Christine Harel et l’EVO

Centre de cas HEC Montréal Ce cas retrace un pan de la vie de Christine Harel, une vie consacrée à la formation. Christine Harel, dont la soif d’apprendre et de se perfectionner ne tarit pas, a cessé aussi de compter les heures qui ont été consacrées à son développement et à celui des autres, heures pour lesquelles elle n’a pas toujours été rémunérée.
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J’ai vécu des choses dans la vie que j’ai trouvé difficiles, qui m’ont fait dire qu’il ne faut pas trop s’accrocher aux choses parce qu’on ne sait jamais qui peut te laisser tomber et ce qui se trame dans la tête des autres. Alors, j’ai toujours continué à bâtir mon monde intérieur, investir dans moi-même, chanter pour moi-même, faire mes projets à moi1.

« Ce qui est arrivé, c’est que cette histoire, c’est une histoire de succès successifs. » C’est ainsi que s’exprime Christine Harel lors de notre rencontre, chez elle, en janvier 2003. Il est vrai que depuis son institution, en 1995, l’Ensemble vocal d’Outremont (EVO) cumule les réussites. Christine Harel, sa chef de chœur, ne s’attendait pas à cela. Quelques années auparavant, elle aurait dû faire face à la concurrence, mais au début des années 1990, le chant choral existe à peine. Tombée dans le bon créneau au bon moment et portée par la vague, la chorale bat rapidement son plein. Ce renouveau du mouvement de chorale communautaire, depuis longtemps présent chez les anglophones, est adopté par les francophones et l’Ensemble en profite sans l’avoir prévu. « Je n’étais pas vraiment au courant de tout ça. Ça c’est passé un peu à mon insu, je ne savais pas que j’entrais dans un courant qui allait devenir une mode. » Rapidement, l’engouement se confirme, tant au sein de l’Ensemble qui s’agrandit qu’auprès du public, qui le reçoit avec enthousiasme. La mode n’est pas la seule en cause dans cet engouement, la personnalité et l’énergie rapidement reconnue de la chef de chœur sont indéniables. Car Christine Harel sait regrouper autour d’elle des bénévoles prêts à la suivre dans ses nombreux projets, presque malgré elle, et même à lui en offrir. Les débuts de l’EVO en font foi.

Une chef de chœur pour l’EVO

Le début de l’ensemble vocal c’est une volonté de ma part à rendre des rencontres sociales plus créatives et productives, en même temps que, sociales. C’est ainsi qu’avec un groupe d’amis, on a créé « les soupers chantants de la rue Brébeuf ». On ne s’étonnera pas d’apprendre que tout est rapidement organisé : Christine Harel arrive avec des partitions à découvrir et demande aux invités de mémoriser la mélodie qu’elle joue à la flûte et puis de la chanter. C’est donc poussé par son impatience et ses réflexes d’organisatrice qu’est né l’EVO. Il faut saisir l’esprit de l’entreprise et la pédagogie de son instigatrice.

J’ai un petit côté pédagogique et les gens qui voulaient s’améliorer vocalement y trouvaient leur compte. Tout comme ceux qui voulaient s’améliorer musicalement, ou des musiciens qui étaient là simplement pour le plaisir. Alors tout ça a fait boule de neige.

Nous sommes en 1986. Christine Harel enseigne à Pantonal, un centre d’études et de recherches musicales fondé par Michel Perreault.

J’étais là, je me dépatouillais, je ne savais pas battre la mesure, j’étais réellement une autodidacte, par la force des choses. M. Perreault me donnait des conseils de temps en temps : « Tu sais, si tu veux arrêter, tu es mieux de faire tel geste en telle circonstance, et surtout ne reste jamais prise le bras dans les airs! » Il m’a enseigné la base de la gestique de direction d’orchestre.

À Pantonal, Christine Harel enseigne surtout la flûte à bec aux enfants. C’est alors que ses amies lui demandent de les faire chanter, ce à quoi Christine Harel fait suite en louant un local dans les espaces de Pantonal. En 1988, la directrice de l’école, constatant la popularité de ses cours, lui propose de s’occuper de l’administration d’un cours qui s’appellerait « cours de chant choral », en échange de quoi, on lui verserait un salaire.

Je n’étais pas très bien payée. Mais ça ne me dérangeait pas parce que je me sentais tellement novice, et de plus j’étais toujours à la recherche de plus de formation. Donc je me disais qu’au moins j’étais payée pour apprendre. J’ai pensé que c’était une bonne affaire… Jusqu’au moment où la crise a éclaté.

Le bouleversement viendra avec le prix que remportera l’Ensemble en 1994, un honneur qui renverse celle qui se percevait encore comme « une étudiante de la direction chorale ». La future chef de chœur de l’EVO s’y est pourtant présentée avec ses choristes en toute innocence, « pour voir ce qu’était un concours de chant choral ». Elle y récolte cependant plus que ce qu’elle s’était permis d’espérer.

Quand j’ai vu les autres, je me suis dit : « Mon Dieu! On ne devrait pas être dans la catégorie débutant! » Mais c’est eux qui nous avaient classés. Bref, on a gagné avec une mention d’honneur. C’est là où j’ai commencé à être reconnue comme quelqu’un qui valait quelque chose dans le milieu musical.

Oser le succès

C’est donc en 1994 que, prise par surprise, le succès extérieur lui fait prendre conscience de la valeur de son travail et contribue à la faire connaître du milieu. C’est aussi cette année-là que Christine Harel va voir la direction de Pantonal et demande à ce qu’on lui explique ce qu’on fait de l’argent qu’elle et son ensemble génèrent.

On faisait toujours des salles combles (même si on n’était pas très bon) et les revenus allaient à Pantonal. Même s’il y avait des partitions à payer, l’activité « chant choral » ne pouvait leur coûter si cher. On a formé un comité qui gérerait les affaires de l’activité et la mésentente s’est vite fait ressentir. J’ai alors démissionné de l’école de musique.

À la suite de sa démission, Christine Harel poursuit avec son Ensemble. La véritable formation de celui-ci n’est cependant pas son initiative : ce projet répondait à un désir des 40 fidèles participants. Ces derniers, trouvant injuste le traitement de leur chef de chœur, avaient décidé de lui remettre directement une partie de leur cotisation et d’opter pour une dissociation de l’école. Cette envie de voler de leurs propres ailes conduit à la mise sur pied d’un comité pour faire de la chorale un organisme à but non lucratif. Christine Harel accepte leur projet et s’engage, mais avec ses conditions, dont celle de pouvoir remettre en question son engagement sur une base annuelle, afin de « se donner le droit de dire non ». Le répertoire de l’ensemble est dès le départ plutôt ambitieux et comporte des morceaux issus presque exclusivement du XXe siècle. « On en a fait des choses! Je ne me rendais pas compte, je te jure! » : Silence, de Nancy Telfer, Gamelan, une pièce de Murray Shefford, des œuvres de compositeurs canadiens; bref, beaucoup de musique contemporaine. « Dans mon esprit, je continuais à me former même si j’avais un peu la reconnaissance de mes pairs », reconnaissance qui ne lui donne pas tant l’impression d’avoir du talent que le droit d’en faire quelque chose, publiquement. Elle se sent surtout le droit de jouer avec la musique. « C’est comme si j’avais eu un diplôme. “C’est beau, Christine, tu peux y aller, tu peux faire ça dans la vie et te risquer.” » Face à cette reconnaissance extérieure que ce qu’elle fait est bon, Christine Harel ne voit plus comme inacceptable sa façon toute personnelle d’aborder la musique classique. On doit comprendre, nous explique-t-elle en donnant des exemples, qu’en musique baroque, il faut connaître ce qui se faisait en 1701, et savoir qu’à partir de 1702 le vent change et que les choses se font autrement; que Telemann se joue de telle façon et qu’un autre nécessite une autre approche… « Je suis restée un peu avec l’idée que la musique classique, c’était ça, tu ne fais pas n’importe quoi. Tu n’es jamais tout à fait libre. » Et cette liberté, elle y tient. Elle va d’ailleurs de pair avec son immense besoin de créer, de refaire le monde et de toucher les gens. Lorsqu’elle prépare une partition, elle peut aller jusqu’à retoucher certaines lignes, si elles s’avèrent dans la pratique difficiles à chanter ou à jouer.

Je retouche les choses que je considère dépourvues de sens vocal. Mais je ne change pas l’harmonie; je fais toujours une analyse harmonique de la pièce, ainsi qu’une analyse historique; c’est ma façon de vérifier et de justifier mes décisions musicales. Mon principe de base est le suivant : si je change une note, il faut que je justifie pourquoi je la change.

Il y eut par exemple cet Oratorio de Noël de J. S. Bach où la musique étant très instrumentale était plutôt difficile à remanier. Mais pour des raisons pratiques, Christine Harel adaptera l’instrumentation et quelques notes…

Je voulais adapter un mouvement, mais n’avais pas d’argent pour engager un cor, j’ai donc tout transposé et écrit ça pour que cela soit jouable à la flûte, puisque la flûte était indispensable dans plusieurs mouvements. Ça ne donnait évidemment plus la même toune. Ça a créé une autre atmosphère et les gens (même les érudits) ont été charmés.

Faire les choses à la lettre ne convient pas à cette musicienne qui adapte tout ce qui ne colle pas avec ce qui, pour elle, constitue le réel.

On ne va pas se bâdrer avec des détails! Quand tu peux sauver de l’argent, quand tu respectes suffisamment le compositeur – et puis ils le faisaient eux-mêmes de toute façon -on réécrit la chose puis ça finit là. C’est toujours ça que j’ai fait puis ça m’a donné raison autant sur le plan financier que sur un plan du public et même par mes pairs (mais sûrement pas tous!…).

