Richard W. Pound, nageur olympique, comptable et avocat

Centre de cas HEC Montréal
Ce cas traite de leadership, de politique et de management retrace le parcours exceptionnel de Richard W. Pound (ou Dick pound), président de l’Agence mondiale antidopage (AMA) et membre du Comité international olympique (CIO).
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There is nothing passé about ethical principles, about respect for yourself and for others. The alternative is chaos and, ultimately, a return to lawlessness1. – Richard W. Pound

Trois mois après la clôture des Jeux olympiques d’Athènes, Richard W. Pound, président de l’Agence mondiale antidopage (AMA) et membre du Comité international olympique (CIO), s’insurgeait contre les coûts exorbitants que les Grecs avaient engagés dans l’aventure. À un journaliste du journal The Gazette, il affirmait le 5 octobre 2004 : « On n’a pas besoin de construire un stade de 200 000 places qui ne sera rempli que deux fois au cours de son existence2. » Il déplorait du même souffle la procrastination dont avaient fait preuve les Athéniens, soutenant qu’entre 1997, année où les Jeux ont été accordés au berceau de l’Olympisme, et l’an 2000, « rien n’avait été fait ».

Celui que l’on connaît davantage sous son diminutif anglo-saxon de Dick Pound n’en était pas à ses premières déclarations fracassantes. Il y a quatre ans, il avait fait la manchette pour avoir condamné haut et fort le scandale des pots-de-vin versés à des membres du CIO en appui à la candidature de Salt Lake City pour les Jeux d’hiver de 2002. Lors de ces mêmes jeux, il avait pourfendu ouvertement la décision de la juge française Marie-Reine Le Gougne, qui avait privé le couple Salé-Pelletier d’une médaille d’or que le monde entier lui avait accordée en direct à la télévision. Dix ans plus tôt, il avait dénoncé avec fracas, et avec la même vigueur, le parti pris, inacceptable à ses yeux, de l’arbitre en chef de la Fédération internationale de natation (FIN). D’origine américaine, celle-ci avait refusé, lors des Jeux de Barcelone de 1992, d’admettre le dysfonctionnement du tableau électronique, ce qui aurait dépouillé l’athlète des USA de sa médaille d’or au profit de la vraie championne de nage synchronisée, la Canadienne Sylvie Fréchette, victime d’une erreur d’affichage. Il avait soutenu chaque fois que ce n’étaient pas seulement quelques individus qui seraient universellement blâmés, mais que c’était tout le mouvement olympique, et en particulier le CIO, qui en seraient éclaboussés. Il craignait que les Jeux olympiques modernes, pour lesquels il éprouve un attachement viscéral, n’en soient mortellement discrédités.

Deux questions se posent. 1. Pourquoi ce membre en règle du CIO affiche-t-il sans vergogne et ouvertement sur la place publique, son intolérance aux accrocs à des principes dans lesquels il croit si profondément? 2. Pourquoi le CIO tolère-t-il en son sein cet empêcheur de tourner en rond, ce rare représentant du Nouveau Monde dans l’univers européen de l’Olympisme et qui ose de surcroît en égratigner le sacro-saint prestige? La réponse à ces deux questions se résume en trois mots : une crédibilité triplement blindée. En effet, Dick Pound est champion de natation, comptable agréé et avocat fiscaliste, dans l’ordre, trois atouts qui lui ont servi comme autant d’armes de poing tout au long de sa carrière.

Nager pour gagner

Richard William Duncan Pound est né à St. Catharines, en Ontario, le 22 mars 1942. Son père, William Thomas Pound, travaillait comme ingénieur à la Ontario Paper Company à Thorold, tout près de cette ville. Diplômé de l’Université Queen’s, il était marié à Jessie Edith Duncan Thom. William Thomas Pound était originaire de Kingston et Jessie Duncan Thom, de St. Catharines. Richard Pound est le fils aîné de cette famille qui comptera quatre enfants, trois garçons et une fille. En 1946, les Pound déménagent à La Tuque, dans le nord sauvage du Québec, où William Pound a accepté un autre emploi d’ingénieur à la Brown Corporation, devenue la Consolidated, puis la Consolidated Bathurst Company, et plus récemment, la société Avenor. La famille n’y restera que deux ans. Le petit Richard fréquente pendant un an la seule école primaire anglaise, située dans le quartier ouest réservé exclusivement aux familles des travailleurs cadres de l’entreprise. Ces derniers n’avaient que peu de rapports sociaux avec les ouvriers francophones qui résidaient avec leurs familles dans le quartier est.

En 1948, la famille entreprend un nouveau déménagement, beaucoup plus loin cette fois. William Pound est muté en Colombie-Britannique, plus précisément à Ocean Falls, où il poursuivra sa carrière d’ingénieur-cadre dans une autre entreprise de papier, la Pacific Mills Limited. C’est là que Richard W. Pound passera la majeure partie de son enfance et de son adolescence et où l’eau, la natation et l’olympisme prendront une place prépondérante dans sa vie.

Ocean Falls

Ocean Falls est aujourd’hui une ville fantôme, où vivent à peine 50 personnes, mais qui compta en ses beaux jours jusqu’à 3000 habitants. D’abord peuplée en 1906 par des colons japonais, Ocean Falls fut exploitée à partir de 1912 par la Pacific Mills Limited, fondée par un groupe d’industriels canadiens désireux d’y construire un moulin à papier (voir l’annexe 1). L’endroit présentait des atouts certains. La riche forêt avoisinante fournissait la matière première à profusion, et jouxtait une rivière bouillonnante, alimentée par des pluies abondantes3. Les eaux se jetaient du haut d’une falaise, en une chute fracassante, directement dans l’océan Pacifique.

Aujourd’hui, ce site spectaculaire possède une dimension mythique pour tout résident de la Colombie-Britannique. C’est en effet non loin de là, plus précisément à Bella Coola, que l’explorateur Alexander MacKenzie posa le geste fondateur de cette province. Il cherchait un passage fluvial direct qui aurait facilité le transport des peaux de castors vers le Canada, qui se terminait alors du côté est des Rocheuses, et vers Montréal qui constituait alors la plaque tournante du commerce des fourrures4. En 1789, après avoir découvert la rivière qui porte aujourd’hui son nom, il s’était résigné à franchir à pied la distance qui la séparait du Pacifique, déçu qu’elle n’y mena pas directement. Lorsqu’il aperçut l’océan, il grava de sa main, sur une grande pierre, l’inscription suivante, toujours visible plus de 200 ans plus tard : « From Canada by land. » Il était le premier Européen à traverser le continent américain au nord du Mexique. Les enfants des écoles d’Ocean Falls connaissaient tous l’histoire du héros Alexander Mackenzie et l’existence de cette pierre gravée, située près de chez eux.

Au début du XXe siècle, l’endroit réunissait les conditions optimales à l’exploitation d’un moulin à papier. Il permettait la construction d’une vraie ville d’entreprise, en amont de la rivière et à flanc de montagne, déjà en partie défrichée par les premiers colons japonais, et d’un moulin sur une étroite bande de terre plate longeant la côte. Enfin, l’érection d’un barrage, à même la chute, assurait la source d’énergie électrique nécessaire aux activités de coupe de bois et de la fabrication de pâte et papier (voir l’annexe 2). Pour l’entreprise, l’investissement était considérable et l’aventure audacieuse, mais les revenus espérés en valaient amplement le coût.

En 1948, lorsque William Pound y amène sa famille, l’entreprise de papier est florissante, bien que le village d’Ocean Falls demeure toujours totalement isolé du reste du monde. Situé à 480 kilomètres au nord de Vancouver, il n’est desservi par aucune route au-delà des limites circulaires du village. La seule façon d’y accéder est par mer. Un bateau fait la navette depuis Vancouver, au sud de la Colombie-Britannique, afin d’assurer l’approvisionnement du village, une fois par semaine. Le voyage dure 36 heures (voir l’annexe 3). L’autre moyen de s’y rendre, plus rare, plus coûteux et plus risqué, est par hydravion, mais on ne peut y transporter que quelques passagers à la fois et peu ou prou de marchandises.

Richard Pound a six ans lorsqu’il fait le voyage en bateau vers Ocean Falls, après avoir traversé le Canada d’est en ouest, depuis La Tuque, avec ses parents, ses deux frères et sa soeur. Après ce long périple, et une fois rendus sur place, les Pound s’installent dans cette ville d’entreprise où rien n’est épargné pour fournir aux employés et à leurs familles, une vie relativement normale. La population est largement homogène, constituée en grande majorité de cadres et d’ouvriers anglophones, sauf pour quelques descendants des colons japonais du début du siècle ayant survécu à la période de persécution qui sévissait contre les citoyens d’origine nipponne durant la Deuxième Guerre mondiale, notamment dans l’Ouest canadien.

