Julie Payette, astronaute : les deux pieds sur terre

Centre de cas HEC Montréal
Ce cas porte sur le leadership d’une femme : Julie Payette. Ce cas illustre le parcours hors du commun de l’astronaute chérie des Québécois et certaines de ses réflexions. Julie Payette a suivi un parcours bien rempli, entre le sport, les sciences et la musique, saisissant avec volonté les occasions qui se présentaient à elle, apprenant de chaque expérience la préparant à devenir la femme qu’elle est devenue.
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Vous pourrez trouver une version PDF de cette étude de cas ainsi que les notes de cours pédagogique qui l’accompagnent à cette adresse de la boutique evalorix

Le 29 juillet 2009, la navette Endeavour prend son 29e envol à destination de la Station spatiale internationale (International Space Station ou ISS), avec à son bord Julie Payette qui, en tant qu’ingénieure de vol, participe à la mission STS-127 dont l’objectif consiste à assembler l’ISS. Lors de cette mission, où pour la première fois deux Canadiens se retrouvent ensemble dans l’espace, l’équipage achève la construction du module expérimental japonais Kibo, installe des expériences scientifiques sur la plateforme d’exposition au vide spatial du module japonais et livre au complexe orbital des pièces de rechange indispensables ainsi que des batteries de remplacement. La robotique est mise à contribution quotidiennement, ou presque, alors que Julie Payette fait fonctionner les trois bras robotiques spatiaux, soit le Canadarm de la navette, le Canadarm 2 de la station et le bras spécialisé japonais équipant le module Kibo.

Au cours de cette mission de 16 jours, les astronautes effectuent cinq sorties extravéhiculaires et font 248 fois le tour de la Terre, parcourant ainsi 10 537 748 kilomètres en 15 jours, 16 heures, 44 minutes et 58 secondes1. Après une telle expédition, à laquelle si peu d’humains ont la chance de participer, comment garde-t-on les pieds sur terre?

De par ses réalisations qui font rêver et inspirent, de par son engagement et son influence dans la communauté et de par sa personnalité, Julie Payette est sans contredit une pionnière et une source de motivation qui influence de nombreuses personnes à vouloir faire comme elle et atteindre leurs rêves. Voici donc l’histoire de cette femme hors du commun.

Rêver de la Lune

Une enfance heureuse

C’est le 20 octobre 1963 que Julie Payette voit le jour. Déjà, toute petite, elle rêve de devenir astronaute. À l’époque, il s’agit d’un rêve aussi farfelu qu’ambitieux pour tout Canadien et encore davantage pour une fillette francophone. Si ses parents n’ont jamais découragé leur fille, l’incitant à travailler fort et à donner le meilleur d’elle-même pour atteindre ses objectifs, d’autres ont pu la taquiner au sujet de ses aspirations. Mais la fascination de Julie Payette pour l’espace ne s’est jamais démentie, alimentée par ces images des missions vers la Lune qu’elle regarde à la télévision de l’école primaire, impressionnée par ces engins dignes de science-fiction, déployés par les astronautes dans l’accomplissement de leurs tâches :

J’ai grandi avec les missions Apollo, conduites par les Américains entre 1969 et 1972. Je ne me rappelle pas la première mission qui s’est posée sur la Lune, Apollo 11, avec à son bord Neil Armstrong et Buzz Aldrin, parce que j’étais trop jeune. Mais je me souviens des suivantes. À la télévision, dans le gymnase de l’école, on regardait les fusées décoller, les astronautes mettre leurs scaphandres et conduire la Jeep lunaire. Je voulais faire comme eux : je voulais mettre un scaphandre, moi aussi, et monter à bord d’une fusée.

Je me rappelle particulièrement l’amerrissage de la capsule avec les trois parachutes. J’étais assise dans le gymnase, devant ces énormes télévisions de l’époque, très haut perchées sur leurs trépieds, avec des images en noir et blanc. Pour nous, les enfants, c’était impressionnant2.

Passionnée par les aventures des astronautes, Julie ne cesse de faire des recherches sur le domaine, accrochant des photos de l’espace sur sa porte de chambre et répétant à qui veut l’entendre qu’elle sera astronaute. Les adultes, conscients des obstacles à franchir dans la réalisation d’un tel projet, rient de bon cœur devant tant d’enthousiasme et de candeur. Aujourd’hui, Julie Payette croit à l’importance de soutenir les rêves les plus démesurés :

Quand mon fils avait 5 ans, il voulait être un super héros. Vous savez, ses chances de le devenir ne sont pas très grandes, mais ce serait injuste de dire qu’il ne le sera jamais. Peut-être ne sera-t-il pas M. Incroyable, mais il pourrait devenir un super héros d’une autre sorte. On ne sait jamais… Quand j’étais jeune, j’ai eu la chance d’avoir des parents qui ne se sont pas moqués de moi et qui, malgré le fait que je n’avais aucune des caractéristiques typiques des astronautes du temps – je n’étais pas Russe ou Américaine, je ne parlais pas la bonne langue et en plus, j’étais une fille – les chances que je puisse faire du pilotage militaire étaient nulles… Mais eux me disaient : « Tu veux être astronaute, et bien, travaille! »

Dans cette famille de trois enfants, les rêves sont encouragés et soutenus grâce au travail. On mise sur la détermination et l’effort. Aujourd’hui, le frère aîné de Julie Payette est ingénieur et dirige sa propre entreprise. Quant à sa sœur cadette, comédienne, elle poursuit ses passions avec la même ferveur.

Les parents de Julie Payette, issus d’un milieu modeste où l’éducation était un luxe pour une famille nombreuse, ont eux-mêmes œuvré avec persévérance pour construire la vie qu’ils désiraient pour eux et leurs enfants. Le rêve du père de Julie Payette était de devenir ingénieur forestier, ce qui impliquait un parcours universitaire. Cette ambition bousculait presque autant les normes de son époque et de son milieu que celle de sa fille, quelques années plus tard. En tant qu’aîné de la famille, il a dû contourner plusieurs obstacles, comme l’explique sa fille :

Mon grand-père, le père de mon père, lui a dit : « Tu peux loger ici, mais ce n’est pas moi qui paie tes études, je ne peux pas me permettre ça. » Alors mon père a légèrement bifurqué d’orientation, puisque la seule université à offrir le cours d’ingénierie en foresterie était à Québec. Il a choisi le génie mécanique et s’est inscrit à la Polytechnique, afin de profiter du gîte familial. Et il est allé à l’université et ensuite, il a travaillé comme ingénieur, participant entre autres à la construction du métro au bureau de transport métropolitain de Montréal.

En fait, le père de Julie Payette a très tôt valorisé l’effort. Atteint de poliomyélite quand il était petit, il a été condamné par les médecins à demeurer handicapé :

On l’avait découragé, lui disant qu’il ne pourrait pas faire grand-chose physiquement. Que, par exemple, il ne serait jamais capable de courir. Aujourd’hui, à 72 ans, il joue encore au tennis trois fois par semaine! Il y a en lui une véritable force. Et ma mère aussi nous a toujours encouragés à l’effort.

Quant à la mère de l’astronaute québécoise, l’aînée d’une famille de onze enfants, il lui a fallu renoncer aux études avancées afin de rapporter un salaire à la maison. Plus tard, le couple Payette a su créer un milieu familial solide et harmonieux, que Julie décrit avec beaucoup de tendresse :

Je suis très fière de mes parents. Je crois qu’un milieu de vie stimulant peut se trouver dans différents contextes. On peut avoir des opportunités même si on n’est pas issu d’un milieu privilégié au plan monétaire, pourvu qu’il soit privilégié aux plans émotif et psychologique, qu’il soit sain et équilibré. Dans ma famille, c’est ce qu’on avait.