Christine Harel donne l’exemple d’autres chefs, qui ne se donneraient pas la peine de réécrire, préférant embaucher un orchestre entier « même si ce n’est pas judicieux ». « Ça veut dire que, si l’orchestration est pour 60 musiciens, le chef engage 60 musiciens et il a 100 chanteurs amateurs! 100 chanteurs amateurs ça n’accote jamais 60 musiciens professionnels! » La chef de chœur nous explique alors qu’avec un ensemble de niveau avancé tel que celui de l’EVO, le rapport est d’environ 24 musiciens pour 60 chanteurs, ce qui serait « amplement suffisant » pour éviter que « les musiciens prennent le dessus et étouffent les voix ». L’adaptation créatrice dont elle fait acte ne participe pas tant d’un besoin d’appropriation que d’une façon de créer en fonction de la réalité et des moyens disponibles. Les limites ne l’arrêtent pas, tout en restant pour elle bien réelles. Sur scène, faire à la lettre, elle aimerait bien, mais elle ne peut pas.

Ce serait bien moins de travail. S’il manque des voix dans un pupitre, on peut engager des chanteurs professionnels. Moi je n’ai jamais fait ça, parce que j’aurais le sentiment de tricher.

Collée à son besoin de jouer avec la matière mise à sa disposition, elle s’intéresse à un autre volet, celui de modeler des atmosphères et de faire voyager l’émotion.

Quand je fais un spectacle, je me donne le mandat de faire plaisir au public et de modeler des atmosphères, de faire voyager le public. Je cherche beaucoup à voir des fils conducteurs pour faire bouger l’émotion. Pas juste m’exprimer n’importe comment, ou seulement selon mes humeurs.

Cette propension se retrouve aussi dans sa direction chorale et scénique, le maniement des éclairages et des voix allant de pair. Toute cette mise en scène répond à son besoin de regrouper les gens harmonieusement. Comme elle le faisait avec les enfants. Elle dit pouvoir contenter ses envies, mais constate que c’est aussi par son travail de scénographie qu’elle a réussi à faire de ces spectacles des succès. Certaines ne dépassent d’ailleurs pas les 250 $, alors que d’autres atteignent les 30 000 $ : « On alterne. » « J’ai toujours essayé de combler les lacunes qui, par exemple, dans le passé, étaient vocales, alors je faisais des combines. » Elle nous montre des documents rédigés sous la forme d’un bilan musical dans lequel on retrouve les détails des spectacles, le nombre de choristes, etc. On y voit que la mise en scène occupe une place prépondérante dans toutes ces représentations : « La mise en scène, C’est important. J’aime ça quand le spectacle est complet et riche. »

Des racines

Née d’une mère impliquée en politique et d’un père hématologue ayant fait sa spécialité en France, « un des premiers médecins du Québec à être médecin sans être médecin de père en fils, dans une spécialité », Christine Harel se remémore à haute voix son enfance sur la rue Appleton, à Montréal : « C’était le fun, on avait beaucoup de plaisir, on n’était pas malheureux! » Tous deux très actifs et organisateurs de petites fêtes les vendredis et samedis, fêtes pendant lesquelles les enfants faisaient de l’espionnage, Marcelle Cardinal et Pierre Harel élèvent leurs enfants avec l’énergie et la curiosité dont jouissent leurs personnalités propres. La tragédie frappe la famille lorsque meurt le frère de Christine Harel à l’âge de sept ans. Ce jeune frère, handicapé mental et physique, souffrait d’épilepsie. Christine Harel raconte que ses parents, à court de ressources, finiront par le placer. La sœur de Christine, la plus âgée de la famille, n’aura pas hérité d’une santé de fer. Elle semble par contre survivre à toutes les épreuves. « Ma sœur a été une personne souvent malade, d’une jaunisse aux accidents, en passant par l’asthme. Par exemple, elle est passée sous un autobus de la Ville, c’était assez horrible. » L’histoire de Christine est un peu différente, mais elle n’est pas épargnée elle non plus par la maladie ni par la pression qu’on exerce sur elle pour qu’elle réussisse.

J’ai eu une maladie assez sérieuse, la glomérulonéphrite, une infection des reins. Je crois que c’est pour ça que je me suis beaucoup appliquée à l’école, puisque j’avais perdu trois mois à l’hôpital dès le début de ma première année. Je crois que j’ai dû ressentir de la pression en revenant. J’ai donc essayé de me rattraper.

Christine Harel se souvient de sa grand-mère qui donnait une récompense en argent aux premiers de classe de la famille. « Pour une raison ou une autre, j’ai toujours senti qu’on devait être les premiers chez nous. Sinon on avait peur… On avait peur de quoi? Je ne le sais pas trop. »

Du primaire et du secondaire

Dès son plus jeune âge, les parents de Christine Harel doivent absolument « l’occuper de bord en bord », y voyant le seul moyen d’« avoir la paix ». C’est ainsi que, entre autres choses, la natation, la peinture et le ski meublent presque tout son temps hors des salles de classe. Sa mère, pianiste comme bien des femmes de son époque, chante et possède un talent musical qu’elle développe avec une incrédulité plutôt joviale. En fait, les deux parents sont amateurs de musique classique et obligent leur fille, qui vient d’avoir cinq ans, à suivre des cours de piano, ce qu’elle « déteste à mourir ». La scène est assez comique : sous son lit avant chaque cours, elle n’en sort que tirée par sa mère qui, après deux ans de cette médecine, finit par la laisser tranquille. À une condition, cependant : celle de lui faire choisir un autre instrument. Christine choisit la flûte à bec, connue à l’école, avec ceci en tête : « Ça a l’air facile, c’est parfait. […] j’haïssais tout autant les cours, mais ça n’était pas aussi difficile que le piano. » Son peu d’engagement ne se trahit pas -elle ne pratique pas- et donne l’idée à ses parents de lui faire suivre des cours privés. Cette solution ne change cependant rien à l’affaire. Christine Harel a 11 ans et le maître de musique est convaincu : « Rien à faire avec cette fille-là, elle n’est vraiment pas musicale! » Les choses prennent une autre direction lorsqu’elle se retrouve chez Claire Dagenais, « une femme qui s’est donnée corps et âme » pour faire surgir chez cette future musicienne le talent musical qu’on lui connaît maintenant. Christine Harel salue la perspicacité de son nouveau professeur qui, voyant que les choses n’avançaient pas, aurait eu « la brillante idée » de la faire jouer dans un concert.

J’avais à peu près quatre notes à jouer avec sept autres personnes dans tout le concert, et là, j’ai vu ce que d’autres étaient capables de faire et ça m’a jetée par terre. En fait, c’était comme si je tombais en amour avec et la flûte à bec et la musique instantanément, comme un coup de baguette magique. Puis, je suis devenue sa meilleure élève en l’espace d’un an à peine! Je pratiquais tout le temps. Comme s’il y avait eu un déclic instantané.

Le coup de foudre fait son œuvre. Tout au long de son adolescence, Christine Harel s’intéresse à plusieurs genres musicaux et, suivant l’exemple de ses parents, de « bons vivants » qui reçoivent beaucoup, se met à écouter Diane Dufresne (qu’elle imite), s’achète une guitare (13 ans), apprend seule « à l’oreille » les chansons à la mode et commence à chanter en s’accompagnant. C’est à cette époque que sur le plan musical, elle passe de « l’autre côté de la clôture ». Par contre, le chant classique, que son père écoute le samedi, lui fait encore l’effet d’un supplice. La flûte et bientôt la musique en général jouent un rôle d’amies fidèles au moment où Christine Harel, surnommée « miss 100 % », saute des années scolaires et se retrouve, à peine adolescente, dans des groupes d’élèves plus âgés qu’elle. Il faut dire qu’elle adore l’école et que la musique n’occupe encore qu’un espace satellite. Jusqu’au secondaire III, elle se qualifie en classe de véritable « papier buvard », l’hyperactivité reprenant le dessus dès le retour à la maison, où c’est « la tornade ». Elle se contient en classe aussi parce qu’elle y est triste, sans amis, trop jeune pour se mêler au groupe dans lequel elle se trouve et trop performante pour être acceptée par lui. Réalisant ce qui ne va pas, elle prend la décision «d’équilibrer son comportement ». Les enseignants n’apprécient pas le changement. La dégringolade de ses notes, alors qu’elle ne fait que le minimum « pour passer », dure un an. Les années de secondaires IV et V sont entreprises différemment, Christine Harel redressant ses résultats scolaires autour des 80 %, tout en conservant son nouveau statut de «clown», fort apprécié de ses pairs, qu’elle accompagne de son côté contestataire qui favorise les amitiés, mais exaspère les enseignants. L’année suivante, le collège Brébeuf l’accueille en sciences pures – elle a 15 ans- mais ce profil ne sera pas le sien longtemps. Des échecs volontaires en chimie et en physique sont ce qu’elle trouve de plus sûr  -une «tactique » pour que l’on ne l’oblige plus à suivre cette voie. Ses parents, qui souhaitent la voir faire ce genre d’études qu’elle pourrait pourtant réussir, comprennent le message et lui permettent de passer en sciences humaines. Il faut dire qu’elle lit beaucoup depuis plusieurs années et que son intérêt pour la politique, la philosophie et la psychologie se fait sentir depuis un moment déjà. Christine Harel poursuit par ailleurs sa formation en musique et continue à mener ce qu’elle appelle sa « double vie ». Son DEC est terminé à Saint-Laurent, Brébeuf n’offrant pas le profil musique. L’entrée au cégep à 15 ans l’avait mise dans une situation à part et avait fait en sorte qu’à 17 ans, à sa sortie, elle était encore trop jeune pour se fixer sur son avenir, voire sur elle-même. La musique fait partie de sa vie, mais ne se pose pas comme une possibilité de carrière. Rien n’est encore clair. Elle a 17 ans et ne sait pas, comme la plupart des jeunes de son âge, ce qu’elle veut faire de sa vie. Un temps d’arrêt s’impose. Ce sera une année en Guyane anglaise avec Jeunesse Canada Monde (JCM) qui prendra le relais.

