Jean-Marc Brunet ou la volonté absolue d’être un gagnant

Centre de cas HEC Montréal
Ce cas traite d’entrepreneurship, de stratégie et de leadership à travers l’histoire de Jean-Marc Brunet, l’un des premiers naturopathes québécois, ses activités dans le monde de la boxe, des arts et de la politique, sa conversion à l’alimentation naturelle, la mise sur pied de son entreprise Naturiste et son rayonnement international.
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Chaque fois qu’on mettait une brebis à côté de lui, le loup la bouffait. À un moment donné, le lion vient le voir puis lui fait un discours : « Écoute un peu, ça n’a pas de sens, tu passes ton temps à bouffer les brebis. Évidemment, tu terrorises tout le monde, c’est plein de sang partout. Tout le monde est en dépression ici. » Le loup l’écoute puis finalement le lion lui dit : « Est-ce que tu as bien compris? Tu ne boufferas plus de brebis. » Le loup lui répond : « D’accord, j’ai compris. » Le lion s’éloigne. Et puis le loup le regarde s’éloigner, et au même moment, une brebis s’approche pour s’asseoir à côté du loup. Le loup se retourne, et croc, il la bouffe. Et le lion, choqué : « Tu ne m’as pas compris? » « Je vous ai bien compris. Je n’y peux rien… c’est ma nature! », de répondre le loup1. »

En 1994, Jean-Marc Brunet est à la tête d’une vaste entreprise de commerce de détail comptant 600 employés et affichant un chiffre d’affaires de 40 millions de dollars. Sur 155 magasins Le Naturiste, il en possède 125, les 30 autres étant franchisés. On y vend plus de 1 500 produits naturels et de nombreux livres traitant de naturopathie. Le territoire visé est le Québec et ses prolongements naturels, soit l’Ontario et le Nouveau-Brunswick francophones. Les entrepôts et le siège social sont situés à Boucherville.

Le cadre de vie

L’homme a la carrure et le nez du boxeur. La main est puissante et les ongles soignés. Il porte au poignet un large bracelet d’argent ponctué de griffes noires. D’une élégance raffinée mais non conventionnelle par l’agencement des tissus et des couleurs, il fixe attentivement son interlocuteur d’un regard noir et direct. Les cheveux foncés laissent le visage entièrement dégagé. Il sourit facilement et s’exprime avec aisance et clarté.

Jean-Marc Brunet vit et travaille dans une maison victorienne de la rue Saint-Denis, à Montréal. Les murs épais empêchent la rumeur de la ville d’y pénétrer. Une atmosphère de silence et de paix presque monacale surprend le visiteur qui vient de laisser l’animation bruyante de la rue. Au rez-de-chaussée, à gauche d’un étroit couloir, se trouve un bureau dont les murs sont couverts de rayons de bibliothèque et de portraits de leaders célèbres (Charles de Gaulle, Duplessis, Napoléon). En face du bureau, à droite du couloir, des portes vitrées s’ouvrent sur un salon au tapis épais et aux murs feutrés où une immense marine apporte une touche de couleur parmi les nombreux portraits souvenirs.

En enfilade derrière le salon, la salle à manger abrite des meubles de bois foncé datant de la même époque que la maison. Un petit escalier appuyé sur le mur du fond mène discrètement à l’étage. Enfin, attenante à la salle à manger, une cuisine privée donne sur un jardin secret où une tonnelle et des arbres matures forment un écran naturel aux regards indiscrets. Un petit sentier fleuri mène à une maison jumelle où habite la famille élargie du « clan Brunet ».

L’étage de la première maison est occupé par Mme Lise Dauphin, vice-présidente au secrétariat et véritable femme de confiance de Jean-Marc Brunet depuis 27 ans. Elle y loge ses bureaux et ses appartements privés. Au troisième et dernier étage, accessible par un autre escalier, Jean-Marc Brunet a aménagé un gymnase où il s’entraîne religieusement deux heures par jour au son d’une douce musique classique. Au-dessus des appareils d’exercice, des photos dédicacées d’anciens champions boxeurs rappellent une époque glorieuse. Sur un petit pan de mur, un portrait du Christ à l’huile étonne dans cette salle consacrée à l’athlétisme. On apprendra plus tard que ce portrait est l’œuvre de sa mère, décédée depuis.

Une enfance exigeante

Jean-Marc Brunet a connu une enfance exigeante par le milieu social et familial dans lequel il a grandi. Né à Montréal en 1940 dans le quartier de « la petite patrie », il est le fils aîné d’Éliane Desbiens et de René Brunet, typographe à La Presse. Très jeune, il doit affronter des bandes de voyous qu’il rencontre à l’école ou dans les ruelles environnantes :

Située à l’intersection des rues Liège et Lajeunesse, l’école Saint-Gérard, que dirigeait un éducateur à poigne, était fréquentée par une meute de jeunes loups sauvages aux dents aiguisées. Pour eux, l’école n’était que le prolongement naturel de la ruelle. Non seulement ils y entraient pour apprendre au moins à lire et à compter, mais pour y souder des amitiés qui permettraient d’étendre et de solidifier les réseaux économiques dont ils tiraient une partie de leur subsistance. Beaucoup dépendaient totalement du petit racket qui les aidait à vivre, leurs parents étant trop démunis pour leur procurer l’essentiel2.

Ce milieu dur où, pour se faire respecter, il fallait user de ses poings, Jean-Marc Brunet l’acceptait difficilement, mais en même temps il en retint des leçons qui devaient façonner profondément son caractère.

Déjà à l’école primaire confessionnelle, véritable reflet de la mentalité religieuse de l’époque, le petit Jean-Marc refusait les modèles de soumission et de mortification qu’on lui proposait :

Les modèles qui nous étaient proposés étaient pour moi des modèles de dégénérés. On nous proposait évidemment des saints, on nous proposait des histoires d’individus qui étaient censés avoir atteint un niveau très élevé dans l’échelle humaine pour je ne sais trop quoi, pour s’être auto-flagellés ou s’être enfermés dans des grottes. (…)
C’était toute cette espèce de vision misérabiliste, défaitiste, noire, sombre, odieuse en fait, d’une dégénérescence, d’une déviation et d’une décadence du christianisme qui n’a rien à voir avec le christianisme authentique, avec la parole du Christ telle que je l’ai découverte plus tard en étudiant Teilhard de Chardin. (…)
Et puis j’étais en révolte, révolte sauvage et hyperagressive contre ce milieu. Et cette révolte-là, je la manifestais avec mes poings, puisque c’était le seul moyen qui m’était accessible dans le milieu dans lequel j’évoluais.

Afin de survivre avec les honneurs de la guerre dans ce milieu de violence, le jeune Jean-Marc choisit de se défendre physiquement, mais il chercha dans les livres les exemples de courage qui devaient l’inspirer et présider à la formation de son idéal :

Quand j’étais jeune, je dévorais les livres qui relataient les exploits des aviateurs de l’Aéropostale française, notamment Mermoz, Funk, Saint-Exupéry, qui est bien connu. Ces gens-là me passionnaient, tous ceux de l’Aéropostale. Et puis, mes modèles étaient des modèles chevaleresques si l’on veut, des modèles d’hommes très forts, très athlétiques et d’une certaine façon très nietzschéens et puis c’était ma vision du monde. (…) Pour moi, un homme devait être un guerrier. C’était ma nature profonde et je le crois encore. Je crois que sur le plan biologique, l’homme est constitué pour être un chasseur et un guerrier.

Parallèlement à ces lectures de vies héroïques, le jeune Jean-Marc décida de pratiquer avec plus de sérieux le sport dont il avait éprouvé très jeune la nécessité vitale, la boxe. Il trouva là d’autres modèles, en chair et en os cette fois, et il s’identifia vite aux Rocky Marciano, Jake Lamotta, Graziano ou plus près de lui, aux Québécois Armand Savoie, Dave Castilloux et à l’étoile alors montante, Robert Cléroux :

Mes modèles étaient des gens qui, partant de rien, par la force des poignets, sortis de milieux très modestes, s’étaient élevés à un niveau de gloire considérable. Et puis, j’avais cette image de l’homme guerrier, de l’homme chasseur, de l’homme capable de modifier les situations, de l’homme animé par la volonté de puissance.

Ce milieu social, dur à l’extrême, qui avait amené Jean-Marc Brunet à s’intéresser au monde héroïque de l’Aéropostale et à l’univers athlétique et discipliné de la boxe, trouvait son écho dans le milieu familial, également exigeant par les aspirations qu’il sentait peser sur lui.

Éliane Desbiens

Orpheline dès l’âge de quatre ans, la mère de Jean-Marc Brunet avait été recueillie par sa demi-sœur. Elle n’avait fréquenté l’école que pendant quatre ans. Elle n’avait jamais connu sa mère dont elle gardait un vague souvenir, sachant uniquement qu’elle était originaire du comté de Charlevoix. Décédée en 1991, Éliane Desbiens a exercé toute sa vie une influence déterminante sur son fils aîné. Jean-Marc Brunet se souvient d’elle comme d’une femme forte, intelligente mais extrêmement tendue :

Ma mère, c’était une femme extrêmement forte mais sans instruction, qui le regrettait beaucoup. Si cette femme-là avait eu de l’instruction, elle serait devenue un grand chef d’entreprise, c’est certain. C’était une femme qui avait une initiative absolument inouïe, extrêmement intelligente, très pugnace. (…)
C’était une personne extrêmement tendue, très tendue, probablement dû à son insécurité, dû au bris qu’il y avait eu dans sa vie, dans son enfance. C’était une personne qui était tendue comme une barre. Évidemment, on sentait qu’il y avait une tension dans cette femme-là qui continuait dans sa voix, dans sa façon d’être.