Julie Payette vit donc son enfance au sein d’une famille unie, mais également élargie et vaste. En effet, elle grandit entourée de plus d’une quarantaine de cousins et cousines, de ses oncles et tantes, dont plusieurs habitent le même quartier, entourée également de ses deux grands-mères, toutes deux voisines à cinq rues de chez elle. Bref, dans ce quartier de Montréal, les Payette se croisent régulièrement, générant un sentiment d’appartenance et de solidarité familiale.

Devenue adulte, l’astronaute évoque cette enfance à jouer dans la cuisine pendant que sa mère devait enjamber la marmaille pour préparer le souper. Elle se rappelle cette « culture de cuisine » où il faisait bon se rassembler. Elle se souvient, aussi, que sa mère préparait « les meilleurs lunchs du monde » :

Elle écrivait nos noms sur les sacs en papier, elle nous mettait des gâteries dedans, c’était une extraordinaire cuisinière! Elle fabriquait notre linge, elle faisait même du linge de Barbies! Il faut des doigts de fée pour coudre des vêtements aussi petits! J’ai passé une enfance heureuse. Et pourtant, malgré que nous soyons allés à l’école privée au secondaire, nous n’avions pas accès à tout. Je me suis rendu compte plus tard que mes parents avaient fait des choix, d’abord et avant tout pour leurs enfants.

Quand on est bien, qu’on mange bien, qu’on joue bien et qu’on est aimé, l’enfance passe comme dans un rêve. Je fouille dans mes souvenirs et je reviens toujours à la même chose : j’ai eu une belle enfance.

Une enfance occupée

Julie Payette a une enfance heureuse et également fort occupée. Outre l’école, de nombreuses activités lui permettent de se découvrir et de s’épanouir, à commencer par la musique, une influence de sa mère qui joue elle-même du piano populaire :

Dès l’âge de 8 ans, nous avons commencé l’un après l’autre, mon frère, ma sœur et moi, à suivre des cours de piano à Regina Assumpta, où vivait ma grand-tante, religieuse à la congrégation de Notre-Dame. Des grands-tantes, j’en avais beaucoup! La fratrie de ma mère comptait onze enfants, mais celle de ma grand-mère paternelle en comptait vingt-deux!

La petite Julie est aussi intégrée à la chorale de l’école primaire, jusqu’à ce qu’un jour, elle soit repérée par une dame qui fait passer des auditions pour le chœur polyphonique de Montréal, attaché à la cathédrale. Elle est alors sélectionnée pour chanter dans le chœur d’enfants et commence à participer aux répétitions, tous les vendredis soirs, et à chanter à la messe de onze heures les dimanches. Entre l’école, le piano, le chant, les concerts, la fillette n’a pas de quoi s’ennuyer. Elle est très occupée et cela lui plaît. Elle continue à chanter dans le chœur d’enfants, avant de se joindre à celui des jeunes adultes et enfin, au chœur d’adultes. Par cette voie, entre autres, elle découvre très tôt dans la vie un monde extérieur à l’univers scolaire et à sa vie de quartier.

En fait, sa manière d’entrevoir le monde est bientôt révolutionnée grâce à un événement exceptionnel qui se déroule à Montréal en 1976 : les Jeux olympiques. Une période dont elle se souvient fort bien. Elle raconte que ses parents se sont procuré des billets pour des séries diverses, en judo, water-polo et autres :

Mes parents s’étaient pris d’avance et avaient acheté des billets pour toutes sortes de compétitions. Nous sommes allés au Vélodrome, au Stade, au Centre Claude-Robillard, à l’Aréna Maurice-Richard, nous sommes allés partout! Avec mes cousins, on scènait3, littéralement. On traînait le soir près de la piste d’athlétisme à l’extérieur du stade, qui n’existe plus d’ailleurs aujourd’hui, je crois.

Aux abords de la piste, Julie observe les athlètes se réchauffer avant d’entrer dans le stade lors des finales de fin de soirée. Une possibilité propre à une époque où la sécurité est bien différente de celle d’aujourd’hui :

On se tenait sur le bord de la clôture, je me rappelle, et on regardait les athlètes passer avec le nom de leur pays écrit dans le dos de leur chandail. C’était tellement coloré, on entendait toutes les langues. C’était fantastique!

Je me rappelle d’une fois où on avait des billets pour l’athlétisme au stade, on était arrivés le matin avec nos lunchs, avec la famille, les cousins, on devait être une vingtaine. On était dans le fond du stade, dans des sections debout. On regardait la compétition en mangeant les super sandwiches de ma mère. Puis il s’est mis à pleuvoir. Ça tombait tellement, la moitié du stade s’est vidée! Alors moi et un de mes cousins, on en a profité pour s’approcher. Comme de nombreux spectateurs avaient quitté, on a trouvé des sièges libres deux ou trois rangées devant la ligne d’arrivée. On s’est assis et cinq minutes plus tard, c’était le départ de la finale du 110 mètres haies. Ébahis, mon cousin et moi avons vu le Français Guy Drut gagner la course juste devant nous! Quelle expérience! Je remercie les adultes autour de moi qui ont eu la vision de se dire « Hé! Il y a quelque chose d’extraordinaire qui se passe chez nous, on va y aller ».

Cet épisode lui ouvre une fenêtre sur le monde, excite sa curiosité. L’enfant studieuse qu’elle est, qui lit des livres en dessous de son bureau, parcourant l’univers d’Agatha Christie ou encore celui des romans de science-fiction, s’intéresse soudainement au sport de compétition. Inspirée par ces athlètes de tous les pays qu’elle a vus à l’œuvre durant les Jeux olympiques, la jeune Julie s’inscrit en athlétisme au club Montréal International du Centre Claude-Robillard dès l’automne 1976. Elle participe à des compétitions de demi-fond et s’entraîne avec cette équipe pendant plusieurs années, se classant régulièrement dans le tableau des médailles.

Nous pouvons qualifier son parcours d’adolescente de très chargé. Entre l’école, la chorale et l’athlétisme, relevant les défis, cultivant le goût de l’effort et de la persévérance, elle livre également les journaux du quartier à bicyclette :

C’est une bonne chose de faire toutes sortes d’expériences tôt dans la vie. Ça forme le caractère, contribue à développer la confiance et l’estime de soi qui sont primordiales, plus tard, pour affronter l’échec, les revers, les difficultés et les découragements. Un peu d’expérience de compétition, du désir et de la passion aident à passer à travers tout ça!

Être camelot, c’est un travail qui demande de la discipline et on ne fait pas beaucoup d’argent. Mais c’est une très bonne chose de passer par là, une expérience qui nous montre quel type de travail on a le goût ou non de faire. Plusieurs années plus tard, j’ai travaillé dans un restaurant BBQ à la Ronde, à servir du poulet et des patates frites. Je peux vous assurer que ça aussi, je savais que ce n’était pas ce que je voulais faire jusqu’à la fin de mes jours!

Julie Payette croit qu’il est essentiel pour un jeune de travailler, afin d’être occupé et de cultiver le sens de l’effort. C’est également, selon elle, une excellente manière de mettre en pratique certains principes, l’initiation à l’épargne, par exemple. Amusée, elle explique que dans son cas, il était facile de réaliser des économies : elle était trop occupée pour trouver le temps de dépenser!

