuis les crises de 2001 et 2008. Les investisseurs se sont brûlé les doigts avec des rendements très inférieurs à leurs attentes. Avant 2001, ils pensaient que la croissance serait perpétuelle dans ce domaine. Ils étaient hypnotisés par des promesses de rendements pharaoniques. Il y avait une surabondance de capital, et les sociétés pharmaceutiques et les sociétés de biotechnologie ont fleuri au Québec.
Puis vint la crise de 2001, plaça Dupuis l’air songeur.
Oui, la crise a fait redescendre tout le monde sur Terre, dit Guilbault. Ils se sont aperçus que, si on investissait dans les biotechnologies, il fallait être patient, ce qu’ils n’étaient plus, car les résultats ne se voient qu’après une dizaine d’années. Il fallait aussi ne pas être trop allergique au risque, ce qu’ils n’étaient plus non plus, car peu de projets arrivent à passer avec succès les quatre étapes. Et surtout, il fallait avoir les connaissances scientifiques pour pouvoir évaluer les projets dans lesquels les chercheurs voulaient qu’ils investissent, ce qu’ils étaient loin d’avoir. 
Ouais, comprendre ce que disent certains chercheurs, je vois le défi, ironisa Dupuis.
Tous ces facteurs n’avaient pas été pris en compte à l’époque, et les désillusions ont été nombreuses. Il y a donc eu une fuite des capitaux du secteur au profit d’investissements plus liquides, comme les obligations, ou moins risqués, comme les infrastructures. Pour des risques élevés, les investisseurs veulent des rendements élevés, mais avec les fortes croissances en Chine ou en Russie, il est possible de trouver là-bas de gros rendements avec moins de risques. Il y a donc une grosse concurrence mondiale pour attirer l’argent des investisseurs, ce qui joue contre les compagnies de biotechnologie. Tout ceci a incité les chercheurs universitaires à ne pas se lancer dans la création d’entreprises ces dernières années.
Je peux les comprendre, dit Dupuis. Les chercheurs ne sont pas des experts financiers ou des gestionnaires. Ça peut être une montagne à gravir pour beaucoup d’entre eux.
Oui, et c’est dommage, continua le fonctionnaire, car qui dit nouveaux modèles d’affaires, dit nouvelles opportunités. Des choses qui étaient faites à l’interne dans les grandes compagnies sont maintenant externalisées et créent des occasions. Par exemple, les résultats qui sortent des laboratoires universitaires ne sont souvent pas faits dans des conditions expérimentales suffisamment satisfaisantes pour être exploités par l’industrie. Il existe donc un besoin de plateformes techniques où les entreprises pharmaceutiques pourraient valider les résultats des chercheurs universitaires afin qu’ils soient directement exploitables pour eux. Il y a aussi des perspectives intéressantes dans la médecine personnalisée.
La médecine personnalisée, c’est quand le médecin se souvient de nous?, demanda Dupuis d’un air amusé.
Non, dit Guilbault en souriant. C’est quand certains médicaments ou doses de médicaments sont donnés à des patients en fonction de leur code génétique. Comme chaque individu est différent, chacun aura des réactions différentes à la prise de médicaments. Certains pourront se contenter de petites doses, d’autres auront plus d’effets secondaires indésirables. Bref, il faudra tester chaque patient pour pouvoir anticiper sa réaction. De même, lors des essais cliniques, il faudra analyser la réaction de chaque patient et la relier à ses caractéristiques génétiques.
Ouf, ça doit représenter une dépense de temps et d’argent assez colossale!, dit Dupuis.
Oui, mais ces grosses dépenses devraient pouvoir se compenser par des réductions de coûts ailleurs. Par exemple, ça pourrait éviter les visites multiples chez le médecin ou les réactions indésirables, et donc faire baisser la pression sur le système de santé. C’est ça la médecine du futur. C’est d’ailleurs déjà commencé : certains médicaments contre le cancer du sein ne sont donnés que dans certains types de situations ou à certaines personnes qui ont une génétique particulière. Tout ça fait beaucoup de tests très techniques à faire et de nouvelles opportunités d’affaires.

