Quand le courant ne passe plus…

Centre de cas HEC Montréal
Ce cas porte sur la gestion des approvisionnements et le droit des affaires à travers la constatation d’une anomalie dans le transformateur utilisé par XCâble qui entraine une mésentente avec le fournisseur Transfo, des factures élevées et une mise en demeure. Les gestionnaires de XCâble doivent maintenant trouver une solution pour le transformateur, en plus de régler le conflit les opposant à Transfo en tenant compte des facteurs temps, coûts et qualité.
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Six1 mois après l’apparition des premiers problèmes avec le transformateur, plus précisément le 16 janvier, Robert Tremblay, directeur de l’usine XCâble, reçoit à son bureau la mise en demeure provenant du cabinet d’avocats M.B.B.L.P. Depuis l’an passé, l’entreprise se trouve dans une bien fâcheuse situation avec l’un de ses fournisseurs. Le fournisseur exige d’être payé pour du travail effectué sur le transformateur, mais l’appareil ne fonctionne toujours pas de façon normale.

L’entreprise

XCâble, une multinationale européenne, possède plusieurs usines en Amérique du Nord, dont une au Québec qui fabrique des câbles électriques à haute tension depuis plus de 30 ans. L’usine compte plusieurs clients de renom, comme Hydro-Québec. De plus, elle est considérée comme un leader dans la fabrication de câbles à haute tension en Amérique du Nord.

Le transformateur

Un transformateur est une composante électrique qui sert à modifier une tension alternative. Habituellement, il est non seulement constitué d’enroulements de fil, mais aussi d’un noyau fabriqué d’un matériau s’aimantant facilement afin de concentrer, à l’intérieur de la section des enroulements de fil, les lignes de champ magnétique. Il possède aussi une bobine solénoïdale qui constitue son enroulement primaire, tandis que la boucle conductrice qui l’entoure représente l’enroulement secondaire (voir l’annexe 1).

Les transformateurs servent à élever et à abaisser la tension d’alimentation d’un circuit. C’est donc avec un transformateur que XCâble vérifie la puissance des câbles qu’elle produit en fonction des spécifications de ses clients. Dans l’éventualité où le transformateur fait défaut, l’entreprise doit retarder la production et l’expédition de ses commandes, puisque les normes de l’industrie de l’électricité obligent XCâble à tester tous les câbles de façon minutieuse et métho­dique avant de les expédier.

XCâble a fait l’acquisition de son transformateur dans les années 1970. Aujourd’hui, si l’entre­prise voulait en acheter un comparable, elle estime qu’elle devrait investir autour de 60 000 $. La maintenance de ce transformateur est confiée à Transfo inc., une entreprise spécialisée en qui XCâble a confiance. Les dernières réparations effectuées sur l’appareil datent d’il y a trois ans et ont coûté 18 821 $.

Le déroulement des réparations

Les difficultés ont débuté le 14 juin dernier lorsqu’un technicien de XCâble a recueilli des échantillons d’huile dans le transformateur. Le but de ces tests annuels est de détecter d’éventuels problèmes dans le transformateur. L’analyse de la composition de l’huile à l’intérieur du transfor­mateur, qui sert d’isolant, permet de connaître la concentration de gaz combustibles dans l’huile. Ces gaz, produits par l’électricité dans le transformateur, dégradent la qualité de l’huile isolante. Leur présence permet bien souvent de détecter des défauts dans le transformateur, autrement non apparents.

En analysant l’échantillon, le technicien constate une concentration élevée de gaz dissous, un grave problème qui exige de démonter le transformateur au plus tôt afin de le diagnostiquer avec plus de précision.

Jean Caron, le directeur des tests, appelle immédiatement Paul Guérin, directeur des achats chez XCâble depuis de nombreuses années, pour discuter de l’état du transformateur. Ils conviennent tous deux de passer outre aux procédures habituelles d’approvisionnement en vigueur dans l’entreprise, étant donné l’importance du transformateur dans les activités quotidiennes.