La célèbre astronaute décrit donc une enfance et une adolescence épanouies qui lui ont permis de se construire et de demeurer ouverte aux occasions qui croisaient sa route. Le bonheur semble chez elle intrinsèquement lié à la découverte, de soi, des autres, de la vie. Une vie bien remplie!

Je vous dirais que j’étais aussi une enfant heureuse parce que j’avais beaucoup d’activités et que je n’avais pas le temps de penser à toutes sortes de choses négatives. J’ai eu beaucoup de chance dans la vie, beaucoup d’opportunités se sont présentées. En fait, je suis absolument convaincue que statistiquement, nous avons tous des opportunités qui nous passent sous le nez à un moment ou à un autre, dans notre vie. Probablement même plusieurs. Alors ceux qui croient n’avoir jamais eu d’opportunité, je ne suis pas d’accord. Nous en avons tous. Et c’est notre faculté à les saisir qui fait ce que nous devenons.

Suivre le fil des occasions

La musique, et particulièrement sa participation active au chœur polyphonique de Montréal, procurent à Julie Payette un plaisir intense, en plus de lui permettre de développer son aptitude à travailler en équipe et de se familiariser avec différents stress, dont celui lié aux nombreuses auditions. Julie Payette possédait peut-être déjà une incroyable faculté à discerner les occasions qui se présentaient à elle et ces expériences vécues dans son enfance et son adolescence n’ont qu’exacerbé ce don à les saisir, à croire en leurs promesses.

Ainsi, en marchant dans le corridor de son école secondaire du Mont-Saint-Louis au printemps 1980, une annonce offrant une bourse pour étudier en Grande-Bretagne, probablement égarée au milieu d’une dizaine d’autres, attire l’attention de Julie. Sans attendre, elle va chercher la documentation et rentre chez elle dîner, ce midi-là, comme tous les autres. Sa mère lui donne son accord pour remplir une demande. Il ne reste que trois jours pour présenter un dossier. À la question « qu’aimeriez-vous faire plus tard? », elle inscrit évidemment : « astronaute ». C’est ce qu’elle a toujours voulu devenir.

Mon père était venu me reconduire à la dernière seconde, le jour de la date limite, pour que je remette ma demande. Pendant des semaines, rien ne s’est passé. Puis, quelques mois plus tard, on m’a appelée pour une entrevue. C’était probablement une de mes premières entrevues, même si j’avais quand même un peu d’expérience grâce aux auditions. Mais ça ne m’énervait pas trop, probablement parce que j’étais tellement occupée que je n’avais pas le temps de m’en inquiéter. Le jour de l’entrevue, j’avais un match de badminton avec une de mes copines et c’est plutôt à ça que je pensais. Quand je suis partie de la maison pour l’entrevue, raquette de badminton et souliers de sport bien rangés dans mon sac à dos, ma mère m’a regardée et m’a fait remarquer que je ne m’étais même pas changée! Elle m’a suggéré de mettre une autre blouse, alors je suis allée mettre une de celles qu’elle m’avait faites et je suis partie en métro. Et là, à l’entrevue, on s’est complètement payé ma tête!

En effet, son souhait de devenir astronaute n’est pas passé inaperçu… Les membres du comité de sélection, avec qui Julie Payette a encore des contacts aujourd’hui, ne manquent pas cette chance inouïe de bousculer les rêves de la jeune fille :

« Alors, tu veux être astronaute? », m’a demandé l’un d’entre eux – il adore encore raconter cette histoire! « Comment vas-tu faire ça? » Je lui ai répondu que je ne le savais pas. Il a continué en disant : « Puisque, clairement, tu n’y arriveras pas, que vas-tu faire d’autre? » Je lui ai dit que j’aimerais bien être pilote d’avion, sur quoi il a enchaîné : « Pilote d’avion? Tu en as déjà vu, toi, des femmes pilotes d’avion? Tu ne voudrais pas être hôtesse de l’air, à la place? »

Calmement, Julie Payette répond que non. La provocation dure près d’une heure, temps durant lequel le comité réuni doit cerner cette jeune personne désireuse d’obtenir une bourse d’études pour l’étranger. Leur technique doit leur permettre de déstabiliser le candidat et d’observer sa réaction. Une fois à l’étranger, dans un collège international, entouré d’étudiants doués de toutes les origines, il faut savoir s’adapter dans un milieu compétitif, comme l’explique l’astronaute :

En fait, ils tentaient de s’assurer qu’ils donnaient des bourses à des étudiants qui ne rentreraient pas au pays trois mois plus tard. Finalement, malgré une entrevue où j’ai pensé qu’ils ne m’avaient pas du tout aimée, ils m’ont offert la bourse. Des années plus tard, je me suis rendu compte que cette bourse s’est avérée une opportunité extraordinaire qui m’a conduite à de nombreuses possibilités.

Après ses études secondaires, Julie Payette, alors âgée de 16 ans, part donc pour la Grande-Bretagne étudier au United World College of the Atlantic4. Si elle a toujours travaillé durant la période estivale, elle est reconnaissante de ce grand privilège d’avoir pu se concentrer sur ses études grâce aux bourses.

Prête pour cette aventure anglaise, la jeune fille quitte sa famille et ses repères avec confiance et une assurance déjà solide pour son âge :

Au début, on s’ennuie, mais l’ennui passe vite quand il y a plein de choses à faire. Je me rappelle la première fois où je suis allée à un camp de musique avec la chorale. Je devais avoir huit ou neuf ans. C’était un bref séjour d’une fin de semaine. Je me rappelle m’asseoir dans l’autobus, regarder ma mère me dire au revoir, me retrouver toute seule. Même si on connaît les gens avec qui on part, ce n’est pas la famille. Oui, au début, je me suis ennuyée un peu, puis, comme il y avait des tas de choses intéressantes, tout ça a passé. Ce genre d’expérience m’a beaucoup aidée par la suite, d’avoir été si tôt mise devant de telles situations. Au début, on a un petit pincement, il faut s’adapter, se faire de nouveaux amis, aller tendre la main parce que ce ne sont pas les gens locaux qui viendront nous chercher… mais on s’occupe, il y a plein de choses intéressantes à découvrir!

La jeune Julie profite pleinement de ces quelques années dans le milieu stimulant du Collège du monde uni pour perfectionner son anglais, découvrir l’Europe durant les vacances d’été et discuter politique, comme elle le raconte :

Sur 375 étudiants, 75 pays étaient représentés. Il y avait toutes les nationalités! On parlait de choses et d’autres, dont la politique. J’étais à ce collège lorsque la première navette spatiale a décollé et atterri. J’étais aussi à ce collège lorsque Gilles Villeneuve a eu son accident de voiture fatal. J’étais là aussi lors du conflit entre l’Argentine et le Royaume-Uni pour les îles Malouines, avec autour de moi des étudiants britanniques et argentins… vous imaginez! Bref, on ne peut pas demander mieux comme environnement stimulant qu’un collège international bien encadré avec toutes ces opportunités.

Cette période en Grande-Bretagne est l’occasion pour la jeune femme qu’elle devient de découvrir de multiples activités dans lesquelles s’engager. En plus des stimuli académiques et des aventures du service social5, Julie Payette devient membre d’un groupe de musique de chambre. Le fait d’habiter sur le campus décuple le temps de ces jeunes adultes énergiques : les déplacements sont rapides et efficaces.

