Les défis logistiques du recyclage des pneus au Québec

Centre de cas HEC Montréal
Ce cas porte sur La mise en œuvre d’un réseau de collecte et de distribution des pneus hors d’usage au Québec qui suscite des enjeux reliés à l’appariement de l’offre et de la demande et soulève des problèmes de logistique à rebours. Le cas traite également des décisions à prendre pour en améliorer l’efficacité.
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Introduction

Au printemps 1990, les Québécois prenaient conscience de la problématique des pneus hors d’usage lors d’un incendie dans un site d’entreposage de Saint-Amable, en Montérégie. Le feu a fait rage durant quatre jours, forçant l’évacuation de citoyens1 . Un incendie d’une grande quantité de pneus produit des fumées qui contiennent des matières toxiques et la fonte des pneus génère une substance huileuse qui peut se déverser dans les cours d’eau ou s’infiltrer dans le sol2 , causant ainsi de nombreuses nuisances potentielles pour la population. En bout de ligne, la facture de la décontamination et de la restauration du site de Saint-Amable s’est élevée à 12 millions de dollars.

Pour éviter la répétition de tels événements, le gouvernement québécois met sur pied différentes initiatives d’aide au réemploi, au recyclage ou à la valorisation énergétique des pneus usés. En 1996, il confie à la Société québécoise de récupération et de recyclage (Recyc-Québec)3 la planification d’un programme de gestion intégrée des pneus hors d’usage dans la province. Le programme agit sur deux axes : d’abord réintroduire dans des filières à valeur ajoutée les pneus mis au rancart annuellement et éliminer les montagnes de pneus provenant des lieux d’entreposage. Le programme comporte trois volets : l’implantation d’un réseau de collecte, la promotion des marchés et, depuis l’année 2001, la réhabilitation de sites d’entreposage.

La mise en œuvre du premier volet pose des défis logistiques qui sont devenus évidents dès la fin de l’année 2000. Les incitatifs financiers ont accru la demande pour les pneus hors d’usage par différents centres de traitement. Ces derniers peuvent avoir des besoins spécifiques (par exemple, taille ou composition des pneus) et ils souhaitent avoir une certaine stabilité de leurs approvision-nements. Par ailleurs, l’offre est conditionnelle à des phénomènes saisonniers tout en devant répondre à une collecte couvrant l’ensemble du territoire québécois. Pour concilier les réalités de l’offre et de la demande, différentes solutions sont étudiées.

Les défis environnementaux des pneus hors d’usage4

La qualité des pneumatiques est une composante du confort des automobilistes. Par conséquent, les fabricants de pneus poursuivent leurs recherches en vue d’améliorer la durabilité, la stabilité et la sécurité de leurs produits. Ainsi, le pneu ne se compose plus uniquement de caoutchouc; les manufacturiers y ont ajouté une structure d’acier, comme pour le pneu radial qui constitue maintenant la norme sur le marché. Ces améliorations font en sorte que ce produit est pratiquement indestructible lorsqu’il a terminé sa vie utile.

Pour gérer les pneus hors d’usage, il existe quelques solutions qui ne sont pas encore très répandues ou peu recommandables. D’abord, les pneus usés pourraient être acheminés dans des lieux d’enfouissement. Bien que le caoutchouc soit relativement inerte et stable sur le plan chimique, il demeure incompressible; il occupe ainsi un volume considérable et il a une propension à resurgir de terre nuisant ainsi aux activités d’enfouissement. Par ailleurs, l’entreposage dans des sites dédiés peut comporter un risque d’incendie avec des conséquences néfastes sur l’environnement et les populations situées à proximité.