Paul Guérin rencontre ensuite le représentant de Transfo inc., Émile Potvin, en charge du dossier de XCâble, afin de lui faire part des résultats de l’analyse. M. Potvin a le mandat de négocier les contrats avec XCâble et de s’occuper des soumissions pour ce client. Comprenant très bien la situation d’urgence dans laquelle se trouve son client, M. Potvin fixe verbalement l’estimation à 15 000 $, le jour même, en vue faire les vérifications et les réparations qui s’imposent, ce que Paul Guérin accepte immédiatement.

Transfo inc. démonte donc dès le lendemain le transformateur dans les locaux de XCâble. Mais l’inspection préliminaire n’ayant pas permis de déterminer la cause des gaz dissous, Transfo inc. transporte le transformateur dans son atelier d’entretien afin de pouvoir mieux l’inspecter.

Cette inspection minutieuse, menée dans son atelier, ne permet de détecter aucun problème. Transfo inc. décide alors de sous-traiter l’inspection à un autre réparateur, Transformateurs Lupen ltée. Le transport du transformateur chez cette entreprise, ainsi que l’inspection, sont aux frais de XCâble. De plus, Transfo inc. adopte le même tarif horaire que le sien pour établir les frais dus à cette entreprise. Malgré cette deuxième inspection, la nature du problème ne peut être déterminée et le transformateur repart donc chez XCâble; l’appareil est rebranché, au coût de 512,80 $.

Peu de temps après, Transfo inc. remet un premier rapport à Jean Caron, le directeur des tests. En le parcourant, celui-ci s’aperçoit qu’on y fait mention de contacts du moteur d’entraînement « piqués ». Ce phénomène de « piquage » se produit généralement lorsque le courant fait un arc, car le contact se fait mal ensuite. Dans le cas du transformateur, les étincelles produites par le mauvais contact risquent grandement d’endommager le moteur.

Le 6 septembre, Jean Caron rencontre à nouveau le fournisseur pour lui indiquer que le problème des gaz dissous pourrait être lié au piquage des contacts. Ce dernier réfute cette hypothèse, jugeant peu probable que les contacts soient en cause, mais confirme par ailleurs qu’il lui est impossible d’expliquer la cause de la dégradation de l’huile. Malgré tout, une entente verbale est conclue entre les deux parties, à savoir que, tous les deux mois, Transfo inc. examinera l’appareil, de manière à éviter des complications majeures.

Conformément à cette entente, un premier échantillon est prélevé. C’est à ce moment que Jean Caron a vent du fait que Transfo inc. n’a pas recalibré à zéro le cadran de lecture du transforma­teur et que sa puissance est maintenant réduite à 17 kV au lieu de 25, comme à l’origine. Il connaît bien l’importance du calibrage du cadran, qui permet une lecture précise de la tension lors des tests sur les câbles. De plus, il est primordial que la puissance du transformateur demeure constante, afin de mener tous les tests en conditions stables conformément aux normes gouver­nementales. Ces deux déréglages pourraient avoir un impact majeur sur la qualité du service rendu aux clients de XCâble. Jean Caron communique alors avec son fournisseur, Transfo inc., et ce dernier revient ouvrir le transformateur et rétablir la puissance. Chez XCâble, certains commencent à se demander si la véritable cause de la diminution de la puissance ne serait pas un mauvais branchement par suite de la première ouverture du transformateur.

Incapable de rétablir la puissance à 25 kV, le fournisseur demande de transporter l’appareil chez lui une seconde fois, mais l’amène en fait chez Transformateurs Lupen, l’entreprise avec qui il avait fait affaire la première fois, sans toutefois demander l’accord de XCâble. Devant cette situation, Jean Caron appelle Transformateurs Lupen et celui-ci lui explique que la seule composante du transformateur qui n’a pas encore été vérifiée est un enroulement, ce qui exige 100 à 200 heures de vérification et de réparation. XCâble ne pouvant se permettre de fonctionner sans ce transformateur si longtemps, elle informe Transfo inc. qu’elle désire qu’on lui rapporte l’appareil, ce qui est fait immédiatement, mais sans que le calibrage et la puissance ne soient réglés. Le transformateur arrive chez XCâble le 11 septembre.

