Conflit à l’Université Bellone

Centre de cas HEC Montréal
Ce cas traite de gestion des conflits à travers un conflit collectif chronique qui mine gravement le fonctionnement de l’École de psychologie de l’Université Bellone. Le conflit oppose deux clans : les professeurs chercheurs et les professeurs cliniciens. À l’aube d’un processus de recrutement qui s’annonce conflictuel, le directeur de l’école fait appel à un consultant pour dénouer l’impasse.
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En votre qualité de consultant en gestion de conflits organisationnels, vous êtes mandaté par M. Robert Lemire, directeur de l’École de psychologie de l’Université Bellone, d’intervenir pour l’aider à rétablir le climat au sein de son département. Vous le rencontrez pour qu’il vous explique le contexte et la situation conflictuelle.

L’École de psychologie

L’Université Bellone est une petite université régionale située dans une ville comptant un peu moins de 150 000 habitants. Elle dessert quelque 15 000 étudiants. Elle se classe habituellement dans le troisième tiers des divers palmarès des universités canadiennes et nord-américaines. Tous les professeurs et le personnel de soutien sont syndiqués.

Les programmes de psychologie

Relevant de la Faculté des sciences sociales, l’École de psychologie offre deux programmes de 1er cycle, en l’occurrence un baccalauréat en psychologie (B. Sc.) et un certificat, ainsi que deux programmes de 3e cycle, dont un doctorat en psychologie, profil clinique (D. Psy.). Une majorité d’étudiants s’inscrivent à ce doctorat, profil clinique, car il mène à l’obtention du diplôme nécessaire à l’exercice de la profession de psychologue ou du diplôme requis pour poursuivre une carrière axée sur les interventions en milieu institutionnel ou communautaire (p. ex., hôpitaux, écoles, centres de détention, etc.) et en clinique privée. Il comporte des cours théoriques ainsi que trois stages obligatoires en milieu de travail et un internat au terme duquel les étudiants doivent produire un essai doctoral.

Le second programme de 3e cycle est le doctorat en psychologie, profil recherche (Ph. D.). Ce programme est moins populaire auprès des étudiants, car il ne donne pas accès à l’exercice de la profession de psychologue. Il s’adresse plutôt aux personnes qui souhaitent poursuivre une carrière axée sur la recherche fondamentale ou appliquée, comme professeur-chercheur en milieu universitaire ou comme chercheur autonome en milieu institutionnel (p. ex., au sein du ministère de la Santé et des Services sociaux). Ce programme compte moins de cours théoriques, et la majorité des crédits sont accordés à des travaux de recherche. Le programme se conclut par la rédaction et la soutenance d’une thèse de doctorat.

Le corps professoral de l’École de psychologie

Comme pour les programmes de 3e cycle, le corps professoral de l’École de psychologie se divise en deux domaines de spécialisation : l’équipe de la recherche fondamentale compte sept professeurs, tandis que celle de l’intervention clinique compte huit professeurs (voir les annexes 1, 2 et 3). Chaque groupe est dirigé par un leader non officiel. C’est Mike Ross qui dirige le groupe de chercheurs. Il a la réputation d’être un chercheur très prolifique. Bon an mal an, il publie davantage d’articles scientifiques que la moyenne des professeurs de l’École et se voit octroyer approximativement les deux tiers des subventions à la recherche de l’École de psychologie. De plus, les deux étudiants de doctorat qu’il supervise actuellement ont tous reçu des bourses d’excellence.

Le leader de la division clinique est Louis Bégin. Ses collègues lui reconnaissent une expertise de pointe et une solide expérience sur le terrain qu’il a acquise en travaillant de nombreuses années dans un hôpital psychiatrique de la région. Il est réputé pour former d’excellents intervenants et son expertise est également reconnue à l’extérieur de l’université. Il est souvent convoqué comme témoin expert dans le cadre de procès criminels en plus d’être fréquemment interviewé par les médias lorsque surviennent des événements.