Une courte pause dans la conversation survint. Jean Dupuis se leva, prit une carafe d’eau et entreprit de remplir trois verres. Pendant qu’il versait, il demanda à Guilbault :

Et on ne pourrait pas tenter quelque chose du côté du prix des médicaments? Il me semble qu’ils sont affreusement chers au Canada, non?
Ben, comme je vous disais, dit Guilbault, le prix élevé des médicaments brevetés s’explique par leurs coûts de production exorbitants, comme on l’a vu tantôt, mais aussi par la force politique de cette industrie. Fondamentalement, leur prix de vente chez nous n’a rien à voir avec l’offre et la demande. De toute façon, c’est une responsabilité entièrement fédérale.
Oui, dit Dansereau, je lisais là-dessus hier.
En effet, monsieur le ministre, nous vous avions préparé une note sur le sujet. L’organisme fédéral qui fixe les prix des médicaments brevetés pose comme plafond le prix médian du médicament dans sept pays où le secteur pharmaceutique est très présent.

Dansereau le coupa :

États-Unis, Royaume-Uni, France, Allemagne, Suisse, Suède et…euh…

Par politesse, Guilbault resta muet.

Euh, voyons, euh…, il ne me vient pas le dernier, fit Dansereau.
Italie, monsieur le ministre, dit Guilbault tout doucement.
Ah oui, l’Italie!
Donc, reprit Guilbault, l’idée à l’origine était qu’en alignant nos prix sur ceux de ces pays, on aurait les mêmes investissements de l’industrie qu’eux. Le choix de ces pays comme étalons de comparaison faisait partie de la négociation pour convaincre l’industrie de faire plus de R-D au Canada.
Oui, dit Dupuis, le fameux engagement de dépenser 10 % de leurs ventes canadiennes en R-D au pays.
Exact, reprit Guilbault. Le problème est que quatre de ces comparateurs sont justement parmi les pays où les médicaments sont les plus chers au monde : États-Unis, Allemagne, Suisse et Suède. Le Canada se retrouve donc au 4e rang mondial pour les prix les plus chers. Or…
Je vous vois venir, dit Dupuis.
Eh oui, dit Guilbault en faisant une légère moue, la contrepartie, le fameux 10 %, n’y est plus. Depuis une bonne quinzaine d’années, le ratio de R-D par rapport aux ventes n’est plus à 10 %. Entre 1995 et 2010, ce ratio est tombé de 11,7 % à 6,9 %24. Mais les prix, eux, n’ont pas baissé. 
On se fait avoir!, s’écria Dupuis.
C’est complexe, dit Guilbault. Je n’irais pas nécessairement jusque-là. Mais, voyez-vous, une étude universitaire25 avance que si le prix moyen des médicaments brevetés au Canada était au 6e rang mondial plutôt qu’au 4e rang, le Québec économiserait à lui seul 266 millions de dollars par année. Si les prix canadiens étaient ceux du Royaume-Uni, le Québec sauverait, juste à ce chapitre, 467 millions de dollars par année, et si nos prix étaient ceux de la Nouvelle-Zélande, on économiserait… 
Je ne veux même pas vous entendre, grimaça Dupuis.
1 496 millions de dollars par année. Ouais, un milliard et demi, dit Guilbault, assez fier de son effet.

