Alan Côté et le Village en chanson

Centre de cas HEC Montréal
Ce cas porte sur la croissance du Festival en chanson de la municipalité de Petite-Vallée, sur la côte nord de la Gaspésie. La croissance du Festival en chanson suscite l’étonnement parce qu’elle s’effectue à contre-courant du développement général de la Gaspésie, qui a connu un déclin considérable. Au milieu de cette tourmente, Alan Côté se dresse comme un leader social et culturel, menant la population locale à habiter autrement le territoire et à exploiter une autre richesse naturelle renouvelable : la créativité humaine.
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Vous pourrez trouver une version PDF de cette étude de cas ainsi que les notes pédagogiques qui l’accompagnent à cette adresse de la boutique evalorix

C’est la fille aînée du langage

Qui part avec pour tout bagage

Ses mots qui font dans les cordages :

Do ré mi fa sol la si do!

Quand on la voit flotter au faîte

Des mâts, des bras et des poètes

C’est que la lumière s’est faite

C’est qu’elle a le vent dans le dos

Et qu’on peut recommencer la Fête!

– Gilles Vigneault, Entre musique et poésie

Alan Côté et le Village en chanson

Prendre le large

Montréal, 30 avril 2007. Dans un petit bar de l’avenue Mont-Royal se tient le lancement du 25e Festival en chanson de Petite-Vallée. S’y sont donnés rendez-vous les grands noms de la chanson québécoise (Daniel Lavoie, Michel Rivard, Marie-Claire Séguin, Daniel Boucher et autres) ainsi que plusieurs médias de la province. Tous sont venus pour souligner le lancement de cet événement majeur, qualifié d’incontournable pour la relève en chanson francophone au pays, qui se tiendra du 25 juin au 3 juillet dans le célèbre petit village gaspésien.

Logée sur la côte nord de la Gaspésie, la municipalité de Petite-Vallée, est, à juste titre, désignée comme le Village en chanson : depuis plus de 25 ans, ses 199 habitants axent son développement sur des activités entourant la chanson, avec le Festival en chanson comme figure de proue et Alan Côté comme capitaine. À la fois homme de théâtre et auteur-compositeur-interprète, Alan Côté assume la direction générale et artistique du Village en chanson.

La croissance du Festival en chanson suscite l’étonnement parce qu’elle s’effectue à contre-courant du développement général de la Gaspésie, qui a connu un déclin considérable. Prospère dans les années 1980, cette région ressource a subi l’importante diminution des industries de la pêche, de la forêt et de l’exploitation minière, autrefois florissantes, qui constituaient sa richesse. Au milieu de cette tourmente, Alan Côté se dresse comme un leader social et culturel, menant la population locale à habiter autrement le territoire et à exploiter une autre richesse naturelle renouvelable : la créativité humaine.

Tout en détermination et en travail, le parcours d’Alan Côté, ancré au cœur du coin de pays qu’est la Gaspésie, étonne, fascine… Voyons voir comment produire l’impossible et pourquoi il faut chanter plus fort que la mer.

Quelques données

 Alan Côté et le Village en chanson

Le Village en chanson de Petite-Vallée est né de la fusion, en 1998, des productions du Festival de la Parenté, qui s’occupaient jusque-là du Festival en chanson, et du Café de la Vieille Forge, organisme à but non lucratif qui produit et présente du théâtre et des spectacles pluridisciplinaires avec une majeure en chanson. L’appellation Village en chanson regroupe les activités du Festival en chanson de Petite-Vallée, du Théâtre de la Vieille Forge, du Camp chanson et du Café bistrot de la Vieille Forge. Toutes ces entités convergent vers les deux mêmes objectifs : développer la culture régionale par l’organisation d’activités socioculturelles, notamment la présentation de spectacles semi-professionnels et professionnels, et favoriser l’émergence de la relève en chanson francophone en offrant un encadrement professionnel aux jeunes talents provenant de toutes les régions du Québec et d’ailleurs.

Ayant connu une croissance fulgurante durant les dernières années, le Village en chanson est maintenant considéré comme un événement d’envergure nationale, comme en témoignent ces quelques données extraites du bilan de l’année 2004-2005 :

  • Chiffre d’affaires : 1,25 million, soit sept fois le budget de la municipalité de Petite-Vallée
  • Masse salariale de l’entreprise : 301 500 $
  • Nombre d’employés : 7 à temps plein, 22 saisonniers
  • Recettes et dépenses réinvesties localement : plus de 350 000 $
  • Retombées économico-touristiques régionales : près de 500 000 $
  • Bénévolat annuel : 15 000 heures
  • Nombre annuel de participants : 12 000

De toutes les activités que le village met de l’avant, c’est le Festival qui est le plus connu. Né en 1983, le Festival en chanson de Petite-Vallée n’était à l’origine qu’un concours amateur local qui s’insérait dans la programmation du Festival de la Parenté du village. Organisé autour d’un concours de la relève en chanson, le Festival en chanson de Petite-Vallée est un événement annuel qui axe son action sur la chanson originale, mettant tout en œuvre pour favoriser les échanges et la confrontation d’idées entre les générations d’artistes de la chanson francophone. Le perfectionnement et la transmission du savoir pour les créateurs émergents sont au cœur de l’organisation.

Reconnu partout au Québec, le Festival en chanson a lancé la carrière d’artistes comme Isabelle Boulay ou Daniel Boucher, et est parrainé par des grands noms de la chanson québécoise, tel Michel Rivard ou Gilles Vigneault. Grâce à cette renommée, les jeunes artistes s’y inscrivent de partout au Québec et dans le Canada francophone, sachant qu’ici, les chansons se lancent à la mer, prennent le large pour de beaux voyages, qui les mènent le plus souvent au succès. Sa reconnaissance et sa notoriété s’étendent maintenant à l’échelle nationale et internationale, surtout depuis 2003, année où le Festival en chanson a remporté le Félix de l’événement de l’année lors du gala de l’ADISQ1.

Alan Côté et le Village en chanson

Un enfant de la famille LeBreux

Chanter plus fort que la mer

Alan Côté naît le 16 août 1961 à Petite-Vallée, un petit village du nord de la Gaspésie, dans la maison familiale maternelle des LeBreux, une famille tissée très serrée, comprenant 17 enfants. Dès son plus jeune âge, des événements tragiques viennent influencer son parcours. Deux de ses oncles, les frères ainé et cadet de sa mère, sont retrouvés noyés sur la grève qui borde la demeure familiale. À la suite de cet événement, ses parents vendent leur maison au village et déménagent avec les grands-parents à la Longue Pointe, où ces derniers habitent.

Petite-Vallée est située à 100 mètres du niveau de la mer, alors que la famille LeBreux habite sur une pointe de terre qui avance dans la mer qu’on appelle la Longue Pointe. Quand on vivait au village, on n’entendait pas beaucoup la mer, mais quand mes deux oncles sont morts, on est allés vivre sur la pointe. Ma mère, incapable de supporter l’incessant bruit de la mer, qui venait de lui prendre ses deux frères, se mettaient des ouates dans les oreilles pour dormir tandis que mon grand-père s’est mis à chanter sans arrêt, comme si, tous deux, allaient réussir à enterrer le son de la mer2.

Cette histoire donnera d’ailleurs le titre à un documentaire intitulé Chanter plus fort que la mer (voir l’annexe 8) qui raconte l’histoire du Village en chanson et donnera naissance à une chanson composée par Alan Côté, mise en musique par Richard Séguin et interprétée par les Chanteurs du village.

Extrait de la chanson Chanter plus fort que la mer

Y faut chanter plus fort que la mer
Pour rattraper le temps qui passe
Pour éloigner les peines, les misères
Chanter, chanter plus fort qu’la mer
À journée longue, en épouvante
Une vieille, un vieux, ruminent et chantent
Pour oublier, dehors y vente
Usent les châteaux des chaises berçantes
Bercer, bercer chanter plus fort
Briser l’ennui jusqu’à l’aurore
Les cordes vocales comme des amarres
Au quai du cœur qui chante encore
Une triste histoire, un bout’ d’enfer
R’trousser ses manches, pis s’donner d’l’air
R’monter la côte en plein hiver
Y faut chanter plus fort qu’la mer

Des musiciens, de bons vivants
Un bord de mer et des courants
Des guitares neuves et des chansons
Comme des bouées pour les saisons

Y faut chanter plus fort que la mer
Pour rattraper le temps qui passe
Enfin dominer sa colère
Chanter, chanter plus fort que la mer

C’était pourtant un matin clair
La mer en huile, deux gars, deux frères

L’année suivante, un autre oncle maternel, surnommé l’Elvis Presley du village, meurt dans un accident à la mine de cuivre de Murdochville. Ce troisième décès ébranle la famille ainsi que la population du village : les trois frères qui faisaient vibrer le village au rythme d’Elvis Presley et de Félix Leclerc avec leur orchestre sont morts dans un intervalle de 18 mois. Alan Côté, aîné des quatre enfants de sa famille immédiate, grandit au sein des LeBreux, dans une atmosphère de deuil.

La mort, j’ai côtoyé ça avec les pleurs. Chez nous, toute mon enfance, à partir du moment qu’on est resté à l’auberge. À Noël, il n’y avait jamais de couleurs dans les décorations, c’était blanc.

Une famille d’artistes-entrepreneurs

S’il est imprégné de cette ambiance de tristesse, Alan reçoit aussi beaucoup de cette famille d’entrepreneurs : le sens du commerce, l’accueil des étrangers, la capacité à braver les interdictions et à affronter les coups durs. Il se dit un héritier de cet ensemble de valeurs.

Mes grands-parents ont transformé la maison, qui avait abrité leurs 17 enfants, en auberge dans les années 1950 et accueillaient notamment beaucoup d’Américains. Malheureusement, ils se sont faits prendre à vendre de la boisson alcoolisée sans permis. Les premières années d’enseignement de ma mère ont servi à payer l’amende de la famille.

Les LeBreux s’avèrent également de grands artistes et leur histoire d’artistes-entrepreneurs remonte loin dans le temps. L’arrière-grand-père maternel d’Alan, Didier LeBreux, gagne sa vie comme propriétaire de moulins à scie et l’égaye en tant que violoneux. Il apprend à lire à l’âge de 50 ans pour apprendre à confectionner des violons, devenant par la suite fournisseur des violoneux des villages des alentours.

Son grand-père maternel est, quant à lui, le chantre du village, un forgeron chantant. Lorsqu’on présente des spectacles au village, il anime les entractes des artistes par des monologues et des chansons. C’est aussi lui qui interprète chaque année le Minuit chrétien à la messe de Noël.

Amateur de chansons françaises et folkloriques, de Tino Rossi aux cahiers de La Bonne Chanson de l’abbé Gadbois, mon grand-père chantait tout le temps.

Alan, qui grandit à ses côtés, bénéficie de ses enseignements et de son amour de la scène.

Déjà à l’âge de 5 ou 6 ans, il nous apprend, à mon frère et moi, un sketch humoristique sur la guerre, qu’il nous fait présenter en public. Je me souviens qu’il nous faisait répéter des saynètes, avec nos petits pyjamas du Canadien de Montréal.

La grand-mère maternelle d’Alan fait figure de matriarche au village où tous l’appellent « Ma tante Jeanne ». Dans son immense maison, auberge fermée à la suite d’une amende, elle héberge tous les membres de la grande famille en visite dans la région. Cette femme fougueuse et énergique fait également partie des leaders culturels du village, principalement après la mort de son mari. Tout comme le défunt, « ma tante Jeanne » se met à chanter constamment et récite au village les monologues du grand-père lors des fêtes. De plus, elle s’implique dans toutes les activités communautaires du village avec, en tête, la constante préoccupation de préserver les héritages et les traditions de la famille et du village.

Des personnes dynamiques du village, dont ma mère, ont fondé le Festival de la Parenté, qui avait pour but de réunir toutes les familles du village ensemble lorsqu’elles avaient constaté que la diaspora du village était plus importante que la population elle-même. Parmi les activités du Festival de la Parenté, des cours de danses traditionnelles étaient offerts pour conserver l’héritage des anciens. À 80 ans, ma grand-mère et son frère donnaient encore des cours de danse folklorique, des vieux « set-carrés » et des danses anciennes héritées des Français.

Ancienne maîtresse d’école, Denise LeBreux, la mère d’Alan Côté, fait carrière en hébergement. À la suite de son divorce, elle se retrouve mère monoparentale de quatre enfants et aux prises avec une bien mauvaise surprise : son ex-mari lui a laissé une hypothèque de 50 000 $ sur la maison familiale dont elle ignorait l’existence. Il lui faut à nouveau payer amende. C’est avec l’aide de ses enfants qu’elle réussira à renflouer les coffres de la famille, amorçant ainsi une carrière auprès des artistes qu’elle admire.