Son baccalauréat international en poche, elle rentre au pays pour être admise dans les rangs de l’Université McGill. L’excellence de son parcours académique lui permet d’obtenir une bourse d’études prestigieuse, la bourse Greville Smith6

En 1982, avec le contexte économique difficile et la récession qui planait, les possibilités de continuer à étudier à l’étranger étaient limitées. Je suis revenue à Montréal et me suis inscrite à la Polytechnique et à McGill en ingénierie. J’ai fait plusieurs applications pour des bourses d’études. McGill m’a contactée alors que j’étais toujours au collège en Grande-Bretagne pour m’annoncer que j’étais parmi les dix finalistes pour la bourse Greville Smith, une bourse d’études de 5 000 $ par année à l’époque.

Convoquée en entrevue, elle appelle ses parents pour les informer de la situation. Ces derniers trouvent un billet d’avion et permettent à leur fille de venir à Montréal pour réaliser l’entrevue, malgré sa session d’examens en cours.

Cette bourse était une autre opportunité, une chance incroyable! J’aurais pu dire non, rester en Grande-Bretagne pour poursuivre mes examens, mais j’ai fait l’aller-retour, entre l’examen de chimie et celui de maths. Ça faisait des mois que je n’étais pas revenue au pays. On m’a fêtée, je suis sortie avec des amis. C’est sûr que pour l’examen de mathématiques, je n’ai pas aussi bien performé que j’aurais dû! Mais finalement, j’ai obtenu cette bourse et j’ai joint les rangs des étudiants en génie électrique de l’Université McGill.

Julie Payette s’oriente vers le génie électrique, car c’est le choix, selon elle, qui correspond le mieux à sa personnalité. Intéressée par les sciences appliquées, elle aime concevoir, réparer, comprendre comment les choses fonctionnent. Le raisonnement logique de l’ingénieur cadre parfaitement avec sa manière de voir le monde. Et puis, sans y croire vraiment, elle conserve son rêve de devenir astronaute. Instinctivement, elle se demande toujours : « Est-ce que cette expérience, est-ce que ce choix, me nuirait ou m’aiderait, si un jour l’opportunité se présentait de devenir astronaute? » Sans en être obnubilée, elle porte en elle ce guide rationnel, en veilleuse, quelque part. C’est pour cette raison d’ailleurs qu’elle choisit le génie électrique, alors la discipline qui peut la mener vers l’informatique, un domaine en émergence à l’époque, qui s’aligne bien sur sa visée de l’espace… « parce qu’il faut tout de même mettre les chances de son côté, on ne sait jamais! »

Malgré tout, une brève hésitation entre le génie et la musique, discipline qui a toujours fait partie de sa vie, la traverse. Toutefois, elle réalise rapidement qu’une carrière de musicienne exige un talent de haut niveau qu’elle ne possède pas. Quant au génie, elle sait sans nul doute qu’elle peut y réussir, sans pour autant devoir délaisser la musique. D’ailleurs, durant son baccalauréat, tous ses cours au choix ont un lien avec la musique, car en plus de saisir les occasions, Julie Payette ose les créer :

La faculté de génie avait une liste pour les cours électifs. Les étudiants choisissaient en général des cours de management ou d’économie. Moi, je voulais des cours en musique. Il a fallu que je plaide ma cause à la faculté de génie : « Vous proposez des cours d’histoire de l’antiquité. Pourquoi ne puis-je pas suivre un cours d’histoire de la musique classique? » Ce n’était pas dans leur liste, mais on a fini par accepter ma demande et j’ai adoré la faculté de musique!

Aujourd’hui, sans regret de ne pas avoir opté pour une carrière musicale, elle se souvient de l’Université McGill comme d’un univers où elle se sentait à l’aise, ayant déjà apprivoisé la culture anglaise directement à la source. Quant à la langue, autant parlée qu’écrite, elle la maîtrise parfaitement. Tellement que ses collègues étudiants francophones, relativement nombreux à McGill, sont ravis qu’elle se charge de la rédaction des rapports!

À chaque étape, ses possibilités

À l’époque où Julie Payette étudie à l’Université McGill, IBM, comme de nombreuses grandes entreprises, offre un programme de stages d’été aux étudiants de troisième année en génie. Un stage qui se déroule bien permet de laisser sa marque et d’obtenir un emploi à la fin des études. C’est de cette manière que la jeune ingénieure obtient son premier emploi permanent, intégrée à une équipe technique du service du marketing, responsable de la vente des ordinateurs. Comme à chaque expérience qu’elle vit, Julie Payette saisit intuitivement les occasions d’apprentissage :

Au moment où je suis arrivée en tant qu’ingénieure électrique dans l’équipe de soutien technique, IBM venait tout juste de sortir son nouvel ordinateur multi microprocesseur basé sur le système d’exploitation Unix, sa première version de ce logiciel d’exploitation. Au départ, il y a eu beaucoup de problèmes et de défis techniques. Le rite de passage pour les nouveaux, chez IBM, était une session de formation appelée basic system training où l’on doit, entre autres, faire des activités et des présentations sur lesquelles nous sommes jugés.

Ils nous ont montré les principes de base de la communication. Je suis convaincue que si, aujourd’hui, je n’ai pas de difficulté à faire des présentations, c’est parce que quand j’étais jeune, on m’a mise devant la classe des petits nouveaux qui venaient d’être engagés et que les instructeurs m’ont critiquée : « Tu regardes le tableau, il faut plutôt regarder l’auditoire; exprime-toi, on ne comprend rien; retire tes mains de tes poches parce qu’on entend le bruit de la monnaie (un commentaire pour les garçons); tu n’es pas habillé pour les circonstances », et ainsi de suite. Il y avait beaucoup, beaucoup de critiques, et certains trouvaient la formation très, très dure…

Julie Payette, quant à elle, en tire le meilleur parti. Si elle n’aime pas beaucoup le milieu du marketing et n’y reste pas longtemps, elle juge que cette formation-là vaut de l’or. Elle y apprend à s’exprimer, à aborder les gens, à établir le contact. Et là, comme partout où elle passe, elle tisse des liens qu’elle conserve encore aujourd’hui.

Un de mes plus grands privilèges est probablement d’avoir eu la chance d’aller deux fois dans l’espace et d’avoir pu inviter mon monde à venir assister au départ. Il y avait des gens de toutes les étapes de mon passé : des gens du comité de sélection lorsque j’ai eu ma bourse en 1980, des gens du collège de Grande-Bretagne, des gens de cette formation à IBM, des gens avec qui j’ai fait de la musique, des gens de mon travail et, évidemment, beaucoup de famille.

Fidèle en amitié, Julie Payette est également attachée à ses rêves : elle a de la suite dans les idées. Son désir d’explorer l’espace, vivifié par le premier recrutement d’astronautes canadiens en 1984, pousse la jeune femme, alors âgée de 25 ans, à faire une nouvelle demande pour une bourse d’études afin de se rendre à Toronto dans le but d’obtenir une maîtrise.

Elle quitte donc IBM pour se rendre au Massey College7, à l’Université de Toronto, afin de se consacrer à un sujet d’étude qui la passionne, étonnant mariage entre les langues et l’informatique, qu’elle a auparavant exploré dans un cours intitulé computational linguistics :

Ce cours de linguistique computationnelle se donnait dans le département des sciences de l’informatique. Au départ, on m’a dit que je ne pouvais pas choisir un tel sujet de mémoire parce que j’étais en génie électrique. Alors je suis allée rencontrer le professeur qui avait donné le cours, et il a accepté d’être mon directeur de maîtrise. C’était passionnant! Et j’ai tellement étudié la syntaxe de la langue anglaise qu’aujourd’hui, malgré mon accent, je maîtrise vraiment très bien l’anglais : d’abord parce que j’évolue dans un milieu anglophone depuis 25 ans, mais surtout parce que pendant deux ans, je me suis acharnée à essayer de montrer à un ordinateur à détecter les erreurs de syntaxe dans de petites phrases.