Il existe des solutions qui permettent d’éviter les inconvénients à l’environnement. Celles-ci s’inspirent des principes du 3R-V, soit la réduction, la réutilisation, le recyclage et la valorisation énergétique. Il existe le rechapage qui consiste à apposer une nouvelle bande de roulement sur le pneu usé dont la carcasse est encore en bon état, il s’agit d’une forme de réutilisation. Cette solution touche principalement les pneus de véhicules lourds qui sont souvent rechapés plus d’une fois. Elle pourrait également s’appliquer à 20 % des pneus d’automobiles sans sacrifier l’aspect de sécurité. En ce qui a trait au recyclage du pneu hors d’usage, on trouve deux options : 1. le recyclage primaire, qui consiste à broyer mécaniquement le pneu pour produire de la poudrette de caoutchouc qui servira de matière première dans différents procédés, et 2. le recyclage secondaire, qui a pour objectif de générer des produits finis, comme par exemple, murs d’isolation, tapis, garde-boue, revêtement de sol, etc. Enfin, la valorisation cherche à utiliser les pneus pour leur capacité énergétique en remplacement d’autres combustibles plus traditionnels. Dans ce cas, ils sont brûlés à très haute température ce qui élimine presque toute trace d’émanation néfaste. Par ailleurs, le défi logistique est de parvenir à acheminer les pneus hors d’usage aux différentes sociétés appliquant l’une ou l’autre de ces solutions.

La situation de la collecte des pneus usés au Québec

Selon les évaluations de Recyc-Québec, les Québécois se départissent annuellement de 6,4 millions d’équivalent de pneus automobiles. En fait, les pneus d’automobiles accaparent 4,4 millions d’unités alors que les pneus de camions représentent 350 000 unités ou 2 millions de pneus d’automobiles5 . Ces 6,4 millions d’équivalent de pneus automobiles (EPA) représentent une masse de 63 000 tonnes à gérer. Le programme de gestion intégrée sous la responsabilité de Recyc-Québec a pour objectif de récupérer, pour fin de mise en valeur, 85 % des pneus générés annuellement selon les données de l’année 1998-1999, soit 5,44 millions EPA. Le pourcentage restant est constitué de pneus d’hiver qui sont revendus sur les marchés des pays en voie de développement6 .

Ces pneus peuvent provenir de nombreux points de cueillette. Par la mise sur pied de son programme, Recyc-Québec a dénombré plus de 8 000 points qui se répartissent comme suit :

  •  5 079 garages et stations-service (63,0 %)
  •  895 concessionnaires (11,1 %)
  •  691 municipalités (8,6 %)
  •  665 parcs de véhicules routiers (8,3 %)
  •  457 ferrailleurs (5,6 %)
  •  278 magasins spécialisés (3,4 %)

Le programme de gestion intégrée consiste principalement en un soutien financier s’exerçant à deux niveaux. Premièrement, des contrats sont octroyés à des transporteurs pour qu’ils collectent les pneus à partir des quelque 8 000 points identifiés et qu’ils les acheminent aux entreprises de recyclage et de valorisation. La création de ce réseau de transporteurs accrédités était une étape préalable à une gestion intégrée liant l’offre et la demande de pneus hors d’usage. Les tarifs octroyés par Recyc-Québec sont fonction de la région de collecte et du point de destination. Neuf transporteurs ont été retenus pour couvrir l’ensemble des 18 régions administratives de la province. En moyenne, la subvention équivaut à environ 0,12 $ du kilogramme de pneu cueilli, mais elle est ajustée selon l’origine et la destination du pneu (voir le tableau 1).

Tableau 1 – Liste tarifaire du transport de pneus hors d’usage ($/kg)

Les défis logistiques du recyclage des pneus au Québec

L’offre de pneus hors d’usage comporte des caractéristiques régionales ainsi qu’un comportement saisonnier. Ainsi, le tableau 2 permet d’apprécier le niveau de collecte par région. Globalement, les pneus d’automobiles représentent 70 % des pneus collectés. Cependant, certaines régions présentent un profil distinct. Par exemple, l’Abitibi-Témiscamingue et le Nord-du-Québec génèrent une majorité (56 %) de pneus de camions alors que l’Estie, Laval ou les Îles-de-la-Madeleine engendrent environ 80 % de pneus d’automobiles. Par ailleurs, au lancement du programme, les analystes de Recyc-Québec envisageaient deux périodes de pointe dans la collecte des pneus, soit le printemps et l’automne. La réalité tendrait à confirmer la présence d’un tel cycle saisonnier quoique peu accentué (voir le tableau 3).