On avait un terrain extraordinaire avec une vieille maison relativement bien entretenue, mais rien d’autre. Ma mère s’est mise à recevoir des vacanciers à l’auberge, principalement des groupes d’européens, en s’affiliant au réseau Vacances Familles. Ensuite, à la demande du directeur du CLSC, un ami de la famille, elle s’est mise à héberger des médecins qui venaient pour des stages d’un mois à Grande-Vallée. Elle en accueillait sept à huit par année. Mon frère, finissant ses études en comptabilité, est revenu au village et a obtenu, en tant que jeune entrepreneur, des subventions pour bâtir des chalets qui pourraient accueillir d’autres vacanciers. Ainsi, la famille s’est mise à avoir des revenus décents. Finalement, c’est nous autres, ma mère, mes frères, ma sœur et moi, qui avons payé la dette de mon père. On vient tout juste de finir de la payer…

Comme les autres membres de la famille LeBreux, Denise hérite de ce fort amour de la chanson. Elle est, dès la première heure, membre du comité organisateur du Festival en chanson et elle accueillera, avec une immense générosité, tous les artistes de passage au Festival en chanson. C’est également Denise qui avait eu l’idée de monter un spectacle hommage au parrain du Festival en se basant sur l’émission française l’École des fans. Le spectacle, qui s’est transformé pour devenir La Petite école de la chanson, est maintenant l’un des fleurons du Village en chanson. Cette importante activité du village a remporté en 2002 le grand Prix Essor national décerné par le ministère de l’Éducation du Québec et en 2007 le Prix RIDEAU-PARTENARIAT3.
Alan a hérité des talents d’organisateur, de la débrouillardise et de la grande capacité de travail de son père, Mario Côté. Ce dernier, amateur de sport, non pas de chanson comme les LeBreux, est fortement impliqué dans l’organisation des activités sportives du village.

Mon père était un organisateur. Je tiens probablement beaucoup de lui. Pendant des années, c’était l’entraîneur de hockey du village. C’était aussi un gars très vaillant. Il a été bûcheron, il a été conducteur de camion, il a été opérateur de machineries, il a fait toutes sortes d’affaires. Il a également travaillé à la mine de cuivre de Murdochville.

La relation avec son père s’avère difficile, parce qu’Alan est moins doué pour le hockey et aussi parce que Mario Côté se met à boire démesurément. Cette difficulté de communiquer sera exacerbée à la mort de la grand-mère maternelle, événement déterminant dans le parcours d’Alan.

Tout le monde assiste aux funérailles de ma grand-mère, ses 17 enfants et tous les habitants du village, sauf mon père. C’est à la sortie de la cérémonie que je le vois, complètement ivre, en train d’engueuler ma mère. En furie, je tente de le raisonner, mais il m’insulte et n’écoute rien de ce que je tente de lui dire. Il me regarde et tout ce qu’il me balance à la tête est : « Toi pis ta crisse de musique! »

Ses parents se sépareront à la suite de ce fâcheux événement. Alan a vingt ans et ne reparlera plus à son père. Cet épisode difficile a une incidence importante sur les événements actuels.

Si mon père n’était pas parti, c’est sûr que tout ça n’existerait pas. Le festival existerait sûrement, mais ce n’est pas moi qui dirigerais le tout. Quand je me suis embarqué dans le festival, ça c’est sûr, je n’ai rêvé à rien. C’était de la survie.

Une organisation paroissiale forte

À Petite-Vallée, il n’y a pas que les LeBreux qui possèdent des gènes artistiques. Il semble que tout le village carbure à l’art, comme si une troupe de théâtre avait fait naufrage à cet endroit du globe.

Le village a été construit en 1856 et les LeBreux s’y sont installés en 1874. J’ai une grande tante qui me contait qu’au début du XXe siècle, vers 1910, il se faisait déjà du théâtre au village.

Une organisation communautaire très forte soutient toutes les activités du village, ayant le Cercle des Fermières4à sa tête. C’est ainsi que ces dernières, pour pallier l’absence d’église à Petite-Vallée, organisent, par des corvées de villageois, la construction d’une salle en 1944 pour que le curé puisse venir dire la messe, tout en veillant à ce que cette salle ait d’autres fonctions.

Le Cercle des fermières a fait construire une salle communautaire avec une scène à l’avant. C’est sur le théâtre que la messe se disait. Ambitieuses, les fermières ont fait les plans pour une salle qui pouvait contenir 300 spectateurs, soit un peu plus que la population entière du village. C’est maintenant la salle qui abrite le Camp chanson.

Outre la messe, le Cercle des fermières organise des soirées musicales dans la salle et accueille les artistes durant leurs tournées, comme les Grimaldi et surtout les chanteurs country comme Marcel Martel. Lors de ces soirées, les artistes du village se produisent durant les entractes, ne laissant aucun temps mort aux spectateurs. Le grand-père d’Alan est souvent du nombre, égayant l’assemblée avec ses chansons et ses monologues.

Les villageois s’organisent avec la même vigueur pour le sport. Comme ils veulent financer leur équipe de hockey, qui performe dans le circuit régional, ils organisent des soirées de danse dont les profits servent à soutenir l’équipe de hockey. Ces musiciens dynamiques, aidés d’autres membres du village, ont construit une salle de danse qu’ils nomment La Forteresse et qui servaient à financer les activités de hockey.

Alan est grandement influencé par cette organisation culturelle forte, où de nombreux leaders du village assurent une vie sociale, culturelle et sportive riche à tous les habitants, son grand-père et sa grand-mère, son père et sa mère, ses oncles et ses tantes étant tous très actifs dans un comité.

Parcours scolaire

Alan est un premier de classe. Sa mère et sa tante, toutes deux institutrices, le stimulent énormément, de sorte qu’il commence l’école et sait déjà lire et écrire.

Durant ma première année, c’est ma tante, la seule femme qui restait à la maison après la mort des gars, qui est ma maîtresse d’école. Par la suite, aucune enseignante n’est arrivée à me stimuler autant, à me challenger avec les mots. Je n’ai plus jamais aimé l’école de la même manière.

De 1973 à 1978, lors de son cours secondaire, il travaille peu, n’ayant pas besoin de s’efforcer pour obtenir de bons résultats. Ce n’est que le côté social de l’école qui l’anime. En confrontation constante de valeurs avec sa grand-mère et son père, il cherche à fuir la maison.

J’étais dans tout ce qui pouvait me faire sortir de chez nous parce que mon père était déjà dans le pattern d’être alcoolique. J’embarquais dans toutes les activités possibles : les affaires liturgiques, le volley-ball, la danse folklorique, les comités étudiants, les décorations des spectacles, dans tout! Je participe à tous les spectacles de l’école, faisant des tours de chants, des présentations, des petits monologues. Je passe ma vie à l’école. Je trouve souvent le moyen d’y retourner après souper, sur le pouce, dans le froid, qu’importe.

Grâce à ses activités, il voyage à travers toute la province pour assister à des formations, des rencontres ou des rassemblements de jeunes. Cette implication très active dans les activités parascolaires constitue une école en soit. Alan y apprend à faire des collectes de fonds, pour financer les activités, à organiser des spectacles ou des voyages et à monter un projet.

À partir de l’âge de 15 ans, il apprend à jouer de la guitare de manière autodidacte. Bien que l’apprentissage soit ardu et les quolibets de son frère fréquents – celui-ci est beaucoup plus doué qu’Alan –, il persiste et commence à écrire des chansons en même temps qu’il apprend à jouer.

Son goût artistique se développe tout au long de son cours secondaire, par les activités scolaires. Son choix d’études collégiales s’arrêtera sur le cours d’infirmier. Ce métier, qui se pratique à travers le monde, lui permettra d’être indépendant financièrement très rapidement. Comme à l’école secondaire, il passe beaucoup plus de temps dans les salles de concert que dans les salles de classe lors de ses études collégiales.

Je n’allais pas à mes cours, me fiant sur les notes de mon ami et mon impressionnante mémoire de dernière minute. Je faisais des tournées de chansons dans la région et je ne revenais que pour les périodes de stages, pour lesquels j’avais une grande facilité. Comme je suis né dans une grande famille, je suis à l’aise avec les gens. À la pouponnière, j’étais bien.

En 1984, il s’inscrit en Littérature à l’Université du Québec à Montréal (UQAM), s’installant pour la première fois dans une grande ville. Lors de ce passage dans un milieu très différent de son village natal, il se passionne certes pour Anne Hébert, mais il n’apprécie guère l’ensemble de ses cours. Recommence alors l’école buissonnière qui l’amène à chanter un peu partout avec sa guitare en divers endroits. La même chose se produira l’année suivante où il est étudiant en Animation et recherche culturelles. Durant l’été, – d’ailleurs le seul qu’il passe en dehors de Petite-Vallée – il travaille comme infirmier à l’institut Albert-Prévost5à Montréal. Encore une fois, il traîne sa guitare avec lui.

J’ai passé un été extraordinaire à distribuer des médicaments avec ma guitare dans le cou et à chanter pour les patients psychiatriques dans le parc, au bord de la rivière.

Tout au long de son parcours académique, il conservera la même attitude, fréquentant les lieux de savoir pour leur dimension sociale et pour l’accès aux activités culturelles.

Genèse du café

La construction du café

Au printemps de l’année 1983, Alan revient habiter chez sa mère parce qu’une grève au Cégep de Rimouski empêche la tenue des cours. Il se lie d’amitié avec trois médecins en stage à Grande-Vallée qui habitent chez sa mère. L’un d’eux, Michel Asselin, est féru de jazz, de chanson française et de littérature. Alan et lui passent des nuits à discuter de culture ensemble et à brasser des idées au petit bar du village. Cette amitié sera déterminante pour la suite des choses.

Avec mon chum médecin, on prend un coup, puis on rentre chez nous à trois heures du matin. On mange des toasts avec du pain de ménage et du Velveeta et on regarde la lune qui frappe sur la boutique de forge de mon grand-père. Mon ami me dit : « On va se faire un club littéraire, un petit noyau culturel pour écouter de la musique ensemble en dehors de nos maisons. On va récupérer la boutique de ton grand-père et se faire un lieu juste pour nous autres. »

L’idée est semée et Alan est complètement emballé par le projet. L’ami médecin convainc ses collègues, qui terminent des études en médecine, d’investir d’abord 500 $ puis 1 000 $ chacun pour rénover la forge, une installation de la taille d’une maison. Alan, étudiant bénéficiaire des prêts et bourses du gouvernement6, investit lui également 1 000 $ et s’occupe des immobilisations, ce qui n’est pas une mince tâche.

La forge de mon grand-père avait été convertie en grange après sa mort. Nous avions élevé des animaux là-dedans, des poules, des vaches et des cochons. Avec mes amis, nous avions convenu de la rénover en utilisant des matériaux récupérés ici et là. En allant vérifier l’état des lieux, j’ai touché à la cheminée, qui s’est écroulée sur le coup, défonçant le plancher qu’on désirait garder.

Son voisin, un charpentier à la retraite qu’Alan connaît depuis toujours, évalue qu’il ne peut rien rénover décemment avec moins de 5 000 $. Alan se rend à Montréal, où sont ses amis étudiants en médecine pour la période des examens, pour les persuader d’investir le double de l’argent prévu. Ceux-ci acceptent d’embarquer dans ce projet quasiment insensé pour un si petit village. Des années plus tard, lors du 20e anniversaire du Festival en chanson, le fils d’un marchand du village voisin confie à Alan :

T’en rappelles-tu, quand tu arrivais de Montréal et qu’on t’avait ramassé sur le bord de la route où tu faisais du pouce? Tu nous avais parlé de ton projet et mon père nous avait dit, dès que tu étais débarqué de la voiture : « Tu parles d’un crisse de fou, faire un café à Petite-Vallée! »

Les balbutiements du Café

Comme le projet coûte beaucoup plus cher que prévu, le petit groupe décide d’ouvrir le café au public afin de rentabiliser l’argent investi. Le premier été, Alan se charge de trouver les permis et de commencer la vente. Il emprunte l’écran de réunion du CLSC et grâce à un contact à Rimouski, il y passe des films de l’Office national du film (ONF) tout l’été. Les jeunes y viennent boire une boisson gazeuse et manger une pâtisserie-maison. Même si les jeunes du village et les hippies de la place fréquentent le café, ce dernier n’est pas rentable. Alan, toujours étudiant à Montréal durant l’année scolaire, doit gagner sa vie et il déserte le café.

En plein milieu de l’été, je suis parti avec ma guitare à l’auberge de jeunesse de Mont-Saint-Pierre. Un soir, un couple d’artistes passe et décide de m’emmener avec eux à Percé. Là-bas, on m’offre de vendre les billets au Centre d’art de Percé et d’accueillir les gens. Quand je constate que la chanteuse s’en va parce que son spectacle est un flop monumental, je propose mon spectacle, qui dure une heure et demie, avec un entracte et tout. Il vient une vingtaine de personnes chaque soir, dans ce qui a longtemps été le fort culturel de la Gaspésie. Mon spectacle n’était pas bon du tout, mais parfois, il n’est pas nécessaire d’être bon. Ce qui compte, c’est que j’aie osé. J’étais audacieux, et je le suis encore, mais je me demande comment je faisais pour l’être autant. J’étais inconscient de ça.

Cette audace lui permettra à maintes reprises d’oser l’impensable et surtout de réussir l’impossible.

Le café se développe lentement, car Alan étudie à Montréal durant l’année et ne peut pas revenir à l’été 1984. Il prépare tout de même une programmation pour le café, engageant des artistes avec l’argent de ses amis, sans garantie de revenus. S’il subit quelques remontrances à la fin de l’été de la part de ses amis, pour avoir dépensé de l’argent qu’il n’avait pas, il reçoit aussi les commentaires du spectacle extraordinaire qu’ils ont vécu et dont ils parlent encore.