Par ailleurs, au Massey College, elle se sent tout de suite à l’aise dans cette communauté étudiante qui lui rappelle son séjour en Grande-Bretagne :

C’est une institution pour les étudiants en études supérieures exclusivement et tous vivent directement sur le campus, dans des chambres subventionnées. Il y avait là des étudiants de différents domaines : un quota pour le nombre d’ingénieurs, un quota pour le nombre d’avocats, un quota pour le nombre d’étudiants en physique ou en grec ancien, et ainsi de suite. Tous ces gens, avocats, médecins, littéraires ou musiciens, mangeaient ensemble, le soir, à la cafétéria du collège. J’appartenais à cette communauté.

Elle profite de ce séjour à Toronto pour passer une audition afin de se joindre au très réputé chœur de l’orchestre baroque Tafelmusik8, une autre occasion qu’elle sait provoquer. Pendant trois années, elle a le plaisir de chanter avec des musiciens de haut calibre : « L’autre côté de la rue, il y avait le meilleur orchestre baroque au pays. Je pouvais marcher pour aller aux répétitions. Et je chantais avec ces musiciens fantastiques. Quel bonheur, quel bonheur! »

Sa maîtrise en poche, Julie Payette part vers la Suisse. Un de ses codirecteurs de recherche à Toronto, un Suisse allemand, l’informe des occasions du centre de recherche d’IBM à Zurich. Encore attachée à IBM par son congé sans solde éducationnel, l’idée de voyager et d’explorer d’autres horizons motive grandement la jeune femme. Et pourtant, peut-être pour la première fois, elle vit un choc culturel :

D’abord, j’habitais seule. Et la Suisse, c’est bien différent des autres pays où j’avais habité auparavant. De plus, au niveau du travail, ce laboratoire était particulièrement prestigieux, plusieurs prix Nobel en physique y sont passés. Je n’avais pas un travail très important et je savais que c’était un stage où j’allais travailler avec des chercheurs émérites, qu’ils me diraient quoi faire et que j’allais être sous leurs ordres pour effectuer leur boulot. Mais c’était encore une fois une opportunité de voyager, d’enrichir mes expériences. Par contre, là, je n’étais pas dans une communauté, il a fallu que je la bâtisse.

Ses facultés d’adaptation lui permettent de créer une brèche dans cette société suisse allemande hermétique, dont elle connaît très peu la langue et la culture lors de son arrivée. Elle s’allie aux nombreux expatriés qui travaillent également au laboratoire de recherche et se forge un groupe d’amis avec lesquels elle partage de nombreuses activités et dont certains, encore une fois, appartiennent toujours aujourd’hui à son réseau intime.

Un an plus tard, son stage de chercheur invité terminé et devant les refus à ses demandes d’emploi en Europe, Julie Payette rentre au pays. Malgré ses compétences, son jeune âge et son statut de femme ingénieure se heurtent au conformisme européen. Jamais démunie, elle se tourne vers Bell Northern Research qui lui offre de travailler sur les services téléphoniques 911. Ce sont les débuts de la reconnaissance vocale. Le projet la passionne.

Saisir le rêve, malgré les statistiques presque nulles de réussite

Nous sommes en janvier 1992 et Julie Payette a débuté chez Bell Northern Research trois semaines plus tôt. Elle s’en souvient clairement puisque Roberta Bondar, première astronaute canadienne, revient de son vol dans l’espace avec la NASA :

J’étais dans la cuisine de mon nouvel appartement où j’habitais avec ma sœur. Nous écoutions Roberta Bondar à la radio, en faisant la vaisselle. Je me disais : « Wow! C’est extraordinaire, regardez où on en est : une Canadienne dans l’espace! » Une semaine plus tard, un ami du laboratoire de recherche d’IBM de Toronto m’envoyait une coupure du Globe & Mail qui informait que l’agence spatiale canadienne recrutait. J’ai ensuite demandé à mes amis et à mes parents comment c’était possible que personne d’autre ne m’en ait parlé! Peu importe : j’ai fait application. Mais je ne l’ai dit à personne, parce que j’étais absolument certaine de ne pas être choisie. J’avais 28 ans, seulement une maîtrise et peu d’expérience. Moi qui suis une grande amatrice de statistiques, je savais bien que mes chances étaient pratiquement inexistantes. Mais il fallait que je fasse application : c’était incontournable, j’avais toujours voulu faire ça. Il fallait saisir l’opportunité.

En outre, puisqu’elle vient tout juste de commencer un nouvel emploi, elle ne veut pas ébruiter cette démarche. Avec 5330 autres candidats, elle entre donc dans la course, suivant calmement le processus de sélection, certaine d’être rejetée à un moment ou à un autre de ses nombreuses étapes. Puis, alors qu’ils ne sont plus qu’une cinquantaine de candidats, Julie Payette doit se résoudre à informer son employeur puisque l’agence spatiale a décidé de présenter les demi-finalistes lors d’une conférence de presse : « Je suis entrée dans le bureau de mon patron, qui a été très accueillant et m’a appuyée durant tout le temps qu’a duré le processus de sélection, plusieurs mois. Une expérience qui rejaillissait tout de même positivement sur eux aussi. »

Quant à ce calme stoïque de la jeune femme rationnelle qui voit les statistiques évoluer à son avantage, il bascule lorsque les candidats ne sont plus qu’une vingtaine :

Tous les vingt, ils nous ont rassemblés à Ottawa et là, j’ai réalisé que les probabilités venaient de changer radicalement. Ça risquait de devenir un changement de vie majeur. Et mon chum de l’époque, avec lequel je faisais beaucoup de triathlon, de la plongée sous-marine et des voyages, l’a aussi réalisé et a trouvé cela très difficile. Mais je ne pouvais pas reculer, j’en aurais été hantée durant le reste de mes jours. Parfois, ça vaut la peine de faire de petits sacrifices. Et une fois que j’ai été choisie, c’était évident que j’allais y aller!

Les dernières entrevues ont lieu en juin 1992 et la future astronaute entre en poste le mois suivant. Elle se souvient s’être sentie « très petite et très modeste » à son arrivée à l’agence spatiale, devant l’expérience de ses nouveaux collègues. Seule francophone, seule femme, sans formation militaire et la plus jeune du groupe des nouvelles recrues, elle redouble d’effort et de rigueur, travaillant avec acharnement pour être à la hauteur de son rêve.

On me demandait : « Combien d’heures de parachute avez-vous? Aucune. Combien en plongée? Très peu. Combien d’heures de pilotage? Je ne suis pas pilote. » Alors que tous mes collègues avaient des réponses. Je ne sais pas vraiment pourquoi ils m’ont choisie. Je crois qu’ils avaient besoin de diversité d’une certaine manière, c’est évident. Mais aussi, je parlais déjà tout de même cinq langues, j’avais une grande expérience internationale et j’étais extrêmement forte – je faisais du triathlon au niveau senior au Québec. J’étais vraiment très en forme, rien à comparer à aujourd’hui. Et lorsqu’ils m’ont demandé, en entrevue, si j’étais un joueur d’équipe, j’ai mis en valeur mon travail d’équipe dans les chorales pendant une vingtaine d’années. J’étais capable de suivre les directives d’un chef et de m’harmoniser avec les gens autour. Je leur ai dit : « Je suis assidue aux répétitions, je ne chante pas plus fort, pas plus haut, je sais suivre le temps. » Aujourd’hui, je raconte cette anecdote et les gens rient, mais c’est vrai! On ne sait jamais dans la vie : toute expérience peut compter à un moment donné.