Elle laisse également à son fils l’image d’une femme douée pour les arts, car elle pratiquait la peinture dans ses moments de loisirs :

C’était une très belle femme. (…) Délicate mais napoléonienne à sa façon d’être très tendue extrêmement tendue. Mais une fabuleuse créatrice, une artiste incroyable, une femme… La belle toile qu’il y a dans le salon, la grande toile, la mer houleuse, c’est d’elle, c’est une artiste absolument incroyable. Une femme pleine de talents avec le peu qu’elle avait.

Toute sa vie, Éliane Desbiens porta à son fils aîné une attention particulière qui prit la forme d’un antagonisme de tous les instants. Elle avait des idées très arrêtées sur tout ce que son fils devait choisir de faire. Ainsi, elle s’opposait à ce qu’il fasse de la boxe parce qu’elle considérait ce sport comme violent et dur, comme un loisir qui attirait de « louches individus ». Au moment où, à la fin de son adolescence, Jean-Marc Brunet décide d’entrer dans l’Aviation canadienne, elle s’y oppose en vain avec le même acharnement. Plus tard, lorsqu’il s’inscrira à des cours d’art dramatique, c’est encore une fois avec réticence, malgré son goût pour les arts, qu’elle accueille cette décision, considérant que c’était pour lui une perte de temps et qu’il devrait plutôt s’occuper à apprendre un métier :

C’est une femme avec laquelle j’ai été en bataille continuelle – il y a eu des batailles féroces – mais à qui je dois énormément, je m’en rends compte avec le recul, parce qu’elle a fait de moi, par son opposition systématique, un super batailleur. Ma mère était une partenaire d’entraînement fantastique. Ma mère… c’est comme un champion boxeur qui a le meilleur partenaire d’entraînement au monde. Mais pour que vous soyez un bon champion à la boxe, votre partenaire est souvent beaucoup plus important que votre adversaire. Et les combats de gymnase sont très souvent beaucoup plus durs que les combats devant le public. Vous comprenez. Parce que si vous êtes bien préparé, il y a de fortes chances que le combat devant le public se règle rapidement parce que vous avez eu un bon partenaire d’entraînement, parce que le partenaire vous a forcé à des combats inouïs en gymnase et que vous avez raffiné vos réflexes, développé votre stratégie. Or, ma mère était en opposition continuelle avec moi.

C’est seulement vers la fin de sa vie, trois ans avant sa mort, qu’Éliane Desbiens en vint à des rapports moins tendus avec son fils. Jean-Marc Brunet raconte :

Une fois, je me souviens, je l’avais invitée à faire une croisière avec mon père. C’était une croisière idyllique, un peu avant qu’elle meure. Et puis elle m’avait dit dans l’avion, on était assis comme ça, un à côté de l’autre, on causait. Elle m’a dit : « Tu sais, Jean-Marc, je te regarde aller! » Et puis, elle a ajouté : « Moi, je suis très contente pour toi, parce qu’au fond, c’est toi que j’aurais voulu être. » Je lui ai dit : « Qu’est-ce que tu veux dire ainsi? » – « Si j’avais eu de l’instruction, c’est ce genre de vie que j’aurais aimé comme femme, chef comme tu l’es, chef d’entreprise. » Enfin, elle a dit : « Je suis tellement contente pour toi parce que tu fais au fond ce que j’aurais voulu faire. »

Cet antagonisme soutenu qu’Éliane Desbiens entretenait avec son fils Jean-Marc n’avait pas cours avec ses autres enfants : Denis, de quatre ans plus jeune que Jean-Marc, entré au séminaire à l’âge de 12 ans; Renée, seule fille de la famille, de huit ans plus jeune, aujourd’hui directrice d’une succursale Le Naturiste, et Yves, de 12 ans plus jeune, et maquettiste à La Presse. Jean-Marc Brunet explique ce traitement « de faveur », par le fait qu’elle trouvait en lui le tempérament le plus coriace, le seul capable, dans une moindre mesure avec son père, de lui donner la compétition qu’elle cherchait sans cesse pour soulager sa tension intérieure. Selon Jean-Marc Brunet, elle trouvait en lui le combattant dont elle avait un besoin vital.

Du fait de sa place chronologique dans la famille, Jean-Marc Brunet a eu peu de rapports avec ses frères et sœur pendant son enfance. Le seul avec qui il aurait pu partager des activités de jeunesse était Denis, mais son départ très jeune pour le séminaire a fini de distancer les deux frères :

(…) parce que ma mère voulait avoir un prêtre dans sa vie, c’était l’obsession de l’époque, mais enfin. Et ça a été Denis qui s’est fait convaincre. C’est pour ça qu’il est parti.

Une autre personne opposait parfois sa volonté à celle d’Éliane Desbiens, mais d’une façon moins ouverte et moins fougueuse. Il s’agit de René Brunet, le père de Jean-Marc.

René Brunet

Typographe à La Presse, René Brunet était Irlandais par sa mère, Eva Farmer, et Québécois par son père, Raoul Brunet. Lorsque Jean-Marc avait environ 14 ans, René Brunet lança une petite entreprise d’imprimerie à partir du sous-sol de sa maison, située sur la rue Saint-Denis :

Il avait une entreprise dans le sous-sol de la maison familiale. On était à loyer évidemment. On n’était pas très riche. Puis, c’est une maison un peu comme on voit encore dans ce quartier-ci, qui était d’ailleurs sur la rue Saint-Denis. C’est peut-être pour une de ces raisons que j’aime la rue Saint-Denis. Je ne sais pas, pour moi, je me sens à l’aise sur la rue Saint-Denis.

Le jeune Jean-Marc était très fier que son père soit à la tête d’une petite entreprise :

J’admirais quand j’étais jeune, j’étais content de dire que mon père avait un commerce. J’étais fier. Quand ça marchait, je le disais à tout le monde. « Ah oui, mon père – on n’a pas de problème – a un commerce, lui. Ça va bien. Et puis on va déménager éventuellement. Et puis ça va aller mieux! » et ainsi de suite…

Mais René Brunet n’a pas réussi. Il expliqua cet échec par l’offensive d’une entreprise anglophone qui avait décidé d’envahir le marché québécois en pratiquant une guerre des prix impitoyable. Ce dernier n’a pas su résister et il a dû fermer boutique. Par contre, il n’a jamais déclaré faillite :

Il n’a jamais voulu déclarer faillite. Il a payé tous ses créanciers. Ça lui a pris 20 ans à salaire, il travaillait à La Presse, parce que c’est un homme d’honneur, une espèce d’entêtement irlandais. C’est un homme d’honneur. Ça, j’admire beaucoup ça chez lui… le sens de l’honneur.
Puis je me souviens qu’après 20 ans, il avait dit à un moment donné : « Bon là, je suis bien content parce que j’ai payé tous mes créanciers et jamais personne ne pourra dire que René Brunet a fait faillite. Et puis je vous laisse un nom propre. »

Jean-Marc Brunet garde de l’échec de son père un souvenir douloureux. Il se rappelle les années où chômeur, René Brunet se rendait à La Presse dans l’espoir de remplacer un typographe malade ou absent. Parfois, il faisait le trajet en tramway trois fois par jour, son petit sac de lunch à la main, depuis la maison de la rue Saint-Denis jusque dans le Vieux-Montréal d’où il rentrait trop souvent bredouille. Jean-Marc, qui avait à l’époque 15 ans, vécut toute cette expérience comme une humiliation cuisante. À ses yeux, son père s’était laissé avoir parce qu’il n’avait pas été assez dur avec l’agresseur. Il n’avait pas su trouver la faille :

Dans mon esprit, ce n’est pas qu’il avait raté, c’est qu’il n’avait pas été assez dur! Il s’était laissé avoir.
Il y a toujours un moyen qui va faire reculer quelqu’un qui vous agresse sur terre. Il s’agit de le trouver. Mais il y en a toujours un, à condition que vous soyez prêt à ne jamais reculer, quoiqu’il arrive. À la condition que vous soyez assez plaqué pour assumer le défi. Ne jamais reculer, quoiqu’il arrive! Ne jamais reculer à aucun prix quand on est dans son droit!
Vous pouvez avoir n’importe qui sur terre. Si vous avez assez de nerfs pour être capable de jouer à la roulette russe avec votre propre vie, vous allez faire reculer n’importe qui à la condition d’y mettre évidemment l’effort, d’y mettre la bonne pression. Papa n’aurait pas eu ça. Il aurait eu ce côté trop civilisé à un moment.