Développement du café

À l’automne 1984, lors d’une pénurie d’infirmiers et d’infirmières à Grande-Vallée, les amis médecins d’Alan le pressent de revenir au village. Ce retour lui permet de travailler comme infirmier et surtout de s’impliquer davantage au café. Il fait sa première demande de subvention, qui remporte un certain succès.

Malgré ce qu’on dit des fonctionnaires, il y a des gens compétents parmi eux, des gestionnaires visionnaires. L’un deux, John Michaud, qui est maintenant au ministère de la Culture et des Communications à Québec, un gars de Chandler, travaillait à Rimouski. Il nous a accordé une subvention de 500 $ à la suite de la demande de subvention que j’avais remplie sur une feuille quadrillée en plein déménagement. Ça devait être écrit tout croche et ça ne devait pas avoir de bon sens, mais le fonctionnaire a senti qu’il y avait du feu dans notre projet. Cette subvention nous a permis de démarrer réellement notre café en ayant des spectacles professionnels, ce qui a eu, par la suite, un gros impact sur toute l’organisation du festival.

Cette subvention donnera aussi une vision qui sera celle du diffuseur que deviendra Alan : encourager les jeunes qui ont le feu de la passion.

Alan Côté travaille continuellement sur ses chansons et ses amis l’encouragent. Ces derniers lui prêtent de l’argent pour un voyage en Europe qui se révélera excessivement formateur pour le jeune auteur-compositeur-interprète. Des rêves à accomplir seront alors semés dans la tête du jeune Côté.

Grâce à un ami, j’ai obtenu un contrat pour aller chanter dans un restaurant nommé le Petit Québec à Paris. Je pensais faire mon animation avec les chansons de Michel Rivard et de Richard Séguin, les vedettes de l’heure, mais les Français ne veulent qu’entendre du Leclerc et du Vigneault. Je me suis enfermé plusieurs jours dans ma petite chambre d’hôtel à 18 francs la nuit, toilette sur l’étage, pour apprendre le répertoire de ces géants de la chanson québécoise. Lors de mon tour de chant, j’interprétais les chansons attendues mais je chantais également mes propres compositions. Je suis resté deux mois à Paris, j’ai chanté 17 soirs dans un gros show en hommage à Jacques Brel. J’étais là à Paris et je trouvais ça extraordinaire de pouvoir, lors de mon premier voyage, vivre de la chanson. À ce moment, je me suis dit que je reviendrais un jour, c’est sûr…

De 1985 à 1988, Alan est de retour à Petite-Vallée et il s’implique beaucoup plus dans le Café de la Vieille Forge aux côtés de Michel Asselin. Ce dernier monte une pièce dans laquelle Alan jouera : la Coupe Stainless de Jean Barbeau. Cette dernière connaît beaucoup de succès et le public embarque.
J’ai 25 ans puis je joue un vieux dans une chaise roulante. Pour parler comme un vieux, je me mets des roches dans la bouche. Chaque soir, je me blesse toute la bouche, mais ça marche au « boutte ». Le public est subjugué.

Le café se développe avec les moyens du bord. Alan s’implique dans tout, trouvant plaisir tant à jouer, à organiser, qu’à trouver les accessoires. Chaque année, ils produisent des pièces avec les moyens du bord, assez ignorants des règles du métier.

Je ne sais même pas comment ça marche les droits d’auteurs. D’ailleurs, à l’époque, on ne paie pas ça les droits d’auteurs! On choisit une pièce, puis on fait du théâtre amateur. On demande 5 $ à l’entrée et c’est tout7 .

Chaque fois, lui et son équipe font preuve de débrouillardise et d’ingéniosité pour produire la meilleure pièce possible avec le peu d’équipement et d’argent à leur disposition.

Une des premières pièces que j’ai montée, c’était Gaby et Sullivan d’Antonine Maillet. Pour la scène où le personnage principal tombe à l’eau, je me suis enregistré dans une piscine en train de crier, puis de patauger. Durant la représentation, comme il n’y a pas de coulisses, je devais sortir dehors, aller dans le hangar adjacent à la forge, me tremper dans une grosse poubelle remplie d’eau et revenir sur scène. On n’avait pas le dispositif pour faire cette pièce, mais on l’a fait pareil!

Cette attitude le guidera dans toutes ses entreprises : ne pas avoir l’argent ou les ressources nécessaires ne constitue jamais une raison de laisser tomber une idée. Alan trouve toujours les moyens de réussir un projet auquel il croit.

De fil en aiguille, Alan apprend son métier d’homme de théâtre. Lorsqu’une friction dans le groupe d’amis médecins amène Michel Asselin, le passionné de théâtre, à quitter le village, Alan se retrouve le leader du théâtre. Il s’occupe de la mise en scène et se forme par des ateliers et des rencontres avec les professionnels. Cette prise en charge des activités le pousse de l’avant dans sa passion.

À la suite du départ de Michel, je m’occupe de tout. Et là, je développe le goût au théâtre, fort, fort, fort. Les professionnels que je rencontre me découragent dans mes projets, me considérant trop vieux pour étudier dans les écoles de théâtre. Mais j’ai une tête de cochon et j’envoie des demandes d’admission aux institutions de théâtre. C’est ainsi qu’en 1988, je suis admis au collège de Sainte-Thérèse en théâtre8.

Pendant un an et demi, Alan se donne totalement au théâtre. Contrairement à toutes ses études antérieures, il adore ses cours et est fasciné par cet univers et quelques professeurs qu’il trouve allumés et « allumants ». Loin de l’éloigner de son projet de café culturel, cet exil montréalais le nourrit d’idées et de projets à accomplir lors de son éventuel retour.

Je n’avais jamais été en contact avec le théâtre classique. Jamais un Molière n’avait été présenté à Petite-Vallée! C’est en étudiant le théâtre et en fréquentant les théâtres à Montréal que j’ai été en contact avec des pièces de répertoire. Tout de suite, je me disais que j’appliquerais tout ce que j’aurai appris, pour qu’on joue des affaires flyées dans notre café.

Pendant ses années d’études théâtrales, il se balade sans cesse entre Montréal et Petite-Vallée, étudiant l’hiver à Montréal et retournant l’été faire du théâtre au village. Combinant prêts étudiants et chômage, il arrive à vivre et à poursuivre les projets qui lui tiennent à cœur. C’est ainsi que durant deux ans, de 1988 à 1990, Alan crée et dirige une troupe de théâtre pour adolescents à Grande-Vallée, parallèlement à ses études.
J’ai formé une troupe et j’ai monté une pièce avec les adolescents de l’école secondaire de Grande-Vallée, le village voisin de Petite-Vallée. Durant sept semaines d’affilée, j’ai fait le trajet Grande-Vallée/Montréal, passant quatre jours au village et trois jours en ville. Je répétais une autre pièce comme comédien à Montréal, où je retrouvais ma blonde, et je revenais à Petite-Vallée pour répéter la pièce avec les ados. C’était malade mental!

Une rencontre déterminante

Avant de partir étudier en théâtre à Montréal, Alan a travaillé comme infirmier en santé scolaire et c’est là qu’il rencontre celle qui deviendra sa conjointe.

C’était comme en psychiatrie, je me promenais avec ma guitare et je faisais des animations sur les fruits. J’écrivais des chansons pour toutes mes activités. J’étais bon avec les enfants et j’adorais travailler avec les adolescents. C’était un beau moment d’infirmier. C’est là que j’ai rencontré Danielle Vaillancourt, enseignante à la même commission scolaire.

Il s’agit d’une rencontre déterminante pour le reste de sa vie, car Danielle Vaillancourt est une chanteuse classique qui poursuit une maîtrise à l’Université de Montréal sur la voix des enfants, après avoir terminé des études en chant et en guitare classique à l’université Laval ainsi qu’en enseignement.

Ma blonde est une mezzo-soprano extraordinaire. Quand je l’ai connue, c’était la protégée de monsieur Jean-Paul Jeannotte, professeur à l’Université Laval, qui deviendra directeur de l’Opéra de Montréal.

Issue d’une famille de violoneux du Bas-Saint-Laurent, qui faisait de la musique populaire, Danielle a baigné dans la musique toute sa jeunesse. Adolescente, elle joue dans l’orchestre de ses oncles qui se produit dans les événements populaires autour de Rimouski, tant dans les bars de danseuses nues que dans le cadre des compétitions de lutte. Avec cette formation musicale familiale, Danielle accompagne tous les chanteurs country de la région. Cette expérience, combinée à ses études en musique classique, font d’elle une musicienne extrêmement polyvalente.

Danielle et Alan partagent une vision commune quant à l’importance de transmettre leur amour de la musique et le désir de vivre dans l’air salin du grand fleuve. En 1990, le nouveau couple se retrouve alors face à un dilemme important : rester à Montréal ou s’installer à Petite-Vallée?

Si j’avais continué en théâtre, probablement qu’on serait resté à Montréal, mais j’avais le spleen de la mer. Le fleuve me manquait terriblement. En 1990, on a pris la décision de déménager à Petite-Vallée alors que Danielle était enceinte de notre première fille. En 1991, on s’est bâti une maison sur les terres familiales. Je suis alors en haut du cap, j’ai la vue sur ma job. Et là, j’embarque…

L’embarquement pour le grand large

Le Festival en chanson

 Alan Côté et le Village en chanson

Avant d’être uniquement voué à la chanson, le festival de Petite-Vallée consistait en un événement nommé le Festival de la Parenté, créé par les gens de Petite-Vallée pour tenir un événement estival et pour se démarquer des autres villages qui ont tous leur festival d’hiver, à l’image du Carnaval de Québec. Ainsi, ils célèbrent chaque année une famille en s’associant avec toutes les organisations du village déjà existantes, tant le Club des sportifs que l’Âge d’or. Comme le dit Alan : ils ont cette idée-là de travailler en communauté.

On fête les LeBreux, on fête les Coulombe, on fête les Côté. Comme les organisateurs ont vite fait le tour des familles, Jean-Maurice Le Breux, musicien professionnel grandement impliqué dans le Festival, propose de créer un concours de chansons, à l’image du festival de Granby9 (voir aussi le cas Ulric Breton et le Théâtre Petit Champlain). Au départ, il n’y a que des interprètes, les plus expérimentés dans la catégorie A et les moins expérimentés dans la catégorie B.

Ma mère et les autres administrateurs du Festival de la Parenté, emballés par l’idée, organisent le concours. Ma mère recrute les participants en s’informant des chanteurs amateurs de chaque village. Elle les appelle chez eux, puis elle leur dit : « Venez-vous en à notre concours, il n’y a pas de frais d’inscription ». Moi, j’écris déjà des chansons et leur concours d’interprètes, ça m’énerve. Je ne veux rien savoir de ça. Je participe quand même, mais de loin, en travaillant comme étudiant au bar. Dans les faits, je boude. En plus, tout se déroule à la Salle des Fermières, situé au village de Petite-Vallée, pas au café que je tente de faire vivre.

Avec les ans, le festival grossit. Des artistes plus expérimentés, provenant d’un territoire toujours plus vaste, y participent, dont Isabelle Boulay, maintenant très connue. En 1989, les organisateurs ajoutent la catégorie auteur-compositeur-interprète, ce qui interpelle Alan.

À partir de son retour au village en 1990, Alan s’implique véritablement dans le festival, assistant aux réunions du comité organisateur, ce qui donne un envol considérable au Festival en chanson. Avec sa mère, il instaure le concept de parrain et de marraine. Ils demandent à Sylvie Tremblay, qu’ils avaient accueillie à la maison, d’être la première marraine (voir l’annexe 5). Il s’organise pour que les artistes soient hébergés chez sa mère à l’auberge. Denise, grande admiratrice des artistes et de la chanson, s’occupe d’eux comme des petites reines et des petits rois.

Avec mon frère, on amène Michel Rivard à la pêche à la morue. Et comme il y a des baleines, il est renversé, ébloui. On fait la même chose avec les Séguin, les Corcoran10. Les LeBreux deviennent une famille importante sur le réseau.

Parallèlement à son implication au Festival, Alan poursuit ses rêves d’auteur-compositeur interprète et il s’inscrit, en 1990, au Festival international de chanson de Granby. Son passage au festival concurrent lui ouvre les yeux sur sa propre organisation.

Sur place, je vois comment ça marche et je vois surtout qu’on se trompe royalement à Petite-Vallée. En souhaitant que nos gagnants soient automatiquement admis comme participants au Festival de Granby, on s’organise pour devenir une filiale de Granby. Le Festival de Granby est une porte sur l’industrie. Nous ne pouvons pas avoir cette prétention : on est à l’autre bout du monde! Je me suis dit que nous allions faire quelque chose de différent.

Alan revient à Petite-Vallée et persuade son monde de changer l’orientation du festival. À partir des constatations faites lors de son passage à Granby, il élabore une autre stratégie pour leur festival.

À Granby, j’avais eu deux grandes frustrations. D’abord, le fait que les ateliers étaient ouverts au public et que leur horaire n’était pas établi en fonction du concours. Imagine, tu pouvais être inter-rompu en plein milieu d’un atelier pour un test de son ou une répétition! Puis, l’impossibilité de rencontrer les artistes et les autres participants. Tous, une fois qu’ils avaient terminé leur atelier ou leur performance, retournaient à Montréal ou à Québec. Granby est trop proche de la ville. Nous, on va organiser notre horaire et élaborer le contenu de nos ateliers en fonction des besoins véritables des participants, faire un festival vraiment pour eux. Nous allons créer une chimie extraordinaire en tirant profit du fait que nous sommes à l’autre bout du monde : personne ne peut retourner à la maison le soir venu.