Une sabbatique couleur sombre

C’est ainsi que, une fois terminées ses études collégiales, Christine Harel s’embarque pour la Guyane pour réfléchir, se donner du temps -elle en a- et ainsi profiter de la longueur d’avance qu’elle a sur les autres étudiants. Cette année n’est pas des plus faciles et jette une zone d’ombre sur son adolescence.

Mon expérience à Jeunesse Canada Monde2a été difficile. Cette année-là, JCM a été poursuivi pour avoir envoyé des jeunes dans un pays non sécuritaire. Il y a un participant qui s’est fait couper la main en voulant défendre deux autres collègues qui se faisaient violer. Ça a été une grosse affaire. Je me suis moi aussi fait attaquer là-bas. Je m’en suis toujours bien tirée, parce que je suis une personne qui est physiquement assez forte, et donc je ne me suis pas gênée pour leur remettre la monnaie de leur pièce. Mais j’ai tout de même été chanceuse, parce que j’ai beau être forte, je ne suis pas Ben Hur!

Son tempérament et ses réflexes trouvent moyen de se faire entendre, malgré ou peut-être à cause du danger. « J’ai toughé jusqu’au bout parce que je voulais toughé jusqu’au bout. » Il s’agit d’une réponse qu’elle reconnaît : « Non, je ne lâche pas jusqu’à ce que ce soit fini, jusqu’à ce que je sois sûre que ça soit fini. » Cette persistance a par contre un prix.

Ils nous ont envoyés dans des camps. J’ai été dans un camp de police pendant trois semaines (Kibilibiri), dans une espèce de camp expérimental où on fait pousser des ananas qui ne poussent pas, parce que la terre de la jungle est inappropriée! À un moment donné, on a été dans un camp de l’armée (Kimbi National Service) où ils ne savaient pas quoi nous faire faire. J’avais choisi le profil agriculture, parce qu’à cette époque-là, je voulais être une fermière. Mon expérience là-bas m’a fait changer d’idée. Je m’occupais des vaches, des moutons… Je bêchais, j’étais en sécurité parce que j’étais dans la jungle, mais tous ceux qui ont été dans les villes ont été moins chanceux. Le climat y était beaucoup plus agressif.

Jusqu’à la toute fin, Christine Harel persiste et reste avec tout de même en travers de la gorge le repli des responsables qui, voyant l’état des choses, ne cherchent pas à aller voir un représentant diplomatique. Cette situation la révolte jusqu’à lui donner envie de « faire la révolution », de prendre les choses en main et de dénoncer. « J’ai un problème avec l’injustice, renchérit-elle, et je me sens obligée de le dire et même d’affronter. Affronter puis poser des gestes. » Elle se souvient alors d’avoir demandé à ce qu’on lui dise pourquoi on les avait amenés là, en Guyane, dans ces conditions. Elle refuse d’être où que ce soit sans justifications.

J’étais la plus jeune et la seule Québécoise, donc j’étais déjà un peu à part. Mais là, vraiment, c’était too much. Ils nous faisaient lever à quatre heures du matin pour participer au « physical training ». Puis on tournait en rond le reste de la journée, ils ne savaient pas quoi nous faire faire… Alors moi, je leur disais : « Dites-moi pourquoi on est ici, donnez-moi des raisons valables, et je vais faire ce que vous me demandez, sinon je ne le ferai pas. »

L’armée est par définition une structure paranoïaque et pour une fille comme la Christine Harel contestataire d’alors, c’est le summum de l’absurdité. Faire la guerre sans s’interroger ni répondre aux questions, elle trouvait cela « niaiseux ».

Je refusais absolument qu’on m’impose ça, je n’étais pas venue pour être dans l’armée, j’étais là pour un échange culturel, merci beaucoup. Si j’avais su qu’on ne savait pas quoi nous faire faire, je ne serais jamais allée. Et puis là, le gros manitou arrive à quatre heures du matin… Je lui dis, tu peux gueuler tant que tu veux, moi, je ne me lève pas. Je faisais exactement comme quand j’étais petite et que ma mère me tirait par les pieds pour me sortir de sous le lit pour aller jouer du piano.

Sa révolte lui vaut, on s’en doute, une punition.

Ils m’ont enrôlée dans la cuisine. Ma job c’était d’enlever les vers de la viande que mes collègues allaient manger. C’est alors que j’ai démissionné de manger et que j’ai encouragé mes collègues à le faire avec moi. C’était la grève de la faim.

À d’autres moments, il leur faut faire la queue en pleine jungle pour manger et enfin se faire dire que l’on n’a plus rien à leur donner. « Là, vraiment, je peux dire que j’ai eu faim pour vrai. Ç’a été formateur, ne serait-ce que pour connaître les conditions des gens qui ont faim. Je suis revenue ici complètement parano; vraiment paranoïaque. » L’épisode de JCM laisse chez Christine Harel un fond d’agressivité et de déception. Elle rentre avec la peur : « J’étais comme ça, j’avais peur… » C’est là que les courses au supermarché, les escaliers roulants ou les questions des inconnus deviennent des défis immenses à relever. Son retour à Toronto avec des larves sous la peau d’une joue qu’on doit bien entendu lui enlever n’est pas sans exacerber son état. « J’étais couchée sur la table du dentiste et j’avais la conviction qu’ils s’étaient arrangés pour me tuer, et que leur intention était de me décapiter. » Une autre impression, plus positive celle-là, reste.

Dans JCM, tu as ta survie entre tes mains et c’est comme ça que tu apprends aussi à aller chercher de l’aide. Parce que tu réalises que tu n’es pas grand-chose tout seul quand tu es mal pris. Alors il faut que tu oses demander. Tu sais, ça brise les fausses inhibitions, puis ça permet les rencontres. Heureusement notre groupe était composé de sept personnes extraordinaires. Des « survivors ».

L’odeur de la terre

Marquée pendant deux ans à la suite de ce voyage en Guyane, elle reprend le flambeau en renouant avec ses activités. Un été au Centre de plein air Kennébec sépare son retour de Guyane de son entrée à l’Université. Ayant déjà quitté la maison familiale, elle n’y retourne pas à son arrivée. Elle travaille alors dans une garderie, la Boîte à surprises de Radio-Canada, à l’école Sainte-Brigide, un des premiers services parascolaires officiels, tout en s’investissant dans ses études en flûte baroque. « J’ai toujours enseigné aux enfants… Je suis bien populaire auprès des enfants. Je les aime et ils m’aiment. C’est tout, c’est très simple. » Outre ses relations faciles avec les enfants, Christine Harel met en pratique son talent musical. Véritable femme-orchestre, elle pratique la guitare, s’adonne à toutes les flûtes et apprend par elle-même à jouer de quelques autres instruments, dont le saxophone. On la retrouve aussi dans des ensembles de musique baroque. Combinant son intérêt pour le classique et le moderne, Christine Harel passe des heures à écouter de la musique pop, fait des voix et des arrangements. Son entrée à l’Université de Montréal (UdeM) en musique ancienne consacre la place prépondérante que prend la musique dans sa vie, même si elle n’interrompt pas ses activités au centre de plein air et à la garderie pour autant. C’est alors que Christine Harel réalise que malgré son amour de la flûte, elle n’est pas prête à passer huit heures chaque jour à s’exercer. « Parce que c’est ça qu’il fallait faire. Tu t’installes dans ton petit local puis tu pratiques. C’est un régime assez sec… » Il est vrai que ce qu’elle voit au bout de cette discipline n’est pas très séduisant.

Tu ne fais que ça, puis tu finis par te faire dire : « Vraiment, vous soufflez dans un tuyau de douche, ma chère. Heureusement que vous avez un certain talent, parce que votre flûte c’est un tuyau de douche. » Bon, écoute, tu aurais peut-être pu me le dire avant, que ma flûte ne valait rien. C’est à ce moment-là que j’ai décroché du milieu de la musique baroque. Surtout que je connaissais d’autres milieux, je connaissais le centre de plein air, j’étais en contact avec des gens qui parlaient écologie, qui étaient dans toutes sortes d’autres choses, qui étaient de bons vivants… Alors que j’avais l’impression qu’en musique ancienne, tout était serré, restrictif.

Cette constatation marque le début de la fin. Mais un événement majeur l’empêche de rompre avec son parcours : un concours gagné à l’Université et qui lui permet d’aller à Amsterdam, aux Pays-Bas, étudier avec une sommité de la flûte à bec. Là-bas, ses cours de langues captivant déjà son intérêt, elle entreprend d’étudier le hollandais et s’intègre à un groupe d’amis avec lequel elle joue du saxophone. Au contact de ces cultures jusqu’alors inconnues, Christine Harel s’éclate. C’est à ce moment qu’elle décide de partir en vélo, dans le but intime d’affronter ses peurs.

C’est à Amsterdam que j’ai décidé que ce n’était absolument pas ça que je voulais faire, parce que je trouvais tout ça un petit peu trop pointu… bref, j’ai décidé de tout sacrer ça là et de partir en vélo pendant presque un an à pédaler sur les routes des vieilles terres d’Europe.