Cette image d’un père humilié et dévalorisé, alors qu’il avait été auparavant chef d’une petite entreprise, cette image d’un héros déchu, a été difficile à vivre pour Jean-Marc Brunet adolescent :

Les modèles que j’avais dans ma vie, à cette heure, j’étais très conscient de ça, les modèles que je voyais en chair et en os étaient tous des perdants et les seuls modèles gagnants, c’étaient les modèles littéraires, c’étaient ceux que j’allais chercher dans les livres et j’avais besoin de voir des gagnants. Je voyais papa avec des difficultés énormes, ayant perdu un commerce, malgré des années de dur labeur acharné.
En plus de ce qui est arrivé à mon père, j’ai aussi découvert que mon arrière-grand-père Brunet avait bâti une fabuleuse fortune à la fin du siècle précédent. Je suis très féru d’histoire et de généalogie familiale. C’est ce qui m’a amené à faire cette découverte. À sa mort, l’une de ses filles, Fabiola Brunet, a hérité de cette fortune. Elle l’a multipliée plusieurs fois. C’était une femme d’affaires exceptionnelle et une Québécoise entièrement libérée, bien avant l’invention du mot. Elle fut emportée par un cancer dans la force de l’âge et les exécuteurs testamentaires malhonnêtes ont volé les quatre cinquième de cette fortune immense pour l’époque. Le reste servit à aider les moins fortunés de notre famille.
Quand j’ai découvert cela, je me suis juré que jamais cela ne se produirait à nouveau. Ceci a pu se produire parce qu’à la fin du dernier siècle les membres de ma famille, comme beaucoup de Québécois, étaient peu scolarisés et ignorants des réalités économiques. Alors ces deux filous, un huissier à la Ville de Montréal et un de ses amis, petit entrepreneur, réussirent à se faire nommer exécuteurs testamentaires par une Fabiola Brunet malade et désemparée.
Par surcroît, j’ai aussi découvert qu’une autre fortune avait été créée dans la famille du côté de mes parents irlandais, les Farmer. Un de mes grand-oncles, Patrick Farmer, était devenu un des hommes les plus riches de Verdun. Quoique nettement moins considérable que la fortune des Brunet, ses avoirs furent quand même habilement détournés à sa mort. Mes parents irlandais issus de la Grande Famine d’Irlande du XVIIe siècle étaient à cette époque, généralement peu instruits. J’en ai déduit que les Brunet comme les Farmer étaient capables d’être des leaders économiques mais que des carences de planification liées à des attitudes trop fatalistes, nous avaient empêchés de conserver cette richesse en la transmettant aux générations suivantes et surtout en faisant en sorte que ces générations aient la formation académique, et la philosophie bagarreuse et impitoyable qui fait les dynasties fortes et capables de se perpétuer!

Cette période particulièrement éprouvante pour Jean-Marc Brunet lui a laissé une détermination farouche de ne jamais être un perdant :

Je ne dirais pas que je l’ai fait d’une façon consciente, réfléchie, mais j’ai ressenti une très grande souffrance. Et je suis convaincu que cette souffrance-là a été un moteur puissant, mais vraiment puissant, pour moi.
On n’a pas le temps de tout faire dans la vie. Mais je me rends compte de ça avec le recul, et puis j’ai développé une espèce de compréhension profonde pour la souffrance des perdants mais en même temps une volonté farouche et féroce d’être un gagnant quoi qu’il arrive et de ne jamais céder! Jamais! Quel qu’en soit le prix!

En fait, Jean-Marc Brunet a chassé à jamais pour lui l’éventualité de l’échec. Même le suicide serait pour lui le geste d’un homme d’honneur, car il le conçoit à la japonaise, comme un ultime acte de courage qui permet à l’homme d’éviter la déchéance et l’humiliation :

Dans mon univers à moi, il ne peut pas y avoir d’échec parce que l’ultime porte de sortie pour moi, ce serait la mort. Et pour moi, une mort qui n’est pas un échec, une mort royale, c’est la mort du kamikaze! Donc, il ne peut y avoir d’échec.
Je refuse de me voir comme perdant quelles que soient les circonstances parce qu’il y a toujours une issue. Si vous avez affaire à un adversaire, que ce soit n’importe qui, le gars a toujours une faiblesse à la condition que vous soyez prêt à être absolutiste. Vous comprenez. À cette condition.

Comme chef d’entreprise, Jean-Marc Brunet garde de cette expérience difficile de son père un acharnement impitoyable contre tout concurrent, particulièrement s’il est d’origine étrangère. Il est moins implacable s’il s’agit d’un Québécois de souche :

J’accepte mal les concurrents. J’aime beaucoup la compétition. Elle est très bonne pour le commerce, mais mon instinct m’amène évidemment à ne pas être très tolérant envers les concurrents. C’est un peu ambivalent ce que je vous dis, car d’un côté, je trouve que le commerce est excellent et d’un autre côté, un concurrent pour moi, c’est quelqu’un que je dois abattre. (…)
J’adore la compétition. C’est excellent pour le commerce. Mais si se présente un compétiteur devant moi, mon instinct m’amène à être extrêmement pugnace et à vouloir l’effacer de la carte. (…)
Les deux principaux concurrents que j’avais, un gros compétiteur américain, General Nutrition Center, et puis l’autre était Vogel, les deux sont disparus de la carte. Je ne les ai pas aidés. Je ne dirais pas que je suis responsable de leurs échecs, mais je ne les ai pas aidés. J’ai été très agressif et j’entends le demeurer envers tous ceux qui vont tenter d’envahir ce que j’estime être mon territoire. Et mon territoire, c’est le Québec et ses prolongements naturels : l’Ontario et le Nouveau-Brunswick francophones! Ça, j’estime que ça, c’est mon territoire comme chef, (…) chef du Mouvement naturiste québécois que j’ai créé et développé. (…)
J’ai développé (…) une espèce d’attitude très pugnace envers les étrangers qui tentent de bousculer un « national », si vous voulez, ce qui explique en partie le fait que je suis hyper-agressif et ultra-nationaliste… Je vais être moins dur face à un Québécois loyal que je vais l’être face à des étrangers. (…)
Si c’est un Québécois loyal, je vais lui donner une bataille très dure mais amicale, amicale. Et j’aurais plutôt tendance à un moment donné, si je vois qu’il est vraiment mal en point, si c’est un Québécois loyal, on s’entend, à lui proposer une entente, peut-être à l’acheter, faire en sorte qu’il n’en sorte pas trop abîmé de l’affaire, pas dévalorisé. Si ce n’est pas un Québécois loyal, je suis impitoyable et je ne m’en cache pas. Je suis simplement comme ça..

Cet entêtement et cette détermination, Jean-Marc Brunet les attribue en partie à son côté irlandais, qu’il tient de sa grand-mère.

Eva Farmer

Comme Éliane Desbiens souffrait de migraines chroniques, le petit Jean-Marc était souvent sous la garde de sa grand-mère, Eva Farmer, qui était en même temps sa marraine, et qui adorait son petit-fils :

Ma grand-mère a eu une grande influence sur moi puisque c’était une femme qui m’aimait beaucoup, pas seulement parce que c’était ma marraine. Elle me gardait quand j’étais jeune. Et elle aimait tout ce que je faisais. L’opposé de ma mère. Boxer, et elle boxait avec moi, à la blague… Elle me donnait des petits coups de poings, des choses du genre. Ce qui fait que j’ai adoré ma grand-mère. (…)
Elle m’a donné le sens de l’endurance irlandaise. Ma grand-mère était très fière de ses origines irlandaises. Et elle m’a rendu très conscient de mon sang irlandais. Ce qui fait que je suis très francophile et francophone, mais en même temps… très irlandophile. Je me sens comme étant un Québécois franco-irlandais.

Le grand-père, Raoul Brunet, est décédé avant Eva Farmer, mais Jean-Marc en garde le souvenir flou d’un homme bon et jovial, toujours enclin à l’excuser et à rire de ses ébats :

C’étaient des gens qui m’aimaient beaucoup. Mes grands-parents, dans mon inconscient, c’est une image d’amour. C’est une image d’amour, puis c’est une image de compréhension. C’est une image sécurisante.

Au cours des dernières années, Jean-Marc Brunet a commencé à faire des recherches généalogiques afin de retracer ses origines irlandaises.

Cette conscience de ce quart de moi qui est irlandais, c’est elle qui me l’a donnée. Mais je ne peux pas dire que ça s’est vraiment manifesté, dans ma vie, avant il y a peut-être quatre ou cinq ans. Je n’étais pas conscient de ça ou je n’avais pas le temps de m’en occuper ou enfin, je n’étais pas vraiment tourné vers ça. Puis, avec l’âge, à un moment donné, on réfléchit un peu plus sur les questions existentielles : d’où venons-nous?

Jean-Marc Brunet a d’ailleurs l’intention de faire un voyage prochainement en Irlande en compagnie de sa fille Josée-France, âgée de 11 ans, à qui il veut transmettre son sens des valeurs familiales. Déjà, il l’a amenée en France, au pays des Brunet avec qui il garde un contact épistolaire. Car pour Jean-Marc Brunet, la lignée, la famille, le « clan » revêtent une importance particulière.

Le clan Brunet

Jean-Marc Brunet a épousé il y a 13 ans une comédienne connue, Marie-Josée Longchamps3, dont il a élevé le fils Alexandre, issu d’un premier mariage. Il est également le parrain de ce dernier, qui a choisi de porter le nom de Brunet. De cette union est née une fille, qu’il a prénommée Josée-France. Il se considère de plus comme le parrain de Nicolas, le fils de Lise Dauphin et de Karina, la fille aînée de Marie-Josée Longchamps. Cette famille élargie habite la maison jumelle accessible par le jardin et intérieurement par le sous-sol. Le deuxième étage de cette maison est occupé par le père de Marie-Josée Longchamps, par sa fille « tante Francine », et par Magalie, une employée familiale d’origine haïtienne, dont l’enfant de quelques années habite également avec elle. Karina, qui œuvre comme coordonnatrice de production de longs métrages, habite également un des appartements de la maison. En tout, les deux immeubles comptent 48 pièces.

Jean-Marc Brunet est en quelque sorte le patriarche de ce « clan ». Se joignent aux activités familiales, son père, qui habite maintenant une résidence pour personnes âgées, ses frères, sa sœur, de même que des collaborateurs et amis de longue date reliés depuis longtemps à l’entreprise ou appartenant soit au monde de la boxe, soit au milieu journalistique où il a travaillé pour gagner ses études avant de consacrer entièrement sa vie à la naturopathie4.