Rapidement, Alan constate que son intuition est bonne : cette formule axée sur les ateliers et la rencontre entre créateurs et formateurs amène des parrains et formateurs de plus en plus nombreux et de plus en plus connus, en plus de permettre l’éclosion de moments de rencontres très intenses.

Cette même année, les choses débloquent pour le festival. Radio-Canada offre à l’organisation de les aider dans leur recrutement et diffuse une publicité télévisée dans l’Est du Québec avec comme porte-parole du festival Isabelle Boulay et Nelson Mainville, deux anciens gagnants qui connaissent une popularité croissante.

Le festival reçoit 50 inscriptions. Et là, j’embarque vraiment. Je siège même au conseil d’admi-nistration. Je ne sais pas si ça va être ma vie, mais j’embarque parce que je sais que je viens me réinstaller au village.

Alan travaille d’arrache-pied comme directeur artistique en collaboration avec le coordonnateur de l’événement, Michel Deschamps. Ce dernier, un clown professionnel, fin connaisseur de la scène, possède des forces complémentaires à celles d’Alan. En 1998, il quitte le festival pour se produire dans le spectacle La Nouba du Cirque du Soleil en Floride. Alan prend alors le rôle de directeur général en plus d’être responsable de la direction artistique.

L’implication communautaire

Alan devient également directeur des deux conseils d’administration du village. Dès son arrivée, il avait constaté que des chicanes de clocher empêchaient les choses d’avancer au village. D’un côté, l’organisation du Café de la Vieille Forge, de l’autre le Festival de la Parenté, ancêtre du Festival en chanson. Pour Alan, deux conseils d’administration qui se disputent les subventions dans un village comprenant 200 habitants, cela relève de la folie.

Ceux du Festival de la Parenté disent que nous, du Café de la Vieille Forge, on ne fait pas partie du village parce que la Longue Pointe, où est situé le café, est en bas de la côte… Je n’en croyais pas mes oreilles! Finalement, ce n’est qu’en 1998 que je réussirai la fusion du Festival de la Parenté et de la Corporation du Café de la Vieille Forge.

Le développement du théâtre

Alan Côté et le Village en chanson

Même si Alan consacre beaucoup d’énergie au Festival en chanson, le théâtre tient toujours une place importante dans sa vie.

En 1990, ça fait cinq ans qu’on fait du théâtre au Café de la Vieille Forge. On a de la misère, mais on est parti. On accueille des spectacles, on est subventionné un petit peu, puis on se bat pour en avoir plus.

Pour gagner sa vie, il accepte toutes sortes de petits contrats de mise en scène dans la région. Le Cégep de Gaspé l’engage pour diriger sa troupe de théâtre, ce qu’il fera jusqu’en 1998, et ce qui lui permettra d’apprendre véritablement son métier de metteur en scène.

Alan s’implique également au sein de la troupe de théâtre du village, qui faisait des tournées dans les villages des alentours, empreint d’un désir de former le public, d’ouvrir les esprits, de transmettre tout ce qu’il a appris lors de sa formation théâtrale. Il veut présenter un contenu de théâtre différent dans la région, ce qui ne se fait pas sans causer des frictions.

J’ai pris la relève là-dessus, car je voulais amener le public plus loin, sortir des mélodrames, des comédies, jouer un vaste répertoire. Le public me réclamait des comédies. Je leur ai proposé deux comédies pour une pièce de répertoire. Certains administrateurs me disaient que mon idée n’avait pas de bon sens parce qu’on ne faisait pas assez d’argent avec des pièces de répertoire. Moi, je leur répondais que ce n’est pas grave, que les gens allaient aimer ça de plus en plus.

En 1991, il obtient du gouvernement du Canada, une subvention pour investir dans l’infrastructure du café. L’ancienne forge du grand-père qui contenait 55 places est démolie et Alan supervise la construction d’une nouvelle salle de 100 places avec les poutres de la vieille forge en guise de décoration.

Après bien des demandes, le café obtient, en 2001, une grosse subvention qui leur permet de construire un théâtre. Le projet est emballant et l’équipe d’Alan connaît exactement ses besoins.

Comme nous avions tout fait nous-mêmes durant plusieurs années, décors, costumes, nous avions déjà une expertise. Les scénographes ont trouvé qu’on savait ce qu’on voulait en « tabarnouche ». On s’est battu avec eux autres pour avoir ce qu’on voulait. Les quelques affaires pour lesquelles on ne s’est pas assez battu, on ne les a pas eues. On paie pour maintenant.

 Alan Côté et le Village en chanson

L’organisation peut ainsi prendre son envol en tant que diffuseur professionnel grâce à cette nouvelle salle et les deux salles prennent des orientations bien précises : la nouvelle salle devient le Théâtre de la Vieille Forge et le Café de la Forge est transformé en bistrot. Aujourd’hui, le Théâtre de la Vieille Forge est reconnu comme diffuseur professionnel et a développé une expertise comme producteur de spectacle en théâtre et en chanson. Actif toute l’année, sa programmation est composée d’une soixantaine d’activités spectacles, qui se déroulent durant la saison estivale. Membre du Réseau des organisateurs de spectacles de l’Est du Québec (ROSEQ), il a été consacré Diffuseur de l’année en 1999. En tant que diffuseur, le Théâtre de la Vieille Forge accueille une vingtaine de spectacles professionnels au printemps et à l’automne, dont des spectacles dédiés à la clientèle jeunesse.

La salle d’interprétation de la chanson

En 1998, les organisateurs ont aménagé une exposition sur l’histoire de la chanson québécoise à l’intérieur du Café de la Vieille Forge. Composée d’images, de photos d’époque et d’extraits audio, l’exposition permet aux visiteurs d’avoir un vaste panorama de cet art au Québec et de lui rendre hommage et constitue la Salle d’interprétation de la chanson.

Un village qui chante

Parallèlement à son implication au théâtre et au Festival en chanson, Alan instaure différentes activités qui donneront à Petite-Vallée le titre de Village en chanson.

Les Voix liées

Dès 1991, Alan crée avec sa conjointe et un couple d’amis, deux anciens gagnants du festival, un quatuor nommé Les Voix liées, qui connaît tout de suite beaucoup de succès.

Avec ce groupe-là, tout de suite on est allés chanter à Paris, à la Maison du Québec à Saint-Malo et à Saint-Nazaire en première partie de Zachary Richard. Non seulement je retournais en Europe, mais je réussissais à y amener mon monde du village. J’étais très content.

En 1992, le quatuor participent à l’événement Précieuse est la mer monté par Claudine Roy, organisatrice culturelle de Gaspé en collaboration avec Sylvie Tremblay, Laurence Jalbert et Isabelle Boulay. Dans ce spectacle présenté à Gaspé à l’occasion des fêtes commémorant l’arrivée de Jacques Cartier, son quatuor fait tous les liens entre les numéros, présentant des chansons gaspésiennes. Les Voix liées se produisent devant 10 000 personnes à Gaspé et à Montréal, où le spectacle est repris dans le cadre du 350e anniversaire de la métropole.

Si la production de cet événement crée beaucoup de fierté et procure beaucoup de plaisir pour les Voix liées, il ne rapporte pas l’argent escompté. Le spectacle est déficitaire et il occasionne l’organisation d’autres spectacles populaires qui viendront renflouer les coffres de l’organisation. Cependant, le manque d’argent ou les déficits ne constituent jamais, aux yeux d’Alan Côté, un obstacle au démarrage d’un projet.

À la suite de Précieuse est la mer, je participe à toutes sortes d’affaires à Gaspé, parce que ce fameux show-là a fait un déficit d’environ 100 000 $. Avec mon amie Claudine Roy, qui dirige la Grande traversée de la Gaspésie, on a fait plein d’événements pour payer cette dette. On n’avait pas l’expertise requise, mais on l’a fait pareil le maudit show et on était vraiment contents. J’ai participé à tous les spectacles bénéfices, tant dans la mise en scène que dans l’organisation et même en tant qu’artiste.

Les Chanteurs du village

Alan Côté et le Village en chanson

Pour financer le Festival en chanson, Alan organise des hommages aux artistes parrains. Il s’inspire des soirées qu’il organisait avec Danielle Vaillancourt, sa conjointe, où les gens du village venaient chanter les refrains de chansons regroupées à partir de thématiques. Les premiers hommages se déroulent dans le petit café théâtre, mais déménageront vite dans une plus grande salle, tant ils sont populaires.

Le premier hommage était pour Richard Séguin. On avait décoré le café en Séguin. Sa fille avait chanté, Richard avait braillé. Tout le monde était ému.

L’implication des villageois dans ces spectacles est fort importante. C’est l’épicier du village, un mineur, un pêcheur, une infirmière qui rendent hommage à un artiste, en interprétant, à leur manière, une partie du répertoire de l’artiste parrain. Il se crée alors des spectacles hétéroclites, d’une originalité et d’une authenticité très grande.

Gilles Vigneault avouait devant le public, en entendant un mineur de la région chanter sa chanson Ti-Nor, que c’est ainsi qu’il rêvait de l’entendre lors de sa création.

Tombé sous le charme de l’une de leurs présentations, Alain Chartrand, directeur des Coups de Cœur francophone, invite le groupe à se produire à Montréal. Alan emmène neuf chanteurs du village disponibles pour un soir à Montréal, ses deux frères, l’épicier, le directeur d’école, l’infirmière, l’aubergiste, l’enseignante… Des diffuseurs européens assistent à l’événement et ont un véritable coup de cœur. Ils tiennent à produire ce tour de chant en Europe pour importer ce plaisir de chanter.

C’est ainsi que les Chanteurs du village sont nés, avec les six qui étaient disponibles pour aller en tournée en Europe. Au début, on n’avait même pas de nom! Comme les diffuseurs voulaient des artistes professionnels, j’ai convaincu Laurence Jalbert de se joindre à nous. Nous avons joué dans neuf salles, soit 21 artistes en tournée pendant 15 jours, une affaire de fou. On l’a fait! Ça a coûté une fortune, mais nous avons trouvé, chaque fois, l’argent nécessaire. On faisait des interprétations, puis on faisait de mes chansons. Au fil du temps, je me suis mis à écrire des chansons pour le groupe à partir des préoccupations du village.

Depuis, leur répertoire se compose de chansons francophones tirées du folklore, d’œuvres contemporaines et de compositions d’Alan comme celle intitulée « Ma tante Lolâ ».

 Alan Côté et le Village en chanson

Depuis leur première tournée, les Chanteurs du village sont retournés en Europe cinq fois pour présenter des spectacles. Ils ont produit un disque en 2004 avec une bonne partie de leur répertoire.

Je suis tellement content! Avec ma gang, les Chanteurs du village, j’ai amené mon village, tous ces gens qui travaillent fort, chanter en France. Devant le Louvre, l’épicier du village qui n’était jamais sorti du Québec, ce n’était plus un épicier. On est parti d’un village qui chantait, de plein de monde qui chantait, puis on est devenu des ambassadeurs qui chantent.

Autour de… Les Rendez-vous chantants

Bien qu’il soit satisfait du succès que connaissent les Chanteurs du village, Alan s’inquiète de la disparition des soirées thématiques qui faisaient chanter les villageois. Son souhait le plus cher est d’amener tous les habitants du village, jeunes et vieux, à chanter. Il met donc en place une série de spectacles qui se déroulent les mardis soirs durant l’été. Le concept est simple : chanter une décennie, par exemple les années 1950, à la manière d’un gros karaoké. Les paroles sont projetées sur écran géant, le public chante le refrain et quelques invités, des gens du village talentueux, interprètent les couplets. La formule connaît un immense succès, au-delà de toutes les prévisions.

Pour notre première soirée, je m’attendais à 60 personnes. Je suis absent parce que j’assiste à la pièce de théâtre que présente mon ami Gary Boudreau à Carleton, sachant que mon équipe est fiable et bien rodée. Finalement, il vient 130 personnes. Ça ne rentre pas dans le café. Les employés refusent des gens, qui sont en furie parce que le spectacle est présenté dans la petite salle.

Les soirées déménagent donc dans la salle qui contient 200 personnes. Alan imagine alors différentes dispositions de salles pour que son idée de base soit respectée, c’est-à-dire que les soirées ressemblent à ces veillées où les gens chantent autour d’un feu de camp.

Au début, j’ai refusé qu’on déménage dans la grande salle parce que je ne voulais pas faire un spectacle, je voulais qu’on chante ensemble.

Il réaménage la salle pour recréer une atmosphère de feu de camp. Le succès de ces soirées ne se dément pas. Même dans la grande salle, tous les billets sont vendus. Les organisateurs installent un écran géant dans la salle adjacente pour accueillir plus de spectateurs qui désirent participer, même s’ils ne voient pas les artistes. Chaque été, Alan doit faire la morale à son équipe pour que ça ne devienne pas trop organisé, pour que ça demeure bien simple, pour les gens du village s’y sentent bien, pour qu’il y ait un grand nombre de villageois qui chante.