Devant une femme avec autant de tempérament, le récit d’un voyage d’un an, en solitaire et entrepris de manière plus ou moins improvisée, étonne à peine. Du point de vue de Christine Harel, c’est tout simple : partie à 20 ans avec 2 000 dollars en poches, elle joue de la flûte, sonne chez des gens pour leur demander la permission de coucher à la belle étoile sur leur terrain ou encore, en cas de pluie, dans une grange ou un « petit coin ». « Faut être fou! », s’écrit-elle en n’en croyant toujours pas ses propres oreilles.

Je ne connaissais rien aux vélos, alors j’ai été voir dans un magasin, j’ai dit, donnez-moi tout ce qu’il faut pour réparer un vélo, je pars pendant un an. Dès la première journée du voyage, j’ai eu une crevaison, mais je ne savais pas réparer une crevaison. C’est alors qu’un gentil monsieur m’a enseigné comment réparer une crevaison. Bref, j’ai fait la Hollande, la Belgique, traversé en Angleterre. Je suis allée en Écosse, en Irlande, puis suis revenue en Angleterre, suis redescendue et ai traversé la France. J’ai été en Espagne, suis allée au Maroc, suis remontée, puis là, j’ai pris le train jusqu’en Allemagne. Je ne voulais pas faire les grosses montagnes. Je venais de les faire entre l’Espagne et la France.

Partout on la reçoit avec étonnement et gentillesse. Ces « très belles rencontres » la réjouissent encore d’ailleurs. Sociable, persévérante, Christine Harel se débrouille et considère avoir été « très chanceuse, tout le temps » en repensant à ce qui lui est (ou ne lui est pas) arrivé. Elle ne s’y serait d’ailleurs jamais sentie tout à fait seule.

Dans les moments difficiles, je parlais à Dieu. Parfois, quand je ne trouvais refuge nulle part, je lui disais : « Vous n’allez pas me faire pédaler toute la nuit; je ne vous ai rien fait de mal… » Et c’est là que j’ai appris qu’après la pluie, vient le beau temps. La vie ne vous abandonne jamais si vous allez jusqu’au bout. Tout ce qui était désarroi a toujours fini par quelque chose d’inespéré. Finalement, ça m’a donné beaucoup de confiance dans la vie, quand il y a des moments qui vont moins bien que d’autres, je sais que le soleil va finir par se lever.

Christine Harel a conscience de ses peurs. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle elle est partie, avec entre autres idées en tête celle de « vraiment savoir de quoi elle avait l’air lorsqu’elle se trouvait seule ». Mais il y a plus. « Avec le vélo, ce qui est génial, c’est que le paysage défile lentement. Tu as le temps de respirer la terre, tu as le temps de connaître les pays, par la respiration, par le ressenti. » Le souvenir de l’Angleterre, son air, sa verdure remontent à sa mémoire. « L’Angleterre, c’est tout vert. Et en même temps, tu sens les guerres qui sont passées là, tu le sens… c’est assez particulier. » Et puis autour du monde comme à l’école, la musique l’accompagne, ses flûtes aussi, au point de littéralement la faire vivre. En représentation, sur les routes avec le strict minimum, Christine Harel met sa belle robe et joue. Son mode de lecture participe aussi de cette idée de voyage. Laissant ses livres derrière elle une fois lus, elle en reprend d’autres et les dévore avec un appétit constant, presque démesuré, des nuits entières, toujours aussi avide, insatiable : « J’aurais juré qu’on m’avait empêchée de lire pendant cinq vies », s’étonne-t-elle encore. Ses lectures, pour la plupart à caractère spirituel et existentiel, nourrissent sa vie intérieure et les questions fondamentales comme « Qui suis-je? Pourquoi je…, comment je… », soulevées lors de ce séjour l’habitent encore. Le jardin intérieur, un espace qu’elle investit avec beaucoup d’attention, occupe une place de choix dans sa vie, et il est vrai que Christine Harel lit et écrit régulièrement. L’introspection ne la rebute pas, au contraire, elle en reconnaît la valeur. Ce voyage, telle une « quête de la vérité », aura laissé ses marques; apprendre à apprendre, lire et s’intéresser à ce que les auteurs des livres lus cette année-là ont à donner, aussi : « Ils m’ont beaucoup influencée dans toutes les décisions. Être entière à faire ce qu’on a à faire, tu sais, ne pas le faire à moitié. »

L’urgence du faire et le réflexe de la direction

L’exigence de l’hyperactivité

Pendant toute la durée de ses études à l’U de M, sa vie se partage entre la garderie, le centre de plein air, qui aura occupé huit années de sa vie, et la musique, puisqu’elle a un duo avec une violoncelliste. Christine joue de la flûte et ensemble, elles « font des petits trucs ». « Depuis que je suis jeune, je fais beaucoup de musique d’ensemble. Faire de la musique d’ensemble, c’est comme être dans un orchestre, sauf qu’il n’y a pas de chef en avant. » On lui rappelle qu’il y a toujours un chef, ce à quoi elle répond : « Il y en a toujours un qui est un peu le chef, mais… » Mais il peut se faire discret. Toujours aussi entreprenante, au point de s’ennuyer lorsqu’elle ne travaille pas, Christine Harel répond de mille façons à son besoin d’activité. Même les vacances en sont colorées. Vite reposée, « deux jours maximum », et incapable de contenir le surplus d’énergie qui en résulte, Christine doit se résigner : « Je m’arrête, je dors et quand j’ai bien dormi et que je me sens reposée, c’est plus fort que moi, l’énergie remonte. Et là c’est, “qu’est-ce qu’on fait?” » Elle ne sait par contre pas si elle agit ainsi par nécessité ou habitude. Chose certaine, elle le fait, invariablement, depuis l’enfance.

Je ne m’en rends pas compte. Je vais vous dire la vérité : j’ai toujours vécu comme ça. Je suis toujours en train de « zigonner » quelque chose, je suis toujours en train de lire quelque chose, je suis toujours en train d’avoir une nouvelle idée, de concrétiser quelque chose.

L’essentiel est cependant dans l’hyperactivité de son esprit. Sur le lot d’idées qui lui traversent la tête, 90 % sont mises au rancart ou dans un tiroir, le temps d’avoir trouvé leur place : « Parce qu’il reste toujours beaucoup de choses à faire. Bref, je ne comprends pas les gens qui s’ennuient. » Ces paroles pourraient nous porter à croire que Christine Harel ne s’ennuie jamais elle-même. En fait, si, elle s’ennuie parfois, elle trouve cela plutôt reposant. Et même si ce rythme ne l’essouffle pas, il en va autrement de son entourage… Par ailleurs assez disciplinée, Christine Harel s’assure que son emploi du temps, tout en étant souple, est en tout point structuré. Cette structure donne lieu à des variations, pour lui éviter… de s’ennuyer!

J’ai une espèce de routine sur une structure de sept jours. Mais c’est assez libre. Sauf les heures bien sûr où je prends des rendez-vous. Il y a comme des plages où j’ai besoin de sentir que je suis libre. Il y a la partie où je gagne ma vie, la partie où je vais à l’école, où je suis encadrée. Le reste du temps, il faut que je sente que je dispose de ce temps, à l’envers ou à l’endroit. Par exemple, dans une semaine je vais faire trois fois l’entraînement de vélo, une fois la natation puis deux ou trois fois mon yoga. J’ai des plages, surtout le matin où j’apprends une partition, je fais des choses plus pour moi : mes devoirs, mes lectures, les appels, les dossiers de promotion que j’ai à faire, les affaires de la chorale. Puis là, ça clenche. Je suis un peu boulimique.

Les choix de carrière

La naissance de sa fille Lôdvi, alors qu’elle travaille au centre de plein air, lui offre l’occasion de remettre son poste à la garderie et son avenir en question. Au moment où l’enfant entre à l’École Buissonnière, une école au profil artistique, elle décide de faire son entrée à McGill, en relations industrielles.

J’avais un certain talent à trouver des solutions. Alors je me suis dit qu’en relations industrielles, je pourrais arriver dans des entreprises et détecter ce qui ne marche pas à l’intérieur de leur organisation et finalement, proposer des solutions.

Alors qu’elle hésite entre les programmes, le destin veut que ce soit le chant, son deuxième choix, et non pas les relations industrielles qui fasse l’objet de ses études universitaires.

J’avais commencé à faire de la recherche sur la voix, le mécanisme de la voix et du son. Les composantes du son, quel instrument a quelle sorte d’harmonique… J’ai alors décidé de suivre des cours de chant. Je suis aussi allée à quelques ateliers de type ésotérique sur le son et j’ai été choquée par la mystification de la musique et du son que certains individus exploitaient.

Au bout de deux mois, on lui suggère de se donner un défi et de passer une audition… pour la faire travailler un peu plus! « Ma prof trouvait que je ne travaillais pas assez. C’est ainsi qu’à mon inscription à McGill, j’ai pris le chant comme deuxième choix de programme, afin de passer une audition » et de toute façon, pour celle qui veut « apprendre à chanter et aller au bout de l’instrument de la voix », l’audition est incontournable.

Je me suis retrouvée dans une audition où les robes Cendrillon défilaient, avec ces chanteuses maquillées aux as; moi j’étais instrumentiste, j’étais plutôt simple, j’avais mis ma belle jupe… Je me suis vraiment demandé ce que je faisais là! J’entendais les grands airs d’opéra à travers la porte. Moi qui haïssais l’opéra pour mourir. J’avais choisi du Gershwin… Gershwin, Schubert et un classique italien que j’aimais bien. Après une session en chant, j’ai hâtivement conclu qu’ils étaient tous fous. Que les chanteurs avaient des problèmes de personnalité. À huit heures du matin, grimés comme si on s’en allait à un bal… La fille de plein air que j’étais ne fitait pas dans le décor. Je me sentais dans mes cours de chant comme dans une bande dessinée.