(…) Ici, c’est comme un clan. Ici, on a les deux maisons. (…) Moi je vis ici. Ma femme est de l’autre côté, mes enfants sont de l’autre côté. Le grand-père vit en haut, ma seconde adjointe, Magalie, vit à côté du grand-père avec son gentil petit garçon. Nicolas, qui est le fils de Lise mais que j’ai élevé largement et dont je suis le parrain (il me considère comme son second père, en fait), il vient souvent ici. C’est extrêmement clanique et familial, mais plus clanique que familial.
(…) C’est une espèce de vie ici où on est toujours en contact les uns avec les autres mais c’est suffisamment grand pour que l’on ait notre espace vital. Et puis il y a toujours beaucoup d’activités familiales. Il n’y a pas une semaine où il n’y a pas de fête ici parce que l’on célèbre tous les anniversaires de tous les membres du clan. Le grand-père, Josée-France, moi, Lise, Magalie, tout le temps. Il y en a beaucoup dans le clan. Il y a toujours une fête.
On se retrouve souvent autour de la table familiale, de l’autre côté, la grande table artisanale québécoise. Souvent, on se retrouve de l’autre côté 15, 20, 25. Il y a toujours beaucoup de plaisir, il y a de l’entraide. Et puis c’est très simple en même temps.
(…) Donc, on a toutes sortes de collaborateurs « organiques », devrais-je dire, qui font partie du clan au sens large et qui sont très heureux qu’on les invite. (…) C’est plein de nourriture, tout le monde s’amuse et à un moment donné, houp, quand c’est terminé, si ça se termine à dix heures et vous y retournez à minuit, tout est propre, car les membres de notre clan s’entraident pour tout.
Personne ne se force ou personne ne force quelqu’un d’autre. Moi, je trouve ça absolument magnifique. Comment en est-on arrivé à créer cela? Je ne le sais pas. Je n’ai jamais rien fait de particulier pour ça en dehors d’être moi-même. Marie-Josée aussi.

Ce milieu clanique que Jean-Marc Brunet a voulu créer autour de lui n’a pas toujours existé dans sa vie. À un moment donné, il s’est retrouvé extrêmement seul, littéralement terrassé par la maladie.

L’événement déclencheur

Après avoir terminé ses études supérieures, Jean-Marc Brunet décide d’entrer dans l’Aviation royale canadienne. Il espère y trouver l’atmosphère héroïque dont ses lectures de jeunesse lui avaient donné le goût. Bien qu’il y apprenne l’importance de la discipline et qu’il y pratique avec succès son sport préféré, la boxe, il n’y est pas entièrement heureux. Il estime que la langue française n’a pas la place qui lui convient et la toute puissance de l’anglais lui apporte de nombreuses frustrations. Au cours de ses permissions, il assiste à des conférences de Raymond Barbeau, un professeur de HEC Montréal qui avait fondé un mouvement politique d’allégeance nationaliste : l’Alliance Laurentienne. Raymond Barbeau voulait rassembler tous ceux qui « avaient rêvé d’une république française sur les bords du Saint-Laurent5».

Jean-Marc Brunet se rallie à cette pensée politique, révolutionnaire pour l’époque. Encore aujourd’hui, il prône pour le Québec le statut de république :

Pour moi, le terme souverainiste est un amoindrissement de l’idée de départ et je veux une république québécoise. Fondamentalement, je suis républicain comme De Gaulle était républicain dans le sens de la cinquième République, c’est-à-dire la priorité de l’exécutif sur le législatif, et la priorité du chef dans l’exécutif si l’on veut que ça marche. Et c’est aussi parce que c’est ce qui convient à un peuple gaulois comme le nôtre pour qu’il n’y ait pas dispersion des forces.

En plus de mener son action politique et de faire son enseignement aux HEC, Raymond Barbeau s’intéressait au naturisme. Il fut en fait un des premiers Québécois à détenir une formation de naturopathe et à être habilité à exercer un tutorat en la matière pour le compte d’un collège américain. Raymond Barbeau avait une pratique privée en naturopathie, mais il aimait surtout enseigner. C’est lui qui plus tard se chargera de la première formation de Jean-Marc Brunet en naturopathie.

À cette époque, Jean-Marc Brunet ne se souciait aucunement de sa santé. Il se croyait à l’abri de la maladie et s’engageait à fond de train dans un tourbillon d’activités. Il travaillait comme journaliste à la radio montréalaise. Il suivait toutes les assemblées de l’Alliance Laurentienne et il était de toutes les manifestations pour l’indépendance du Québec. Il continuait de lire beaucoup et s’était inscrit à des cours d’art dramatique. Il faisait des études en sociologie et en philosophie. Il avait de nombreux amis dans le milieu montréalais de la boxe et il ne manquait aucun combat important. Il servait de partenaire d’entraînement à de nombreux pugilistes pour leur rendre service. Débordant d’énergie, il ne voulait rien manquer de ce que la vie pouvait lui offrir. Mais bientôt, ses excès commencent à lui amener des problèmes de santé : fatigue, maux de tête, étourdissements, dérangements d’estomac. Un jour, il perd connaissance, seul, dans son petit appartement. Il se retrouve à l’hôpital où un médecin diagnostique une embolie causée par l’épuisement. On lui dit qu’il ne retrouvera jamais l’énergie d’autrefois et qu’il devra se résigner à mener une vie rangée et calme, dépourvue de tout excès. Jean-Marc Brunet a exactement 20 ans. Il refuse violemment de se résigner à son sort. Il cherche frénétiquement à comprendre et il est déterminé à retrouver sa forme.

Je me suis dit : « Comment se fait-il que je me sois retrouvé dans un tel état? Qu’est-ce que je n’ai pas fait correctement pour que je fasse une embolie? » Et j’ai essayé de comprendre. Je me suis dit que ça n’avait pas de sens qu’un gars comme moi qui était extrêmement pugnace, fort, agressif, qui passait au travers de toutes sortes de situations difficiles, et évidemment qui a joint les forces armées, qui pratiquait avec succès le noble art, qui est hyperactif, se retrouve victime d’une embolie, dans un état pitoyable, amaigri, affaibli et qu’on lui dise qu’il doit peut-être pour le restant de ses jours, accepter une vie qui était diminuée, réduite en fait, non conforme à ses pulsions. Et c’est là, ce qui s’est produit, ça a été ce qui a déclenché en moi une recherche. Parce que pour moi, il y a toujours une issue. Vous connaissez l’adage américain : « If there is a will, there is a way. » Pour moi, il y a toujours moyen de s’en sortir.

Un jour, Jean-Marc Brunet se promène doucement sur la rue Saint-Denis, profondément absorbé dans ses pensées. Il passe par hasard devant une petite boutique. Dans la vitrine, un livre attire immédiatement son attention : Ne plus jamais être malade écrit par un médecin canadien, le Dr Robert G. Jackson6.

Je déambulais sur la rue Saint-Denis. Il y avait une petite boutique européenne à l’époque, c’était peut-être la seule à Montréal, d’aliments naturels. Il y avait un livre qui… Je l’ai le livre, je vais vous le montrer… Voilà le livre qui a déclenché chez moi… Regardez comment il est abîmé. Je l’ai lu, relu, souligné. Or, ce livre-là, celui-là, ce même livre-là, je l’ai vu dans le milieu d’une vitrine.
Quand vous êtes malade au début de la vingtaine au point où vous ne pouvez pas monter un escalier sans vous arrêter quatre fois parce que vous étouffez à cause des conséquences de l’embolie, donc, évidemment, c’est un titre qui vous intéresse… Or je suis entré, poussé par une force intérieure et j’ai acheté ce livre. Et là, je m’en suis allé chez moi, dans ma petite chambre et je l’ai dévoré. Je suis passé à travers le livre. Et j’ai commencé, le lendemain même, à appliquer cette réforme radicale de la santé puisque Jackson, je l’ai découvert par la suite, appartient à l’école radicale en matière de naturisme. (…)
Et moi, je me suis appliqué cette thérapie de choc de façon fanatique parce que j’étais et je demeure un homme d’extrêmes et ça me convenait ça. Voilà un gars qui était plus malade que moi, qui était médecin, qui était condamné à 48 ans, qui était le jumeau chétif d’une mère malade, qui était dans une chaise roulante à 48 ans et qui était mort à 92 ans d’un accident de patinage sur glace sur un lac ontarien. Ça, c’était un modèle qui me convenait. Ça, ça entrait dans ma vision des Mermoz, des Saint-Ex, des Neingesser, des Guynemer, des Rocky Marciano, des Lamotta, des Graziano, des Dave Castilloux, des Marcel Cerdan, vous comprenez, des Johny Greco, des Robert Cléroux, qui montait à l’époque. (…)
Ça, ça me convenait parfaitement. Et ça, ça m’a fait découvrir le naturisme. Et le naturisme m’a amené à la médecine naturopathique. Et là, j’ai décidé que ce serait ma vie.