Un climat tendu règne au sein de l’École de psychologie

Dans le cadre de votre première rencontre avec Robert Lemire, ce dernier vous raconte qu’un conflit majeur perdure depuis plusieurs années entre les deux domaines de spécialisation. Les professeurs de part et d’autre soutiennent que leur perspective est la plus importante. D’un côté, les professeurs en recherche fondamentale considèrent que leur division est celle qui contribue le plus à « mettre l’École de psychologie sur la carte ». En effet, ces professeurs sont ceux qui produisent le plus de publications scientifiques et qui génèrent conséquemment le plus de visibilité au sein de la communauté scientifique. Par ailleurs, les professeurs de psychologie clinique considèrent que leurs travaux sont centrés sur les aspects concrets de la discipline et qu’ils sont les plus aptes à former les futurs professionnels. En outre, plus de 70 % des étudiants inscrits ont opté pour le profil clinique, ce qui constitue la majorité des étudiants inscrits à un programme de 3e cycle.

Les relations entre les professeurs des deux divisions sont souvent tendues et chaque occasion est bonne pour mettre des bâtons dans les roues du groupe adverse, notamment durant les réunions des comités de travail où les couteaux volent bas. Les professeurs invoquent le principe de la liberté académique1 pour justifier leurs opinions et commentaires acerbes. Par exemple, durant une réunion d’un comité dont l’objectif était de réformer un cours obligatoire pour tous les étudiants des deux programmes de doctorat, chaque professeur a soutenu ardemment que la perspective de sa propre division devait constituer la majeure partie du contenu du cours. Les professeurs en recherche fondamentale ont soutenu que les étudiants doivent lire davantage de résultats de recherche, tandis que les professeurs en psychologie clinique ont avancé que les étudiants doivent lire davantage de textes axés sur la pratique. Malgré que les arguments invoqués de part et d’autre de la table aient été pour la plupart valables, les professeurs ont fait preuve d’une fermeture totale à la perspective des autres.

Ce dialogue de sourds a dérapé lorsque Mike Ross, leader de la recherche, s’est mis à accuser les tenants de la psychologie clinique de vouloir ternir la réputation de l’École en négligeant la recherche qui devait primer dans ce cours. Louis Bégin, leader clinique, lui a répondu que même si la recherche fondamentale est importante, la réalité est néanmoins indéniable : les étudiants s’intéressent davantage aux cours cliniques pour se préparer à leur future carrière d’intervenants. Selon lui, ce n’est donc pas en les gavant de résultats de recherche insipides et en leur pelletant des nuages qu’on parviendra à donner aux étudiants les stratégies dont ils ont besoin pour se tailler une place dans le marché du travail.

Deux leaders négatifs

Robert vous informe que le conflit est alimenté par les deux leaders non officiels qui se confrontent souvent en public. Aussi, en plus d’exercer une grande influence négative sur leurs collègues, ils contestent systématiquement les bonnes idées des membres de la division adverse ainsi que les décisions du directeur de l’École pouvant avantager le camp opposé. Certains n’hésitent même pas à manifester ouvertement leur mécontentement. Par exemple, il arrive fréquemment que Louis Bégin conteste amèrement une décision de Robert annoncée par courrier électronique en utilisant la fonction « répondre à tous ». Cependant, même s’il est d’abord professeur spécialisé en recherche, Robert essaie de garder son calme lorsque ce genre d’incident se produit. Il tente de rester au-dessus de la mêlée, car il n’est pas partisan de la recherche à tout prix et désire rétablir l’harmonie entre les deux camps.

Un événement déclencheur

Robert Lemire vous raconte également que le conflit entre les deux clans s’est amplifié récemment lorsqu’il a amorcé une campagne de recrutement intensif afin de renouveler le corps professoral vieillissant. En effet, lorsque le dossier d’un nouveau candidat est soumis au comité de recrutement de l’École, une majorité des professeurs du camp adverse le critiquent aussitôt. Cela démontre que chaque division tente de se développer au détriment de l’autre. Par exemple, aussitôt qu’Alain Gélinas a annoncé qu’il prévoyait prendre sa retraite dans les prochains mois, Mike Ross et quelques collègues ont commencé à exercer ouvertement des pressions sur Robert en vue de lui faire succéder un autre professeur spécialisé en recherche. Plusieurs professeurs de la division clinique se sont fermement opposés à ce dessein et n’ont pas omis de souligner à Robert que l’École de psychologie comptait déjà trop de chercheurs. Ils lui ont aussi rappelé que plusieurs jeunes chercheurs avaient été recrutés au cours des deux années précédentes, et ce, même si la recherche n’est pas la vocation première de l’établissement.