Le fonctionnaire ajusta sa cravate, prit une grande inspiration et ajouta doucement :

Monsieur le ministre, si je peux me permettre…
Je vous en prie, je vous en prie, dit Dansereau en faisant un geste de la main.
Si on schématise, reprit Guilbault, si on va à l’essentiel, il y a, au fond, deux positions de base avec des tas de positions mitoyennes. Mais prenons un instant les deux pôles du débat si je peux parler ainsi.
OK, fit Dansereau.
D’abord, vous avez, d’un côté, le point de vue selon lequel le Québec garde de formidables atouts pour être un leader mondial dans ce domaine. Le gouvernement doit donc, pensent certains, continuer à soutenir énergiquement le secteur, quitte à revoir certains mécanismes. En génomique, en médecine régénérative, nos chercheurs sont parmi les meilleurs au monde et nos infrastructures sont de première force. Le potentiel économique et en termes d’emplois est immense. Mais le capital de risque dans ces domaines est rare parce que les investissements y sont très incertains et prennent du temps à donner des fruits.

Dansereau hochait de la tête.

Ceux qui pensent ainsi, reprit Guilbault, disent que c’est à l’État d’allumer le feu avec des investissements publics importants. Ils pensent même que le moment n’a jamais été aussi propice pour nous en raison de la crise européenne, qui entraîne des coupures dans les budgets des chercheurs là-bas, et de la volonté du gouvernement américain de s’attaquer à son déficit. Si on fonce maintenant, on se positionne pour l’avenir et on peut même attirer ici les meilleurs chercheurs au monde.
C’est vrai que les malheurs des uns peuvent être une occasion pour d’autres. Ne faisons pas semblant que ce n’est pas vrai, dit Dupuis.
Oui, dit Guilbault, quoique dans le cas des Européens, ça fait déjà un bout de temps que leur position n’est plus dominante en R-D, même si plusieurs des grandes multinationales du médicament sont de vieilles compagnies européennes.
Pourquoi ce déclin?, demanda Dansereau.
Essentiellement parce que le marché nord-américain est plus gros que le marché européen : 47,7 % des ventes mondiales de médicaments se font en Amérique du Nord contre 29,9 % en Europe. Le marché américain génère 66 % des ventes des nouveaux médicaments contre 24 % en Europe. De plus, en Europe, les gouvernements ont aligné les prix de vente sur l’inflation alors qu’aux États-Unis, les prix peuvent dépasser l’inflation. Et il y a aussi qu’aux États-Unis, l’effort tant privé que public de soutien à la R-D dans le domaine de la santé est plus vigoureux : c’est 0,26 % du PIB aux États-Unis qui est consacré à la R-D contre 0,04 % en Europe26.
« Follow the money », laissa tomber Dupuis.
Exact, dit Guilbault. Mais comme on dit aussi dans les polars, « the plot thickens ». Le gouvernement fédéral s’est mis en tête, n’oubliez pas, de conclure rapidement le futur traité de libre-échange que le Canada négocie avec l’Union européenne depuis trois ans.

Dupuis fronça les sourcils et prit l’expression de celui qui attend la suite pour comprendre.

Un des points majeurs en discussion, reprit Guilbault, est celui de la propriété intellectuelle. Les Européens veulent que le Canada prolonge la durée des brevets chez nous et protège mieux les données scientifiques.
Logique, dit Dupuis. Bayer, Sanofi, GlaxoSmithKline, AstraZeneca sont européennes.
Oui, reprit Guilbault. Évidemment, ça déplaît souverainement aux génériques. Mais le Québec, lui, est favorable à la position européenne parce que l’industrie du médicament breveté…
…est très présente, compléta Dupuis. Alors que l’Ontario, où le générique est fort, ne voit pas l’affaire ainsi. Une affaire typiquement canadienne, quoi.
Exactement, dit Guilbault. Évidemment, des gens dans le milieu disent que le gouvernement fédéral devrait, en échange de dire oui à cette demande européenne, qui ferait aussi l’affaire du Québec, exiger des Européens que si l’harmonisation de nos règles de propriété intellectuelle avec les leurs amène des revenus additionnels pour l’industrie, celle-ci en réinvestisse une partie dans la R-D au Canada27.
Comme l’engagement de jadis, dit Dupuis.
Oui.