Elle commence alors l’entraînement de base très élaboré, avec au programme des cours en astronomie, en physique, en aéronomie, en mécanique orbitale, en géologie et en photographie. Elle suit également des cours de pilotage et de parachutisme. En ce qui concerne la plongée sous-marine, afin de compléter la certification qu’elle possède déjà, elle doit obtenir une certification en plongée opérationnelle. Elle s’applique avec toute l’ardeur et tout l’enthousiasme qui l’habitent. De par son profil hors norme, elle doit faire doublement ses preuves. Elle obtient ses licences de pilotage privé et commercial, poursuivant son entraînement en attendant la grande occasion, celle qui la mènera enfin dans l’espace.

C’est en 1996 qu’elle est recrutée par la NASA pour entreprendre sa formation d’astronaute spécifique. Elle obtient sa certification d’astronaute en 1998. Mais encore là, aucune garantie sur le billet pour la navette spatiale.

On dit : « There is no guaranty until the SRB light ». Le SRB, c’est le solid rocket boosters, les grosses fusées d’appoint blanches à côté de la navette. « Nothing is guaranteed until they light », car lorsqu’elles s’allument, ces fusées-là, le départ est absolument certain. On ne peut pas arrêter la poussée, les fusées brûlent jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de carburant.

C’est en 1998 qu’elle apprend qu’elle participera au vol prévu en 1999. Elle sera de la mission STS-96 à bord de la navette spatiale Discovery dont l’objectif est d’effectuer le premier amarrage manuel de la navette à la Station spatiale internationale ainsi que la livraison et l’installation de quatre tonnes de matériel. Julie Payette sera responsable des systèmes de la station et manœuvrera le bras robotique Canadarm en orbite. Bref, le rêve se concrétise, mais elle a bien peu de temps pour laisser libre cours à l’excitation. L’entraînement des mois qui précèdent la mission est, on l’imagine, pour le moins intense. Quant aux risques inhérents à une telle aventure, elle en parle avec l’esprit rationnel qui la caractérise :

J’ai vu comme tout le monde l’explosion de Challenger, en 1986. En 2003, j’étais là lorsque Columbia a explosé, avec à son bord, ma meilleure amie. On peut se dire, avant de partir : il y a un risque que je meure. Ou on ne pense pas à tout ça. Mais si les gens ne sont pas à l’aise avec ce risque, ils ne sont pas dans la bonne profession.

À son retour de mission, lors d’un passage à l’École Polytechnique fédérale de Lausanne9, elle confiera :

L’équipage de STS-96 s’est envolé à bord de la navette spatiale Discovery le 27 mai 1999 pour accomplir une mission de dix jours. C’est une expérience extraordinaire qu’on peut difficilement décrire. Nous avons fait 153 fois le tour de la Terre et avons travaillé à la construction de la toute nouvelle station spatiale internationale, en y transportant trois tonnes d’équipement et en effectuant les installations et réparations nécessaires. En voyant à quel point notre planète est magnifique de là-haut, j’ai pris conscience que notre Terre est précieuse : elle supporte sept milliards d’êtres humains et d’innombrables espèces animales et végétales, et c’est le seul endroit que nous connaissons dans l’univers où cette abondante vie est possible. J’ai aussi trouvé extraordinaire de travailler en haute technologie et de faire partie d’une équipe hors pair. C’est un privilège de travailler en apesanteur, de marcher dans l’espace, de voler. Aujourd’hui, je travaille encore très fort pour mériter une nouvelle mission.

En juillet 2009, elle est à bord de la navette spatiale Endeavour pour sa deuxième mission. Elle se montre très généreuse lorsqu’elle raconte ses voyages aux médias qui l’interrogent à ses retours de mission. L’essentiel réside en ces commentaires explicites : « C’est un voyage extraordinaire, une expérience fantastique! La planète est magnifique de là-haut et tous mes efforts en valaient la peine. Je me suis toujours plu dans ce milieu-là. Pour moi, maintenant, c’est une profession. »

Lorsqu’elle n’est pas en préparation de mission ou, tout simplement, dans l’espace, l’astronaute, qui vit à Houston, au Texas, fait du travail de soutien sur les équipements ou en prépare de nouveaux. Elle a, entre autres contrats, travaillé en Russie et en Europe et, fidèle à elle-même, elle est toujours très occupée.

L’âme d’une pionnière

Dépasser les frontières

Par les choix qu’elle fait, tout au long de son parcours, par sa manière de saisir ou de provoquer son destin, Julie Payette n’entre pas dans la norme. Douée de multiples talents, elle sculpte son chemin dans la matière brute, en défrichant, sans cesse, au-delà des limites. On en saisit la densité en apprenant les valeurs et les principes que sa mère a inculqués à ses enfants, leur répétant avec bienveillance : « Il y a toujours place à l’amélioration. » Les enfants Payette ont été incités au dépassement de soi, bien entendu, mais également des frontières qui limitent notre monde connu, acceptées généralement par la société dans laquelle nous évoluons.

À sa manière, le père influence aussi sa fille par sa volonté de déborder du cadre pour atteindre ses rêves. En suivant la route universitaire, malgré un milieu familial qui s’y prête peu, il sert de modèle à sa petite fille qui rêve de marcher sur la Lune. Tout est possible, il suffit d’y croire et d’y mettre l’effort!

Julie Payette porte probablement en elle cette volonté, mais celle-ci est largement cultivée par ses parents.

À maintes reprises, elle démontre sa force de caractère qui lui permet de franchir les obstacles, d’enjamber les idées préconçues, d’ouvrir les portes barricadées. Déjà, lorsqu’elle est étudiante en Grande-Bretagne, elle en déstabilise certainement plus d’un :

Au Collège, une des activités que je voulais essayer, c’était le Australian Surfboat, un gros bateau dans lequel on glisse vers le siège en ramant. Un genre de bateau aviron énorme, car il doit tenir sur les grosses vagues qui se brisent sur le canal de Bristol. Tout bonnement, je me suis mise en ligne pour l’activité. Au bout de la ligne, un professeur britannique assez âgé me dit : « Ah no, this is only for guys. » Je lui demande pourquoi. Il me répond qu’il faut de la force pour tenir la rame. C’est une grosse, très grosse rame épaisse. Je lui dis que je suis capable : je suis bien entraînée et je suis très en forme. Il continue à me refuser l’accès. Alors je lui montre ce garçon belge, derrière moi, environ de ma carrure. « Vous allez l’inscrire, celui-là, et bien moi aussi. »

Le professeur se résout à envoyer cette jeune fille tenace qui se tient devant lui un peu plus loin, afin qu’elle prouve qu’elle peut soulever la rame d’une main, lui promettant que si elle réussit, elle pourra s’inscrire et intégrer l’équipe. Finalement, personne ne lui a demandé de tenir la rame d’une main, mais elle a pu participer à l’activité.