Comme il était d’usage dans ce type d’exploitation, l’entreprise fournissait les maisons, l’approvisionnement et les infrastructures sociales de soins de santé, d’éducation et de divertis-sement. Sans doute conditionnée par l’environnement aquatique omniprésent, la Pacific Mills Limited avait fait construire une piscine de 60 pieds sur 25 pieds à l’intention de la population en général et des enfants des écoles. À la fin des années 1940, on avait fait venir un entraîneur de natation renommé du nom de George Gate, d’origine britannique, né à Carlisle en Angleterre. Richard Pound se souvient aussi d’un autre professeur, M. Rousseau, un francophone de Vancouver qui enseignait les mathématiques et qui avait déjà joué comme joueur professionnel de basket-ball. Grâce à un programme soutenu de compétition de haut niveau, mis en place par George Gate, Ocean Falls acquit vite la réputation de produire d’excellents nageurs d’élite, d’envergure internationale. Dans ces années-là, des champions comme Lenora Fisher, Alan et Sandy Gilchrist, les frères Portlance, Leo et Jim, gagnèrent d’importantes compétitions internationales de natation et se classèrent même aux Jeux olympiques de Londres en 1948 et d’Helsinki en 1952. Jusqu’en 1976, l’équipe canadienne olympique de natation compta toujours dans ses rangs un nageur qui venait de cette obscure petite ville d’Ocean Falls.

La famille y restera jusqu’en 1956, année des Jeux olympiques de Melbourne, pour lesquels George Gate entraîne ses meilleurs éléments. William Pound travaille très fort au moulin et acquiert la réputation d’un homme vaillant et responsable. Il est responsable de maintenir le niveau de l’eau du barrage (voir l’annexe 2). Il encourage ses enfants à faire du sport, mais pour lui, la natation n’est pas tout. C’est un homme instruit, qui transmet à ses enfants la nécessité d’acquérir une formation universitaire. Il rêve de tous les voir étudier un jour à l’Université Queen’s, son Alma Mater. Sa femme Jessie partage les mêmes valeurs que lui, mais pas pour les mêmes raisons; elle déplore n’avoir pas eu la chance de faire elle-même des études étant donné que ses parents, qui avaient dix enfants, n’avaient pas eu les moyens de lui payer des études supérieures.

En plus d’élever à temps plein ses quatre enfants, dont le petit Richard est l’aîné, Jessie Pound s’intègre pleinement à la vie du village et participe aux activités sociales et religieuses tout en voyant à ce que ses enfants, surtout Richard et Thomas, ses deux plus vieux qui ont commencé l’école, étudient bien. Elle soutient les efforts de l’équipe de natation à sa façon, faisant des tartes et des gâteaux qu’elle vend, avec les autres mères du village, aux foires de l’école pour financer les voyages en bateau des jeunes nageurs de George Gate.

Pendant huit ans, c’est-à-dire de l’âge de six ans à quatorze ans, Richard Pound suivra assidûment les cours de natation de son professeur devenu son modèle et son mentor. Il participe avec enthousiasme à toutes les compétitions de natation nationales et internationales qu’il lui propose. Il ira entre autres à Seattle, Portland, Spokane et Kelowna, où il se classera souvent premier avec ses frères Thomas, de 18 mois son cadet, et Robert. Il y voit une façon de sortir d’Ocean Falls, et de s’illustrer. Il s’en tire d’ailleurs très bien. Bien que plus maigre que la moyenne pour son âge, il maîtrise bien la technique révolutionnaire de George Gate qui consiste à propulser le corps dans un mouvement de balancement de gauche à droite, à la façon d’un kayak. Contrairement à la technique généralement enseignée à l’époque, le corps ondule latéralement alors que les bras bougent à peine dans l’eau, jouant en quelque sorte le rôle accessoire d’aviron. Dans cette nouvelle conception aérodynamique du corps, les jambes demeurent presque immobiles, laissant le corps se propulser en avant, dans un mouvement régulier. Comme une proue de bateau, la tête fend l’eau.

Pour Richard Pound, George Gate exerçait un leadership d’instinct basé sur une communication personnalisée. Il savait comment motiver ses nageurs, comment les amener à se surpasser en jouant sur différentes cordes sensibles correspondant aux traits de caractère de chacun. Une anecdote illustre bien comment George Gates réussit à piquer le jeune Richard Pound et à lui donner l’ambition d’aller au bout de ses talents. Anxieux de gagner la prochaine compétition de natation 50 verges qui se tenait à Vancouver, deux mois plus tard pour la catégorie des 11-12 ans, le jeune Richard, qui n’était en fait âgé que de dix ans, demande à son entraîneur de lui donner les records provinciaux du 50 verges pour cette catégorie. Il veut savoir quel résultat il doit viser pour gagner. À sa question, George Gate répond : « Je n’en ai aucune idée. Je connais le record mondial et peut-être le record du Commonwealth, mais le record de garçons, 50 verges, de Colombie-Britannique, ça ne nous intéresse pas à Ocean Falls5. » À partir de ce moment-là, Richard Pound visa le monde.

Cependant, après huit ans de vie dans ce village reculé, William Pound accepte un nouvel emploi, toujours comme ingénieur, mais cette fois au Québec, au moulin à papier de la St. Lawrence Corporation de Trois-Rivières. Il commence à travailler dans l’est du Canada vers le début de 1956, mais la famille reste en Colombie-Britannique jusqu’à la fin de l’année scolaire, à Vancouver. Pour l’adolescent de 14 ans qui avait été littéralement plongé, sept ans plus tôt, dans un univers enclavé, où tous les efforts convergeaient vers la compétition olympique, c’est encore une fois un changement draconien. Il sort d’une ville sans voiture, qui comptait à ce moment-là 3 000 habitants, pour aller vivre dans la métropole de la Colombie-Britannique. De la petite école privée et homogène de la Pacific Mills Limited, il entre dans la polyvalente John-Oliver High School où le nombre des élèves, soit 4 000 personnes, est plus élevé que la population totale de son ancien village.

À rebours d’ouest en est

La famille Pound reprend donc le chemin inverse et traverse encore une fois le Canada dans l’autre sens, vers le Québec, où le jeune Richard vit un autre choc, linguistique celui-là. Entre St. Catharines, où elle s’est arrêtée pour voir des parents, et Trois-Rivières, la famille séjourne quelques jours à Montréal, à l’hôtel Windsor, à l’angle de la rue Peel et du boulevard René-Lévesque, alors appelé Dorchester. Richard Pound, qui a 14 ans, se promène au Carré Dominion, situé en face de l’hôtel. En 1956, la guerre froide sévit entre les États-Unis et l’URSS et il en a vaguement entendu parler à la maison. En voyant la suite d’affiches placées autour du parc, il en déduit que Montréal est une plaque tournante de la défense civile, car il lit : « Défense… station… » Une fois rendu à Trois-Rivières où il apprendra quelques rudiments de français, il comprendra que ce qu’il croyait être des postes de défense militaire, étaient simplement des consignes d’interdiction de stationner…!

Son père ne restera pas longtemps en poste à Trois-Rivières. Dix-huit mois après son arrivée, il est promu à Montréal, d’où il dirigera l’exploitation de cinq moulins, ceux d’East Angus, de Dolbeau, de Trois-Rivières, de Red Rock en Ontario et de Donacona. Pendant cette année et demie que la famille passe à Trois-Rivières, Richard Pound sera placé directement en dixième année. Il devra faire rapidement du rattrapage en français et en mathématiques, deux matières qui, à Ocean Falls, commençaient après la neuvième année, ce qui n’était pas le cas dans les écoles du Québec. Mais il apprend vite et s’aperçoit qu’il possède une excellente mémoire. Il découvre aussi d’autres sports que la natation, bien qu’il continue de s’inscrire à des compétitions organisées par les scouts, ce qui lui permet de voyager dans d’autres villes du Québec. Il ira notamment nager à Shawinigan. Après l’épreuve, il nagera pour le plaisir dans une baie de la rivière Saint-Maurice entre les billes de bois marquées de différentes couleurs, selon qu’elles appartenaient à telle ou telle entreprise : jaune pour la St. Lawrence Corporation, rouge pour la CIP et bleu pour la Consolidated Paper.

Cet hiver-là, il tente de faire partie de l’équipe de hockey, mais comme il n’a jamais appris à patiner en Colombie-Britannique, on lui donne le poste de gérant de l’équipe et il est réduit à n’être que celui qui faisait pratiquer, tant bien que mal, le gardien de but substitut. L’été, il apprend à jouer au golf avec ses parents et en offrant ses services de cadet au Club de golf du Ki-8-eb. Il pratique également la bicyclette par temps de grands vents, se musclant les mollets dans la côte de la rue Des Forges qui mène au club de golf.

Un jour, il lit dans le journal Le Nouvelliste de Trois-Rivières que l’Université McGill organise une compétition de natation pour les écoliers, incluant des courses pour garçons de 15-16 ans, dont, inter alia, la compétition de 50 verges style libre. Comme son père voyageait beaucoup entre Trois-Rivières et Montréal, il lui demande la permission de participer à la compétition, « juste pour voir ». Son père accepte de l’amener à la date prévue. À la surprise générale, Richard Pound, qui n’est alors rattaché à aucune équipe officielle de natation, finit premier. C’était la première fois qu’il mettait les pieds à l’Université McGill. Tout le monde se demandait d’où il sortait. Ce fut une entrée pour le moins remarquée.

La famille arrive à Montréal, en juillet 1957. Richard Pound poursuit ses études secondaires au Mount-Royal High School et demande immédiatement à devenir membre de la Montreal Amateur Athletic Association (MAAA), qui compte une équipe de natation entraînée par le regretté Ed Healy. Avant de l’accepter, on lui fait passer une sorte d’audition en le faisant nager librement dans la piscine, mais on juge que son style ne correspond pas aux normes. Richard Pound demande alors de se mesurer avec d’autres nageurs de l’équipe. L’expérience sera évidemment concluante et la nouvelle recrue deviendra rapidement une vedette du MAAA de la rue Peel. On jugea qu’après « quelques ajustements de style », ce jeune aurait du potentiel…

Après ses études secondaires, il est admis directement à l’Université McGill en commerce. Tout au long de ses années de formation, Richard Pound mènera de front ses études universitaires et sa carrière de nageur d’élite. En 1959, il participe aux Jeux panaméricains à Chicago, comme membre de l’équipe canadienne.