Avec comme point de départ ce livre-choc, Jean-Marc Brunet réussit à se remettre progressivement en forme et à se « construire une santé florissante ». Comme il avait déjà développé une conscience sociale et des préoccupations nationalistes, Jean-Marc Brunet s’est alors donné pour mission de rendre au peuple québécois sa vigueur d’antan : « En même temps, je me suis rendu compte que ce que je découvrais pour moi s’appliquait en grande partie pour l’ensemble du peuple québécois. »

Les grandes causes, les grands engagements sont des appels. Et ce sont des appels qui ne vous laissent aucun choix puisqu’ils sont absolument évidents. Ils envahissent tout votre espace intérieur, au complet. Ils vous saisissent complètement en fait. Or je me suis retrouvé comme saint Paul sur le chemin de Damas. C’était pour moi une vérité tellement énorme, tellement évidente que je ne pouvais faire autrement que de consacrer ma vie non seulement à vivre en accord avec cela, mais à propager cette vérité-là et là où est mon prochain. (…)
Pour moi, il y avait déjà une conscience nationale patriotique, un enracinement. Un enracinement à l’histoire, au sol, au peuple québécois, très profond. Et je me suis dit : « Je vais consacrer ma vie à faire connaître au Québec le naturisme, la naturopathie. Et je vais tout faire ce qui est humainement possible pour déclencher ici une telle prise de conscience que ce peuple, ce grand corps national, sera un peuple beaucoup plus sain sur le plan de la santé, donc beaucoup plus créateur, beaucoup plus énergique, plus travailleur, plus capable de relever des défis, et plus optimiste. » Et là, mon mariage s’est fait avec mon idéal républicain, puisque je suis un républicain québécois. (…)
Tout ça, à un moment donné s’est fondu. Ça n’a pas été le fruit d’une démarche réfléchie, rationnelle, une démarche analytique. C’était un appel, simplement soulevé, et je savais qu’il fallait que j’aille là. Voilà. C’est aussi simple que ça. Et ça a été ça, je pense, enfin, en étudiant l’histoire par la suite, je me suis rendu compte que ça avait été ça pour une majorité d’hommes ou de femmes qui ont fait des choses exceptionnelles. À un moment, il y a évidence, il y a un appel…

La mise en œuvre

Jean-Marc Brunet a donc trouvé sa voie et il entreprend sa formation de naturopathe auprès de Raymond Barbeau qui l’envoie périodiquement aux États-Unis faire des stages et passer des examens. En même temps, il travaille à un poste de radio, CKLM, où il se découvre des talents de communicateur et prend conscience de la force des médias (il deviendra directeur adjoint de l’information) comme instrument d’éducation populaire auquel il recourt le plus souvent possible pour faire passer le message naturiste. Bientôt, il fonde le Mouvement naturiste social qui prône la guérison des maladies par des habitudes de vie saines et l’alimentation naturelle. Une fois diplômé en naturopathie, il ouvre une clinique où il reçoit au début une quinzaine de patients par semaine. Parallèlement à ses cliniques, il fonde des magasins-librairies où il vend des produits naturels et les livres qu’il commence alors à publier : La réforme naturiste, Le guide de l’alimentation naturelle, Les vitamines naturelles et le reste. Pour Jean-Marc Brunet, les magasins ne sont que le prolongement de sa pratique de naturopathie et il ne s’est jamais perçu comme un commerçant :

Je n’avais pas l’intention de former une entreprise. Je n’ai aucune formation universitaire en affaires. Ma formation, je l’ai en médecine naturopathique, en sciences de diététique et nutrition, en philosophie. Mais je n’ai pas de science administrative, je n’ai pas de connaissance en administration.
Ce qui m’intéressait, ce n’était pas de construire une affaire, c’était de faire connaître le naturisme au Québec. (…)
Je ne suis pas un homme d’affaires traditionnel, s’entend. Je suis là parce qu’il a fallu que je sois là. Parce que c’est un moyen de réaliser l’idéal qui est le mien, mais je sais que je ne suis pas un homme d’affaires traditionnel parce que j’en fréquente beaucoup, puis je sens trop les différences avec eux. Que je sois un chef d’entreprise. Oui! Oui! Mais pas un homme d’affaires traditionnel. Je ne dis pas ça pour les déprécier. Je dis que ce n’est pas la même race. À l’exception de Pierre Péladeau avec qui j’ai beaucoup d’atomes crochus et qui est un homme unique, exceptionnel et très spécial… Un Québécois immense à qui je dois beaucoup!
Je serais beaucoup plus à l’aise avec un général vainqueur qu’avec le propriétaire conventionnel d’une grande société par exemple. J’admire ce qu’il a fait, tout ça, mais ça n’est pas la même affaire. Ce n’est pas la même sensibilité.

Les combats du naturiste

Ses prises de position nouvelles en matière de santé et la croissance rapide de ses magasins lui attirent toutefois les foudres du Collège des médecins et du Collège des pharmaciens qui voient dans ce mouvement une menace à leur monopole. Commence alors pour Jean-Marc Brunet et le Mouvement naturiste social une longue série de combats qu’il est prêt à mener afin qu’un jour les bienfaits du naturisme soient accessibles à tous les Québécois.

(…) j’ai créé une industrie qui est en dehors de toutes les normes habituelles dans la société. Au début, j’étais opposé aux intérêts médicaux et aux intérêts pharmaceutiques. Il n’y avait pas de catégories au sein du ministère fédéral de la Santé pour classer le naturisme, la naturopathie, parce qu’ils ne connaissaient pas ça. Si on les sortait de la médecine traditionnelle, ils ne savaient pas ce que c’était. Et on a fait face évidemment à une bureaucratie extrêmement agressive parce que manipulée par les médecins et les pharmaciens, mais pas tous, mais enfin, les corporations, le corporatisme. Et on a été extrêmement agressé, on a été attaqué au début, très agressé, beaucoup de problèmes, énormément d’embêtements avec les bureaucrates, les fonctionnaires, beaucoup de produits qu’on tentait de nous empêcher de vendre, on tentait de bloquer les matières premières aux douanes, au port. (…)
Dans notre société, notre budget légal est deux à trois fois plus important qu’une société habituelle.

Jean-Marc Brunet réagit à ces attaques exactement comme s’il s’agissait de combats de boxe. Il est prêt à sortir les poings et à ne pas lâcher jusqu’à ce qu’il trouve chez son adversaire la faille qui le fera plier.

Je traite ça exactement comme un combat de boxe (…) que ce soit des compétiteurs ou des attaques du Collège des médecins, des pharmaciens, des gouvernements. J’ai passé dans ma vie, sans exagérer… le dernier compte… j’ai été impliqué de façon extrêmement active dans près de 30 procès en tout et partout. Un avocat de mes amis parfois fait des blagues, il me dit qu’il pourrait m’appeler « Maître », tellement je suis devenu un familier de ces choses-là.

Aujourd’hui, le naturisme est une philosophie de vie largement répandue et les attaques se font plus rares. Jean-Marc Brunet estime actuellement à près de 500 000 personnes le nombre d’adeptes au Québec. Il considère avoir fait sa large part en ce domaine et avoir contribué à faire des Québécois un peuple plus sain et plus énergique.

Nous détenions toutes sortes de championnats tragiques. Évidemment, nous étions à l’époque le peuple le plus cardiaque du Canada. Nous avions le championnat des diabétiques. Nous étions évidemment en très mauvaise santé sur le plan dentaire. Nous avions énormément d’arthritiques, de rhumatisants, beaucoup de dépressifs, de suicidaires.
(…) Depuis ce temps, la situation s’est énormément améliorée à tous points de vue. On le voit par les statistiques de la santé au Québec surtout quand on les compare à celles des États-Unis, à celles des autres provinces canadiennes. Il y a encore des failles, mais il y a une énorme amélioration. On a aussi développé un réseau absolument formidable de jeunes athlètes de très haut niveau.
(…) Évidemment, je ne m’attribue pas à moi seul le résultat de tout cela, de cette prise de conscience, mais j’ai quand même la certitude d’avoir joué un rôle essentiel dans cette prise de conscience des Québécois.

C’est pratiquement en réponse aux agressions de toutes sortes que Jean-Marc Brunet est devenu un chef d’entreprise. Il s’est engagé dans le commerce de détail d’abord pour répondre à la demande de ses patients et assurer la diffusion d’ouvrages sur la naturopathie et aussi pour contrer les manœuvres de commerçants qui faisaient la promotion de produits naturels en se servant de son nom à son insu.

Ça s’est transformé maintenant en une entreprise importante parce que j’ai fini par comprendre les nécessités de créer une entreprise pour éviter que d’autres le fassent à ma place.

Le naturopathe devient entrepreneur

Jean-Marc Brunet considérait ses magasins comme des « centres de santé » complémentaires à sa pratique de naturopathe. Il finit par y voir un instrument d’éducation populaire très efficace, car leur nombre ne cessait de croître. Il répondait ainsi concrètement aux besoins des Québécois qui voyaient dans les vendeurs des conseillers en matière de santé. Ces conseillers étaient en fait chargés de répandre la doctrine naturiste que Raymond Barbeau et Jean-Marc Brunet avaient élaborée à l’intention du peuple québécois. Il sentait qu’il avait acquis une compétence distinctive dont il voulait faire profiter ses compatriotes :

Moi, j’excelle en naturopathie. (…) Si je transpose ça sur le plan populaire, on appelle ça du naturisme accessible à tout le monde à partir des ouvrages, des chroniques, puis des conseils de mes conseillers naturistes.

Il a conscience d’avoir développé avec Raymond Barbeau une doctrine naturiste tout à fait originale et entièrement adaptée aux conditions de vie des Québécois.