Le ministre Dansereau se leva et se dirigea vers la fenêtre. Un silence se fit. Il croisa ses mains derrière son dos et regarda la ville à ses pieds. Puis, il se tourna vers Guilbault :

Il y avait deux points de vue de base, disiez-vous. Bien que je me doute de ce que dit le second…

Guilbault se tortilla légèrement sur sa chaise.

Oui, monsieur le ministre. C’est pas mal ce que vous anticipez. C’est le point de vue qui consiste à se demander : est-ce que le Québec doit continuer à fournir une aide aussi généreuse pour un secteur qui traverse des difficultés et qui est peut-être même en déclin chez nous?
Misère!, s’impatienta Dupuis. Il l’est ou il l’est pas en déclin?
Ben, c’est délicat, monsieur Dupuis. On peut être leaders au Canada et garder de beaux atouts, tout en reconnaissant que le niveau d’emploi stagne et que la R-D par rapport aux ventes baisse.

Dupuis prit un air renfrogné et Guilbault s’empressa de reprendre la parole :

Dans l’étude dont je vous parlais tantôt, le chercheur a essayé de calculer l’aide financière consentie au secteur pharmaceutique québécois. Il a additionné la valeur des crédits d’impôt, les coûts de la politique canadienne des prix si on la compare à celles d’autres pays, le coût pour nos finances publiques de la règle des 15 ans et les subventions directes28.
Alors?, fit Dupuis.
Alors il trouve que l’aide publique versée par les contribuables pour l’année 2010 oscille entre 688 millions et 1 936 millions de dollars29.
Du simple au triple!, lâcha Dupuis.
Attendez, attendez, dit Guilbault. Laissez-moi finir. En 2010, la R-D pharmaceutique brute a été de 485 millions de dollars au Québec. Enlevez les crédits d’impôt et l’industrie a seulement payé, en réalité, 252 millions en R-D privée de sa poche. Donc, pour que l’industrie génère 252 millions de dollars de R-D, les Québécois ont déboursé entre 455 millions et 1 703 millions de dollars. Si vous préférez, pour chaque dollar de R-D investi par l’industrie, on a versé entre 1,81 $ et 6,76 $.
Ouf!, fit Dansereau. Et en termes de jobs?
Ben, c’est ça l’affaire, dit Guilbault. Cette aide publique se justifierait plus facilement si l’industrie était en croissance chez nous. Mais le nombre d’emplois est le même qu’en 200130.
Et ce ne sont pas toutes des jobs de chercheurs, vous disiez, dit Dupuis.
En effet, la majorité des emplois est dans le marketing et la distribution. Et la R-D en pourcentage des ventes baisse partout au Canada31. On est aujourd’hui très loin du 10 % promis jadis. Oui, le Québec reste leader canadien, mais la tendance est à la stagnation ici aussi, toujours si on regarde le ratio de R-D par rapport aux ventes32. C’est pour ça que certains, comme je vous disais, parlent de déclin.
D’où la question, c’est le cas de le dire, à un million de dollars, dit Dupuis d’un air songeur. Cette aide publique n’est-elle pas aujourd’hui disproportionnée? Surtout quand on a des besoins si pressants ailleurs en santé ou dans d’autres secteurs.
Et si je peux me permettre, ajouta Guilbault, vous allez voir, monsieur le ministre, que chaque camp va demander à vous rencontrer, comme ils l’ont fait avec chacun de vos prédécesseurs, et que vous risquez de trouver les lobbyistes des deux côtés également convaincants et persuasifs.

Les trois restèrent silencieux. Le ministre regardait devant lui. Puis, il jeta un coup d’œil à sa montre.

Ouais, dit-il, plus je creuse, plus je découvre la complexité de l’affaire.

Il fit une pause, puis ajouta :

Bon, messieurs, je vous remercie d’être venus à une heure si matinale. Jean, tu le sais, je dois aller voir mon collègue, le président du Conseil du trésor. Je dois être convaincant si je veux obtenir une enveloppe décente lors du prochain budget.