Parallèlement à ses études à plein temps à McGill, Christine Harel travaille à Dollard-des-Ormeaux et pour la Commission scolaire de Dorval dans une école primaire où elle enseigne deux jours par semaine, dirige l’EVO, enseigne la flûte à Pantonal et chez elle, en plus d’avoir un enfant à la maison. Son jugement? « C’était fou, c’était vraiment fou. » L’année suit pourtant son cours et alors que le temps passe, Christine Harel n’ose toujours pas dire qu’elle est inscrite en chant! « J’avais honte. Je ne voulais pas être identifiée comme chanteuse. Je disais que j’étais flûtiste. Ça m’a pris des années à obtenir le courage de dire que j’étais une chanteuse. » Ce moment vient avec celui où elle comprend que les chanteurs « ne se prennent pas tous pour des divas » et « qu’il en reste qui aiment encore ça faire de la musique pour la musique et non juste pour se montrer ». Étonnamment, ce sera l’opéra qui la réconciliera, des auditions lui ayant ouvert les portes de l’OSM et de l’Opéra de Montréal. Afin d’obtenir un diplôme en enseignement de la musique, Christine Harel doit suivre des cours de plusieurs instruments. S’ajoutent donc à ses cours de chant, les vents, les cuivres, les percussions et les cordes. Mais les années d’université feront leur temps.

McGill, c’est fini, c’est ma formation. Entre temps, j’ai fait plein d’autres formations, toujours dans l’intention de m’améliorer, je voulais avoir plus d’outils pour l’école, quand j’enseignais. J’ai donc fait entre autres de l’ostéophonie, une pédagogie de l’écoute. Je m’en sers encore énormément pour identifier les lacunes dans les voix. Les « trous » dans les voix, qu’est-ce qui vibre, qu’est-ce qui ne vibre pas, où est-ce que ça vibre, où est-ce que ça ne vibre pas, les nœuds physiques reliés à la vibration.

Le fait d’avoir du talent pour le chant ou la musique ne l’effleure par ailleurs toujours pas, trop occupée qu’elle est à en faire profiter l’entourage et à faire chanter les gens. Christine Harel, qui avait choisi de « protéger ses arrières » en ajoutant à sa concentration un profil d’éducation musicale avec pour spécialisation la direction, constate que c’est justement ce chemin qui l’attire, de par son caractère familier, naturel. Inévitable?

J’ai toujours fait chanter les gens. Même à Jeunesse Canada Monde, je prenais ma guitare puis j’enseignais des chansons et je composais des voix. Je les inventais à mesure puis je disais : toi, tu vas chanter ça, ça, ça, toi, tu fais ding-ding-ding-ding comme ça et toi, tu fais glang-glang-glang… Au centre de plein air, j’ai reproduit ce qui se passait au camp musical de Lanaudière où j’allais quand j’étais petite. Je faisais chanter les enfants à plusieurs voix, avant les soupers pour les calmer… Puis là, j’inventais des chansons, j’écrivais des chansons à thèmes ou reprenais des chansons existantes où je changeais les paroles.

Lorsqu’elle souhaite se faire plaisir, elle sort ses flûtes, l’instrument lié à la facilité qu’elle peut prendre quand elle veut, et jouer : « Tu peux faire cela facilement, c’est un outil utile, disons. » Le côté puriste de la discipline ne l’attire toujours pas : « Je pense que je suis peut-être plus une vulgarisatrice. J’aime les choses bien faites, mais j’aime les rendre modernes. J’aime les rendre accessibles aux gens de maintenant. »

Avoir cela dans le sang

Après avoir perdu son emploi à Dollard-des-Ormeaux, faute du très nécessaire certificat en pédagogie du Québec, Christine Harel se retrouve à l’emploi de la Commission scolaire des Draveurs où elle enseigne aux enseignants.

Je n’allais pas me taper, après tout ce temps-là, une autre année à l’Université alors que ça faisait déjà 15 ans ou 10 ans que j’enseignais : merci beaucoup! Je trouvais ça absurde.

Quoiqu’elle ne désire pas en faire une carrière, Christine Harel constate l’évidence : elle a ça dans le sang! Et « depuis qu’elle est née », organisant déjà très jeune des jeux « avec tout le monde », et plus tard au Centre de plein air, où cette surdouée de l’apprentissage met tout en œuvre pour mettre sa créativité au service des enfants.

Le Centre de plein air pour les jeunes défavorisés a été une expérience importante, c’est là où j’ai fait vivre ma créativité et développé le système D pour : « débrouille »! J’étais en charge des thématiques, du côté théâtral et musical, en plus de l’organisation. Le camp était une source de pouvoir : écrire, inventer des jeux coopératifs. Il fallait toujours que j’invente des jeux coopératifs. C’était dans la vague : on ne compétitionne pas avec notre voisin, on compétitionne avec soi et on se sert des voisins pour s’améliorer soi-même.

De l’orientation originelle vers la compétition, Christine ne se formalise pas, elle les change… en jeux « coopératifs »! Car l’objectif, confirme Christine Harel, est de faire en sorte que ces enfants connaissent autre chose que la misère qui mine leur vie : « L’idée, c’était de faire de la magie tout le temps, il fallait que les enfants vivent des moments magiques tous les jours. » Pour ce faire, on choisit de faire du spectacle, de « faire vivre aux enfants l’imaginaire dans le concret », avec de la musique, cette amie qui lui aura elle aussi offert un joyeux service.

C’est une mise en scène qui se déploie sur une période de 14 jours, avec la logistique des activités, l’objectif étant de surprendre les enfants. S’il y avait un personnage qui devait apparaître pendant une activité, il fallait libérer le moniteur qui allait jouer ce personnage… il y avait beaucoup de gestion à faire. Mais dans ce temps-là, je ne m’en rendais pas compte, je ne connaissais même pas le mot! Je me suis retrouvée assez vite à la coordination parce que je prenais toujours naturellement le leadership.

La philosophie du camp -« se surpasser soi-même plutôt que d’accepter »- est, elle le suppose, à l’origine de la chorale : « Tu organises puis tu crées. Et quand tu crées, tu fais de la magie. » Cette propension à la prise en charge de manière autonome et à l’organisation, Christine Harel s’en sert aussi pour se sécuriser dans sa propre formation. Dans ces cahiers qu’elle tient rigoureusement pendant des années se trouvent ses objectifs pour chaque exercice et des activités inscrites pour chaque tranche de dix minutes! Cette façon de procéder lui serait venue spontanément, elle qui souhaite toujours être méticuleusement préparée.

Je précisais mes objectifs pour chaque exercice dans mon cahier. Le principe étant le suivant : laisser chanter les gens, mais identifier à l’avance les risques d’erreurs et donner les outils pour pallier les difficultés des partitions. On perd moins de temps lors des répétitions.

Ses objectifs pédagogiques, tant globaux que personnalisés, Christine Harel les expose clairement en début d’année, donnant à ses étudiants ou choristes, les niveaux musical, vocal et social auxquels elle souhaite les amener. À l’EVO, ses dons de pédagogue font leur effet et transparaissent même dans sa façon de nous en parler.

Quand tu prépares une partition, la première chose à faire, c’est l’analyse harmonique, pour être sûr d’avoir tes points de repère afin de pouvoir entendre très vite les couleurs harmoniques. Ensuite, je fais une recherche historique, juste pour être sûre que je puisse justifier mes décisions. Simultanément, je fais une analyse mélodique : qui transfère la mélodie à qui (sic).

Pour mieux illustrer ses propos, Christine Harel nous montre une partition d’orchestre colorée de sa main. Sa prévoyance semble sans limites.

Quand je suis ma partition, je suis le jaune. Le rouge, ça veut dire telle chose, le vert telle autre chose, j’ai mes petits codes. Puis, en même temps, j’identifie toutes les erreurs possibles, de pair avec ce que je vais faire pour les régler; je me donne toujours une couple de solutions de rechange, si jamais je vois que ça ne marche pas.

Ces plans, tout en étant suivis à la lettre, ne le sont pas envers et contre tous, son attention étant en tout temps concentrée sur le choriste.

Si en préparant la partition, j’ai identifié une difficulté qui s’avère ne pas en être une pour les choristes, on ne va pas niaiser là-dessus pendant des heures. On passe à autre chose. J’y vais avec ce que j’entends. La détection d’erreurs est au centre du travail de répétition.

La pédagogie s’allie à une solide main de gestionnaire, Christine Harel, qui souhaite donner le contexte des musiques qu’elle fait chanter, élisant des collaborateurs mandatés en conséquence.

Je demande un volontaire responsable de la recherche historique qui a pour mandat de faire un résumé de la vie du compositeur et de l’œuvre et de le présenter. On organise des quiz en parodie, des jeux télévisés qui permettent de tester nos mémoires. C’est génial! Tout le monde adore ça. On rit beaucoup.

Le fait de travailler avec des non-professionnels ne diminue en rien les exigences de la chef de chœur à leur égard, « ça prend plus de temps, c’est tout ». Il y a par contre de ces moments où le temps ne suffit pas et qu’une montée du ton de la voix fait son effet.

Quand j’ai commencé à diriger des orchestres professionnels qui accompagnaient la chorale, j’étais très insécure, je me préparais à bloc, pour être sûre de n’avoir aucune lacune. Lors de la générale du spectacle « Monteverdi à Mozart », c’était le bordel. J’ai eu l’impression que les musiciens étaient beaucoup moins bien préparés que les choristes, et qu’ils ne prenaient pas ça assez au sérieux. Leur attitude m’a semblé trop laxiste. Ça a été très révélateur pour moi, j’ai dû me mettre en colère pour mettre de l’ordre dans cette répétition; j’ai hurlé.