Ma réussite, c’est que c’est le monde du village qui assiste à ces soirées, contrairement aux spectacles professionnels où les villageois ne forment que 20 % du public, l’autre 80 % étant formé des visiteurs et des résidents d’été. Avec ces soirées, on les rejoint vraiment.

Le Camp chanson

 Alan Côté et le Village en chanson

Avec l’expertise développée au festival, Alan et son équipe décident d’offrir un camp de formation en chanson. Il s’agit d’ateliers, prodigués à des amateurs adultes qui veulent se développer ou en voie de professionnalisation, d’une semaine intensive en création ou en interprétation. Un camp pour adolescents, divisés en différents groupes d’âge, est également offert. Pendant une semaine, les participants sont logés, nourris et ils travaillent cinq heures par jour avec des professionnels. Comme le dit Alan : « C’est un trip “écœurant” ».

Pour s’assurer d’avoir des artistes qui rencontrent les jeunes durant les camps, Alan ajoute un addenda au contrat des artistes qui présentent un spectacle au Café de la Vieille Forge durant l’été. Celui-ci stipule que l’artiste doit venir rencontrer les jeunes. Si cette obligation peut sembler rébarbative, elle permet très souvent des rencontres extraordinaires.

Un été, j’accueille Georgio Conte, l’Italien, qui est en tournée. Fatigué, il hésite à rencontrer les adolescents de 15-17 ans. Je le persuade d’aller les voir, quelques heures durant l’après-midi. Il les entend chanter et ça le touche énormément. Conte chante aussi pour les jeunes et ils en sont renversés. Le soir, lors du spectacle, Georgio leur demande de chanter avec lui. Ils se sont levés debout dans la salle et ont chanté. Imagine l’atmosphère dans la salle! Pour eux autres, ça va être marquant à vie. Ils ont rencontré un Italien, ils ont chanté un refrain en italien, ils ont eu une vraie rencontre. Je crois beaucoup à ça.

Cependant, les frais pour participer au camp ne sont pas accessibles à tous les jeunes, ce qui dérange grandement Alan. De plus, contrairement à l’étude de faisabilité qui concluait que le projet intéresserait les jeunes de la région, 80 % des participants du camp proviennent de Montréal, de l’Outaouais et de Québec. Ayant en main ces constatations, Alan s’associe à l’organisation Secondaire en spectacle, le pendant de Cégep en spectacle, présente dans chacune des commissions scolaires du Québec, pour permettre au plus grand nombre de jeunes de participer à cette semaine de formation en chanson. Comme les commissions scolaires se disent intéressées, mais sans le sou, Alan se met en quête d’argent auprès des ministres, des députés et de certains partenaires privés qui, par le biais de leurs enveloppes discrétionnaires, octroient les sommes nécessaires afin de donner les bourses à 34 jeunes dans autant de commissions scolaires participantes. Encore une fois, il trouve les fonds nécessaires pour mener à bien son projet et s’assurer de mettre en place les conditions nécessaires à la production d’un moment riche.

Chaque jeune qui désire participer doit écrire une lettre de motivation pour pouvoir participer au camp, pour s’assurer que celui à qui on donne la bourse veut le faire pour vrai. À qualité égale, on va privilégier les jeunes défavorisés.

Depuis, le camp reçoit chaque année 34 jeunes de toutes les régions du Québec, un par commission scolaire. Durant la semaine, les participants travaillent sur un répertoire, à partir de leurs goûts et de leurs affinités, et ils montent un spectacle qu’ils présenteront le samedi suivant.

Le samedi après-midi, à la salle de Petite-Vallée, il y a 200 personnes (n’oublions pas que le village ne comprend que 199 habitants!), des gens des villages, puis les familles qui assistent à ce spectacle. Les gars du village et, les messieurs, chaque fois, je les vois, ils ont les larmes aux yeux. Imaginez-vous quand ça commence, chaque jeune se présente en nommant son lieu d’origine : Josiane, Natashquan, Jonathan, Gatineau… C’est extraordinaire ce que ça fait.

De plus, cet événement rapporte des retombées extraordinaires sur le plan touristique. Les familles viennent reconduire leurs enfants, ils passent la semaine en Gaspésie. Ils assistent au spectacle de leurs enfants. Ce qui n’est pas sans déplaire à Alan, qui souhaite la prospérité de sa région.

La Petite école de la chanson

En 1993, la première année où un artiste parraine le festival, Denise, la mère d’Alan, lance l’idée de créer ce qui deviendra par la suite La Petite école de la chanson, à l’image de l’émission de télévision française L’École des fans. Elle s’organise pour que des enfants interprètent quelques-unes des chansons de l’artiste parrain du festival. L’événement connaît beaucoup de succès. Forte de sa formation de chef de chœur et de ses études sur la voix des enfants, Danielle Vaillancourt, la conjointe d’Alan, décide de monter une petite chorale d’enfants pour rendre hommage au parrain ou à la marraine du festival. Cette initiative connaît elle aussi beaucoup de succès.

Quand on a chanté Gilles Vigneault en 1998, nous avons dû déménager l’événement à l’église de Grande Vallée, tant il était populaire. Plus de 500 personnes sont venues écouter 50 enfants chanter le répertoire du poète.

Chaque année, des enfants des villages avoisinants se rajoutent à la chorale. Lors du 20e anniversaire, où Richard Séguin et Luce Dufault parrainent l’événement, 150 enfants, provenant de villages allant de Sainte-Anne-des-Monts à Gaspé, un territoire de 300 km, participent au spectacle, ce qui provoque quelques remous.

On a vécu quelque chose d’assez flyé. Comme l’église ne contient que 500 places, nous avions limité à trois le nombre de billets par enfant, sachant qu’ainsi, nous n’aurions même pas de billets à vendre au public. Mais on n’avait pas prévu les familles à trois ou quatre parents. Les gens se sont mis à nous appeler, des pères de famille qui braillent au téléphone parce que l’ex-conjointe n’a pas gardé de billets pour eux…

Deux semaines avant le spectacle, les organisateurs décident de changer de salle et de faire le spectacle à l’église de Cloridorme, un village voisin, parce qu’elle peut contenir 1 000 personnes. Le concept connaît tant de succès qu’Alan doit maintenant limiter le nombre d’enfants participants.

Plus de 250 enfants ont participé à l’hommage à Charlebois. Ça n’avait pas de bon sens, c’était un mur d’enfants. Maintenant, on le fait à 200 enfants, on a réduit le nombre de jeunes.

Depuis plus de 15 ans, Alan et son équipe enseignent le répertoire d’un artiste québécois à des dizaines d’enfants. Ainsi, on estime que plus de 1 300 jeunes ont vécu la Petite école de la chanson.

L’organisation de l’événement fait appel à une logistique imposante. Il faut prévoir le travail d’une centaine de bénévoles et des coûts de transport d’environ 7 000 $.

Ça coûte 7 000 $ de transport pour réunir les enfants trois fois. C’est fou, mais ça crée du bonheur… Avez-vous pensé à l’héritage que nous sommes en train de léguer à ces enfants? Nous savons tous que ça nous rattrape, ce qu’on apprend quand on est jeune, le plaisir que l’on éprouve. En plus, notre action se situe dans le secteur le plus pauvre de la région, soit le nord de la Gaspésie.

En 2002, lors du 20e anniversaire du Festival, l’école de Grande-Vallée gagne le premier prix national du concours Essor du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec pour le projet La Petite école de la chanson. En 2007, La Petite École de la chanson reçoit le prix RIDEAU PARTENARIAT, pour son projet soulignant ses 15 ans d’existence. Ce prix, octroyé par le Réseau indépendant des diffuseurs d’événements artistiques unis, honore les diffuseurs et les artisans qui usent d’originalité et de créativité pour développer les arts de la scène et stimuler le public. Pour Alan et son équipe, cela constitue une grande réussite en plus de leur offrir une reconnaissance à l’échelle provinciale. De plus, il s’inscrit parfaitement dans la ligne directrice des actions du Village en chanson : faire participer les jeunes à la vie culturelle de leur milieu.

Alan constate avec beaucoup de joie que les actions entreprises durant les dernières années font des petits. L’école de Rivière-au-Renard, un village voisin, a également remporté le prix ESSOR du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport.

Trois prix nationaux gagnés en cinq ans en Gaspésie, c’est beaucoup. Pour les enfants qui sont là-dedans, c’est beaucoup aussi. Les enfants de Rivière-au-Renard ont aussi participé à nos projets. Nous commençons à voir les retombées de nos actions. Steve Boulay, celui qui a produit ce projet-là, je l’avais dirigé lorsqu’il faisait du théâtre avec moi au Cégep de Gaspé.

Le Grand 8 franco-québécois

Le dernier-né des projets du Village en chanson est le Grand 8 franco-québécois. Ce projet de passerelle artistique a vu le jour en 2002 et donne la chance à huit jeunes artistes émergents de vivre ensemble une résidence de création sur les deux territoires. En collaboration avec le concours ma Première Place des Arts (dirigé par la SACEF, le Coup de cœur francophone et la région Rhône-Alpes), le Festival en chanson de Petite-Vallée donne des ailes aux jeunes artistes pour qu’ils volent bien plus loin que leur port d’attache.

Ainsi, s’il est surtout connu pour son Festival en chanson, le village de Petite-Vallée mérite le titre de Village en chanson. L’ensemble de ses activités permet aux habitants de la région d’avoir une vie culturelle riche et de rayonner au-delà de la Gaspésie. Alan mise ainsi sur une ressource renouvelable à l’infini : la créativité humaine.

Un diffuseur passionné

Parallèlement à ses activités entourant la chanson, Alan Côté poursuit des activités de diffuseur professionnel. Le Théâtre de la Vieille Forge, membre du Regroupement des organisateurs de salles de l’Est du Québec (ROSEQ), produit et présente une quarantaine de spectacles par année.

Former et préparer son public

Lorsqu’Alan Côté décide de devenir diffuseur de spectacles, sa préoccupation première est l’accès des jeunes à un théâtre de qualité.

Même si j’avais connu des difficultés familiales, j’avais aimé être adolescent en Gaspésie parce que j’étais impliqué dans le théâtre et les spectacles de variétés. C’est probablement ça qui m’a donné le goût de faire tout ce que j’ai fait.

Très vite, Alan Côté constate des problèmes régionaux en ce qui concerne la diffusion et se trouve en désaccord avec les pratiques de ses collègues diffuseurs concernant les spectacles jeune public. Les seules productions qu’ils présentent se déroulent en soirée et sont payantes de sorte que seuls les enfants de parents riches en bénéficient. En fait, Alan réalise qu’une génération complète d’enfants n’ont jamais assisté à un spectacle de leur vie.

Des jeunes de douze ans n’avaient jamais vu un spectacle à l’école! Je me suis dit que ça ne marcherait pas de même, que je me servirais de mon organisation pour faire quelque chose, en passant par les écoles.

Pour Alan, il est indéniable que, même si les écoles gaspésiennes se vident lentement à cause de l’exode que connaît la région, les enfants ont droit à la culture. Pour pallier ce manque, il prépare des présentations de pièces de théâtre dans les écoles. Grâce à la structure de son organisation, Alan assume bien souvent 80 % de l’ensemble des coûts (cachets, accueil, technicien, etc.), ne demandant aux écoles que ce qu’elles peuvent fournir. Il fait lui-même toutes les démarches et les demandes de subventions.

J’ai toujours le même réflexe : quand je n’ai pas d’argent, je m’organise pour en trouver et faire encore plus d’activités.

Après la victoire de Daniel Boucher au Festival en chanson et le succès de son spectacle et de son premier album « Dix mille matins », Alan et ses amis diffuseurs du Réseau organisateur de spectacles de l’Est du Québec (ROSEQ), décident de présenter en primeur le nouveau spectacle qui suit de près le lancement du second album de l’artiste, « La Patente». Cependant, ce deuxième album du jeune chanteur et son spectacle ne connaissent pas le succès escompté.

Je ne voulais absolument pas présenter de spectacles dans une salle vide. Quand j’ai vu qu’on allait se péter la gueule parce que les billets ne se vendaient pas, je suis allé proposer aux écoles de leur vendre les billets à 5 $ au lieu de 15 $ pour les adolescents, à la condition qu’ils acceptent que je vienne faire des ateliers pour les jeunes. Ils ont dit « Hein, tu nous demandes moins, puis tu nous donnes des ateliers en plus ?» Oui, parce que je voulais profiter de cette occasion pour travailler avec les jeunes.

Aidé de son adjointe, Alan a fait la tournée des écoles pour parler des origines de Daniel Boucher et de ses influences musicales aux élèves qui voulaient venir au show. Ensemble, ils ont préparé des ateliers durant lesquels les jeunes étaient invités à jouer à un Scrabble où les seuls mots permis étaient ceux qui appartiennent au langage de l’artiste, abordant ainsi les néologismes, des québécismes du chanteur et la composition de la chanson.

On a allumé complètement ces jeunes-là. Au spectacle, la salle était complètement emballée, pleine de jeunes qui ont vécu un moment extraordinaire!

Donner l’envol aux débutants

Quand Alan programme une production, il fait en sorte que ses salles seront pleines de spectateurs enthousiastes et que ses artistes ne se présenteront pas devant un public désintéressé. Avec le temps, par la diffusion et par la programmation estivale qu’il fait, il éduque un public. Pour les jeunes artistes, il est devenu une espèce d’éclaireur.