Au printemps de l’année suivante, il cherche à obtenir un emploi d’été afin de contribuer aux coûts de ses études et à ceux reliés à son éventuel voyage à Rome, à l’automne suivant, où il rêve de participer aux Jeux olympiques. Pour être surveillant de baignade, il faut obtenir le diplôme de water safety instructor décerné par la Croix Rouge. Il s’inscrit, ne prévoyant aucune difficulté. La première étape est le triage des candidats par un test de natation. Richard Pound s’exécute devant le surveillant qui l’observe attentivement, carnet de notes en main. À sa grande surprise, il échoue. Étonné, il demande une explication : « Comment se fait-il que j’ai échoué le test d’aptitude en natation? » On lui répond : « Selon notre manuel, il faut nager avec 50 % des bras et 50 % des jambes. Vous, vous avez 95 % des bras et 5 % des jambes. C’est complètement hors-norme. Vous ne vous qualifiez pas pour suivre le cours de water safety instructor. Out! » Richard Pound proteste et propose de passer une épreuve de natation avec le candidat qui s’était le mieux classé « by the book ». Sur son insistance, on accepte.

Sur la ligne de départ, il y avait le premier du classement selon la Croix Rouge et moi, qui avait échoué l’épreuve. Nous avons fait une course de 200 verges, que j’ai gagnée haut la main. À la fin, on a accepté que je suive le cours de water safety instructor, mais on a insisté pour dire que c’était une exception. Quelques semaines plus tard, je me rendais aux Jeux olympiques de Rome, où je me suis classé sixième au monde, aux finales de natation. Mais je crois que le manuel de la Croix Rouge n’a pas changé.

Richard Pound avait dû s’absenter de ses cours en commerce pendant quelques semaines, à cause des Jeux olympiques de Rome pendant l’automne 1960. Sa participation à ces Jeux olympiques fut la réalisation d’une ambition de jeunesse, inspirée par son premier entraîneur d’Ocean Falls, George Gate. Il se classa deux fois finaliste, finissant quatrième au 400 mètres relais, et sixième au monde au 100 mètres style libre. Il sera le seul Canadien, en 1960, à participer à deux finales. À son retour, il mettra les bouchées doubles dans ses études. De janvier 1961 à mai 1962, il reprendra ses cours à McGill pour obtenir son Baccalauréat en commerce. L’automne suivant, il participera aux Jeux du Commonwealth en Australie, où il obtiendra une médaille d’or, une médaille de bronze et deux médailles d’argent. Ce sera sa dernière compétition internationale. Désormais, la natation cède entièrement le pas aux études.

Trois diplômes en trois ans

À mesure que les mois passent, un problème d’orientation professionnelle se présente à Richard Pound. Il a toujours pensé qu’après son Baccalauréat en commerce et l’obtention de son titre de comptable agréé, il ajouterait à son curriculum vitæ une autre formation universitaire. Choisira-t-il de faire un MBA, un choix très populaire à l’époque, ou deviendra-t-il avocat? Toutes les options lui sont ouvertes, puisqu’il obtient toujours d’excellentes notes à ses examens.

Richard Pound affirme aujourd’hui que c’est le hasard qui l’a fait pencher pour la deuxième option. À l’époque, il travaillait l’été comme stagiaire comptable chez Riddel, Stead, Graham & Hutchison, un cabinet de comptables d’origine écossaise, qui formera plus tard une constituante de KPMG. On y appréciait grandement son travail. Il aurait pu poursuivre une carrière dans le domaine de la gestion d’entreprises, avec une spécialisation en comptabilité, mais comme il fréquentait une jeune fille dont le père était juge à la Cour d’appel du Québec, l’univers du droit lui était pour ainsi dire quelque peu entrouvert. Par curiosité, il était allé dans la classe d’un célèbre juriste, Me Stuart Willis, futur juge à la Cour supérieure du Québec, dont les cours étaient très populaires à McGill. Richard Pound prendra goût au droit, qu’il juge plus intéressant que la comptabilité dont il apprécie néanmoins la rigueur. Il poursuit ses études en commerce et se prépare à devenir comptable agréé, mais il ne repousse pas l’idée de devenir un jour avocat.

Au Québec, dans les années 1960, il était impossible d’être inscrit au tableau des membres du Barreau du Québec si on ne possédait pas un Baccalauréat ès arts, ce qui supposait des études de latin et de philosophie. Ne se laissant pas décourager pour autant, il s’inscrit en septembre 1962 à l’Université Sir-George-Williams, qui s’associera plus tard au Collège Loyola pour former l’Université Concordia. On y offrait des cours d’« humanités », c’est-à-dire des matières comme la philosophie, la littérature, l’histoire et le latin, soit le cursus normal menant à l’obtention d’un Baccalauréat ès arts, qui lui est décerné en 1963. Parallèlement à ses cours à Sir-George-Williams, il suit les travaux pratiques en comptabilité offerts par l’Université McGill en vue de l’examen uniformisé des comptables agréés. Il réussira l’examen de 1964 et pourra désormais porter le titre professionnel de « comptable agréé ».

Tout au long de ses études en commerce et en comptabilité, Richard Pound prend le temps de suivre des cours dans d’autres matières complètement étrangères à son cursus régulier. Comme observateur, « juste pour s’amuser », il ira dans les classes de chimie industrielle reliée à la foresterie et à la croissance des arbres, un relent des préoccupations de son père. Il se pointera dans les classes de psychologie, de littérature ou de sociologie de vedettes de l’époque comme McLennan, Dudek, Virginia Douglas et Donald Hebb, un psychologue réputé de McGill. Il se frottera aux théories de Freud, Adler, Sheldon et Jung, de même qu’aux courants littéraires romantiques et victoriens qu’il apprécie particulièrement. Cet intérêt pour la chose intellectuelle et l’écrit se maintiendra tout au long de sa vie puisqu’aujourd’hui, Richard W. Pound peut s’enorgueillir d’être l’auteur, jusqu’à maintenant, de pas moins de cinq livres : un essai, Five Rings over Korea, The Secret Negotiations Behind the 1988 Olympic Games in Seoul (1994), une biographie, Chief Justice W. R. Jackett, By the Law of the Land (1999), un livre d’histoire, Stikeman Elliott: The First Fifty Years, traduit en français sous le titre Stikeman Elliott, les cinquante premières années (2003), un recueil de citations choisies, High Impact Quotations (2004), et le dernier sorti des presses, Inside the Olympics: A Behind-the-Scenes Look at the Politics, the Scandals, and the Glory of the Games (2004). Un sixième livre est en gestation : Canadian Facts and Dates, un ouvrage de référence de 1200 pages répertoriant les faits saillants dans tous les secteurs d’activité au Canada.

Mais pour l’instant, c’est un étudiant à temps plein. L’année 1964 étant celle des Jeux olympiques de Tokyo, Richard Pound, qui est maintenant âgé de 22 ans, doit prendre une décision. Après mure réflexion, il renonce à se présenter une deuxième fois aux Jeux olympiques d’été, pour s’inscrire en première année à la faculté de droit de McGill. Trois ans plus tard, il recevra son diplôme de B.C.L. Il sera admis au Barreau du Québec en 1968 et au Barreau de l’Ontario en 1980.

Aujourd’hui, Richard Pound est très heureux d’avoir choisi le droit plutôt que des études de MBA. En comptabilité, il trouve qu’« on vérifie toujours le travail d’un autre », alors qu’en droit, il est possible « d’aider le client à faire ce qu’il veut » en se servant de la loi. Selon lui, le droit est une discipline aussi rigoureuse que la comptabilité, mais elle laisse plus de place à la créativité et à l’invention.

Avocat fiscaliste

Pendant ses études de droit, Richard Pound travaille, durant sa première année, comme étudiant dans le cabinet d’avocats Stikeman Elliott. C’est là qu’il rencontre pour la première fois Me Heward Stikeman, l’associé principal et fondateur, qui lui fait une forte impression. L’été suivant, il retourne au cabinet d’experts-comptables qui l’avait déjà embauché comme stagiaire quelques années auparavant. Après sa deuxième année de droit, Richard Pound est recruté comme stagiaire par le cabinet d’avocats montréalais McCarthy Tétrault, qui s’appelait alors Chishom, Smith, Davis, Anglin, Laing, Weldon & Courtois. Après avoir passé les examens du Barreau, il y fera officiellement son entrée comme avocat en 1968. Il s’y spécialisera immédiatement en droit des affaires. Sa formation en commerce et en comptabilité lui donne une longueur d’avance sur ses jeunes collègues avocats qui ont des formations en science politique, en histoire ou simplement en droit. Pendant quatre ans, de 1968 à 1972, on lui confie des dossiers complexes où il est à l’aise avec les incidences comptables des enjeux juridiques. Son avenir comme avocat d’affaires y est assuré.