Puis, se tournant vers le haut fonctionnaire, il ajouta d’un air affable :

Mon cher M. Guilbault, je vous remercie pour vos lumières et votre franchise. Je sens qu’on va en rediscuter.

*****

Assis sur le siège arrière de sa voiture de fonction, Michel Dansereau se rendait au secrétariat du Conseil du trésor, situé sur la Grande Allée, tout juste en face de l’Assemblée nationale. Sa tête était pleine de questions. Le gouvernement du Québec devait-il continuer à aider l’industrie des médicaments génériques dans ce nouveau contexte? Si oui, comment et à quel prix? Si non, quels seraient les avantages et les inconvénients? Que faire?

L'étude de cas complète
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  • Sommaire des crédits d’impôt fédéraux et provinciaux en R-D en 2010
  • Taux d’imposition des grandes entreprises des grappes des sciences de la vie en Amérique du Nord en 2007
  • Prix moyen d’une ordonnance – médicaments d’origine par opposition aux médicaments génériques : 2002-2011
  • Marché canadien des médicaments délivrés sur ordonnance à la fin décembre 2011
  • Part des médicaments génériques par province en 2011
  • Évolution par tranche de dix ans du nombre de médicaments approuvés par la FDA (États-Unis) par milliard (US $) investi en R-D après ajustement pour tenir compte de l’inflation
  • Aide financière consentie au secteur pharmaceutique québécois en 2010
  • Firmes et emploi dans le secteur pharmaceutique au Québec : 2001 à 2010
  • R-D et ventes dans le secteur pharmaceutique canadien : 2000 à 2010
  • Ratio de R-D sur les ventes pharmaceutiques au Québec : 1999 à 2006
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  1. Les données contenues dans cette section sont tirées de : « L’aide financière à l’industrie pharmaceutique québécoise : le jeu en vaut-il la chandelle? », article de Marc-André Gagnon, Revue Interventions économiques, numéro 44, 2012, mis en ligne le 1er novembre 2011, consulté le 9 octobre 2012, URL : http://interventionseconomiques.revues.org/1611 et de Bâtir une industrie pharmaceutique : l’histoire du Québec, étude réalisée par David Griller et Daniel Denis pour la firme SECOR, 2008.
  2. Gagnon, op. cit., p. 7.
  3. Voir à ce sujet, à l’annexe 1, le sommaire des crédits d’impôt fédéraux et provinciaux en R&D en vigueur au Canada pour l’année 2010.
  4. Bob Waterworth, « A Tax credit that’s often overlooked », National Post, 24 août 2010.
  5. Lors du discours du budget de novembre 2012, le gouvernement du Québec, prenant acte des mutations dans le secteur pharmaceutique et, notamment, des récentes fermetures de laboratoires de recherche dans la région métropolitaine, annonça simultanément l’abolition de cette règle des 15 ans et le relèvement de 17,5 % à 27,5 % du crédit d’impôt remboursable sur les salaires des employés en R&D des entreprises ayant plus de 75 millions de dollars en actifs.
  6. Ces données sont tirées du site Internet de Pharmabio Développement, Comité sectoriel de main-d’œuvre des industries des produits pharmaceutiques et biotechnologiques, dont l’adresse est http://www.pharmabio.qc.ca/portrait-de-lindustrie, page consultée le 24 octobre 2012.
  7. Pour en savoir plus sur l’impact de cette crise dans le secteur dans une perspective comparant le Québec au reste du Canada, voir : Catherine Beaudry, « La biotechnologie est-elle vraiment en perte de vitesse au Québec? », dans Le Québec économique 2010, sous la direction de Marcelin Joanis et Luc Godbout, CIRANO et PUL, 2010, p. 143-170.
  8. Gagnon, op. cit., p. 10.