J’ai peut-être de l’argent en moins, mais la salle va être pleine. Je vais avoir préparé 300 personnes qui peut-être ne seraient pas venues autrement, mais qui sont là parce que je vais avoir été leur parler. Dans une expérience comme celle-là, je me dis que j’ai investi 4 000 $ et non pas que j’ai perdu 4 000 $. Je me bats souvent avec mes collègues diffuseurs, dans les réseaux. Je suis une « bébite » qui a plusieurs têtes : je suis du bord des artistes et je suis sur le bord des diffuseurs.

Alan refuse d’être comme les diffuseurs de spectacles qu’il nomme les gestionnaires de garage, ceux qui louent leurs salles et qui ne pensent qu’à faire de l’argent. Pour eux, c’est le chiffre en bas de la colonne qui compte. Pour Alan, ce qui compte, c’est « ce qui s’est passé pour vrai ».

Je fais partie du jury d’un groupe de diffuseurs, qui reçoit environ 400 demandes annuellement. Une année, je vois parmi les demandes, une lettre d’une troupe de jeunes acteurs. Il n’y a que quatre photos et une lettre passionnée. Je convaincs mon jury d’encourager ce groupe-là parce que je sens qu’il y a quelque chose. Si on risque de connaître un échec, on a une chance que ce soit formidable. Finalement, le spectacle s’est révélé extraordinaire. Toutes les salles des diffuseurs ont pris le show. Ainsi, le spectacle a pris son envol. Après leur tournée gaspésienne, les jeunes sont allés au Mexique, en Ontario. Dans leur présentation, ces artistes n’avaient pas un dossier aussi complet que les autres, mais dans le processus créatif, ils étaient rendus loin, pour être capables d’exprimer un projet si clair en quelques phrases. Tu sais, ça tient à ça la création. C’est ça qui me passionne.

Accueillir ses artistes

En toute occasion, l’accueil des artistes est primordial, ce qu’Alan dit avoir appris de Denise, sa mère, l’hospitalité incarnée. À Petite-Vallée, les artistes sont accueillis par Denise à l’auberge alors qu’Alan les accompagne avant le spectacle. Il leur offre du saumon fumé qu’un chef cuisinier à la retraite lui prépare. Ce saumon, préparé avec une recette que le chef gaspésien a élaborée, est mariné dans le rhum caramélisé.

Gilles Vigneault dit que c’est le meilleur saumon fumé qu’il y a au Québec. Réalisez-vous que pour environ 20 à 30 $ supplémentaire par show, je m’assure que le bonheur va être là. C’est pas compliqué, si tu arrives, que tu as une face de bœuf, que tu ne prévois rien dans les loges, tu mets tout en place pour que le show ne soit pas bon. Trente dollars pour le bonheur, c’est fantastique!

Même simple, une telle valeur est difficile à inculquer et à transmettre surtout lorsque l’organisation grossit. Alan assure que la qualité d’accueil se maintient au café, mais affirme qu’il faut veiller au grain pour que tous les employés en fassent une priorité, même la nouvelle employée qui déchire les billets à l’entrée.

La diffusion constitue pour Alan un excellent moyen de poursuivre ses idéaux : donner un coup de pouce à la relève, éduquer un public et permettre au plus grand nombre – même et surtout les plus démunis – de connaître la grâce par la culture.

Un événement catalyseur – Attention, quatre chasseurs

À travers ses différents projets, Alan poursuit ses démarches théâtrales. Chaque année, il présente au Théâtre de la Vieille Forge autant des pièces d’amateurs que des productions professionnelles. Tout comme le Festival en chanson, l’aspect théâtral du village se développe bien et connaît du succès, même pour les productions d’amateurs.

Mon frère Simon, le comptable, a écrit en collaboration avec son ami, directeur de Palais de Justice à la retraite, une pièce de théâtre portant sur les expéditions de chasse à l’orignal. Inspirés des cassettes que leurs chums de gars enregistraient lors de leur semaine de chasse, ils ont écrit des sketches avec des chansons et des monologues que j’ai édités par la suite.

Comme la pièce connaît un gros succès local, Alan, membre du ROSEQ, Regroupement des organisateurs de salles de l’Est du Québec, désire diffuser la pièce dans la région. Ses collègues diffuseurs refusent, craignant de semer la bisbille parmi les troupes de théâtre d’amateurs de leurs communautés. Alan et son frère Simon, coauteur et comédien de la pièce, convainquent le directeur de la salle de spectacle de Sept-Îles, qui est le conjoint de leur cousine, de leur louer la salle pour 4 000 $. Il risque gros.

Ça nous coûte une beurrée pour amener le décor, les gars, les voitures, en bateau jusqu’à Sept-Îles. Finalement, 450 personnes assistent au spectacle par la seule publicité sur la thématique. Un an plus tard, ils jouent à guichet fermé dans une salle qui contient 870 places.

Le succès de la pièce ne se dément pas. Toutes les salles de la région réclament la pièce chaque année. À l’été 2006, le Théâtre de la Dame Blanche, situé dans le parc de la Chute-Montmorency accueille la pièce pour dix représentations. À la suite du succès de cette première présentation dans les grands centres, le Théâtre de la Dame Blanche leur propose de jouer 32 représentations en 2007.

Ça fait six ans que les comédiens jouent la pièce et ils sont rendus au-delà de 30 000 spectateurs. Ils ont joué 15 soirs à Percé, à guichet fermé. À Amqui, la semaine dernière, ils ont joué salle comble alors que André Philippe Gagnon et Jean-Marc Parent, des humoristes très populaires, n’ont pas rempli la salle. Imaginez-vous que présentement c’est en train de devenir un succès comme Broue. Peut-être que ça ne le sera pas à Montréal, mais ça va l’être partout ailleurs. (Voir l’annexe 9.)

Cependant, ce succès inattendu apporte son lot d’embûches. Les comédiens, amateurs et bénévoles, de la pièce intitulée Attention, quatre chasseurs, voient les profits que fait le théâtre avec leur production. Ils réclament alors un salaire ainsi que la propriété de la production. D’intenses confrontations s’engagent entre Alan et ses comédiens-bénévoles.

Je leur ai expliqué qu’ils bénéficient d’une expertise de 20 ans. Pour cette production, j’avais demandé à mon amie Anne Plamondon, qui est directrice technique présentement à l’Espace libre et qui avait été directrice de production au Rideau Vert, de leur donner de la formation sur l’éclairage. De même, c’est André Rioux qui était l’éclairagiste du grand théâtre du Bic qui est venu les former. Après beaucoup de confrontation, j’ai fini par convaincre les gars de signer un contrat stipulant que le Village en chanson est le producteur. Quand ils ont accepté d’être bénévoles, c’était la politique de notre organisation. Le spectacle a pris une envergure qu’ils n’auraient jamais soupçonnée. Les comédiens-bénévoles, eux autres, ils ne voient pas tout le travail effectué, l’expertise, les relations publiques. Ce ne sont pas des professionnels.

Le théâtre, qui n’avait jamais fait de profit avec son théâtre d’amateurs, se dote d’une politique pour éviter d’autres discussions corsées et les conflits éventuels en cas de succès.

Ce ne sont pas les seuls problèmes que provoque le succès de la pièce Attention, quatre chasseurs. Un article fort élogieux sur la pièce publié dans le journal Le Soleil (voir l’annexe 9) provoque une plainte d’une troupe de théâtre professionnel à Québec à l’Union des artistes (UDA). Cette troupe réclame que le Village en chanson paie des droits à l’UDA parce que la pièce leur fait concurrence.

J’étais en furie. Moi, je suis membre de l’UDA, je paie mes redevances. Ce n’est pas en payant une cotisation que mes comédiens vont devenir professionnels. Ça n’a pas de maudit bon sens. Ces gars-là n’ont pas étudié en théâtre. C’est un théâtre amateur qui fait vivre une communauté. Chez nous, tous les revenus gagnés par des bénévoles sont comptabilisés comme des dons. C’est aussi ce qui fait vivre notre organisation!

À la suite de cette plainte, les comédiens de cette production deviendront membres de l’UDA dès qu’ils auront accumulé les permis nécessaires.

Alan – le directeur général et artistique

L’unification des forces

Même si différents acteurs du milieu, notamment les organismes subventionnaires, aimeraient bien démêler toutes les activités qui émanent de Petite-Vallée, Alan considère qu’il faut parler du Village en chanson dans sa globalité, pas seulement du festival ou du camp, puisqu’il n’y a qu’une seule structure et qu’un seul budget pour l’ensemble des activités.

Ça ne se pourrait pas un festival tout seul. Tout se tient. C’est ça qui fait notre force et c’est ça, en même temps, que le gouvernement voudrait qu’on soit capable d’identifier… C’est ça qui nous permet d’avoir des employés qui travaillent sur différents plans, parce qu’on a tout ça ensemble.

En fait, Alan Côté a travaillé fort pour que toutes les activités soient réunies sous une même dénomination. Huit ans de négociation ont été nécessaires pour convaincre les deux entités qu’étaient le Festival de la Parenté de Petite-Vallée et la Corporation du Café de la Vieille Forge de s’unir. Cette fusion permettra à chacune des activités de prendre son envol.
C’est grâce à la fusion en 1998 qu’on a pu commencer à obtenir des sommes intéressantes. En 1998, notre budget était de 350 000 $ pour les deux, le festival, puis le café, alors qu’en 2006, on a un budget de 1 250 000 $.

Dans ce contexte, seule l’union de force permet de produire un festival d’envergure nationale, une programmation annuelle de spectacles, dont 60 soirées durant l’été, mettant en vedette le théâtre et la chanson.

Si on a un intérêt à parler de ce qu’on fait, il faut parler de l’ensemble. Parce que ce qu’on fait là-bas ça ne se peut pas. Si toutes nos activités avaient des structures séparées, on n’aurait jamais réussi à obtenir tout ce que nous avons reçu en termes de subventions. Jamais je n’aurais été capable de payer mes sept employés pendant dix mois juste avec le théâtre. J’arrive à les payer parce qu’on fait du théâtre, des spectacles l’automne, 60 soirées durant l’été, la tournée avec ma gang de chanteurs, le camp en chanson. Et mes techniciens, je les mets en chômage deux mois par année lorsque le théâtre est vraiment fermé. Jamais le Festival en chanson ne serait rendu là non plus.

Si les salles sont pleines, c’est aussi grâce à la réputation du café, qui attire des gens sur un territoire de 300 kilomètres, de Gaspé à Sainte-Anne-des-Monts.

L’administratif au service de l’artistique

Alan Côté a assumé de nombreux rôles au sein de l’organisation. Ce comédien auteur-compositeur-interprète s’est improvisé au fil du temps capitaine d’un immense navire, d’abord en devenant metteur en scène pour le Théâtre de la Vieille Forge.

C’est avec mon ami Michel Asselin, qui connaissait bien le théâtre, que j’ai monté la première pièce au café, puis la suivante. On avait un plaisir fou et beaucoup de succès. Quand il a quitté le village, c’est moi qui ai pris sa relève.

Par la suite, c’est presque par obligation, voire même abnégation, qu’Alan Côté devient directeur général et artistique du Village en chanson.

Quand on a fait la fusion des deux organisations, je me suis rendu compte que je n’avais pas le choix de prendre le rôle de la direction générale, même si ça ne m’intéressait pas. J’étais un artiste et c’était ça que je voulais. Je me suis très vite rendu compte que si je voulais que mes idées passent, je n’avais pas le choix d’assumer la direction artistique et la direction générale, pour que ce soit l’artistique qui soit le moteur des activités, et que l’administrateur soit à son service. L’administratif s’organise pour que l’artistique passe.

Le pèlerin des recherches de fonds

À la suite de ses prédécesseurs, Alan trouve toujours les fonds nécessaires pour produire ses activités, et supplée, bien souvent, aux manques d’argent par la production d’activités populaires et lucratives grâce à la dynamique communautaire du village.

Chez nous, le gouvernement municipal est, dans les faits, quasi inexistant : nous sommes 199 habi-tants au village. Nous l’avons remplacé en finançant nos activités nous autres mêmes, comme les gens du village l’ont toujours fait. À l’époque, c’était les musiciens bénévoles qui organisaient des soirées dansantes pour financer leur équipe de hockey. Pour moi, les revenus du théâtre, ça permet de faire d’autres activités au village.

De la même manière, les profits que génèrent les activités populaires viennent compenser pour les projets déficitaires. Les soirées thématiques Au tour de et la tournée de la pièce Attention, quatre chasseurs ont généré 200 000 $ de revenus, permettant de soutenir d’autres activités importantes pour la région. Ainsi, sans cette structure unique, le camp chanson ne serait pas possible.

Le camp, depuis qu’on l’a installé, est déficitaire. On a assumé qu’il le serait. Ce camp-là, ne serait pas possible sans la structure que nous avons en ce moment pour le Village en chanson : Musicaction, la SODEC et Tourisme Québec nous soutiennent pour le festival alors que le ministère de la Culture et des communications du Québec et Patrimoine Canada nous soutiennent comme diffuseur pour la programmation artistique de toute l’année de même que pour la présentation de spectacles émergents qu’on veut faire découvrir dans le cadre du festival.