En 1966, la Commission royale d’enquête sur la fiscalité, connue sous son nom abrégé de Commission Carter, propose une refonte presque révolutionnaire du système fiscal au Canada. En 1971, le gouvernement fédéral adopte une loi en ce sens, qui édicte de nouvelles règles en matière de fiscalité. Richard Pound considère que c’est l’occasion rêvée pour McCarthy Tétrault de développer une nouvelle expertise en ce domaine et de rattraper le cabinet Stikeman Elliott qui s’était fait un créneau en fiscalité des affaires depuis sa fondation en 1952. Il rencontre l’associé directeur de McCarthy Tétrault, Me Jacques Tétrault, et lui soumet son projet. Celui-ci lui répond par un non catégorique, arguant que ce serait trop compliqué et trop risqué de s’aventurer dans un domaine dont les développements étaient encore inconnus. Il craignait que les comptables accaparent rapidement ce nouveau champ et ne laissent aux cabinets d’avocats que peu d’espace de manœuvre. Même si Richard Pound s’engage à s’occuper de la mise sur pied et du développement d’un nouveau département de fiscalité, avec son aide comme mentor, Jacques Tétrault lui fait comprendre que son idée ne sera pas retenue et qu’il n’a qu’à continuer à faire son travail d’avocat d’affaires comme avant.

C’était mal connaître Richard Pound, qui refuse d’en rester là. Il ne fait ni une ni deux. Des années plus tard, en préface à son livre sur l’histoire de Stikeman Elliott, Richard Pound révèle les détails des circonstances qui l’auront amené à quitter McCarthy Tétrault pour aller chez Stikeman Elliott.

À cette époque, les avocats changeaient rarement de cabinet, surtout à l’échelon où je me trouvais encore (un peu plus de trois ans au Barreau). Les cabinets acceptaient mal que d’autres viennent leur enlever leurs effectifs de talent. Au début du mois de décembre, j’ai téléphoné à Jim Grant [associé principal chez Stikeman Elliott], avec qui j’avais joué au bridge de tournoi les mercredis soirs à l’Association des gymnastes amateurs de Montréal [MAAA]. Je l’invitai à prendre le lunch à l’Association en lui précisant bien, pour préserver les relations entre les deux firmes, que c’est moi qui l’invitais, et non le contraire. La rencontre s’est déroulée de manière quelque peu saugrenue, comme cela arrivait parfois avec lui, et a été suivie d’une promenade dans la neige autour du carré Dominion. Il a été vite entendu que j’allais joindre le cabinet le mois suivant. J’ai fait savoir à Peter Laing et à Jacques Tétrault que j’avais décidé d’aller tenter ma chance ailleurs. J’arrivais donc au cabinet au moment où le nouveau régime fiscal allait être mis en place6.

Trente-deux ans plus tard, Richard W. Pound y est toujours. Aujourd’hui, il est en litige pour les dossiers reliés au droit de l’impôt sur le revenu. Il est l’avocat responsable de toutes les grandes causes qui sont portées devant les tribunaux en ce domaine. Il plaide, surtout en anglais, devant les tribunaux fédéraux où se déroule ce genre de procès.

Richard Pound est très heureux dans ce rôle de plaideur fiscaliste, qui lui permet de mettre à profit sa double formation de comptable agréé et d’avocat. Un de ses atouts est sa capacité de rendre compréhensibles les enjeux fiscaux et juridiques complexes aux yeux des juges « qui ne sont pas des fiscalistes ». Mais surtout, il aime la culture de son cabinet pour qui la mission première est la suivante : « Aider les clients à faire ce qu’ils veulent en se servant de la loi » (voir l’annexe 4). Il souligne que Stikeman Elliott a toujours considéré que les besoins et les volontés de ses clients passent avant toute autre considération et que la loi de même que ses fondements juridiques et fiscaux doivent être appliqués de façon à être mis au service des objectifs d’affaires de ses entreprises clientes. Stikeman Elliott en a fait sa marque distinctive, et elle correspond tout à fait à la philosophie professionnelle de Richard Pound pour qui l’exercice de ses deux professions de comptable agréé et d’avocat fiscaliste est une occasion d’être créatif et inventif.

Parallèlement à sa carrière d’avocat, Richard Pound a été amené par les circonstances à devenir membre du Comité international olympique qui lui confiera, au fil des ans, tous les dossiers épineux et controversés. Mais contrairement à ce qui est arrivé dans sa carrière d’avocat, il n’a pas cherché à s’y faire nommer. Ce sont les circonstances de sa vie d’« athlète amateur » qui l’y ont amené naturellement.

Une double vie olympique

Pendant toutes ses années d’études universitaires, Richard Pound a continué à faire du sport intensément. De la natation, bien sûr, à titre de nageur des équipes de McGill, du MAAA et de Sir-George-Williams7, mais également comme joueur de squash. Au MAAA, ce sport de raquette était et est toujours très populaire. Plus rapide que le tennis, il nécessite des installations moins importantes. Dans un cube fermé, les joueurs lancent à tour de rôle une petite balle noire et dure, sur quatre murs. Comme le rebond est faible, le joueur doit frapper de toutes ses forces avec une longue raquette munie d’un petit panier circulaire de boyaux tendus serrés. L’exercice est violent, intense et bref (une partie dure en moyenne une heure). Le squash aiguise les réflexes et augmente l’endurance physique. En peu de temps, les joueurs s’épuisent mutuellement à frapper, à courir et à transpirer dans cet espace fermé. Richard Pound découvre le squash au MAAA et il s’y adonnera sérieusement en participant pendant 20 ans à des tournois nationaux et internationaux. Avec le temps, le squash, qui n’est toujours pas une discipline olympique, remplacera la natation dans sa vie d’athlète amateur post-olympique. Il continue toutefois à s’intéresser à son ancienne discipline en devenant membre, puis trésorier de la section québécoise de l’Association canadienne de natation amateur. Il sera entraîneur de natation au Collège Saint-Laurent et aura le grand plaisir de voir un de ses athlètes, Michel Grignon, battre le record d’étudiants de secondaire en 200 verges style libre. Il agira également comme « starter » et comme juge officiel dans les compétitions nationales. On lui fait confiance, « parce qu’il connaît tous les trucs des nageurs et des entraîneurs ».

Tous les matins ou presque, Richard Pound prend son petit déjeuner au MAAA. Il y rencontre d’autres étudiants sportifs, des hommes d’affaires ou des avocats désireux de s’entraîner et de se garder en forme. Il y fait la connaissance des membres et des administrateurs de l’Association olympique canadienne (AOC), qui y mangent chaque jour. En avril 1967, année de l’Exposition universelle de Montréal (l’« Expo »), l’un d’entre eux propose à Richard Pound de devenir secrétaire de l’AOC, qui prendra plus tard le nom de Comité olympique canadien (COC). Il remplace Howard Radford, qui devient président. Cette année-là, il y a beaucoup de fébrilité au MAAA, car la Compagnie de la Baie d’Hudson a offert à l’AOC un pavillon à l’Expo, où elle logera son siège par la suite. Cet administrateur de l’AOC avait remarqué les qualités sportives du jeune Richard Pound et son enthousiasme à pratiquer la natation et le squash. Quand il apprit qu’il était comptable agréé et qu’il serait bientôt diplômé de McGill en droit, il jugea que même s’il était très jeune (Richard Pound avait alors 25 ans), il ferait un excellent secrétaire pour l’AOC. Richard Pound accepte l’offre. Au cours de cette année-là, il assistera à toutes les réunions et s’initiera à l’administration des activités qui relèvent de l’AOC. Il apprend en même temps à connaître la structure des différentes fédérations sportives canadiennes et le mode de fonctionnement de l’organisme.

En 1968, Howard Radford démissionne comme président de l’AOC. Son remplaçant réside à Vancouver, mais le siège reste toujours à Montréal. À titre de secrétaire, Richard Pound devient l’homme indispensable qui s’occupe des dossiers sur place, notamment de tout ce qui entoure la candidature canadienne pour la tenue des Jeux olympiques de 1976. Trois villes canadiennes se font concurrence pour recevoir les Jeux d’été : Toronto, Montréal et Hamilton. Trente-six personnes ont le droit de vote à titre d’administrateurs de l’AOC. Lorsque le vote secret a lieu, c’est Richard Pound, à titre de secrétaire, qui comptera les bulletins. Au premier tour, le résultat est le suivant : 17 voix pour Toronto, 17 voix pour Montréal et 2 pour Hamilton. Un deuxième tour est nécessaire entre les deux villes finalistes. Nouvelle élection, nouveau comptage. Cette fois, le résultat sera légèrement différent : 17 voix pour Toronto et 19 voix pour Montréal. Les votes pour Hamilton sont allés à la candidature de Montréal.

À partir de cette année-là, les choses s’accéléreront pour Richard Pound. L’annonce du choix de la Ville de Montréal comme futur site des prochains Jeux olympiques de 1976 réjouit tous les Montréalais et surtout le maire Jean Drapeau, qui avait usé de tout son poids politique et de ses réseaux internationaux pour faire valoir la candidature de « sa » Ville. Tout en entreprenant sa carrière d’avocat chez McCarthy Tétrault, Richard Pound suit de près tout ce qui entoure les activités du Comité organisateur des Jeux olympiques (COJO). En 1972, le président de l’AOC, devenue le Comité olympique canadien (COC), qui réside toujours à Vancouver, renouvelle son mandat de quatre ans, ce qui le mènera jusqu’à la tenue des Jeux de Montréal.