Ce climat négatif a nui au fonctionnement des différents comités de travail, qui sont maintenant pratiquement impossibles à gérer, car les insultes fusent de toutes parts durant les réunions. Le conflit se répercute également sur les étudiants qui sont souvent témoins de regards foudroyants et d’altercations verbales entre les professeurs dans les corridors de l’École de psychologie. De plus, les professeurs sont systématiquement dénigrés lorsqu’ils rendent publics les résultats de travaux supervisés. Par exemple, lors de la période de questions au terme de la présentation par un étudiant de son essai doctoral, plusieurs professeurs de la division de la recherche, dont Mike Ross, ont posé des questions pièges à l’étudiant et ont remis en question la validité de son travail afin de faire perdre la face à sa directrice, Isabelle Joncas. Ils ont notamment souligné qu’il « manquait cruellement de rigueur » et qu’il était « à plusieurs années-lumière d’être scientifique ».

Robert précise que la situation s’est tellement détériorée que Gilles Bilodeau, doyen de la Faculté des sciences sociales et homme très respecté au sein de l’université, lui a demandé d’intervenir, en prenant soin de lui préciser qu’il envisageait mettre l’École de psychologie sous tutelle si la situation n’était pas rétablie d’ici la fin du trimestre.

Des tentatives de conciliation infructueuses

Depuis sa rencontre avec le doyen, Robert a tenté – activement, mais en vain – de rétablir un climat d’harmonie au sein de l’École de psychologie par divers moyens. En effet, il a d’abord convoqué des réunions de groupe, dont la dernière réunissait l’ensemble des professeurs de l’École, en présence d’un intervenant spécialisé en communication organisationnelle. Il a retenu les services d’un consultant, car il croyait que celui-ci pourrait aider les professeurs à communiquer entre eux de façon plus respectueuse. Bien que ce dernier ait d’abord été accepté par tous les professeurs, il a toutefois perdu le contrôle de la réunion après que les leaders de chaque clan aient rapidement réussi à monopoliser la discussion.

Robert a également tenté une rencontre de médiation réunissant les leaders de chaque clan. Chacun avait la possibilité d’être accompagné d’un collègue de son choix. Louis Bégin s’est présenté avec Arthur McDuff, tandis que Mike Ross a été accompagné de Luis Hernandez. Robert avait plutôt confiance en cette procédure puisqu’il avait entendu qu’elle est particulièrement efficace pour concilier les intérêts des parties en cause et pour rétablir une certaine harmonie au sein du groupe. Cependant, malgré qu’il s’était longuement préparé à cette rencontre afin d’appliquer correctement les principes fondamentaux de la médiation, il s’est vite rendu compte qu’aucun compromis ne s’avérait possible entre les deux clans. Les professeurs ont quitté cette médiation infructueuse visiblement frustrés et encore plus amers envers ceux du camp adverse.

Par la suite, Robert s’est senti totalement dépassé par la situation, et c’est pourquoi il a décidé de faire appel à un expert en gestion de conflits : vous!

Un mandat difficile

Au terme de votre première rencontre, au cours de laquelle Robert vous a exposé la situation, celui-ci vous avoue son découragement et il doute qu’une intervention soit véritablement possible. Cependant, vous avez confiance de pouvoir résoudre ce conflit et décidez donc de sonder les professeurs de l’École en ligne pour prendre le pouls de la situation (voir annexes 4 et 5).

Question générale

La fin de l’année académique est dans 8 semaines. Que proposez-vous à Robert Lemire?

L'étude de cas complète
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  • Organigramme de l’École de psychologie
  • Spécialités et champs d’intérêt du corps professoral
  • Rangs professoraux à l’Université Bellone
  • Résultats du sondage
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  1. La liberté académique est une croyance sur la liberté d’expression qui veut que la liberté de recherche par les étudiants et le personnel universitaire soit essentielle à la mission des institutions du savoir, et que les érudits doivent avoir la liberté d’enseigner et de communiquer des idées ou des faits, peu importe qu’elles soient acceptées ou rejetées par des groupes politiques (source : Wikipedia).