Un deuxième rapport, remis à XCâble lors d’une rencontre subséquente, le 20 septembre, conclut que le phénomène de piquage est la cause de la présence de gaz dissous. Devant ces faits, Transfo inc. propose d’utiliser des contacts scellés, ce qui exige de réouvrir tout le transformateur. À cette occasion, Transfo inc. discute aussi d’autres problèmes diagnostiqués, ayant trait notamment à la perte de puissance, à la vibration durant le transport et à des problèmes observés lors de la première ouverture de l’appareil.

C’est au cours de la présentation du deuxième rapport que XCâble indique à son fournisseur qu’elle ne paierait pas plus que l’estimation de 15 000 $ fixée le 14 juin. Transfo inc. demande, de son côté, à être payée le plus tôt possible en raison de problèmes de liquidités, et va jusqu’à menacer de poursuivre son client s’il ne paie pas.

Fin octobre, le service des achats de XCâble reçoit deux factures de Transfo inc. datées du 27 septembre : la première s’élève à 14 730,68 $ (voir l’annexe 2) et la deuxième à 12 184,82 $. Le montant de la soumission étant largement dépassé, Paul Guérin appelle le fournisseur, qui explique que les problèmes étaient complexes et que, lorsqu’on ouvre un appareil, on peut trouver d’autres problèmes que ceux que l’on cherche à régler.

Finalement, le 7 décembre, le réglage du « zéro » sur le transformateur est réussi, et une facture de 554,42 $ puis une autre de 880 $ viennent s’ajouter. Le 11 décembre, après consultation de MM. Tremblay, Guérin et Caron, la société XCâble, par la voix de son directeur des achats, offre de payer 9 068 $ pour la première facture, celle du 27 septembre, mais refuse d’acquitter la deuxième, de 12 184,82 $, ainsi que les deux autres. En effet, après l’analyse de la première facture, XCâble arrive au montant de 9 068 $ (voir l’annexe 3), puisqu’elle estime que certaines des heures régulières et supplémentaires facturées étaient non justifiées et que son fournisseur n’aurait pas dû prendre une marge de profit de 10 % sur les matériaux. Quant aux réparations subséquentes, XCâble demeure sur sa position, à savoir qu’elle n’a pas à payer pour la reprise du travail parce que Transfo devait garantir ses services.

Et maintenant?

En ce matin du 17 janvier, XCâble se retrouve avec un transformateur vieux de 30 ans, des factures d’environ 30 000 $ et une mise en demeure. De plus, les problèmes de gaz dissous et de perte de puissance ne sont toujours pas résolus. Sans compter les pertes de revenus qu’a dû assu­mer l’entreprise pendant que le transformateur était en réparation.

La mise en demeure reçue la veille donne un délai à XCâble pour en arriver à un accord entre les deux parties, sans quoi des poursuites judiciaires seraient engagées. Robert Tremblay est bien embêté par toute cette histoire, qui a pris des proportions beaucoup trop grandes à son avis. Plusieurs questions se bousculent dans sa tête alors qu’il attend ses collègues Paul et Jean, avec lesquels il va tenir une réunion d’urgence… Que faire avec le transformateur? Continueraient-ils de faire affaire avec Transfo inc.? Y avait-il moyen de régler à l’amiable avec ce fournisseur de longue date avant que la mise en demeure ne se transforme en poursuite? Définitivement, le courant ne passe plus…

L'étude de cas complète
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  • Composantes d’un transformateur
  • Première facture exigée par Transfo inc.
  • Paiement offert par XCâble
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  1. Ce cas a été subventionné en partie par le District de Montréal de la Corporation des approvisionneurs du Québec. Les auteurs tiennent à souligner la participation de Mmes Caroline Choquette, Joëlle Gravel, Carolina Saa-Munoz, Audrey Lavigne et de M.  Xavier St-Aubin à la rédaction de ce cas.