Pendant neuf ans, ce sera Richard Pound qui verra à maintenir le bon fonctionnement de la permanence du COC et à éteindre les feux, de plus en plus nombreux au fur et à mesure que la date de la cérémonie d’ouverture approchait. En spectateur attentif, il a été un témoin privilégié, mais impuissant de tout ce qui a entouré la construction du stade olympique, placée sous le chapeau de la Régie des installations olympiques (RIO) mise sur pied par le gouvernement du Québec, depuis les retards dans la construction jusqu’à l’augmentation faramineuse des coûts. Il a eu vent des négociations des droits de télévision que le COJO menait par l’entremise de son porte-parole Paul Desrochers, un organisateur politique influent auprès du premier ministre Robert Bourassa. Le COJO obtiendra 35 millions de dollars pour la diffusion de tous les droits de télévision des Jeux olympiques de Montréal dans le monde, un record historique pour l’époque. De son poste d’observation du COC, Richard Pound prend discrètement note des événements, mais il n’en pense pas moins.

Pendant les deux semaines que dureront les Jeux d’été de 1976, il a l’occasion de rencontrer à plusieurs occasions les membres du Comité international olympique, présidé par Michael Morris Lord Killanin depuis 1972. À la fin des Jeux de Montréal, le président du COC, qui a effectué ses deux mandats maximums, démissionne. Il faut trouver un remplaçant. Après consultation auprès des membres et des administrateurs du COC, le nom de Richard Pound est proposé et accepté. Ce dernier deviendra donc officiellement président du Comité olympique canadien en 1977. Un an plus tard, Lord Killanin lui offre de devenir membre du Comité international olympique (CIO), ce qu’il accepte avec enthousiasme. Âgé de 36 ans, il est le plus jeune de ses membres.

Les dossiers épineux

Après les jeux d’été de Montréal, le CIO se prépare fébrilement à la tenue de ses prochains Jeux d’hiver à Lake Placid et de ses Jeux d’été à Moscou. Depuis les Jeux d’été de 1972 à Munich, le mouvement olympique était tristement devenu une cible politique privilégiée. Profitant de la couverture médiatique exceptionnelle d’une telle tribune, le mouvement terroriste Septembre noir avait attaqué le village des athlètes et pris en otage tous les membres de la délégation d’Israël, réclamant en échange la libération d’autres terroristes anarchistes détenus en Allemagne. L’issue fut dramatique. Tous les athlètes israéliens furent tués lors d’un assaut manqué de la police munichoise et des forces armées allemandes. Les Jeux de Munich s’étaient poursuivis, mais l’ombre lugubre de cette tragédie avait plané sur toutes les compétitions.

Lors des Jeux de Montréal, l’événement qui vint ternir le déroulement des compétitions fut le boycottage de l’Afrique en signe de protestation à la politique de l’Apartheid relativement aux tournois de rugby se déroulant en Nouvelle-Zélande, dont le gouvernement refusait de prohiber les matchs de rugby contre les joueurs sud-africains. Il en fut de même aux Jeux de Moscou où la trêve politique fut brisée par le boycottage de pays comme les États-Unis, le Japon, le Canada et d’autres pays alliés aux Américains, en protestation contre l’envahissement de l’Afghanistan par le régime soviétique8.

Comme nouveau président du COC, Richard Pound doit prendre position sur le boycottage éventuel des Jeux de Moscou par le Canada. Les enjeux sont complexes. Les États-Unis exercent des pressions sur le gouvernement canadien en faveur du boycottage, mais selon Richard Pound, le Canada aurait tort de l’appuyer, car un tel geste minerait ses chances d’obtenir la tenue des Jeux d’hiver de 1988 à Calgary, pour laquelle le vote doit se tenir l’année suivante. Par contre, les États-Unis s’attendent à ce que leur voisin du nord imite leur geste par solidarité nord-américaine. Le gouvernement canadien décide finalement de boycotter les Jeux. Richard Pound est déçu. Il s’était prononcé officiellement contre le boycottage de l’événement au nom des athlètes qui, à ses yeux, ne doivent jamais servir d’otages politiques. Il se préoccupe de leurs espoirs déçus, de leurs rêves brisés. Encore aujourd’hui, la position de Richard Pound au sujet des boycottages des Jeux olympiques est claire : le boycottage atteint le but contraire de ce que les gouvernements visent; plutôt que d’atteindre les pays hôtes, ils punissent leurs propres athlètes innocents et se privent de la renommée associée à la participation aux Jeux olympiques, la célébration pacifique la plus importante au monde.

Après les Jeux de Moscou, les coffres du CIO sont à sec, car les droits de télévision qui devaient provenir en grande partie des États-Unis n’avaient pas donné leurs fruits escomptés. C’est à ce moment-là que Juan Antonio Samaranch remplace Lord Killanin à la tête du CIO. Trois mesures s’imposent alors d’urgence si on veut sauver les Jeux olympiques modernes. Il faut atteindre l’autonomie financière, unifier le mouvement olympique et le rendre plus universel. En premier lieu, il importe de reprendre le contrôle des négociations pour les droits de télévision et trouver d’autres sources de revenus pour le CIO, deux dossiers en particulier pour lesquels le nouveau président fera amplement appel à Richard Pound.

Droits de télévision

Au début, quand les compétitions olympiques ont commencé à être montrées à la télévision, c’étaient les Comités organisateurs des Jeux olympiques (COJO) de chaque pays hôte qui négociait directement les droits, avec le consentement bienveillant du CIO. C’est ce qui s’était produit, par exemple, pour les Jeux de Montréal en 1976. Après que Samaranch est devenu président en 1980, il imposa aux COJO des différents pays participants que les droits soient négociés conjointement avec le CIO. Puis, au fil des années, les négociations se faisaient d’abord par le CIO, et les revenus étaient partagés conjointement avec les COJO. Aujourd’hui, le CIO négocie seul les droits, qui sont distribués selon des proportions très précises avec les COJO et entre les différentes fédérations internationales de sport et les comités nationaux olympiques des pays qui participent aux Jeux. Les droits de télévision sont répartis en deux parts : 50 % au COJO du pays hôte et 50 % au CIO qui garde le tiers de cette tranche et distribue les deux autres tiers également entre les Fédérations internationales et le Comité national olympique du pays hôte9.

En 1983, deux ans après avoir pris les rênes du CIO, Samaranch met sur pied le Comité de négo-ciation des droits de télévision et y nomme Richard Pound comme président. Ce dernier restera en poste jusqu’en 2001. Sous sa gouverne, les droits, qui étaient de moins de 1,2 million de dollars US à Rome, en 1960, ont augmenté de façon exponentielle, passant de 100 millions de dollars US à Moscou en 1980, à deux milliards prévus à ce jour pour Beijing, en 2008 (voir l’annexe 5). L’ampleur de ces revenus indépendants qu’il a réussi à obtenir permet à Richard Pound de réfuter les arguments des détracteurs du mouvement olympique qui soutiennent que les Jeux sont ruineux pour les contribuables des pays hôtes. Si ces derniers s’en tiennent à une gestion serrée des dépenses soutient Richard Pound, les importantes entrées d’argent provenant des droits de télévision et d’autres sources devraient assurer un autofinancement des coûts d’organisation des Jeux. On comprend sa colère du 5 octobre 2004, lorsqu’il dénonça les coûts faramineux de la construction du stade d’Athènes. Les efforts qu’il a déployés pendant près de 20 ans pour négocier des droits et des revenus les plus élevés possible doivent servir le mouvement olympique et les athlètes, et non constituer seulement un budget de départ à toutes les extravagances.

Autres revenus : les commandites

Les Jeux de Moscou avaient souffert cruellement du boycottage dirigé par les États-Unis. Non seulement pour la qualité des compétitions, qui étaient privées d’athlètes américains d’élite dans toutes les disciplines, mais surtout parce que les droits de télévision provenaient et proviennent toujours en majorité de ce pays. Samaranch comptait bien régler ce problème de dépendance du mouvement olympique envers un seul pays. Il confia à des comités l’étude de différentes possibilités d’ententes de sponsorship avec des entreprises de l’industrie du sport. Le cas d’ISL, une entreprise contrôlée par la famille Dassler, propriétaire à l’époque de la société Adidas et largement commanditaire de la Fédération internationale de soccer, pouvait servir de référence. Même pour certains Jeux, des entreprises comme Kodak, Fuji et Coca-Cola avaient déjà obtenu des commandites ponctuelles avec des COJO et donnaient un aperçu des immenses possibilités financières d’une telle avenue.

En 1983, Samaranch met officiellement sur pied la Commission des nouvelles sources de finan-cement, maintenant la Commission de marketing, chargée d’envisager des commandites pour le CIO lui-même, pour les CNO et pour les COJO. Les droits sur l’utilisation du logo des cinq anneaux, notamment, constituèrent un dossier capital. En 1985, lors d’une réunion du Comité exécutif du CIO auquel siégeait Richard Pound depuis 1983, Samaranch le nomma à brûle-pourpoint président de cette Commission. Protestant qu’il préférait s’en tenir à son rôle de membre du Comité exécutif et de président du Comité des droits de télévision, Richard Pound dut se plier au mot d’ordre de Samaranch qui connaissait son efficacité, son honnêteté et son ferme parti pris pour les athlètes.