Sur un ton qu’on imagine aisément, Christine Harel leur fait savoir qu’elle est consciente qu’on la considère fort peu (l’EVO n’étant qu’un chœur amateur), mais que le fait est qu’ils sont payés pour jouer professionnellement et que c’est elle qui est là, devant. La chef répète les paroles lancées à leur endroit :

Il faudra bien qu’on travaille ensemble pour que les choses marchent bien. À go, on clenche parce qu’on n’a pas fait payer 22 $ le billet au monde pour entendre I Musici jouer comme des pieds, merci beaucoup. Si vous savez jouer, montrez-le, c’est le temps.

Christine Harel raconte que sa voix tremblait, qu’on l’entende résonner chez le technicien de son, mais qu’elle a porté des fruits. « Je me suis dit, mon Dieu, qu’est-ce que je viens de faire? » De toute évidence, c’est ce qu’il fallait faire. Le lendemain, des musiciens l’ont appelée, pour s’excuser. Cet épisode lui aura donné confiance en elle.

René Gosselin de Quartango, qui est un excellent contrebassiste et un de mes amis, m’a dit un jour, « Christine, les musiciens, même s’ils sont professionnels, arrête d’en avoir peur. Tout ce qu’ils te demandent c’est ce que toi, tu donnes. Ils te demandent la même chose que ce que tes choristes te demandent, ils veulent apprendre quelque chose. » Ah! Alors là, ça a changé ma perspective. J’ai commencé à me préparer pour que tout le monde puisse apprendre quelque chose, même si je sais qu’il y en a des plus savants que moi. Par exemple, ce que je n’aime pas et qu’on entend souvent dans la section des cordes, c’est que j’ai l’impression qu’ils pèsent souvent trop fort sur l’archet, ça donne un effet de lourdeur et c’est comme si les violons ne se laissent pas assez chanter. Il y a un concept de la physique de la résonance qui est méconnu. Quand je travaille avec un orchestre, je travaille là-dessus et je crois qu’en général, ils en sont assez contents.

À la question à savoir si elle se considère comme une pédagogue née, elle répond : « Oui. Ça, c’est sûr. J’ai toujours enseigné. C’est une facilité… »

Pour moi, enseigner ce n’est pas forçant, ça se fait tout seul, c’est une seconde nature, c’est comme respirer. Quand j’enseigne, j’oublie. J’oublie tout, je suis avec les gens… ma pensée se structure et je perçois ce qu’il faut faire… c’est un don que j’ai depuis que je suis petite. C’est tout. Mais ça n’est pas entièrement satisfaisant pour mon développement.

La motivation sous le manifeste

Tout ce que fait Christine Harel se résume en une seule phrase : « Connais-toi toi-même. »

C’est ce qui est sous-jacent à tout ce que j’ai fait. Je m’acharne à essayer de savoir qui est cette bibitte-là, je ne peux pas être uniquement une enseignante, c’est impossible. Il y a du potentiel, des choses qui sont là que je veux développer. Et c’est dans cette perspective-là que je n’ai jamais abandonné le chant ni la flûte. Parce que je voulais toujours aller plus loin. J’ai découvert beaucoup qui j’étais grâce au chant.

Cette volonté profonde de se connaître et de se développer l’a amenée à accepter de se confronter à des situations qu’elle considère comme éprouvantes, par exemple les auditions… C’est alors qu’on apprend qu’elle ne réussit pas ses auditions. Et pourquoi? Parce qu’elle a peur. Embêtant, à l’orée d’une carrière de chanteuse!

J’ai peur, peur, peur… J’ai peur, c’est atroce, je fige. Alors que sur une scène, je vais avoir peur, mais il y a quelque chose qui fait que ça va décoller, que je vais oublier… Il y a un contact qui se fait avec les gens, qui se rapproche peut-être de l’enseignement. Mais quand je me retrouve dans des auditions, j’ai peur de la personne qui est là spécialement pour me juger, et du coup je rate.

Christine Harel se serre la gorge pour nous montrer où cela se resserre et avoue s’être sentie démolie à la suite d’auditions décevantes. Elle nous raconte qu’en larmes, elle a cru sa vie finie, ne s’est sentie « bonne à rien ». Ces moments sont par contre ceux qui, justement, lui ont permis de revoir ses choix, de poursuivre et d’aller chercher l’aide nécessaire pour continuer. Là-dessus, elle est formelle. Il faut sans cesse se battre, conclut-elle, même et surtout avec du potentiel. L’idée de faire carrière en chant ne l’abandonne pas, peur des auditions ou pas.

Je n’ai jamais arrêté de prendre des cours de chant, je prends encore des cours de chant. Pour me perfectionner, parce que quand on chante, c’est important d’avoir l’écoute de quelqu’un qui peut nous guider, sinon on se perd en nous-mêmes. L’écoute extérieure est si différente de celle intérieure! C’est une discipline. Il y a tout un cheminement dans cette démarche… Je veux simplement pouvoir chanter plus et essayer d’y gagner ma vie parce que j’y ai investi beaucoup de temps, d’énergie et d’argent. J’aimerais pouvoir avoir un retour sur mon investissement (aussi minime soit-il) des quelques centaines de milliers de dollars engloutis dans ma formation.

Une vie consacrée à la formation coûte en effet très cher et pour une chanteuse, les répétitions avec une pianiste et les cours privés engloutissent des fonds énormes au fil des années. Christine Harel, dont la soif d’apprendre et de se perfectionner ne tarit pas, « il faut toujours un coach », ne compte plus non plus les heures qui ont été consacrées à son développement ni à celui des autres, heures pour lesquels elle n’a pas toujours été rémunérée : « Ça ne se calcule pas. Il faut bien mourir fatigué pour quelque chose. J’aime autant être fatiguée pour quelque chose que j’aime. » Les cours privés qu’elle suit présentement avec Mme Lucette Tremblay, « une oreille très fine capable de corriger des micros problèmes qui font la différence », lui apportent beaucoup.

C’est une femme qui a, je dirais, 70 ans peut-être maintenant. Elle m’a beaucoup appris. Avant de la rencontrer, le chant m’a toujours semblé mystique, et les cours que j’ai suivis auparavant n’amélioraient pas mon impression : « Imagine-toi avec une fleur dans le front… », et là tu es supposé de bien chanter… La technique de Lucette est très physique. J’aime ça parce que cela me permet de comprendre et d’expérimenter ce que j’ai lu au cours de mes recherches sur la physique du son. Ces exercices m’ont permis d’entretenir ma voix à l’aide d’une gymnastique vocale qui étire des muscles, qui prépare l’instrument. C’est vraiment par rapport à la compréhension que j’ai des choses que je sens que j’évolue.

Savoir s’organiser

Elle prend en plus de toutes ces occupations et cette formation portée sur elle-même, des cours à HEC Montréal, à raison de un à la fois, « pour ne pas en mettre trop dans l’horaire » qu’on comprend fort chargé. Assistante de recherches de Johanne Turbide, qui œuvre à HEC dans le domaine de la comptabilité, Christine Harel travaille à la mise en forme d’indicateurs de performance dans le milieu des arts de la scène. À partir d’un questionnaire, on évalue la capacité à s’organiser des gens dans ce domaine.

C’est une façon de m’impliquer plus dans le milieu artistique et peut-être éventuellement d’aider à le faire progresser.

On pourrait définir ce rôle comme étant celui d’une conseillère en gestion, chose qu’elle hésite à accepter, même lorsqu’on tente de le lui faire reconnaître : « Ça me ferait peur. Bien honnêtement, ça me ferait peur. J’ai l’impression de ne pas être équipée pour ça. » Et pourquoi?

Je ne sais pas. Je vois ça gros. On dirait qu’il y a un jeu qui se joue, que je ne connais pas. C’est un petit peu pour ça que je suis allée aux HEC en fait. J’avais l’impression qu’il y avait des choses qui m’échappaient, que je ne comprenais pas bien les enjeux, qu’il me manquait de la connaissance.

Ces cours participent d’un désir de se développer et d’enrichir ses activités pédagogiques. « Parce que quand on enseigne, on a besoin d’être nourri. »

Les professeurs et les gens vont parler et échanger et ça m’allume; je lis les lectures suggérées et j’y trouve de nouvelles pistes de réflexion. Ça me permet de changer de rôle, d’être apprenti moi-même, de me nourrir, de ne pas penser que je suis finie. Qu’il reste encore de l’espace vers l’avant.

Le temps venu de conjuguer au futur

Le passé proche

Je ne suis pas mettable dans une boîte, voyons donc, c’est impossible, quand même qu’ils voudraient essayer. Ils ne veulent pas, ils ne veulent pas de moi dans les boîtes.

L’EVO comptabilise, en 1995, l’année de son incorporation, des revenus de 160 $ par participant, en plus de l’argent que ces derniers vont chercher, les recettes des concerts. En tout, il s’agit d’un budget de 10 000 $. La somme de 3 000 $ va alors à Christine Harel. Il s’agit pour beaucoup de ce qu’elle appelle un engagement communautaire. La structure de l’Ensemble impose aux choristes un certain nombre de responsabilités qui s’ajoutent au coût de l’inscription (160 $ par an, depuis 1995). Outre leur participation aux exercices et aux collectes de fonds, on leur demande d’être disponibles pour tous les concerts, de se choisir dès leur arrivée un comité artistique, financier, promotionnel, etc. Le tout exige un nombre important d’heures investies dans la chorale, ce qui, pour Christine Harel, ajoute à la réflexion, d’autant plus qu’une partie de ses responsabilités consiste à convaincre tout un chacun du caractère indispensable de son implication. La chef de chœur ne recule cependant pas devant le fait d’imposer quoi que ce soit si elle juge nécessaire de le faire. Il est clair pour elle que le fait de payer l’inscription n’exempte personne de son engagement.