C’est une doctrine très québécoise que nous avons créée, Barbeau et moi, à partir d’une synthèse de ce qui se faisait de mieux en Europe, aux États-Unis et y ajoutant notre propre analyse nationale québécoise. (…)
On a donné naissance à travers tous nos écrits, nos conférences, à une doctrine naturiste québécoise qui est très différente de ce qui se fait aux États-Unis, de ce qui se fait en Europe et qui est beaucoup plus complète, beaucoup plus globale, et qui est parfaitement adaptée aux gens d’ici et au climat d’ici.

Il sent de plus qu’il lui revient de la faire connaître, qu’il s’agit de sa mission. Il tolère mal que d’autres tentent d’occuper son territoire qu’il définit comme le commerce de détail de produits naturels :

Les sociétés qui font du porte à porte, ventes par correspondance, Shaklee, ces choses-là, je suis d’accord avec tout ça, mais ce n’est pas de la compétition directe. C’est un autre marché. C’est un tout autre marché. Si on me cherche au niveau de magasin de détail, on va me trouver.

Le mentor

Bien conscient de ne pas posséder de formation en gestion, Jean-Marc Brunet décide de demander conseil à Pierre Péladeau7 qu’il a rencontré alors qu’il était directeur adjoint de l’information à CKLM. Il lui fait part de la situation de son entreprise naissante.

Je n’ai pas de connaissances en administration. J’en ai maintenant, puisque j’ai appris évidemment comme autodidacte et largement grâce aux bons conseils que m’a toujours prodigués mon excellent ami Pierre Péladeau, à qui je dois beaucoup puisqu’il a été très généreux de sa personne et puis encore maintenant. Enfin, si j’ai besoin d’un conseil, il n’hésite pas évidemment. Je n’ai qu’à lui donner un coup de fil, puis on se rencontre et puis il me dit : « Voici ce que je ferais et puis voici pourquoi. » Enfin lui, il a vraiment une connaissance exceptionnelle du monde des affaires et un instinct sûr.

Pierre Péladeau l’encourage alors à structurer son entreprise et il lui recommande les services d’un avocat, Wilbrod Gauthier, et d’un comptable, Charles-Albert Poissant, qui sont tous deux ses plus proches collaborateurs.

Sur les conseils de Pierre Péladeau et appuyé par son avocat et par son comptable, il met alors sur pied un réseau de « centres de santé » dont le nombre augmente rapidement. Jean-Marc Brunet reconnaît l’apport capital de cette triple collaboration du début.

Sans la générosité de tous les instants de Charles-Albert Poissant et de Wilbrod Gauthier, et la bienveillance de Pierre Péladeau, devenus par la suite des amis et des adeptes du naturisme, jamais un tel pas de géant n’aurait pu être franchi en si peu de temps8.

Pour Jean-Marc Brunet, les centres de santé ont avant tout un rôle social à jouer et ils doivent le remplir efficacement. L’accent est donc mis sur la qualité et la performance des produits de même que sur le contrôle serré des activités.

Tout notre réseau est sous-divisé en sections. Et les sections sont animées par des chefs de sections. Et ces chefs de sections reçoivent une formation poussée qu’ils doivent transmettre à leurs commettants. Et il y a une évaluation régulière faite par le vice-président ventes, achats et le chef de l’exploitation de la compétence des gens. Et à chaque fois qu’un nouveau produit est mis sur le marché, les fiches techniques suivent continuellement, et en même temps, les contrôles de l’équipe des chefs de sections pour s’assurer que ceux qui sont sous leurs responsabilités dans une région donnée possèdent une connaissance profonde de ces nouvelles fiches techniques.

Jean-Marc Brunet a également mis en place un système d’information qu’il qualifie « d’énorme » et qui lui fournit des résultats détaillés sur les activités journalières de tous les magasins. C’est ce qu’il appelle le « sondage global ». Une fois le réseau bien structuré et le système d’information en place, Jean-Marc Brunet conçoit son rôle comme celui d’un chef d’orchestre.

L’essentiel, c’est d’être le chef d’orchestre. Je conçois mon entreprise comme un orchestre symphonique dont je suis le chef, donc ce n’est pas mon rôle d’aller jouer du tambour ou de la harpe. Donc, évidemment, mon outil principal, c’est le téléphone. Et tous les jours, j’ai le téléphone et l’ordinateur, les ordinateurs. Tous les jours, je sais exactement la situation financière de l’entreprise. Je sais exactement l’encaisse, le solde, le rapport des ventes et le comparatif avec l’année précédente. Je sais exactement quel est l’état du personnel, s’il y a des problèmes, s’il y a des conflits puisque notre organisation est structurée avec rigueur, simplicité et efficacité!
Tous les jours, les chefs de sections doivent faire des rapports précis, acheminés techniquement au bureau-chef le jour même. Ils ont un système où ils doivent faire leurs commentaires sur ce qu’on leur demande, en plus des gérants, en plus des 155 gérants.

Le contrôle à distance

De ses lectures, Jean-Marc Brunet a entre autres retenu une phrase de Talleyrand : « Qu’est-ce qu’un chef? Comment doit fonctionner un chef? – Ne rien faire. Tout faire faire. Ne rien laisser faire. » Il confie donc à d’autres les tâches qu’ils font mieux que lui et qu’il n’aime pas accomplir. « Eux font tout – tout faire faire, mais ne rien laisser faire – mais j’approuve tout. » Il se réserve les décisions importantes ainsi que l’aspect analyse et stratégie.

De plus, il consacre beaucoup de temps à la réédition de ses livres et à la production d’une chronique qu’il tient quotidiennement dans le Journal de Montréal et le Journal de Québec depuis 16 ans, ce qui lui amène un volumineux courrier. Il s’occupe également de la Fédération mondiale de naturopathie dont il est le premier vice-président. Il doit se déplacer souvent en Europe et aux États-Unis où il remplace le président de la Fédération, qui est très âgé, et prononce des conférences ou participe à des congrès.

Le Conseil présidentiel

Malgré ses nombreuses activités, Jean-Marc Brunet garde un contrôle serré sur son entreprise, mais il le fait à distance, à partir de son bureau de la rue Saint-Denis, par téléphone. Il n’a pas de bureau au siège social de Boucherville, car il préfère garder un certain recul :

Je ne veux pas avoir de bureau à Boucherville parce que si j’avais un bureau à Boucherville, je serais forcé de perdre du temps dans des dossiers que d’autres assument mieux que moi. Et je serais distrait par des détails et je ne pourrais pas faire le travail d’analyse que je fais.

Chaque jour, en fin d’après-midi, il convoque par téléphone son Conseil présidentiel constitué de lui-même, de son vice-président finances, André Quintal, et de son vice-président, chef de l’exploitation, Denis Goyette, à un appel conférence qui dure environ 20 minutes. Ces deux vice-présidents sont des collaborateurs de longue date et ils partagent avec Jean-Marc Brunet la même conviction envers le naturisme. Il les considère comme des collaborateurs exceptionnels d’une rare compétence, des amis, et des hommes remarquables. Sur le plan affaires, Denis Goyette est son bras droit.

Grâce à son système d’information, Jean-Marc Brunet prend alors connaissance de ce qui s’est passé dans la journée au siège social de Boucherville et dans les 155 magasins concernant les aspects financiers (progression des ventes, achats), l’achalandage des magasins ou l’état des produits, le tout comparativement aux exercices antérieurs. Il s’enquiert également des projets d’acquisition et de fermeture, des négociations avec le syndicat s’il y a lieu, des ressources humaines (mouvement des conseillers, cours de formation, conflits, etc.). Il attache une importance particulière aux actions de la concurrence. Chaque jour, où qu’il soit dans le monde, il tient toujours ces réunions téléphoniques à l’heure prévue. Il insiste alors pour avoir « ses chiffres » ainsi que « ses nouvelles de tous et de tout », en ce qui concerne son entreprise.

Quand je suis à Paris, à Londres, en avion, n’importe où, il y a une heure précise, ces gens-là reçoivent mon appel, et c’est le Conseil. Et là, ils sont habitués à ça, ils doivent tout arrêter et me donner mes rapports, me donner mes chiffres. Je ne suis jamais une journée sans faire de conseil. Même si je suis au Yukon, en Alaska, à la Terre de Baffin, je vais trouver un moyen de faire mon conseil.

Jean-Marc Brunet compte également sur deux autres collaboratrices, Marie-Josée Longchamps, vice-présidente aux relations publiques, et Lise Dauphin, vice-présidente au secrétariat. Comme elles sont sur place sur la rue Saint-Denis, il n’a pas à les inclure dans cette réunion téléphonique. Il confie à la première des mandats ponctuels.

Je vais faire appel à Marie-Josée parce qu’il y a possibilité d’organiser une entrevue dans un média. On a tout un réseau d’amis chez les éditeurs, les journalistes, les artistes. Plusieurs aimeraient nous accorder une entrevue. Et sur cette entrevue-là, je vais faire des suggestions sur la nature de l’entrevue, sur le contenu que ça pourrait être, des choses du genre. (…)
Si je n’ai pas le temps d’accorder d’entrevue, je propose qu’elle le fasse à ma place ou qu’on interviewe Alexandre qui vient de gagner un dernier combat. J’essaie d’utiliser tous les angles pour que chacun ait sa part de publicité, pour que ce soit en même temps utile pour l’entreprise et pour tout le monde. (…)
Je m’assois avec elle et je lui dis au niveau relations publiques : « Ce serait bon que tu téléphones à tel individu pour telle, telle raison. Tu pourrais peut-être inviter tel autre au théâtre (où elle a toutes ses entrées). Telle autre personne qui est directrice des achats chez nous, ça serait peut-être excellent de lui offrir les billets pour un concert au Pavillon des arts, des choses du genre. » Enfin, on suit ça de très près les relations humaines, les relations publiques, et Marie-Josée excelle là-dedans.