Le programme que Richard Pound mettra sur pied, mieux connu sous son nom abrégé de TOP, sera nommé simplement le Programme olympique, ou en anglais, The Olympic Program. Organisé à trop court avis pour porter tous ses fruits aux Jeux d’été de Séoul et d’hiver de Calgary en 1988, le TOP sera parfaitement rodé pour les Jeux d’Albertville et de Barcelone en 1992. Comme pour les droits de télévision, les revenus ont augmenté de façon exponentielle en 20 ans, passant de 95 millions de dollars en 1985 à plus de 700 millions de dollars US en 2004. Comme les droits de télévision, les revenus sont répartis en deux tranches de 50 %, une première aux COJO des pays hôtes : soit approximativement les deux tiers pour les Jeux d’été et le tiers pour les Jeux d’hiver. L’autre tranche de 50 % est répartie en deux parts : 80 % va aux Comités olympiques nationaux et 20 % au CIO. À ses détracteurs puristes qui objectaient que la commercialisation du sport pouvait entacher les Jeux, Richard Pound répondit, en 1994, dans un exposé intitulé The Commercialism of Sport: Dilemma or Delivrance. Il y soutient que le mouvement olympique doit, au contraire, trouver des sources de revenus en dehors des gouvernements pour assurer l’indépendance qui lui est nécessaire pour tenir des Jeux libres de toutes pressions nationales et internationales (voir l’annexe 6).

On soupçonne que tout au long de la mise en place de ce programme hautement lucratif, les négociations entre les différentes parties intéressées (le Comité international olympique, les Comités organisateurs nationaux, les Comités olympiques nationaux, les Fédérations sportives internationales, etc.) et les discussions portant sur leurs parts respectives de ce nouveau gâteau ont fait l’objet d’âpres luttes. Les pourparlers avec les différentes grandes sociétés multinationales, américaines ou autres, comportèrent également des complexités presque inextricables, que Richard Pound voyait à démêler. Aujourd’hui, en 2004, le programme TOP est appliqué sans trop de contestation, car dans l’attribution des parts, la Commission de marketing a voulu être équitable envers chaque partie intéressée, tout en reconnaissant la contribution de chacune. Les consensus ont été atteints de haute lutte et, en fin de compte, Richard Pound peut s’en attribuer largement le mérite.

D’autres sources de revenus ont été imaginées comme l’octroi de licences ou la production et la vente de produits dérivés du Centenaire des Jeux olympiques. Ces apports ne sont pas négligeables, mais ne constituent qu’une faible portion par rapport aux droits de télévision et au programme TOP (voir l’annexe 7).

Parmi ses dernières actions, Samaranch avait institué une nouvelle commission en lien avec les nouvelles technologies. Avec le développement de l’Internet, de plus en plus d’internautes avaient gratuitement accès aux compétitions télévisées, à partir des sites Web des différentes chaînes. La Commission des médias interactifs a donc été mise sur pied afin de s’assurer que les droits de télévision soient respectés, ce qui suppose des interdictions, à l’échelle de la planète, de diffuser les compétitions par Internet. La complexité d’un tel dossier appelait une vigilance sans faille. Encore une fois, c’est à Richard Pound que Samaranch fera appel en le nommant président. Comme les nouvelles technologies se développent à un rythme effréné, cette commission aura sans doute, au cours des prochaines années, à faire preuve de créativité et d’inventivité afin de prévenir l’érosion du bassin de téléspectateurs. Richard Pound a prouvé depuis les quelque 50 ans qu’il est associé au mouvement olympique, qu’il ne manque ni de l’une, ni de l’autre.

Le scandale de Salt Lake City

Les dernières années du règne de Samaranch ont été entachées par le scandale de corruption lié au choix de la ville de Salt Lake City. Des journalistes d’enquête avaient révélé, en 1998, que quelques membres du CIO avaient accepté des pots-de-vin ou des avantages matériels indus en échange de leur vote. Samaranch prit les premières mesures qui s’imposaient. Il mit sur pied une Commission d’enquête qui devait confirmer que certains membres du CIO avaient fait des visites préalables du site et fait l’objet de tentatives de corruption. Ces allégations, fondées ou non pour certains membres, jetaient un énorme discrédit sur le mouvement olympique, mais surtout sur le CIO, d’autant plus que ce scandale survenait à peu près en même temps que les nombreux autres scandales entourant le dopage des athlètes.

Pris par surprise, Samaranch n’avait pas eu le temps de prévoir le coup. Bien qu’il n’eût rien à voir, directement ou indirectement, avec ces malversations, sa crédibilité en tant que président responsable du CIO en fut tout de même irrémédiablement attaquée.

Une plaie moderne : le dopage

Lorsque Pierre Frédy, Baron de Coubertin, organisa les premiers Jeux olympiques modernes en 1896 à Athènes, celui qui gagna la médaille d’or du marathon était un berger grec âgé de 24 ans, qui était allé courir entre deux pâturages. Il s’appelait Spyridon Louis. L’esprit était à l’insouciance, à la célébration désintéressée du sport amateur et à la beauté du corps humain, comme dans l’Antiquité. Douze pays y avaient envoyé quelque 400 athlètes pour les représenter. Cent huit ans plus tard, pour les Jeux olympiques de 2004, Athènes accueillait 11 000 athlètes pratiquant 28 sports et représentant plus de 200 pays. Pendant les deux semaines que dura l’événement, quatre milliards de téléspectateurs suivirent les compétitions à la télévision. Beaucoup de chemin a été parcouru en un peu plus de cent ans, mais la fête au village a fait place à un énorme événement international où beaucoup d’argent est en jeu.

Le problème du dopage qui a fait plus récemment les manchettes des journaux n’est pas un phénomène nouveau des Jeux olympiques. Déjà en 1956, des entraîneurs américains et autres avaient commencé à tester la testostérone sur leurs athlètes de pistes et pelouse. Quelques années plus tard, une nouvelle substance, la dianabol, fit son apparition. Lorsqu’un cycliste danois mourut d’une surdose d’amphétamine lors des Jeux olympiques de Rome en 1960, on commença sérieusement à s’inquiéter pour la santé des athlètes. Après quelques années d’hésitations, la Commission médicale du CIO fut mise sur pied avant les Jeux d’hiver de Grenoble de 1968 et y a commencé un programme d’application de contrôles anti-dopage. Son rôle était de faire systéma-tiquement des tests de dépistage et de dresser une liste des substances interdites. On en était alors aux balbutiements de la lutte anti-dopage. Avec les années, certains entraîneurs (et pays) peu scrupuleux se préoccupèrent davantage de trouver des drogues indétectables que de trouver des moyens naturels d’augmenter les performances de leurs protégés. Au cours des années 1970 et 1980, c’était un secret de Polichinelle que beaucoup de ces derniers devaient leurs records olym-piques à des substances illicites que la Commission médicale n’avait pas les moyens techniques de dépister. Les pays de l’Europe de l’Est étaient notamment pointés du doigt pour leur expertise acquise en ce domaine.

Richard Pound affirme, dans son livre Inside the Olympics10 , que Samaranch avait une attitude trop conciliante envers les fautifs. Pour le président du CIO, les révélations de la Commission médicale nuisaient à la bonne renommée du mouvement olympique. Il aurait préféré, selon Richard Pound, que les scandales reliés au dopage soient étouffés, ou du moins que leur révélation sur la place publique soit reportée au moment opportun, comme il avait essayé de le faire lors des Jeux d’été de Los Angeles de 1984, afin de ne pas nuire à la renommée des Jeux. Au cours des années suivantes, les rumeurs ont continué d’alimenter cette volonté larvée du président du CIO de fermer les yeux sur ce problème. Lorsque le CIO se présenta devant le Tribunal d’arbitrage pour les sports, en 1996, aux Jeux olympiques d’Atlanta, alors que les Russes contestaient leur disqualification de certaines épreuves pour avoir utilisé le bromontan, autre nouvelle substance illicite, la défense que le CIO y avait soumise était tellement faible que certains observateurs en tirèrent la conclusion que le CIO lui-même n’y croyait pas.

Un événement imprévisible amena le CIO à adopter une attitude plus ferme face à ce problème, non seulement en paroles, mais en actes. Toujours en 1998, le monde du cyclisme français fit les frais d’un autre scandale au sujet du dopage de champions du Tour de France. Par ricochet, le CIO, pour qui les compétitions de cyclisme sont parmi les plus importantes, se vit forcer de prendre une position anti-dopage qui témoignait d’une réelle volonté de s’y attaquer. Dans cette nouvelle situation d’urgence, Richard Pound vola encore une fois au secours du mouvement olympique. Il suggéra l’énoncé d’un code anti-dopage qui fut proposé aux Fédérations internationales de sport en novembre 1998. Il proposa également lors de réunions ad hoc du CIO, concernant ce problème précis, qu’une agence anti-dopage internationale et indépendante soit mise sur pied, hors des instances du CIO, afin d’en assurer l’entière indépendance autant vis-à-vis du CIO qu’à l’endroit des fédérations sportives internationales et d’instances gouvernementales. Un an plus tard, en novembre 1999, une agence anti-dopage était officiellement instituée.

L’Agence mondiale anti-dopage (AMA)

La structure de l’Agence mondiale anti-dopage est unique. Il ne s’agit ni d’une Commission, ni d’un comité du CIO, mais d’une fondation privée, créée par le CIO en vertu du droit civil suisse. Son conseil d’administration réunit un nombre égal de représentants des milieux sportifs et de porte-parole de gouvernements. Il compte quatre membres nommés par le CIO, quatre athlètes, quatre représentants des fédérations olympiques sportives (trois de sports d’été et un d’hiver), quatre administrateurs provenant de comités nationaux olympiques, un représentant de l’Association générale des Fédérations sportives internationales et un du Comité international para-olympique.