Quand on s’engage dans une chorale communautaire, on participe à un engagement social extrêmement important, à un changement de mentalité. « Ce n’est pas parce que je paie que j’ai droit à tout. » On est conscient qu’on est en train d’aller à l’encontre des valeurs de notre société. Là, non seulement tu paies, mais en plus tu dois fournir ta disponibilité et tes services. Ce n’est pas facile. Il faut que ce soit un processus conscient, une adhésion au principe d’engagement, à ce genre de dévouement. Le succès de chaque chose dépend de ce que chacun investit comme énergie, temps, talent.

Et ça marche, grâce à ses qualités de pédagogue, elle en est sûre : « Je rentre dans la musique puis les gens sont prêts à payer le gros prix juste pour vraiment vivre l’expérience musicale. » Elle ajoute sur ce, que ça ne peut vraiment marcher que si elle n’est pas la seule à motiver les choristes. Il lui faut le support du conseil d’administration. « Ça marche, si on a le même désir à l’intérieur du conseil d’administration. » Christine Harel sort un exemple de « bilan musical ». On y voit, outre des données sur les concerts et les choristes, la liste des membres du CA depuis le début de l’organisation. Des chiffres accompagnent chacun des noms.

Je voulais calculer le taux de roulement des membres du conseil d’administration. J’ai fait la même chose avec les choristes. Je suis un petit peu maniaque.

Ces bilans lui permettent aussi de suivre le fil des événements, de comprendre et d’avoir à sa disposition des réponses à donner en plus de voir comment la structure a évolué, facilitant les remaniements et les réponses aux « talents d’organisation » que possèdent certains, en créant de nouveaux postes ou en les réassignant. En réalité, la chorale n’a pas beaucoup changé depuis 1997 et certains grands fidèles en sont membres depuis le début. Christine Harel, qui tient depuis le début à ses remises en questions annuelles, reçoit en 1999 une proposition de Tahani Rahed3, une réalisatrice de l’ONF qui souhaite suivre la chorale pendant un an. Cette offre vient tout à coup entraver la liberté de la chef de chœur… « Quand elle a choisi l’ensemble vocal, j’étais très frustrée, parce que là, elle m’obligeait à revenir l’année prochaine. Je n’avais pas le choix. » C’est que Christine Harel n’aime pas se sentir obligée de rester où que ce soit. De plus, le documentaire, dont les critiques sont élogieuses, consacre Christine Harel en tant que chef de chœur de l’Ensemble vocal d’Outremont et met la barre très haute. Il rend sa position par rapport à la chorale d’autant plus difficile puisqu’elle ne peut plus reculer, visiblement consciente du poids des attentes suscitées, de la logistique et de la foule de détails que cela représente. Le tout se met à prendre une ampleur qu’elle n’avait pas prévue et qui l’attache. « We have created a monster! », dit Valérie Desjardins, trésorière de l’EVO. Le documentaire aurait aussi suscité, nous dit Christine Harel, des réactions « bizarres », certaines personnes ayant de la difficulté à « s’adapter au succès » et « commencé à se prendre pour des grandes vedettes à l’intérieur de la chorale ». Ces transformations n’étaient pas pour plaire à celle qui est encore, au moment où elle nous reçoit, la chef de chœur de l’EVO et dont le perfectionnisme attire les chanteurs qui aiment travailler avec elle et sont « fiers de présenter des belles affaires, bien montées ».

J’ai fait plusieurs concerts conjoints dans le passé et j’étais très consciente du fait qu’ils (les chefs) m’appelaient parce qu’ils savaient que les chœurs allaient être bien montés, que mes choristes allaient être impeccables et que je ne tenais pas mordicus à diriger lors des concerts.

Le fait de se retrouver ou non sur scène les soirs de spectacles ne la préoccupe pas autant que le fait de pouvoir tout mettre en œuvre. Elle ajoute même que le fait de laisser quelqu’un d’autre diriger lui donne l’occasion de se faire plaisir avec la préparation d’œuvres majeures ou de compositeurs plus difficiles, Dvorjak, par exemple, qu’elle n’aurait jamais osé faire. Il faut comprendre que ces gros projets demandent un niveau d’effectifs énorme par rapport à ce dont elle dispose normalement. Les collaborations permettent la mise en commun des moyens et donc la présentation de projets de plus grande envergure et l’occasion d’apprentissage par l’observation d’autres formes de direction. Le hic vient cependant du malaise de ses choristes qui sont à l’EVO entre autres pour travailler avec elle et qui digèrent mal la facilité avec laquelle elle les « livre » à une direction extérieure.

J’ai toujours acquiescé. « Tu veux diriger? D’accord, dirige, ça ne me dérange pas. » Les choristes de l’EVO n’ont par contre pas toujours apprécié. C’est une des choses qu’on me reprochait : « On est pas ici pour faire des concerts avec les autres, on est ici pour faire des concerts avec toi. »

Le conflit tourne rapidement au vinaigre, la présidente insistant pour que ces projets en collaborations soient maintenus. Une « histoire de pouvoir », précise Christine Harel, en ajoutant qu’elle y a compris beaucoup de choses. « Ça a éclaté à ce moment-là. Et je me suis dit, bon là, il va falloir freiner, il faut réfléchir à ce qu’on fait. »

J’ai monté quelque chose qui était des « soupers chantants ». C’est devenu un chœur de niveau semi-professionnel qui sonne bien, qui sonne même super bien, alors là, tu fais quoi? Je fais partie de ceux et celles qui, pour gagner leur vie, forment des amateurs qui volent des jobs aux professionnels… C’est comme si j’avais créé notre propre concurrence. C’est devenu très complexe.

La crise, une ouverture

La pression qu’exercent le succès et les attentes de l’ex-présidente du conseil d’administration, qui se veut « solidaire du milieu choral », appelait une remise en question, amorcée d’ailleurs il y a quelques semaines par Christine Harel. Au moment où nous nous entretenons avec elle, le CA se rencontre une fois par mois, pour discuter de la suite ou plutôt de la survie de l’Ensemble. La présidente ne siège cependant plus au conseil.

J’ai compris l’année dernière, en regardant une émission à la télé, que ça faisait trois ans que j’étais victime de harcèlement moral. Ça a été une grosse épreuve. J’ai perdu bien des plumes l’année passée avec ça. C’est allé trop loin. C’était comme si, à chaque mouvement que je faisais, elle avait perçu ma faille, ma faille qui, bien sûr, est une faille émotive, et elle jouait dedans par toutes sortes de méthodes sournoises, de commentaires qui proviennent de quelqu’un de ton milieu à l’opéra, des mensonges, quelque chose de pas sain, vraiment pas sain qui a fini complètement par me briser, par détruire doucement l’estime de moi-même. Je commençais à perdre drôlement confiance en moi-même.

Le conseil s’est par la suite scindé en deux et même trois camps, avec d’un côté, ceux qui soutenaient leur chef de chœur, et de l’autre, ceux qui restaient neutres et les autres qui se positionnaient du côté de la vice-présidente.

Je crois que certains choristes percevaient ça mieux que moi. J’étais vraiment naïve. Je ne pensais pas que ça existait des gens qui cherchaient le pouvoir pour le pouvoir; je croyais que c’était pour les films, le théâtre, la politique ou les grosses entreprises. Ça me paraissait invraisemblable parce qu’on n’était qu’une chorale; il faut mettre ça dans la perspective, on n’est pas une multinationale, on est une CHORALE. Ça me paraissait très aberrant…

C’est à la suite d’une émission qu’elle aurait regardée à Radio-Canada qui traitait du harcèlement moral, que Christine Harel commence à voir les choses autrement. « Je me suis dit, c’est réel, ça existe, je ne suis pas en train de fabuler. Alors là, j’ai paniqué, je suis allée m’acheter des livres sur le harcèlement moral, j’ai parlé à des gens, je suis allée consulter. » On lui conseille de couper les ponts entre cette femme et elle. « J’ai compris que c’était la chose à faire. » Elle venait pourtant de demander une année sabbatique.

J’ai eu besoin d’une pause donc, à la suggestion de la trésorière de l’EVO, j’ai demandé la permission de prendre une année sabbatique. J’ai offert aux choristes de s’organiser un C.A. durant cette année-là, d’engager un chef. Mais personne n’a voulu s’impliquer. On a donc pris la décision de mettre tout sur pause. On a donc gardé un nombre minimal légal de personnes à siéger au conseil d’administration.

Christine Harel n’a jamais voulu être identifiée comme propriétaire de l’EVO, se faire dire que c’était sa chorale.

Il y a un problème là, parce que je n’aurais jamais même pensé à faire ça dans la vie, comprenez-vous, faire de la direction. Je n’aurais pas pensé à ça. Ce n’est pas quelque chose qui me serait passé par la tête.

Et pourtant. C’est sur ce qu’elle nous explique en relatant un événement plutôt cocasse, comment le hasard est ce qui l’a menée là où elle se trouve en ce moment.

Au festival de musique sacrée, je me suis retrouvée devant 800 choristes à diriger. J’ai vraiment eu du plaisir; je me disais, bon sang! C’est le bordel, ils sont 800, c’est vraiment fou braque. J’ai plongé dans l’expérience avec beaucoup de plaisir, et de toutes parts on me félicitait pour mes talents de « grand chef »… Je n’en croyais pas un mot.

Un grand chef presque malgré lui. « Oui, c’est ça. Moi, je ne le vois pas. Comprenez-vous, moi je ne vois pas ce que les autres perçoivent.» Le temps est donc propice à la pause et à la réflexion. Se sentant au bout de ses ressources, ayant mené ses activités à un rythme effréné, passant d’un à cinq concerts par an, l’EVO doit revoir sa raison d’être. Christine Harel rappelle que s’agissant d’un ensemble d’amateurs, l’ajout de concerts, en plus des contrats de mariage, de funérailles, dont les obsèques de Marcelle Ferron, fort médiatiques et lourdes à mettre en place et à porter, commençait à peser fortement sur les membres qui ont des vies à l’extérieur de la chorale.