J’ai grandi dans une société, au Québec, où le principe qu’une « fille n’est pas capable » existait de moins en moins. Dans ma famille, en tout cas, ça n’existait pas. C’est une opinion très personnelle, mais je crois que s’il y a peu de filles qui s’intéressent aux mathématiques ou à la physique pure, ou à l’ingénierie, c’est à cause de ce genre de découragement qu’elles reçoivent dans leur entourage… Heureusement, je n’ai pas connu ça chez moi : on ne me décourageait pas, on m’encourageait à faire l’effort : « Tu veux ça, c’est bien ce que tu veux, alors travaille! » C’est baignée dans cette philosophie de vie que j’ai grandi.  Alors à ce professeur, j’avais envie de dire : « Pourquoi me dites-vous que je ne suis pas capable? Laissez-moi plutôt essayer! »

Elle doit s’appuyer sur ces mêmes convictions lorsqu’elle arrive à l’agence spatiale en nouvelle recrue plutôt marginale : « C’est un milieu très compétitif : tout le monde veut ces quelques rares sièges qui mènent dans l’espace. Quelqu’un comme moi n’a pas le droit à l’erreur. Si je trébuchais, si je disais “j’ai peur de sauter en parachute”, c’était fini. »

Julie Payette assure pourtant que tout cela est une saine compétition et qu’une fois assigné à son poste, chaque membre de l’équipe travaille main dans la main avec ses collègues. Plusieurs années plus tard, au rappel de ces souvenirs de ses premières années d’entraînement où elle a dû donner tout d’elle-même afin de prouver sa valeur, elle avoue sereinement qu’elle a vieilli : « La performance exigée par un milieu aussi compétitif, entourée de collègues extrêmement compétents… oui, ça use! Mais quand on a 28 ans… c’est ce qui fait le bonheur de la jeunesse! »

Quand le plaisir soutient l’effort

Converser avec Julie Payette est un réel plaisir… car elle communique son plaisir. Ses journées sont occupées par des activités qui la passionnent. Là est son secret le moins bien gardé! Car il est aisé de ressentir l’enthousiasme qui l’habite. Alors, quand on lui demande si elle est hyperactive pour avoir, toute sa vie, cultivé de si multiples intérêts et mené tant de projets de front, elle répond de cette voix calme et douce qui est la sienne :

Non, je ne suis pas hyperactive. Pour faire tout ça, il ne faut pas tant d’énergie que d’intérêt. De l’intérêt, d’abord et avant tout. Il faut avoir du plaisir, car si on fait des choses que l’on n’aime pas, c’est beaucoup plus pénible. On est plus heureux si on aime ce que l’on fait. Et quand on se plaît dans ce que l’on fait, l’effort ne coûte pas cher. Car dans la vie, il faut mettre de l’effort pour réussir, pour atteindre ses objectifs, pour accomplir des choses. Il faut mettre de l’effort, c’est clair, alors mieux vaut mettre de l’effort dans quelque chose qu’on aime et il n’y a absolument rien de mal à changer d’idée si ça ne nous plaît pas. Et je dis aux étudiants qui vont à l’université en se disant qu’ils haïssent la faculté où ils étudient : « Changez! Allez ailleurs! Trouvez votre voie! »

C’est cet intérêt, ce plaisir qui, depuis toujours, décuple son énergie. Elle l’a trouvé dans les chorales auxquelles elle s’est jointe durant des années, elle l’a trouvé dans ces nombreux sports qu’elle a pratiqués, elle l’a trouvé dans ses études d’ingénierie et dans les multiples projets auxquels elle a participé, elle l’a trouvé à travers toutes ces aventures de par le monde où elle a choisi d’aller étudier ou travailler. Et plus que tout, bien évidemment, elle a trouvé ce plaisir dans sa carrière d’astronaute, ce rêve qu’elle cultivait depuis toujours. Grâce à la force de cette passion, elle a pu y consacrer les efforts nécessaires.

Dans une entrevue accordée à l’École Polytechnique fédérale de Lausanne, elle confirme l’importance de trouver ses passions :

J’ai le sentiment d’avoir fait un bon choix en me dirigeant tôt vers les sciences. La formation scientifique ouvre de nombreuses portes, même à l’extérieur du monde technique. Afin de déterminer dans quelle direction se diriger, le mieux est de se demander : « Qu’est-ce que j’aime? Qu’est-ce qui me passionne? Dans quel domaine suis-je bonne? » On a ainsi plus de chance de choisir une profession dans laquelle on sera à l’aise et dans laquelle on aura plaisir à travailler. Tout le monde ne deviendra pas violoniste soliste, première ballerine ou astronaute. Mais tout le monde a du talent et il s’agit d’identifier le domaine dans lequel ces talents pourront se déployer, s’épanouir et servir la société.

Jamais à court de ressources, elle avoue que si elle n’avait pu concrétiser son rêve de l’espace, elle aurait tout simplement suivi une autre voie qui l’intéressait. Une voie qui lui aurait donné du plaisir à travailler avec effort et rigueur.

Une femme dans un milieu d’hommes

Pionnière, Julie Payette l’est aussi pour avoir défriché des chemins empruntés majoritairement par des hommes. Déjà, en génie électrique, elle entre dans un univers masculin. Mais pour cette jeune femme menue, cette donnée n’a que bien peu d’importance :

Dans ma classe de physique, au Collège en Grande-Bretagne, j’étais la seule fille. Mais ce n’était pas important. Moi, j’étais là pour apprendre la physique, je n’étais pas là pour créer une statistique. J’étais à l’aise, ce n’était pas quelque chose qui me dérangeait particulièrement, même si en Europe, dans les années 80, les dispositions par rapport à l’égalité des sexes étaient différentes de celles de mon milieu. C’était déjà plus évolué au Québec.

Légèrement amusée devant un élément qui semble sans grande portée, elle avoue que sa personnalité, probablement, lui a permis de traverser ces milieux d’hommes avec naturel. En riant, elle confie que de toute façon, elle n’est pas « une grande flirt ». Aujourd’hui, en tant qu’astronaute, elle est à l’aise dans ce milieu professionnel masculin et raconte qu’elle revient d’une mission dont l’équipage n’était composé que d’hommes, hormis elle-même. Elle explique qu’elle a toujours opté pour un comportement professionnel et que même à l’école, elle traçait une frontière entre son travail et sa vie personnelle. Faisant preuve d’avant-gardisme en perçant avec assurance un secteur non traditionnel, Julie Payette conclut par cette anecdote :

Lors de mon séjour en Suisse, dans ce laboratoire où j’ai travaillé un an, si vous voulez des statistiques, nous n’étions que deux femmes. Ma collègue correspondait exactement au stéréotype de la femme en sciences, plus encore. En fait, elle ne parlait pas, elle aboyait! Et moi qui avais à peine 27 ans, j’étais un pur anachronisme pour les Européens!

Par ailleurs, évoluer dans un monde masculin impose des défis aux femmes qui s’y aventurent. Julie Payette les relève avec flegme. Un de ceux-là, et non le moindre, est de réussir à concilier famille et vie professionnelle. Lorsqu’elle et son mari – ce dernier, Billie Flynn, pilote d’essai, poursuit lui-même une carrière très exigeante – décident d’avoir un enfant, ils réfléchissent à la question et aménagent des conditions favorables :

J’ai choisi d’avoir de l’aide à la maison, nous avons quelqu’un à temps plein qui vit chez nous. J’ai réalisé après un certain temps que c’était essentiel. Dans mon milieu de travail, c’est très compétitif, les sièges sont convoités, il faut performer en tout temps pour bien se démarquer. Quelqu’un qui n’entre pas le matin, une femme qui ne vient pas travailler parce que son enfant est malade, ça ne passe pas.