Les porte-parole gouvernementaux sont divisés selon les continents : cinq d’Europe, quatre d’Asie, quatre des Amériques, trois d’Afrique et deux d’Océanie. La mission de l’AMA, en tant qu’agence indépendante, est de coordonner et d’assurer le monitoring de la lutte anti-dopage dans les sports à l’échelle internationale. Il est prévu que les contributions gouvernementales sont ventilées par continent, dont chacun (Europe, Amérique, Asie, Océanie et Afrique) contribuerait selon un accord entre les gouvernements. Richard Pound lui donne un rôle médical professionnel dirigé vers la santé des athlètes, mais il veut que l’Agence soit guidée avant tout par les principes et les valeurs éthiques qui doivent être en vigueur dans la pratique du sport en général, mais surtout dans le sport olympique qui doit jouer un rôle de modèle pour la jeunesse du monde. La promotion de l’équité entre les athlètes est également une des raisons d’être de l’AMA.

On peut deviner encore une fois l’importance et l’ampleur des négociations qui ont mené à cette structure. Comme responsable du dossier, Richard Pound en connaissait tous les tenants et aboutissants. Lorsque vint le moment de nommer un président à l’AMA, on envisagea quelques noms de personnes qui auraient été intéressées par ce poste prestigieux et stratégique. Mais il fallait mettre à la tête de cet organisme un chevalier sans peur et sans reproche, libre de toute allégeance partisane. Samaranch songea brièvement à quelques candidatures européennes, mais devant le mauvais accueil des autres parties intéressées, le nom de Richard Pound s’imposa. Comme ancien champion nageur, il connaissait bien les conditions de vie des athlètes et les pressions auxquelles ils sont quotidiennement soumis. Il avait largement fait ses preuves comme gestionnaire lors des négociations complexes des droits de télévision et du programme TOP. De son côté, Richard Pound, bien que conscient de la surcharge de travail que la présidence de l’Agence représentait, accepta parce qu’il jugeait que le problème de dopage constituait l’enjeu cardinal des Jeux olympiques de l’avenir. De plus, il considérait que le dossier des droits de télévision était à toutes fins utiles réglé jusqu’en 2008, que le programme TOP était bien enligné sur ses rails et que c’en était terminé avec le problème de Salt Lake City. Après avoir réglé le problème du financement et vu les mesures anti-corruption être bien engagées, il voulait enrayer le nouveau fléau qui, à ses yeux, minait les Jeux. En novembre 1999, il devenait officiellement le premier président-fondateur de l’Agence mondiale d’anti-dopage.

Montréal, ville internationale

Le choix de l’emplacement du siège social de l’AMA a également été un cheval de bataille parti-culièrement rétif pour Richard Pound. Les membres du CIO, surtout les Européens, exerçaient des pressions sur les membres du conseil d’administration de l’AMA pour qu’ils établissent le siège à Lausanne, là où est située la permanence du CIO. Ils invoquaient des arguments d’ordre pratiques, la proximité géographique étant garante d’une réduction des coûts administratifs, selon eux. Ils soulignaient en outre l’expertise des scientifiques européens en la matière.

En bon plaideur, Richard Pound argua qu’au contraire, la position de Montréal assurait l’indépendance de l’Agence. Il soutint que Montréal, une ancienne ville olympique, incarnait une réalité moderne du mouvement, à savoir que le sport en général, et en particulier la participation au mouvement olympique, ne sont pas uniquement l’apanage des Européens, des Asiatiques, des Africains, des Océaniens, mais bien du monde entier, y compris des Amériques et d’un petit pays comme le Canada. Il fit valoir que Montréal était une ville internationale, soulignant notamment la présence de l’organisme d’aviation OACI. Après avoir mené une véritable lutte épique, Richard Pound et le ministre fédéral québécois Denis Coderre vinrent à bout de toutes les résistances. On décida finalement d’établir l’AMA à Montréal où elle est toujours.

L’après-Samaranch

C’est dans ces circonstances de scandales reliés au choix de Salt Lake City et aux problèmes larvés de dopage des athlètes que Juan Antonio Samaranch fut amené à envisager que l’heure de la retraite avait peut-être sonné pour lui. Après 21 ans de règne incontesté, Juan Antonio Samaranch annonça à contrecœur qu’il quittait son poste de président du CIO. À la fin de son dernier mandat, il contrôlait tous les rouages de la permanence de l’organisme depuis son bureau de Lausanne. Son réseau de relations à l’échelle internationale était extrêmement bien tissé. Ses ramifications s’étendaient à tous les continents, autant dans les milieux sportifs que dans les sphères gouvernementales et paragouvernementales du monde entier, y compris dans les organismes nationaux et internationaux de sécurité. Au fil des années, il s’était taillé une place inexpugnable que seuls les scandales combinés de Salt Lake City et du dopage avaient ébranlée. Sa détermination à rester au pouvoir lui avait mérité le surnom de « pape de l’olympisme ». En plus d’avoir un style de leadership et de gestion de type autocratique et même aristocratique, il avait su asseoir son pouvoir en faisant passer des mesures qui favorisaient les reconduites répétées de ses mandats. Par exemple, afin de s’assurer d’appuis indéfectibles au Comité exécutif, en 1985, soit vers la fin de son premier mandat, il fit passer l’âge obligatoire de la retraite des membres de 72 à 75 ans. Cette mesure n’est qu’un exemple parmi d’autres illustrant comment il avait su faire en sorte que ses mandats soient continuellement renouvelés et se maintenir au pouvoir si longtemps.

Une fois l’élection à la présidence officiellement lancée, plusieurs candidats se déclarèrent intéressés, parmi lesquels les deux principaux étaient le Canadien Richard Pound et le Belge Jacques Rogge. Il y eut également le Hongrois Pal Shmitt et l’Américaine Anita DeFrantz. Un dernier candidat se manifesta sur le tard. Son nom était connu des journalistes, c’était Un Yong Kim, de la Corée du Sud. L’annonce de sa candidature eut pour résultat de révulser Richard Pound. En effet, lors de l’enquête qui avait entouré le scandale de Salt Lake City, en 1998, le nom de Un Yong Kim avait été avancé comme un des membres du CIO ayant accepté ou demandé des avantages indus en retour de son vote pour le choix de la ville. Un Yong Kim avait même eu à se disculper devant la Commission d’éthique du CIO, laquelle était présidée par Richard Pound. En 2001, lors de la campagne électorale pour le choix d’un président, des enquêtes et des procès l’impliquant aux États-Unis et en Corée du Sud étaient en cours. Samaranch accepta que le CIO accueille sa candidature au poste de président avant que les résultats des enquêtes et des procès ne soient connus11.

Un collège électoral particulier

Pour bien comprendre comment se déroule une élection à la présidence du CIO, il faut voir comment les membres sont invités à en faire partie et comment les votes se déroulent. Le Comité international olympique est un groupement de personnes bénévoles dont les nominations sont faites par cooptation, c’est-à-dire que les membres sont choisis par ceux qui sont déjà en place, sur recommandation du président. Leur rôle est de représenter le CIO auprès des pays et des régions dont ils sont originaires, et non l’inverse. Dans l’histoire du mouvement olympique, le nombre de membres a atteint jusqu’à 130 personnes, pour être ramené aujourd’hui à un plafond de 115. Depuis 1999, différentes parties intéressées y sont représentées : 15 athlètes olympiques élus par leurs pairs au moment des Jeux, 15 représentants des Fédérations internationales de sports et 15 représentants des Comités olympiques nationaux, qui s’ajoutent aux 70 personnes choisies individuellement pour leurs qualifications particulières. Les membres doivent en principe être totalement bénévoles et entièrement libres de toute pression extérieure.

Les membres se réunissent en Session une fois par année. Ce sont eux qui élisent les membres du Comité exécutif qui lui, se réunira cinq ou six fois par année, selon l’importance ou l’urgence des dossiers pendants. Les membres du Comité exécutif sont élus pour quatre ans. Leur mandat peut être renouvelé une fois, et après deux mandats, il faut une période de jachère de deux ans pour être à nouveau élu. Le président du CIO dirige la Session du CIO et le Comité exécutif. Quand vient le moment de choisir une ville hôte, les candidats présentent leurs dossiers à la Session générale. Les Fédérations internationales, les Comités nationaux et le Comité d’évaluation (où siègent des membres du Comité exécutif) donnent leurs points de vue et les membres prennent un vote secret. Il va sans dire que le président du CIO y fait valoir son propre choix motivé par toutes sortes de considérations qu’il expose alors aux membres votants. Sous la présidence de Samaranch, son opinion était déterminante. Lors d’un changement à la tête du CIO, ce sont les membres individuels qui ont le droit de vote pour le poste de président élu.

En 2001, aussitôt que Samaranch a annoncé sa retraite, Richard Pound se lança dans la course, même si l’obtention d’un tel poste signifiait pour lui l’abandon de sa pratique du droit, une activité professionnelle qu’il adore, et son retrait du poste de chancelier de l’Université McGill, son Alma Mater et point d’ancrage dans la communauté montréalaise. Il lui fallait également envisager une baisse significative de ses revenus, car il considère que le travail du président du CIO doit être bénévole. Surtout, il se voyait privé de sa liberté de parole, si précieuse à ses yeux, puisque le poste de président d’un mouvement d’envergure internationale implique une certaine rectitude politique et un devoir de réserve de bon aloi.