  9. Cette scène d’un reportage regardé par une personne est totalement imaginaire. Mais les faits rapportés, les chiffres mentionnés, l’apparition de M. Fehlman, qui existe réellement, les propos qui lui sont attribués, de même que l’étude Ernst & Young Beyond Borders. Global Biotechnology Report 2012, tout cela est tiré de la réalité. Les auteurs se sont appuyés sur les articles de journaux suivants : Hugo Fontaine, « Pharmaceutique : Montréal perd son dernier acteur important », La Presse, 19 septembre 2012; Philippe Mercure, « Biotechnologies : le Québec reprend la tête », La Presse, 19 juin 2012, Suzanne Dansereau, « Les biotechs en voie de disparition », La Presse, 9 octobre 2008.
  10. Gagnon, op. cit., p. 4.
  11. Bâtir une industrie pharmaceutique : l’histoire du Québec, étude réalisée par David Griller et Daniel Denis pour la firme SECOR, 2008, p. 38. Voir également le tableau placé dans l’annexe 2.
  12. Beyond Borders. Global Biotechnology Report 2012, Ernst & Young.
  13. Les impacts économiques de la « règle des 15 ans » appliquée au remboursement des médicaments innovateurs au Québec, étude réalisée par David Bahan, Valérie Caverivière, Bernard Decaluwé, Christian Arnault Ermini et André Lemelin, pour le ministère des Finances du Québec, 2005.
  14. Steven Morgan et al., The Canadian Rx Atlas (2nd edition), Vancouver, Center for Health Services and Policy Research.
  15. Gagnon, op. cit., p. 10.
  16. Voir http://www.informa.msss.gouv.qc.ca/Details.aspx?Id=CqygUZP3K9w , page consultée le 20 juillet 2012.
  17. Dépenses en médicaments au Canada : 1985 à 2011, Institut canadien d’information sur la santé, 2012.
  18. Voir le graphique à l’annexe 3.
  19. Voir les deux graphiques à l’annexe 4.
  20. Voir cette répartition par province à l’annexe 5.
  21. Il y a quatre étapes importantes dans le développement d’un médicament. La première est la recherche fondamentale qui mène à la découverte de molécules potentiellement intéressantes. Dans les laboratoires de recherche, il s’agit de voir si cette molécule a bien les effets désirés sur des animaux ou dans des modèles in vitro. La deuxième étape consiste à rechercher, chez l’humain, quelles sont les doses qui ne sont pas toxiques et qui pourraient donc être utilisées pour des traitements. Une troisième étape est de prouver l’efficacité du médicament chez l’humain. Cette étude se fait en général sur un petit nombre de patients en parallèle avec un placébo ou un médicament déjà existant. Enfin, la dernière étape consiste à confirmer tout cela sur des centaines, voire des milliers de patients, afin d’avoir des données statistiques probantes sur l’efficacité et les effets secondaires du nouveau médicament. Parvenu à ce stade, il reste encore à obtenir toutes les autorisations légales exigées par les autorités publiques.
  22. http://www.kff.org/insurance/7031/ti2004-1-21.cfm, page consultée le 20 juillet 2012.
  23. Le graphique placé à l’annexe 6 montre, par tranche de dix ans, une baisse régulière du nombre de médicaments approuvés aux États-Unis par la Food and Drug Administration pour chaque milliard de dollars américains investi en R-D par les entreprises pharmaceutiques.
  24. Gagnon, op. cit., p. 9.
  25. Ibid., p. 9.
  26. Ces données proviennent de : Bâtir une industrie pharmaceutique : l’histoire du Québec, étude réalisée par David Griller et Daniel Denis pour la firme SECOR, op. cit., p. 68.
  27. Voir notamment : Philippe Mercure, « Pharmaceutique : le débat sur les brevets relancé », La Presse, 19 janvier 2011; Philippe Mercure, « La question des brevets pharmaceutiques demeure épineuse », La Presse, 18 août 2012.
  28. Voir Gagnon, op. cit., p. 11.
  29. Voir le tableau à l’annexe 7.
  30. Voir le tableau à l’annexe 8.
  31. Voir le tableau à l’annexe 9.
  32. Voir le graphique à l’annexe 10.