L’astronaute explique que la conciliation travail-famille est un concept à peine en émergence dans le milieu de la NASA. Lors des périodes d’entraînement de mission, il n’y a aucun compromis possible. Elle ajoute que la plupart de ses collègues masculins vivent dans un contexte très traditionnel : leurs femmes prennent soin de la famille et s’occupent du foyer. Quant à la réflexion qu’impose le choix de la maternité pour une femme astronaute, Julie Payette aborde le sujet par une nouvelle statistique : en moyenne, une femme astronaute donne naissance à son premier enfant à l’âge de 41 ans. Dans son cas particulier, elle est sous la moyenne : elle a eu son fils à 39 ans.

L’équilibre d’une leader

Par tout ce qu’elle dégage en tant qu’être humain et par tout ce qu’elle a accompli en quatre décennies à peine, un parcours qui laisse aisément imaginer plusieurs vies parallèles, Julie Payette estime que la perfection demeure toujours éphémère, reprenant pour elle-même les célèbres propos de sa mère : « Il y a toujours place à l’amélioration. » En fait, ce qu’elle tente d’exprimer, c’est son refus d’une pensée absolue :

Je ne pense pas de manière absolue. Quand les gens me demandent, par exemple, quel était le moment le plus extraordinaire de mon vol spatial, j’ai énormément de difficulté à répondre à ce genre de question. Car en un sens, cette question sous-entend la perfection, quel était le moment parfait. La perfection, c’est une forme d’absolu.

Elle poursuit son explication en partageant sa compréhension du monde : « Tout fonctionne selon des lois physiques et autres sur lesquelles nous n’avons aucun contrôle. Seulement, nous pouvons juger les probabilités, évaluer les chances qu’un événement se produise. » Selon Julie Payette et malgré qu’elle se doute que plusieurs ne partagent pas cette vision du monde, ces probabilités, ces statistiques aident à comprendre le monde et à s’y intégrer.

Si je tiens quelque chose dans mes mains et que je le lâche, il y a 100 % des chances que cette chose tombe sur le sol parce que, selon cette loi physique immuable, nous évoluons dans un milieu gravitationnel. Bon, si c’est une plume et qu’il y a du vent… elle dansera un peu et finira tout de même sur le sol. Ça me rend heureuse de savoir que rien n’est ni noir ou blanc, que d’un côté ou de l’autre, une situation n’est pas si drastique. […] Prenons la situation de l’épidémie du H1N1 : les probabilités de mourir en contractant le virus au Québec sont extrêmement faibles par rapport à la possibilité de mourir d’un accident automobile, de loin le plus grand tueur selon les statistiques. Et personne n’y pense en prenant sa voiture le matin!

Cet esprit nuancé contribue clairement à l’équilibre de l’astronaute. L’équilibre étant, selon elle, la clé du leadership, la clé qui mène à l’accomplissement de l’être : « Ma vie a toujours été très remplie, mais également bien équilibrée. L’équilibre et la variété constituent un exutoire crucial pour toute personne très performante, et je ne fais pas exception10 », confie Julie Payette. L’équilibre est évidemment essentiel sur le plan personnel – entre les qualités individuelles, les intérêts, les ambitions, les objectifs, les rêves –, mais également au sein d’une équipe : qu’est-ce que chacun apporte au groupe, quelles sont les ambitions propres à chacun, et comment combiner le tout?

Un bon leader, pour moi, c’est une personne qui fait le lien entre ces aspects personnels et ces éléments de l’équipe avec laquelle il travaille afin de définir un objectif commun. Et lorsque l’on décide de réaliser cet objectif commun, il s’agit de distribuer les tâches, sans tomber dans l’absolu, encore une fois.

Elle tient aussi à préciser l’importance de la communication. Nombre de peurs et d’appréhensions sont nourries par une mauvaise information ou un manque de communication. Julie Payette illustre son propos par une situation liée à son expérience très concrète de mère :

Lorsque mon garçon n’avait encore que six ou sept mois, alors qu’il ne parlait pas encore, je le prévenais, le soir, qu’il allait à la garderie le lendemain matin. On a tort de croire que les bébés ne comprennent pas. Quand je le mettais dans la voiture, le matin, je ne sais pas exactement ce qu’il avait enregistré, mais en tournant le coin de la rue de la garderie, quelque part en lui, il savait, il était informé. Et je crois que ça rend les enfants plus heureux. C’est ma petite théorie : je pense que lorsque les gens savent ce qui ce passe, ils ont moins peur, ils se sentent davantage en contrôle, ils sont plus à l’aise et donc, ils peuvent s’épanouir plus facilement. C’est ce qu’un leader doit absolument faire : permettre de répondre à la majorité des questions, des craintes, afin qu’ensuite, les gens puissent utiliser leur plein potentiel plutôt que de passer du temps à poser des questions, à hésiter, à marcher sur des œufs…

Toujours prête à partir… vers les étoiles

Durant ce parcours étonnant qui est le sien, Julie Payette a suivi ses rêves et ses intérêts. C’est de cette manière que son énergie a été nourrie et décuplée. C’est grâce à sa volonté, à ses efforts et à son engagement sincère et enthousiaste qu’elle les a atteints. En saisissant, avec intuition et détermination, les occasions qui s’offraient à elle. Mais surtout, et plus que tout, elle a pu s’épanouir dans un univers de confiance où l’amour de sa famille lui a permis de se construire avec force : « Mon frère, ma sœur et moi avons toujours su que quoi qu’il nous arrive, nous pouvions toujours revenir à la maison, nous y serions accueillis. Que ce soit après un échec cuisant ou une folie, n’importe quoi, je pouvais toujours retourner chez moi, même encore aujourd’hui. »

Entourée d’amour, « qui donne des ailes » comme elle le dit elle-même, Julie Payette a élargi ses horizons dans la conquête de mille succès, à la hauteur de ce qu’elle pouvait, chaque fois, dépasser. Elle a pu construire une vie riche, équilibrée, non pas par réaction, mais bien dans l’harmonie.

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  • Biographie synthèse de Julie Payette
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  1. Ces informations sont tirées du site de l’Agence spatiale canadienne à l’adresse suivante : www.asc-csa.gc.ca/fra/astronautes/biopayette.asp (2010).
  2. Sauf avis contraire, toutes les citations de Julie Payette sont tirées d’une entrevue que l’astronaute a accordée le 28 janvier 2010.
  3. Expression québécoise populaire qui veut dire : épier, flâner pour voir ce qui se passe…
  4. United World Colleges : www.uwc.org (2010).
  5. Le Collège du monde uni rend obligatoire le service social à la communauté pour l’obtention du baccalauréat international. Plusieurs types de services communautaires sont offerts, parmi lesquels Julie Payette a choisi les services de sauvetage sur le Canal de Bristol.
  6. La bourse d’études Greville Smith, jusqu’à 10 000 $ renouvelable : Fonds créé grâce à un legs généreux fait à la Martlet Foundation par H. Greville Smith, industriel distingué et ancien membre du Conseil des gouverneurs de McGill. Bourse offerte aux citoyens et aux résidents permanents canadiens. Pour plus d’information : http://francais.mcgill.ca/studentaid/scholarships (2010).
  7. http://www.utoronto.ca/ (2010).
  8. http://www.tafelmusik.org (2010).
  9. Pour accéder à ce témoignage, voir le portrait de Julie Payette à l’adresse suivante : http://egalite.epfl.ch/files/content/sites/egalite/files/shared/brochure_payette.pdf (2010).
  10. Citation tirée du profil de Julie Payette publié par le Conseil canadien de l’apprentissage. Pour consultation, voir l’adresse suivante : http://www.ccl-cca.ca/ccl/Newsroom/Profiles/PILJuliePayette-2.html (2010).