Un an auparavant, de nouvelles règles avaient été édictées. Le Comité d’éthique, présidé alors par le Sénégalais Kéba Mbaye, statua que les candidats à une élection à la présidence n’avaient pas le droit de faire des collectes d’argent pour financer leurs déplacements dans le but de faire valoir leurs candidatures auprès de membres votants. Pour Richard Pound, cette mesure comportait un désavantage majeur puisqu’à part lui, un seul membre du CIO vivait dans un rayon de moins de 5000 km de Montréal. Le Comité interdit de plus aux candidats de faire connaître leur plateforme électorale. Le processus devait être discret, à un point tel que lorsque Kevan Gosper, un membre d’origine australienne, se prononça ouvertement en faveur de la candidature de Richard Pound, le comité le rabroua vertement d’avoir affiché ses couleurs. Par contre, le Comité ne fit taire aucun autre membre du CIO lorsque certains d’entre eux soutinrent que le poste devait obligatoirement être occupé par un Européen.

En rétrospective, trois ans et demi plus tard, Richard Pound considère que même s’il était le candidat le plus au fait des dossiers auxquels le CIO avait été confronté au cours des 20 dernières années, ses chances d’être élu étaient minces. Au lieu de s’adonner à des jeux politiques qui lui auraient procuré des appuis lors d’une course éventuelle à la présidence, comme Samaranch avait fait sous la présidence de Lord Killanin, Richard Pound s’était concentré sur la conduite exclusive des affaires courantes comme les droits de télévision et le programme TOP. Son style direct, à bâtons rompus, parfois dru, tranchait avec ceux des candidats européens plus policés, qui ne voyaient pas en lui un digne successeur au Baron de Coubertin, à Lord Killanin et au pape Samaranch.

Lorsque Un Yong Kim annonça sa candidature, le sort de Richard Pound fut scellé. Même Samaranch admettait que l’éventualité de l’élection de ce candidat douteux jetterait du discrédit sur le mouvement olympique, pourtant en mal de redressement moral. Samaranch lança le mot d’ordre aux membres du CIO de voter pour la candidature de Jacques Rogge, prétextant qu’il était le plus à même, selon lui, de rallier le plus grand nombre de votes pour contrer le passage de Un Yong Kim. Jacques Rogge fut élu. En plus d’avoir à essuyer une défaite, ce qui déçut le plus Richard Pound, c’était d’être arrivé troisième dans la course, après Un Yong Kim, qui avait obtenu plus de voix que lui. Il garde toujours un goût particulièrement amer de ce résultat et du travail en sous-main de Samaranch.

Après le quatrième président

Richard Pound a connu quatre présidents du CIO : Avery Brundage, qui était en poste alors qu’il était secrétaire de l’Association olympique canadienne, Lord Killanin, qui était président lors des Jeux olympiques de Montréal, Juan Antonio Samaranch, dont le règne s’est écoulé sur 21 ans, et finalement Jacques Rogge, son rival à la présidence. Soucieux de laisser ce dernier entièrement libre de choisir ses collaborateurs, aussitôt les résultats rendus publics, Richard Pound offrit sa démission aux postes de marketing, de télévision et de président de l’Agence anti-dopage. Jacques Rogge refusa, et après réflexion, Richard Pound n’accepta de garder que son poste auprès de l’AMA. Il reprit les travaux de l’Agence avec ardeur, en bon soldat. Le dossier le plus récent concerne l’adoption prochaine, soit en octobre 2005, d’une convention internationale anti-dopage, qui sera placée sous le parapluie de l’UNESCO. Cette Convention devrait être en vigueur pour les Jeux de Turin, en 2006.

Toutefois, le nouveau président Rogge assuma lui-même la responsabilité directe de la négociation des droits de télévision et modifia substantiellement la structure du portefeuille de marketing. Sur le plan de la gestion interne, il fait montre de plus de modération que son prédécesseur qui avait fait construire un siège ultra-moderne à Lausanne, un Musée de l’olympisme somptueux et un Centre d’études, ayant coûté à lui seul plus de 100 millions de dollars US. Plus prévoyant que son prédécesseur, Jacques Rogge a également constitué un fonds de réserve permettant au CIO de survivre pendant quatre ans dans l’éventualité d’une annulation imprévue de Jeux olympiques.

Quoique déçu de ne pas avoir été élu président et amer que Samaranch, qu’il avait si bien servi pendant 21 ans, ne l’ait pas appuyé comme son successeur, Richard Pound demeure, malgré tout, un supporteur enthousiaste du mouvement olympique. Lorsqu’en 2001, Jacques Rogge lui a demandé de présider la Commission des études des Jeux olympiques, dont le rôle serait de rationaliser les activités du CIO, Richard Pound a accepté. Cette Commission, qui a siégé à de nombreuses reprises pendant un an, a produit son rapport préliminaire à Mexico à la fin de 2002 et son rapport final à Prague en 2003. À titre de président, Richard Pound, y fait de nombreuses recommandations dont la principale porte sur la nécessité de planifier l’utilisation post-olympique des installations construites à grands frais par les pays hôtes. Les autres recommandations visent toutes un seul but : rendre les Jeux olympiques libres des fardeaux financiers qui ont malheureusement nui à la poursuite des rêves des jeunes athlètes du monde entier qui y croient.

Dans un discours prononcé en 1994, Richard W. Pound faisait le bilan du centenaire des Jeux olympiques modernes que le CIO devait célébrer deux ans plus tard. Il y faisait état des réalisations spectaculaires déjà obtenues et des défis du prochain centenaire. Son optimisme devant les projets d’envergure qui s’annonçaient n’avait d’égal que l’ardeur qu’il était prêt à y investir avec tout son cœur (voir l’annexe 8). Dix ans plus tard, Richard Pound peut se flatter d’avoir fait une contribution immense au redressement financier de l’organisation des Jeux olympiques sans lequel le mouvement était menacé d’une mort certaine. Il souhaite sans doute que les problèmes soient réglés pour de bon, et les « tricheurs », comme il les appelle, soient pour toujours exclus des Jeux. Aujourd’hui, en 2004, il estime néanmoins que la situation est suffisamment redressée pour redonner à la fleur de la jeunesse mondiale le goût du dépassement que représente une médaille, ou à tout le moins, une participation aux Jeux olympiques. C’est à ces jeunes que pensait Richard W. Pound dans son discours de 1994. Aujourd’hui, dix ans plus tard, c’est toujours pour eux qu’il continue, malgré les embûches, les espoirs déçus, les profiteurs et les tricheurs qu’il abhorre, de se battre sans relâche, car il lutte en fait pour le rêve olympique des enfants et des adolescents de tous les Ocean Falls du monde.

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  • Ocean Falls (1)
  • Ocean Falls (2)
  • Carte géographique d’Ocean Falls
  • Stikeman Elliottt
  • Augmentation des droits de télévision depuis 1960
  • The Commercialism of Sport: Dilemma or Deliverance?
  • Economics and Finances of Olympic Movement
  • the Centenary: Looking Back – Looking Forward
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  1. Traduction libre : « Ni l’éthique, ni le respect de soi-même et des autres ne sont démodés. L’autre option est le chaos et, en bout de piste, un retour à l’anarchie. » Tiré du discours d’acceptation de Richard Pound au titre de Docteur honoris causa qui lui a été décerné par l’université de Western Ontario le 11 juin 2004.
  2. Traduction libre.
  3. Ocean Falls reçoit en moyenne 230 pouces de pluie par année.
  4. Mackenzie, sir Alexander. Voyageur écossais né à Stornaway en 1764 et mort en 1820. En 1789, il explora les régions boréales de l’Amérique du Nord et découvrit le fleuve qui porte aujourd’hui son nom (Le Petit Robert des noms propres, 1995, p. 1275).
    Alexander Mackenzie avait séjourné, deux ans plus tôt, soit en 1787, au lac Athabaska en compagnie d’un autre explorateur écossais nommé Peter Pond. C’est ce dernier qui avait eu l’idée d’explorer le Nord-Ouest plus à fond afin d’y découvrir un passage fluvial vers le Pacifique, ce qui aurait facilité grandement la traite des fourrures en provenance de cette région nordique. Alexander Mackenzie reprendra le projet de Pond en 1789 et c’est lui qui fera l’expédition au-delà des Rocheuses. Le fleuve qu’il découvrit, et qui porte aujourd’hui son nom, aurait donc pu s’appeler le fleuve Pond si l’histoire s’était déroulée autrement (voir Morton, W. L., The Kingdom of Canada, McClelland and Stewart Ltd, Toronto, 1970, p. 187).
  5. À moins d’indication contraire, les citations sont tirées d’une entrevue que Me Richard W. Pound a accordée aux auteurs du cas le 3 août 2004, à quelques jours des Jeux olympiques d’Athènes.
  6. Stikeman Elliott : Les cinquante premières années, p. XV.
  7. Richard Pound raconte que pour ne pas révéler sa stratégie, son entraîneur de Sir-George-Williams inscrivait R. Pound comme participant. Comme son frère Robert Pound faisait également partie de l’équipe et avait les mêmes initiales, il attendait à la dernière minute pour révéler lequel des deux frères allait compétitionner.
  8. Le nombre total de pays participants aux Jeux de Moscou a été de 81.
  9. Pour plus de détails sur la structure du CIO et sur son fonctionnement, voir le site Web http://www.olympic.org
  10. Voir surtout le chapitre intitulé « Performance Cheats: Doping », p. 49-86, dont ces pages s’inspirent largement.
  11. Un Long Kim a été condamné et est maintenant en prison en Corée.