Sa deuxième collaboratrice est Lise Dauphin, celle qu’il appelle « le pape noir ». Ses collaborateurs savent qu’ils peuvent compter sur elle pour rejoindre Jean-Marc Brunet où qu’il soit.

Lise Dauphin, qui est ma vice-présidente directrice de mon secrétariat, sait toujours où me rejoindre. (…) C’est une collaboratrice depuis plus d’un quart de siècle, elle aussi, 27 ans. Et puis, c’est mon bras droit ici. Et je dirais qu’elle a beaucoup d’influence. C’est un membre dynamique, très efficace. (…) S’il y a un problème urgent, mes autres collaborateurs savent comment me rejoindre, mais il faut qu’ils passent par Lise Dauphin.

C’est elle qui achemine le courrier, qui répond aux appels de toutes sortes, qui s’occupe des urgences. Elle traite tous les dossiers importants, car elle assure la coordination globale de ses activités. Il travaille avec elle sur place ou il la rencontre au Club Saint-Denis9, où il se rend fréquemment.

Les visites incognito

Jean-Marc Brunet se perçoit comme un homme du sol. Il ne veut pas travailler au siège social parce qu’il a peur d’être « distrait » de son contact avec la base de son entreprise qu’il considère être les magasins et les consommateurs québécois. Il a donc recours à des outils de contrôle sur le terrain. Il effectue souvent des visites de ses magasins le soir, alors qu’ils sont fermés. De la rue, il vérifie les vitrines, les étalages, la propreté des lieux. Il peut visiter de huit à douze succursales de cette façon.

Parfois, il effectue ses visites de reconnaissance le jour, incognito. Il modifie son apparence de façon à n’être pas reconnu.

Une casquette du Canadien sur la tête, la coiffure changée, habillé avec des jeans, puis personne ne vous reconnaît. Et là, évidemment, ça me permet de voir, d’évaluer les régions en toute tranquillité et d’avoir l’heure juste, de savoir exactement ce qui se passe dans les centres commerciaux.

Il fait par ailleurs des visites de jour où il ne sort pas de sa voiture. Il se stationne en face d’un magasin et observe le va-et-vient des clients. Pilote d’avion, il lui est arrivé souvent de s’envoler, déguisé et incognito, accompagné de son fils Alexandre, dans des régions éloignées au Québec pour superviser l’opération des magasins de l’endroit. Il fait souvent des reconnaissances de ce qui se passe chez des concurrents, histoire de mieux jauger l’adversaire. Ou encore, il se promène ouvertement dans une galerie commerciale et il parle avec les gens qu’il rencontre et qui le recon-naissent. Il leur demande s’ils sont satisfaits des produits ou du service des conseillers. Quand il est en pays étranger, il visite des dizaines de magasins et entreprises naturistes.

Les gens s’ouvrent à moi et j’apprends une foule de choses. « Aimez-vous nos produits. Si vous ne les aimez pas, dites-le moi, ça ne me dérange pas si vous le faites. Est-ce qu’il vous arrive d’aller chez Jean Coutu, d’acheter des produits chez Jean Coutu? » Les gens sont très honorés de me rencontrer. Toujours, je prends leur adresse puis je leur envoie un petit mot et très souvent un livre avec une dédicace. Et puis je leur dis : « Si jamais vous avez des commentaires sur l’entreprise, n’hésitez pas à téléphoner à mon bureau et à parler à Mme Dauphin parce que je voyage beaucoup à cause de mes affaires. Mme Dauphin, qui est ma vice-présidente, va vous écouter. Ça lui fera plaisir de prendre en note ce que vous aurez à dire. » Ce qui fait que je suis très au courant de ce qui se passe.

L’École de formation

Afin de maintenir la qualité des services offerts par les conseillers qui travaillent dans les magasins, Jean-Marc Brunet a mis sur pied une école de formation en naturopathie. Toutes les personnes qui veulent travailler dans un magasin Le Naturiste doivent suivre des cours à cette école. Ce sont des « appelés », qui croient à l’alimentation naturelle et aux principes du naturisme. Ils ne sont pas recrutés, mais bien invités à se joindre à l’entreprise à titre de conseillers.

Les gens qui viennent chez nous sont des gens qui sont des appelés, des gens qui y croient, qui ont la vocation. (…)
Il y a un élément de conviction. Ces gens sont eux-mêmes naturistes. Ils ont une formation autodidacte. (…)
Les gens nous arrivent toujours en ayant lu beaucoup de chroniques, de livres. Ils connaissent ça le naturisme. Ils veulent travailler là-dedans aussi parce qu’ils y croient. Ça les bonifie. C’est le type de personne qui nous intéresse. Il y en a beaucoup. C’est un énorme mouvement maintenant le Mouvement naturiste québécois.

Une fois leur formation terminée, ils s’engagent à suivre des cours de façon continue sur les nouveaux produits offerts en magasins. Ils doivent en connaître à fond les propriétés afin d’être en mesure de répondre adéquatement aux demandes des clients.

Il en va de même des 20 franchisés. Avant d’aspirer à devenir propriétaire d’une franchise Le Naturiste, il faut également passer par l’école de l’entreprise et en franchir toutes les étapes de formation. Toutefois, Jean-Marc Brunet ne privilégie pas la formule de franchisage. Il y a recours pour les régions éloignées, afin d’assurer une présence qu’il ne pourrait pas avoir autrement.

On ne peut pas devenir propriétaire d’une franchise Le Naturiste comme on devient propriétaire d’un Dairy Queen. Ça demande une conviction aussi. Nous avons une institution d’enseignement, une école, un directeur de formation pour que les gens suivent des cours chez nous, aient un diplôme. Tous nos conseillers passent par notre école. Ils ont des cours très exigeants, des examens. (…)
Et ça va aussi pour les franchisés. D’ailleurs, nous avons peu de franchisés parce que ce que nous recherchons dans le réseau des franchises, c’est l’excellence, c’est-à-dire ce qui m’intéresse, ce n’est pas la quantité chez les franchisés, c’est l’excellence. Je ne suis pas intéressé à avoir beaucoup de franchisés. Les franchisés m’intéressent dans les régions qui nous sont difficilement accessibles. Pour eux, ils sont très enracinés dans la population locale et où j’ai affaire à des gens très compétents, très volontaires. Mais c’est d’abord et avant tout une entreprise qui est de propriété corporative en fait. Les unités appartiennent à l’entreprise d’abord et avant tout. Les franchises chez nous sont complémentaires. Elles ne sont pas fondamentales.

L’importance du travail

Le rôle social que Jean-Marc Brunet s’est fixé s’inscrit dans une conception particulière de la place de l’homme dans l’univers. Par intérêt personnel, il a suivi des cours en sociologie et en philosophie : « J’ai étudié la philosophie, par besoin personnel, pas dans le but d’enseigner, mais dans le but de comprendre. » Il s’est alors attaché à approfondir la pensée de Teilhard de Chardin pour finalement l’intégrer à sa vie au point d’affirmer : « J’ai une foi teilhardienne. »

Ce jésuite français était un paléontologue éminent mais il se fit connaître davantage par son œuvre philosophique. Teilhard tenta de concilier la conception évolutionniste de l’univers, les enseignements de la science moderne et les dogmes chrétiens. Selon sa vision globale du monde, l’homme a pour mission, en conformité avec la nature et en allant au bout de ses potentialités, d’amener l’univers créé par Dieu à son « point Oméga », moment où le phénomène humain remplacerait le phénomène chrétien.

Pour Jean-Marc Brunet, son action sociale suit les enseignements du Christ puisqu’elle vise le mieux-être de ses concitoyens les plus proches, les Québécois. Lorsqu’il a décidé de consacrer sa vie à la propagation du naturisme au Québec, il suivait en fait les enseignements du Christ :

C’est Teilhard qui m’a réconcilié avec le Christ en fait. (…) Je crois au Christ tel que Teilhard le concevait. Pas à l’Église comme telle. En fait, je suis essentiellement axé sur le Christ. (…)
Le Christ a dit : « Aimez votre prochain. » Donc en fait, d’abord les nôtres, s’occuper des nôtres. Avant de vouloir améliorer le sort des gens du bout de la terre, il faut essayer d’améliorer le sort des gens qui sont près de nous.

Le travail revêt donc une importance capitale puisque l’homme, par son action, doit amener l’univers vers son point d’achèvement :

Le travail, c’est le sens de la vie. Le travail au sens teilhardien. Le monde n’est pas fini, n’est pas terminé. Nous sommes associés au Créateur. Nous sommes les associés du Créateur. La raison pour laquelle nous avons été créés est parce qu’il a besoin de nous comme associés pour parfaire sa création. Dieu écrit en ligne droite avec des lignes courbes. Évidemment, on ne peut pas voir le plan global, mais il y en a un. Teilhard l’a vu en partie, il l’a bien décrit. Assez, qu’il m’en a convaincu. Partant de là, on n’est pas ici pour perdre son temps. Il y a une joie dans l’action. C’est la messe sur le monde en fait. Ce qu’il a bien expliqué dans La Messe sur le monde. Il y a une joie dans le devenir. Donc, c’est normal, c’est le sens de la vie. L’oisiveté est vraiment la mère de tous les vices. C’est ce que je crois. Et je ne crois pas à la retraite. Je ne crois pas à ça.