Alan repart sans cesse, avec son bâton de pèlerin, frapper aux portes des gouvernements pour obtenir plus d’argent, brandissant au besoin des promesses électorales non tenues. Il doit parfois faire preuve d’ingéniosité dans ses demandes et user de sa force de conviction quand le Village ne correspond pas exactement aux critères des organismes subventionnaires. En fait foi cet épisode où Alan Côté soumet la candidature du Village en chanson au programme des événements nationaux.

J’appelle au Conseil des Arts et des lettres du Québec et je parle à Céline Thibault qui est la fonctionnaire à l’époque. Je lui explique que j’aimerais ça faire une demande pour les événements nationaux. Elle est estomaquée. Elle me dit : « Hein! Petite-Vallée c’est gros comment? Quoi? Vous pensez pouvoir présenter une demande, ça n’a pas de bon sens! » Et là, je tente de lui expliquer l’envergure de notre festival.

Alan l’incite à venir assister au Festival en chanson, où elle et sa collègue tombent sous le charme de l’événement, acceptant tout de go que ce dernier soit considéré comme un événement national. À ce moment, Alan Côté fait un constat qui sera essentiel pour l’ensemble de sa démarche.

J’ai appris que, entre le dire et le vivre, il existe une différence énorme. Quand les gens débarquent au village et qu’ils vivent le festival, ils en sont renversés. La magie et la chimie s’opèrent. C’est de cette manière que nous avons eu notre subvention de la SODEC qui a été notre première reconnaissance nationale concernant le financement. Habituellement, il fallait toujours faire des demandes régionales. Or, entre vous et moi, la Gaspésie n’avait pas une cenne pour ça à l’époque!

Des ressources naturelles inouïes

Si la région se trouve fort démunie sur les plans économiques, elle recèle d’individus débrouillards aux talents indéniables qui permettent à Alan Côté de mener à bien ses projets. C’est de la ressource humaine qu’il tire sa plus grande richesse.

Les membres de la famille

Alan Côté trouve d’abord ses ressources pour gérer le festival parmi les membres de sa famille. Son cousin Joël s’occupe de l’aspect administratif de l’organisation et de la gestion des affaires quotidiennes alors que son frère Simon, comptable à Grande-Vallée, s’occupe de la gestion et de la stratégie, des projets à long terme et des commandites.

C’est mon frère, le comptable, qui me confronte le plus. Il me trouve « vraiment fou des bouttes ». Quand on est seuls, on se pogne comme deux frères, ça brasse. Heureusement qu’en public, c’est mon meilleur soutien!

Sa mère, Denise, accueille les artistes à l’auberge, et sa conjointe, Danielle, est de toutes les activités artistiques, dirigeant les chœurs, harmonisant les chansons. De plus, sa sœur, Fanny, aubergiste, travaille au café en plus d’être fière membre des Chanteurs du village.

Une adjointe formidable

Pour l’aider dans toutes ses tâches, Alan Côté peut compter sur les services d’une adjointe aux talents multiples, formée en communication, en scénographie et en enseignement et ayant œuvré dans le milieu des arts visuels avant de s’installer au village.

La vie m’a gâté, j’ai une adjointe extraordinaire, une scénographe qui n’en pouvait plus d’être en ville et qui est tombée en amour avec un gars du village. Quelle heureuse nouvelle quand elle a accepté mon offre d’emploi!

Un conseil d’administration impliqué

Alan Côté peut également compter sur un conseil d’administration formé de bénévoles très impliqués au village, ayant touché de près ou de loin aux arts (voir l’annexe 3).

D’abord une présidente de conseil, connaissant tant les arts que les finances, et qui se révèle une excellente conseillère financière : cette enseignante à la retraite, ancienne professeure de danse folklorique d’Alan, est très impliquée dans le mouvement Desjardins au niveau national, s’occupant des questions stratégiques. Siègent également au conseil, un directeur d’école, qui chante avec les Chanteurs du village, deux enseignants nouvellement installés à Grande-Vallée, un restaurateur de Grande-Vallée, la directrice générale de la Chambre de Commerce de Gaspé ainsi qu’un agent d’assurance. Ce dernier, Arthur Fournier, a mené une double carrière : tout en gagnant sa vie comme assureur, il dirigeait un orchestre au village et louait des équipements de son et d’éclairage dans la région. Les trois enfants de monsieur Fournier travaillent également dans le domaine artistique et contribuent grandement à l’essor du Village en chanson.

Le chef d’orchestre du festival s’appelle Jean-Sébastien Fournier (Ti-Basse), c’est le fils d’Arthur. Il travaille aussi avec Michel Rivard et fait beaucoup à la télévision. L’aîné, Stéphane, est ingénieur et dirige la plus importante entreprise de son et d’éclairage en Gaspésie. Avec une grande expertise, c’est un sonorisateur extraordinaire pour nos activités. La plus jeune, Marie-Pierre Fournier chante, accompagnant actuellement Ariane Moffat en spectacle ainsi que Michel Faubert. C’est la relève montante à Montréal. Elle a bien sûr participé au Festival en chanson.

Une grande confiance règne entre les membres du conseil d’administration et Alan Côté. Comme il mène de main de maître les activités du village depuis plusieurs années et qu’il cumule les succès et les réussites, ceux-ci croient en sa vision. Le conseil le suit aussi dans sa grande aventure de campagne de financement majeure.

La relation avec mon conseil, c’est la haute confiance. Les membres croient en mes idées. C’est sûr qu’ils me trouvent flyé à certains moments parce que je leur fais prendre des gros risques, mais ils me suivent, me soutiennent…

On ne peut qu’être d’accord avec Alan Côté quand il affirme : « C’est extraordinaire, un village qui regorge d’aussi bonnes ressources, y avez-vous pensé? ».

Alan l’artiste

Le gars de chanson

S’il est maintenant connu pour ses talents d’organisateur hors pair et de chef de file, Alan Côté se considère avant tout comme un artiste.

C’est d’abord par la chanson qu’il se lie aux arts. Dès l’adolescence, pour trouver sa voie, il s’initie à la guitare, compose ses premières chansons et s’abreuve des artistes québécois qu’il admire, comme Gilles Vigneault, Félix Leclerc et Paul Piché. Dès ses premières écritures, il a une intuition qui sera son fil conducteur tout au long de sa carrière.

Tout de suite, j’ai senti que je devais écrire des histoires proches de moi. L’une de mes premières chansons portait sur un type qui prêtait l’oreille à un coquillage. Ça parlait de l’importance du lieu d’où l’on vient. En fait, j’ai compris, à écouter les autres, qu’il fallait que j’écrive à propos de thèmes proches de moi.

Cette première intuition se révèle bonne puisque c’est cet aspect de ses chansons qui fera son originalité, qui le démarquera des autres. Le parcours de la chanson La grande chaise de mon grand-père, qui raconte comment toutes les relations amoureuses de la famille ont débuté dans la chaise à deux places fabriquée par le grand-père, en constitue un vibrant exemple.

J’avais présenté cette chanson lorsque j’avais 17 ans lors du passage d’une chorale de Belgique à Grande-Vallée. Je l’ai retrouvée en 2004, lors d’un spectacle à Charleroi où une chorale interprétait une petite suite québécoise accompagnée d’un orchestre symphonique. J’ai sauté sur ma chaise quand j’ai entendu La grande chaise de mon grand-père. Après le spectacle, je suis allé voir le chef de chœur qui se rappelait d’un garçon, qui leur avait chanté une chanson extraordinaire. À ce moment précis, il me chante ma chanson.

L’année suivante, la chorale invite Alan aux célébrations entourant le 50e anniversaire de sa création; il se produit encore un événement fort touchant.

Ils m’apportent le texte manuscrit avec ma mauvaise main d’écriture, plein de fautes et me demandent l’air du couplet. Comme je l’ai oublié, ma petite sœur leur chante et leur pianiste aveugle mémorise l’air.

C’est Sylvain Lelièvre puis Michel Rivard, qui, les premiers, vont écouter ses chansons et le conseiller. Par la suite, Alan demande conseil aux artistes en qui il a confiance et qui passent par le village.

J’étais audacieux. J’étais capable de chanter mes premières « tounes » mauvaises à ce monde-là, les Séguin, les Rivard. Je n’avais pas beaucoup de pudeur. En fait, j’en avais, mais je m’essayais quand même.

Plus tard, lorsqu’Alan Côté fera du théâtre, être auteur-compositeur-interprète demeurera une constance dans sa vie, comme la trame de fond de celle-ci. Au fil des ans, il a composé plus d’une centaine de chansons dont une vingtaine sont toujours actives.

La chanson revêt un caractère vital pour Alan Côté parce qu’elle lui procure un plaisir nécessaire à sa vie, à son quotidien.

J’ai tout le temps écrit des chansons. Ça m’a gardé en vie dans les moments de spleen et de doute. L’écriture de chansons me permet d’atteindre une espèce d’extase difficilement atteinte autrement et me fait flotter pendant une semaine, deux semaines. Elle me procure le même sentiment d’exaltation que la lecture d’un bon roman ou l’écoute d’un nouveau disque.

En bout de piste, l’écriture qui le guidait dans sa recherche identitaire devient le fil conducteur de sa destinée.

Maintenant, j’ai trouvé une façon d’être plus universel, tout en parlant du quotidien, en plongeant profondément dans cette direction. J’écris des chansons pour tout le monde à partir de mes préoccupations quotidiennes, comme celle qui raconte la première fois que j’ai vu une personne noire de ma vie, que Michel Rivard a mis en musique, ou encore celle que je compose en ce moment à propos du phénomène de télé-réalité et qui s’intitule Les oubliés du dimanche.

Cette extase qui l’anime depuis l’adolescence et qui lui donne l’envie de poursuivre toutes ses activités, il cherche principalement à la transmettre, pour que tous puissent avoir des chansons à la fois moteur et bonheur, comme il l’a exprimé dans sa chanson Chanter plus fort que la mer : « Les cordes vocales comme des amarres, Au quai du cœur qui chante encore / Des guitares neuves et des chansons / Comme des bouées pour les saisons ».

Le gars de théâtre

Parallèlement à la musique, le théâtre joue un rôle important dans le parcours d’Alan, et ce, dès la petite enfance.

Le théâtre est arrivé tôt dans ma vie, avec mon grand-père qui me faisait réciter des sketches. C’est en 1984, quand on a ouvert le café, que j’ai vraiment commencé à jouer, et, deux ans plus tard, à faire de la mise en scène. Depuis, j’en ai fait tous les ans. Dès le début, j’ai fait des adaptations et j’ai écrit des petites pièces pour les adolescents parce que j’avais tout de suite la préoccupation qu’il fallait s’occuper de la relève.

Il s’impliquera auprès des adolescents de l’école secondaire de Grande-Vallée et des étudiants du Cégep de Gaspé où il dirigera la troupe pendant près de huit ans. Cette préoccupation constante de la formation de la relève lui vient en grande partie de ces années, où à la polyvalente, il reproduit des monologues d’Yvon Deschamps et de Sol lors de différents spectacles.

C’est ce que j’ai hérité de l’école. J’avais tellement aimé ça, adolescent, mes années de danse folklo-rique, les spectacles qu’on montait, les autres qu’on organisait pour le comité religieux pour faire des fonds, pour pouvoir se promener. C’est ce qui me rendait heureux.

Le conteur

En fait, l’auteur-compositeur-interprète, le comédien, le metteur en scène poursuivent le même but : raconter des histoires.

J’aime raconter quelque chose, une histoire. Quand j’étudiais en théâtre, je n’étais pas très bon, ni très mauvais. J’étais un bon narrateur, disons. Tout ça se tient. Le gars qui compose ses chansons, c’est un conteur qui, au fond, raconte avec une guitare.

À la tête de sa flotte, Alan est devenu cet amiral, organisateur et rassembleur, qui raconte le village, la vie par ses chansons.

Le développement

Pour raconter des histoires, pour les faire vivre, pour les partager, pour qu’elles se perpétuent, des structures doivent exister au village et dans la région. Alan Côté s’affaire à doter son coin de pays d’outils durables.

Le théâtre professionnel en région

Alan croit profondément à l’encadrement professionnel des troupes de théâtre et des communautés en région. Pour lui, le théâtre ne doit pas venir de la ville à la région, mais se développer à l’intérieur de cette dernière. Les efforts doivent être mis pour développer tant les artistes amateurs que le public. Il s’oppose farouchement à l’octroi de fonds à des troupes d’amateurs, prônant les subventions données à des professionnels pour encadrer une troupe.

Combien de comédiens qui servent dans des bars à Montréal n’aimeraient pas mieux que d’aller passer trois mois en région à travailler avec une troupe de théâtre amateur qui monte un spectacle? Ces comédiens permettraient d’améliorer le jeu, les présentations des pièces, le public. Avec une amélioration du public, on va être capable d’être plus audacieux et de faire venir du théâtre de création, puis on va avoir un public très formé au fil des années. Mais on ne peut pas le former avec une pièce par année qui vient de Montréal, c’est impossible.

Alan est d’avis que c’est un devoir du Conseil des Arts et des Lettres du Québec (CALQ) que d’agir en ce sens. Il avait, à la fin des années 1990, presque convaincu des fonctionnaires du CALQ de lui avancer des fonds pour faire des interventions.