C’est dur, ça demande du temps aux choristes et donc pour moi, ça demande un don de conviction, de motivation pour les gens qui dépassent leurs limites. En fait, je suis très consciente que tout le monde travaille et a sa vie. Mais en même temps, je ne veux pas aller me présenter avec un groupe et chanter n’importe quoi, n’importe comment.

En réalité, elle préfère « tricoter », coudre les morceaux pour recréer un ensemble avec les moyens qu’elle a : « Depuis ce temps, ça a toujours bien marché. »

Le futur proche et le futur lointain

À l’EVO, j’ai toujours fait mon petit bonhomme de chemin; ça me permettait de me confronter parce que j’avais extrêmement peur des adultes, donc ça me permettait de lutter contre mes peurs.

Alors qu’elle abandonnait la direction et le travail de choriste professionnelle quelques mois auparavant, Christine Harel prenait la décision de se concentrer sur sa voix.

Je me suis vraiment dit : Bon! Il me reste à peu près 10 ou 15 ans où je peux encore chanter, puis j’ai poussé. Cet automne, j’ai préparé mon dossier de promotion puis j’ai poussé afin d’obtenir quelques contrats.

Christine Harel, même avec le succès en main, tient à ne rien garder et à aller avec « le flot de la vie ». « Je vais avec le flot de la vie puis, tu sais, il arrive des épreuves. » Cette façon de voir les choses peut être inquiétante pour son entourage, surtout pour ses choristes qui comptent sur elle, leur chef de chœur toujours prête à dire « merci ». Sa réponse est immédiate : « La vie est comme ça. » Et si eux ne le sont pas? « Mais ça, c’est leur problème » On la sent aigrie, la crise de l’EVO ne l’ayant pas laissée sans marques, certains événements ayant ponctué son existence en plus.

Ce que j’essaie de dire, c’est que dans la vie, personne n’est à l’abri de mourir, on ne peut pas contrôler l’heure de notre mort. J’ai vécu des choses dans la vie que j’ai trouvées difficiles, qui m’ont fait dire qu’il ne faut pas trop s’accrocher aux choses parce qu’on ne sait jamais qui peut te laisser tomber et ce qui se trame dans la tête des autres. Alors, j’ai toujours continué à bâtir mon monde intérieur, investir dans moi-même, chanter pour moi-même, faire mes projets.

Christine Harel se sent d’ailleurs un peu tout le temps sur un pied de guerre. « Dans le milieu musical, si tu n’es pas conformiste, tu peux très vite être mis de côté. » La chose que l’on devine déjà, c’est que l’opéra est exclu de ses projets d’avenir. « L’opéra tel qu’il est ne m’intéresse pas. Je trouve ça mort, j’ai été là pendant huit ans. J’ai vu ce qu’il s’y passait. » Les yeux de la chanteuse s’animent. « Moi, ce que j’aime vraiment beaucoup, ma musique de prédilection, c’est l’oratorio, peut-être à cause de ma formation baroque. » Elle a présentement quelques engagements, passe des auditions. Depuis deux ans, elle chante tous les dimanches matins dans une église anglicane. Ce travail de soliste est pour elle un défi.

Il faut se lever tôt le dimanche matin, se réchauffer, être prêt à attaquer les notes que le monsieur va nous donner ce jour-là. C’est du travail de soliste qui est très exigeant et les trois autres solistes sont très bons. Ça maintient la forme…

L’enseignement occupe aussi une partie importante de ses journées. De toute façon, elle enseignera toujours : « Je ne vais jamais laisser l’enseignement, l’enseignement c’est mon don naturel, puis j’aime ça. J’aime vraiment ça. » Le défi, c’est le chant. C’est de faire de la musique et de pouvoir gagner « au moins un peu » sa vie. Pour le moment, l’enseignement, auquel elle consacre autour de 25 heures par semaine, lui procure la moitié de ses revenus, l’autre moitié venant de divers contrats, qu’il s’agisse de travail de soliste ou de choriste. Les cours de chant privés que Christine Harel donne à la maison sont pour elle une source de joie et de fierté. Dans son petit studio, derrière son piano, elle enseigne la gymnastique vocale de base à ses élèves. Ensuite, ils chantent. « Et c’est en enseignant qu’on apprend le plus », maintient-elle.

En enseignant, j’apprends tout ce qu’il ne faut pas faire. C’est génial. Il n’y a rien de mieux que d’enseigner pour apprendre. Ça apporte aussi un échange. J’apprends sur l’être humain à plein là!

L’abandon de la musique n’est même plus probable. Elle se réjouit du duo qu’elle a formé et des contrats qui l’occupent en ce moment, dont un en Guadeloupe et un autre avec l’UNEQ pour le festival de littérature. Son conjoint, guitariste, s’insère dans ce nouveau paysage musical. « On a du répertoire, toutes sortes de répertoires adaptables. Alors on écrit, on transpose des choses… » Chose certaine, Christine Harel entend bien gérer seule sa carrière. « J’ai déjà eu des contrats, je m’en vais en Guadeloupe au mois de février, j’ai trois concerts solistes dans le temps de Pâques, dans différents endroits. » On lui demande si elle songe à prendre un agent. Non. Je fais d’abord tout ce que je peux seule; ce sont mes devoirs. Après, si j’ai besoin d’aide… je le demande. Mais pour avoir la conscience tranquille, il faut que j’aie fait tout ce qui était en mon pouvoir de faire. Le reste, c’est « Inch’ Allah! » Le fait d’avoir un agent, quoique répandu, ne fait pas dans le milieu l’unanimité. Certains en ont, d’autres pas. Et bien que de bons agents se trouvent à Montréal, la plupart des chanteurs de haut calibre partent pour l’Europe. L’autre solution consiste à avoir un agent à New York. Christine Harel revient avec les mêmes paroles, « si tu veux faire une vraie de vraie carrière, il faut que tu t’en ailles, tu ne peux pas rester ici. Moi, je n’ai jamais pu faire ça parce que ma fille était ici. » Sa fille Lôdvi, 18 ans, vient de terminer son cégep. La vie de Christine Harel, chanteuse, mais aussi mère, change.

Maintenant, ça change, mais jusqu’à tant qu’elle ait fini son cégep, ma priorité numéro un, c’était elle. Je me formais en même temps que je formais cette enfant-là. Tout le monde se formait finalement. Maintenant, la donne est changée.

Se pose à présent la question de son prochain défi, celui de construire une carrière de chanteuse, mais à sa façon. Un objectif majeur : se sentir en pleine possession de ses moyens devant le public.

J’étais une fille qui ne se maquillait pas. Une fille de centre de plein air. Il a fallu que j’apprenne. Que j’apprenne ce que ça prend. Tu sais, tous les trucs de madames, que je ne connaissais absolument pas, la crème de ceci avant celle-là… J’ai regardé les autres faire et j’ai appris. Donc, juste le fait de faire ça, ça te fait découvrir aussi une facette de qui tu es finalement, de ce que tu as toujours mis de côté. J’inhibais. Il y a plein de trucs comme ça qu’on inhibe, en tout cas, que moi, j’inhibe puis que la scène m’oblige à aller chercher.

Ces facettes, qui font partie du fait d’être soliste de concert, qui prennent part à la performance sont à présent intégrées. La crise à l’EVO aidant, l’effondrement des inhibitions et l’expérience ayant depuis un moment fait leur œuvre. Christine Harel se dit « rendue ailleurs ».

Maintenant, je suis rendue ailleurs. Quand je vais faire un concert, je l’ai expérimenté, j’en ai donné quelques-uns pendant l’automne et pendant le temps de Noël où j’avais plusieurs occasions d’être soliste, je suis beaucoup plus en paix. Maintenant, sincèrement, je me mets sur la scène puis j’ai moins peur. J’y vais parce que j’aime chanter et que j’aime la musique.

Son coach y est aussi pour quelque chose.

Elle m’a soutenue malgré mon désir fréquent de tout vouloir abandonner. On m’a toujours soutenue et encouragée.

Christine Harel parle ici aussi du rôle qu’aurait joué une critique de Gingras dans laquelle il écrivait que la soliste [Christine], était « impeccable ». « Ça, ça fait comme fiou! Bon, vous me direz que c’est juste Gingras, mais quand il se met à démolir… » Son défi, poursuit-elle, est maintenant d’en profiter, de dénicher des occasions de chanter un peu plus, « sans compétitionner avec le monde de l’opéra, parce que de toute façon, ça ne m’intéresse pas trop. Ni le pop… trouver mon créneau. » Le dénouement du conflit au sein de l’EVO peut la libérer au point de lui permettre de faire carrière sans lui. Il pourrait bien dans les semaines qui vont suivre se passer quelque chose. Et si se présentait une offre en Allemagne? « Ah! J’irais tout de suite! »

Épilogue …

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  1. Sauf indications contraires, toutes les citations sont tirées d’entrevues que Christine Harel a accordées aux auteurs, à sa résidence, le 14 janvier 2003.
  2. Jeunesse Canada Monde se structure comme suit : des groupes de sept canadiens venus de partout au Canada passent quatre mois dans une région au Canada et quatre mois dans le pays d’échange. Le Canada paie pour les séjours au Canada et les Canadiens et la moitié des frais globaux dans le pays d’échange.
  3. Le documentaire, intitulé À travers chant, sera terminé en 2001, présenté en grande première au Festival des films du monde de Montréal de cette année-là et diffusé à la télévision en décembre 2002.