Jean-Marc Brunet s’intéresse également à un autre penseur, Stephen Hawking, qui envisage la possibilité que d’ici 20 ans, on comprendra peut-être, grâce à une théorie unifiée de l’univers, que tout est plus ou moins programmé d’avance et que les êtres humains, y compris les leaders, agissent conformément à ce qui a été prédéterminé pour eux, selon leur bagage génétique, en bonne partie.

Certains hommes naissent avec une prédisposition génétique forte en direction de ce que l’on peut appeler le comportement social civilisé, et d’autres naissent avec l’exact contraire. Ils sont génétiquement conditionnés à avoir des comportements criminogènes et c’est la même chose au niveau des leaders. Si un individu n’a pas à mon point de vue le matériel du leader, vous aurez beau le former de toutes les façons possibles, lui donner tous les cours que vous voulez, vous ne lui donnerez jamais cet aspect intuitif, cet aspect qui se situe en-dehors de la compréhension rationnelle.

Cette conception laisse moins de place au libre arbitre (une proportion de 50 % ou moins selon Jean-Marc Brunet) et par conséquent, elle va à l’encontre des théories humanistes selon lesquelles l’homme est entièrement responsable de ses choix. Même si Jean-Marc Brunet est parfaitement conscient d’aller à contre-courant des idées qui ont actuellement cours dans la société, il n’hésite pas à pousser plus loin sa pensée.

Ces choses-là nous déplaisent puisque ça détruit l’image de la Renaissance que nous avons de l’homme, ça détruit l’image angélique. Le rousseauisme angélique, c’est sécurisant, parce que ça nous fait nous percevoir comme une espèce aux comportements très civilisés. C’est agréable de percevoir que l’homme a toutes sortes de belles qualités au sens de la civilisation, de la Renaissance, mais biologiquement, ce n’est pas ça. Ce n’est tout simplement pas ça.

Selon Jean-Marc Brunet, l’opinion publique, influencée en cela par les thèses rousseauistes du XVIIIe siècle, croit que l’homme est fondamentalement bon et que c’est la société qui le corrompt. Cette attitude généralisée favorise la déresponsabilisation des individus en excusant les pires comportements par l’influence soi-disant déformante du milieu social et familial.

Cette approche est extrêmement néfaste à l’heure actuelle puisqu’elle punit ce qu’on peut appeler entre guillemets « les honnêtes gens » et bonifie la criminalité sous prétexte de tout excuser à partir du fait que c’est faussement la société qui corrompt l’âme et qui fait qu’on en arrive à des monstruosités comme on en voit tous les jours. On en arrive à donner quelques courtes années de prison à un assassin de 17 ans, 11 mois et 29 jours, et puis à ne pas se préoccuper du tout du danger que représente un tel individu pour l’équilibre social.

Il déplore que cette société qui pèche par trop d’indulgence vis-à-vis des criminels fasse vivre des groupes constitués ou certains individus aux dépens des contribuables.

Sauf de rares exceptions, il y a tout un appareil parasitaire de politiciens néfastes qui sont des demi-ratés du droit ou de n’importe quoi. Ça devient une espèce de fourre-tout. Il y a toute une bureaucratie parasitaire, il y a toute une sociologie, un appareil de sociologues, de psychologues, de psychiatres, de psychanalystes, de travailleurs sociaux qui vivent largement de la conception rousseauiste déresponsabilisante et ça perpétue à mon point de vue une société où les forces d’inertie sont considérables par opposition aux forces de création, aux forces dynamiques qui se trouvent justement chez le leader.

Selon Jean-Marc Brunet, notre société s’affaiblit dans un monde où il faut être fort, parce qu’elle refuse de voir la réalité de la nature de l’homme telle quelle est; elle refuse d’accepter que l’homme porte en lui le mal. Il estime que cet aveuglement risque de conduire l’humanité occidentale aux pires catastrophes.

Les catégories moralisatrices que nous avons créées sont très sécurisantes pour nous comme êtres humains, mais très dangereuses parce qu’elles nous dirigent vers des précipices, vers des drames considérables comme société. Elle le fait d’ailleurs depuis longtemps par notre incapacité de voir les choses telles qu’elles sont. Le fait que nous chérissons une conception sécurisante, bonifiante, que nous avons du monde parce que ceci nous fait comme un baume, je dirais que cette attitude est largement responsable d’énormes drames humains. Le dernier par exemple que moi j’ai vu, ça a été l’extermination de la moitié d’un petit peuple, les Cambodgiens, par une intelligentsia qui avait été formée à Paris par ces intellectuels rousseauistes, largement responsables de ce génocide abominable, dont presque personne ne parle. C’est un avant-goût d’autres horreurs à venir.

Pour arrêter cette lancée vers la catastrophe, la société a besoin de leaders énergiques qui auraient le courage de détruire des structures qui ne correspondent pas à la réalité telle qu’elle est. À moins d’un revirement radical de l’opinion publique qui sera provoqué tôt ou tard par une crise majeure, Jean-Marc Brunet affirme que le leader naturel n’a pas sa place sur la scène politique, pas plus au Québec que dans d’autres pays à régimes socialisants axés sur le culte de la faiblesse et du misérabilisme… D’où d’énormes carences économiques dans les performances.

Nous méprisons les leaders authentiques; nous préférons les leaders de carton-pâte; c’est-à-dire programmés, faits sur mesure pour correspondre à l’image rousseauiste que nous avons du monde.
Le leader pour s’affirmer a besoin d’espace vital et il ne peut pas y avoir d’espace vital dans un régime qui nie les libertés, dans un régime de restrictions, dans un régime qui tente de contrôler les individus et qui tente de les dominer. Je dirais donc que les socialismes de toutes sortes sont des ennemis naturels des leaders puisque ces régimes ne peuvent se construire que sur l’état biologique, devrais-je dire de docilité qui caractérise une grande partie de l’humanité qui est bien sûr non composée de leaders. Et c’est pour ça que ces systèmes n’ont pas de véritables leaders.

Une des solutions que Jean-Marc Brunet préconise pour solutionner l’impasse actuelle est la création d’écoles, d’institutions ou de structures d’accueil qui favoriseraient le développement de jeunes leaders naturels qu’on aurait préalablement identifiés.

Il faut qu’il y ait de plus en plus d’institutions pour ce qu’on peut appeler les leaders biologiquement constitués ou ce qu’on appelle à tort, en d’autres lieux, des classes pour les surdoués. Je vous dis qu’il faut en arriver à percevoir dans une société les individus qui ont le potentiel d’être des leaders, en arriver à un profil assez précis du leader et que quand on perçoit un potentiel de leader dans un société donnée chez un individu, un enfant, il faudrait qu’il y ait un enseignement, des institutions, des mécanismes d’appui visant à faire sortir ces gens-là, à les former.

En attendant que la société prenne conscience de l’inadéquation qui existe entre ses structures et la réalité telle qu’elle est, le leader naturel n’a pas d’autre choix, selon Jean-Marc Brunet, que de se rabattre sur une autre scène, qui est celle de l’entreprise.

Où trouve-t-on le leader? Je pense qu’on le trouve très largement en entreprise. C’est à peu près le seul champ qu’il lui reste à l’heure actuelle pour affirmer ce qu’il est. C’est heureux. C’est ce qui fait par exemple qu’au Japon, ce sont les entrepreneurs qui sont les éléments moteurs de cette société depuis la dernière guerre. Personne, dans la rue, ne pourrait nommer le nom de l’actuel premier ministre japonais, et tout le monde s’en fout, mais tous connaissent le nom de Honda, de Yamaha, de tous ces grands chefs d’entreprises qui constituent le véritable pouvoir et qui remplacent largement la classe politique.
Cette dernière est largement composée de demi-pantins qui deviennent les courroies de transmission des volontés des grands entrepreneurs dans les sociétés de type japonais à l’heure actuelle. Ce sera peut-être le seul moyen qu’auront les leaders pour s’affirmer, à tout le moins jusqu’à ce qu’on en soit arrivé à cette théorie unifiée de l’univers, qui permettra peut-être de remettre les pendules à l’heure.

Jean-Marc Brunet a choisi d’exercer son leadership au sein d’une entreprise qu’il a façonnée, à force de travail et de discipline personnelle, selon la direction qu’il voulait donner à son action sociale. Il en est arrivé à la conclusion que c’était pour lui la seule façon de donner libre cours à ses qualités naturelles de leader, d’affirmer sa conception de l’homme dans la société et de changer le cours des choses.

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  1. Sauf indication contraire, les citations sont tirées de deux entrevues accordées par Jean-Marc Brunet le 7 décembre 1993 et le 5 avril 1994.
  2. CÔTÉ, Jean. Jean-Marc Brunet, la force et la santé. Éditions de Mortagne, Montréal, 1982, p. 57.
  3. Dans les années 1970, Marie-Josée Longchamps était la vedette d’une série télévisée très populaire intitulée « Rue des Pignons ».
  4. Naturopathie (de l’anglais nature, nature et path, sentier) : méthode thérapeutique qui consiste à traiter un malade à partir de substances et d’aliments que l’on trouve dans la nature.
  5. CÔTÉ, Jean. Op. cit., p. 115.
  6. JACKSON, Robert G. Ne plus jamais être malade. Éditions Albert Müller.
  7. Pierre Péladeau, président du Groupe Quebecor inc., est un magnat de la presse écrite.
  8. Cité dans CÔTÉ, Jean. Op. cit., p. 362.
  9. Le Cercle de l’Union, fondé en 1874, prit le nom de Club Saint-Denis en 1881. Jusqu’en 1901, il logeait dans une grande maison victorienne située au 24 de la rue Saint-Denis, dont il tira son nom.