Tableau 2 – Pneus cueillis annuellement selon les régions administratives

Pneus Tableau 2

Source : Données de Recyc-Québec, 2000

Tableau 3 – Répartition annuelle des pneus cueillis au Québec

Les défis logistiques du recyclage des pneus au Québec

Source : Données de Recyc-Québec, 2000

Une fois les pneus collectés, ils sont acheminés à différents centres de traitement. Recyc-Québec octroie une subvention par pneu selon la nature du traitement effectué par les entreprises. La logique des subventions s’inspire des principes du 3R-V. Par ailleurs, les entreprises de traitement ont des besoins en termes de demande annuelle mais également des exigences quant aux caractéristiques des pneus. Le tableau 4 permet d’apprécier les demandes des firmes de traitement.

Tableau 4 – Besoins en pneus des centres de traitement

Source : Données de Recyc-Québec, 2000

À la lecture des tableaux 2, 3 et 4, on constate que la demande des différents centres de traitement dépasse l’offre de la cueillette. C’est en partie pourquoi le gouvernement québécois en collaboration avec Recyc-Québec démarrait en août 2001 un programme de vidange des 500 sites d’entreposage de pneus hors d’usage. Ces sites totaliseraient entre 25 et 40 millions de pneus. Le programme prévoit acheminer 7,5 millions de pneus à Lafarge Canada et à Ciment Saint-Laurent sur une période de trois ans7. Quant aux pneus recueillis annuellement, ils sont affectés prioritairement aux entreprises de 1. rechapage, 2. recyclage et 3. valorisation selon les principes du 3R-V.

Le plan de transport actuel

Les tableaux 5a et 5b ci-dessous présentent le plan de transport réalisé en l’an 2000 selon le mode de fonctionnement actuel. Ce plan représente des coûts de transport de 4 403 847 millions de dollars. Dans le cadre de ce plan, les transporteurs sont chargés de séparer les pneus de camions des pneus d’automobiles à la source. Dans les faits, cette opération s’effectue naturellement car les transporteurs organisent des tournées de cueillette dédiées soit aux pneus de camions soit aux pneus d’automobiles, les lieux de cueillette étant généralement différents de toute façon. Le plan actuel prévoit également que les besoins de Récuropneus sont satisfaits à partir des pneus rejetés par Scopcat.

Tableau 5a – Coûts du plan de transport des pneus hors d’usage8 – année 2000

Source : Données de Recyc-Québec, 2000

Tableau 5b – Coûts du plan de transport des pneus hors d’usage – année 2000

Source : Données de Recyc-Québec, 2000

L'étude de cas complète
Vous appréciez cette étude de cas? Bénéficiez du cas complet incluant la seconde partie de ce cas (2 pages) et les sections finales (1 page) suivantes sur la boutique:
  • Possibilité d’établir un centre de tri et d’entreposage temporaire.
  • Questions
  • Seconde partie « Les défis logistiques du recyclage des pneus au Québec B » (disponible pour formateurs seulement)
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  1. « Pénurie de pneus usés, est-ce possible? », L’Ingénieur, vol. 13, n° 1, mars 2000.
  2. L’état de l’environnement au Canada, Ottawa, ministère de l’Environnement, 1990.
  3. Crée par le gouvernement québécois au début des années 1990, La Société québécoise de récupération et de recyclage, aussi appelée Recyc-Québec, a pour mission de promouvoir, développer et favoriser la réduction, le réemploi, la récupération et le recyclage de contenants, d’emballages, de matières ou de produits ainsi que leur valorisation dans une perspective de conservation des ressources.
  4. Les informations de cette section proviennent en majeure partie du « Plan d’action québécois sur la gestion des matières résiduelles 1998-2008 », www.menv.gouv.qc.ca, 2002.
  5. En moyenne un pneu de camion équivaut à 5,8 pneus d’automobile. Op. cit., note 1.
  6. De SMET, M., « Des résultats mitigés pour Recyc-Québec », Les Affaires, 1er septembre 2001, p. 26.
  7. CHAMPAGNE, A.L., « Une industrie qui roule », Le Soleil, 1er mars 2002, p. A5. De SMET, M., « Québec s’attaque au problème des pneus accumulés », Les Affaires, 1er septembre 2001, p. 27.
  8. Les données réelles ont été modifiées pour respecter la confidentialité des entreprises concernées.