Lors de consultations publiques, j’avais conté ça à Jacques Parizeau dans la courte période où il a été ministre de la Culture. Les membres du CALQ étaient prêts à me donner des sous pour faire mes interventions, mais on n’avait pas signé, puis il y a eu un changement de gouvernement, puis là tout a été bloqué. J’étais découragé et j’ai relâché, mais la guerre n’est pas finie. Ça, j’y crois beaucoup.

Une campagne de financement majeure

Alan Côté désire également rentabiliser les activités déficitaires du Village en chanson. Démarrée en janvier 2006, la campagne de financement majeure tente d’amasser 800 000 $, une somme colossale si on considère le bassin de population.

J’ai un conseil d’administration qui est solide et qui a même embarqué dans une folie : ramasser 800 000 $ à partir d’une région où 3 000 personnes sont réparties sur 100 kilomètres!

Convaincu par un ami, directeur de la fondation de l’hôpital de Gaspé, du potentiel philanthropique de son organisation, Alan Côté persuade à son tour une firme spécialisée dans les campagnes de financement d’embarquer avec lui dans cette aventure.

Le spécialiste de la philanthropie, Jean-Robert Nolet, de la firme, Bolduc, Nolet, Primeau et associés, arrive au village lors de la journée de corvée de bénévoles. Tous mes employés et de nombreux villageois font, de manière bénévole, le grand ménage du théâtre. Nous ne pourrions procéder autrement pour nettoyer la place : ça nous coûterait trop cher. Monsieur Nolet peut observer l’important nombre de bénévoles et la générosité de ces derniers. De plus, il assiste, le soir venu, au Rendez-vous chantant de la Petite école de la chanson. Ce même jour, plus de 200 enfants sont réunis pour répéter le spectacle Hommage à Jim Corcoran.

Absolument ravi de ce qu’il constate, l’agent persuade Alan d’amasser, non pas 200 000 $, mais bien 800 000 $.

Cette idée de campagne de financement survient à la suite de diverses constatations d’Alan concernant l’accès à la culture dans la région, notamment dans ses projets de diffusion de spectacles dans les écoles.

La formule actuelle où Alan, en tant que diffuseur, présente des spectacles dans les écoles, n’exigeant que 5 $ par enfant à l’école, ne lui convient pas. En effet, si l’école paie 3 $ par enfant, les enfants doivent débourser 2 $ chacun, ce que certains ne peuvent pas fournir. Alan, scandalisé, considère que les enfants n’ont pas à être pénalisés pour les choix des parents.

 Je me suis dit que s’il y a des enfants qui n’ont pas les moyens de se payer ça, non seulement je vais leur offrir gratuitement, mais je vais trouver l’argent. Je veux que ma campagne de financement me permette de leur donner encore plus de spectacles qui seront tous gratuits. En plus, je ne demanderai plus d’argent aux commissions scolaires, seulement le coût du transport. Je vais leur dire : amenez-moi vos jeunes plus souvent!

De la même manière, la structure actuelle du camp en chanson lui cause certains problèmes de conscience qu’il compte résoudre avec l’argent amassé par la campagne.
Le camp m’énervait parce que je trouvais qu’il n’était pas démocratique. C’est un camp spécialisé, ça coûte cher y aller. Comme on n’est pas subventionné, je dois demander aux participants un minimum de 525 $ par semaine. Avec la subvention de cette année, de 20 000 $, ça n’a pas grande incidence, ça va juste nous permettre de ne pas être à perte.

Pour Alan, les résultats de la campagne permettront aussi d’aider à solidifier des projets populaires.

Avec la campagne de financement, nous allons amasser de l’argent pour pérenniser la Petite école de la chanson, de ces 200 enfants qui chantent. Je veux donner des ailes à ça.

Tous ces projets serviront la cause chère à Alan : propager le plaisir de chanter, transmettre aux jeunes cette joie que procure la culture.

Un individu et un monde meilleur

Travaillant sans cesse, Alan Côté regarde toujours vers l’avant, préparant un projet, développant une idée.

Mon conseil d’administration a vite compris que je n’allais jamais m’asseoir sur mes lauriers. Laisser aller les choses qui vont bien, très peu pour moi. J’aime les défis. Comme on est à l’autre bout du monde, on doit être les meilleurs. Si on ne trouve pas des idées innovatrices, rien n’arrivera.

C’est ainsi qu’il avait pensé le festival en chanson après son passage au festival international de la chanson de Granby : il faut se différencier non pas en ayant la prétention d’être une porte sur l’industrie, mais un coffre d’outils pour les jeunes. Avec Sylvain Lelièvre, un grand collaborateur de l’époque, il avait décidé que le festival se concentrerait surtout sur le rapport à la création, faisant ainsi de leur éloignement une force vive du festival : le festival étant si éloigné des grands centres qu’il faut favoriser les rencontres entre les artistes, les créateurs.

Ce dont je serais le plus fier, c’est d’avoir réussi à organiser l’organique, d’avoir su mettre en place un cadre qui favorise vraiment les échanges, la vie et les explosions de la peur…

Alan Côté mènera sûrement encore son équipage pour quelques années puisque son défi est sans cesse à renouveler.

Mon défi, je dirais, mon plaisir, c’est d’être une meilleure personne et c’est en donnant que je deviens meilleur. Je veux aussi m’organiser pour que les gens deviennent meilleurs, que, dans le contact des uns aux autres, on devienne tous meilleurs à faire ce qu’on fait. Je veux que mon organisation soit meilleure, qu’elle évolue. Ce qui me motive, c’est l’évolution.

Pour l’instant, il poursuit sa lancée tant dans sa vie professionnelle que personnelle. En guise de vacances, il effectue en mars 2007 une tournée en France avec sa conjointe et ses deux filles : Danielle Vaillancourt  voix, guitare et percussions, Mathilde, 16 ans  voix et piano ainsi que Jeanne, 12 ans  voix et percussions. Ensemble, ils chantent l’héritage de chansons, d’une famille, d’un village, d’une région…

Est-ce un cri de joie ou de guerre?
Est-ce un enfant ou bien sa mère?
Est-ce l’amour qui sur la terre
Inventa le premier refrain?
Comptine, berceuse ou romance,
Chaque siècle s’y recommence
La chanson, c’est la voix immense
Qui parle au nom du cœur humain.

Gilles Vigneault, Entre musique et poésie

L'étude de cas complète
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  • États financiers – Résultats au 30 septembre 2005 Organigramme
  • Composition du Conseil d’administration
  • Planification stratégique 2005-2008
  • Parrains et marraines du Festival de la chanson depuis 1990
  • Lauréats du Festival en chanson de 1983 à 2006
  • Discographie du Festival en chanson
  • Dossier de presse – Chanter plus fort
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  1. L’Association québécoise de l’industrie du disque, du spectacle et de la vidéo (ADISQ) a été fondée en 1978 pour défendre les intérêts de ses membres et favoriser le développement de l’industrie de la musique au Québec. Elle organise annuellement un gala télévisuel visant à récompenser les artistes, artisans et professionnels de l’industrie québécoise de la musique lors duquel elle remet des prix FÉLIX, ainsi nommés en l’honneur de Félix Leclerc. (Source : http://www.adisq.com/doc/index.html)
  2. Les citations d’Alan Côté sont tirées d’une entrevue qu’il a accordée aux auteurs le 6 décembre 2006.
  3. Créé en 1979, le Réseau indépendant des diffuseurs d’événements artistiques unis (RIDEAU) compte 139 membres diffuseurs au Québec et hors Québec. Cette association nationale de diffuseurs de spectacles et d’événements travaille à l’essor et au rayonnement des arts de la scène au Québec et veille à la défense des intérêts de la diffusion des arts de la scène aux niveaux national, régional et individuel. La Bourse RIDEAU, qui constitue son principal événement, vise à appuyer les artistes en émergence, à favoriser les relations entre les producteurs et les diffuseurs d’événements artistiques et à encourager les activités de formations pour les diffuseurs. (Source : http://www.rideau-inc.qc.ca/)
  4. Les Cercles de Fermières constituent un organisme à but non lucratif et apolitique fondés en 1916 et regroupant les femmes tant du milieu rural qu’urbain. Les Cercles visent l’amélioration des conditions de vie de la femme et de la famille ainsi que la transmission du patrimoine culturel et artisanal. Bien qu’elle ait connu un déclin important à partir des années 1990, l’organisation compte aujourd’hui 700 Cercles, 25 Fédérations et 40 000 membres partout à travers la province. Si les Cercles ont été particulièrement actifs dans la défense des droits des femmes au Québec, notamment pour l’accès au Régime de rentes du Québec pour les femmes au foyer, ils sont surtout connus pour leur savoir-faire culinaire. Publiés pour une première fois en 1978, leurs livres de recettes obtiennent un vif succès depuis leurs débuts. Les quatre volumes de la série « Qu’est-ce qu’on mange? », publiés entre 1989 et 1998, totalisent à ce jour plus d’un million d’exemplaires vendus, un succès phénoménal au Québec. (Source : http://www.cfq.qc.ca/a_la_une/index.asp)
  5. Fusionné au département de psychiatrie de l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal en 1973, l’Institut Albert-Prévost a été ouvert en 1919, sous la forme d’un sanatorium, par le Docteur Albert Prévost pour traiter des malades souffrant « d’affection du système nerveux ». À partir de 1955, l’Institut s’oriente vers une vocation d’enseignement et de recherche universitaire où il joue, au plan académique, un rôle majeur dans l’enseignement de la psychiatrie au Québec. Recrutant de nombreux psychiatres partis se former à l’étranger, aux États-Unis et en France, l’Institut devint un lieu de formation majeur en clinique, se démarquant de la pratique asilaire encore largement répandue, par des réformes novatrices. Au lieu de se limiter à l’étude seule de la psychiatrie, l’Institut se tourne vers une approche multidisciplinaire moderne faisant largement appel à l’ensemble des professionnels de la santé (psychologues, travailleurs sociaux, ergothérapeutes, pharmaciens, etc.). Aujourd’hui, le département de psychiatrie offre des soins psychiatriques pour des patients de tous âges en lien avec leur famille et leur environnement.(Source : http://www.crhsc.umontreal.ca/pap/PAP_historique.html)
  6. Le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport du Québec, par le biais de l’Aide financière aux études, gère un Programme de prêts et bourses qui, pour favoriser l’accès aux études, attribue une aide financière adéquate aux personnes qui souhaitent de poursuivre à temps plein des études postsecondaires. Ce programme veille à ce que le manque de ressources financières ne constitue pas un obstacle pour les personnes qui désirent poursuivre des études et qui ont la volonté et la capacité de le faire. Ayant vu le jour en 1937 à la suite d’ententes conclues entre les gouvernements fédéral et provinciaux, le programme d’aide financière a pris de l’ampleur en 1966 au moment où la Loi sur les prêts et bourses aux étudiants est adoptée. En vertu de cette première loi québécoise portant sur l’aide financière aux études, le montant total de l’aide accordée comprend désormais une partie attribuée sous forme de prêt négociable dans un établissement financier et une autre partie attribuée sous forme de bourse. En 1966, 50 000 étudiants sont touchés par la nouvelle façon de faire et ils empruntent 26,2 M$ à 2 400 succursales d’établis¬sements financiers. Ce programme contribuera grandement à la hausse de la scolarisation de la population québécoise. Le programme a connu différentes réformes depuis sa formation, mais il continue à aider des milliers d’étudiants. En 2001-2002, 127 768 personnes bénéficient d’une aide financière totalisant 592,6 M$.(Source : http://www.afe.gouv.qc.ca/fr/pretsbourses/index.asp)
  7. Au Québec, le droit d’auteur est protégé par la Loi canadienne sur le droit d’auteur, révisée en 1988 et en 1997. Celle-ci interdit notamment de monter une pièce sans le consentement de l’auteur. En 1988, l’Assemblée nationale du Québec a adopté la Loi 78, qui oblige tout utilisateur/diffuseur d’une œuvre à signer une entente écrite avec l’auteur pour convenir des modalités d’utilisation. (Source : http://www.aqad.qc.ca/droitauteurlegislations.asp)
  8. L’Option-Théâtre du Collège Lionel-Groulx, situé à Sainte-Thérèse est une école de théâtre qui forme des professionnels de la scène depuis plus de trente ans, notamment par l’étude d’œuvres des auteurs de la dramaturgie mondiale. La formation consiste à impliquer les futurs artistes dans le processus d’une production théâtrale, ce qui amène les élèves à participer à de nombreux spectacles ou ateliers tout au long de leur parcours. Le Département de théâtre du Cégep Lionel-Groulx jouit d’une excellente réputation. (Source: http://www.clg.qc.ca/for/reg/guide/prog.php?idp=13)
  9. Créé en 1969, le Festival international de la chanson de Granby (FICG) est le premier festival de chanson à avoir vu le jour au Québec. Considéré comme le plus important concours de chanson au Canada, il a permis à de nombreux artistes de démarrer leur carrière. Parmi ceux-ci notons Jean Leloup, Dumas et Pierre Lapointe. Véritable porte sur l’industrie, il vise à permettre aux nouveaux interprètes et auteurs-compositeurs-interprètes de la chanson d’expression française d’être connus et de développer leurs talents. Il a largement contribué à diversifier et à soutenir la chanson francophone au Québec et au Canada. (Source : http://www.ficg.qc.ca/)
  10. Michel Rivard, Richard et Marie-Claire Séguin, Jim Corcoran sont des auteurs-compositeurs-interprètes connus et appréciés du grand public québécois