La gestion du transport dans le réseau de récupération de la peinture au Québec

Centre de cas HEC Montréal
Ce cas porte sur Éco-peinture, le réseau de collecte de la peinture recyclée au Québec. Il met en évidence une question que se posent les décideurs de l’organisme de gestion encadrant ce réseau : doit-on se doter d’un camion de collecte ou sous-traiter cette activité à une firme spécialisée.
Boutique evalorix
Vous pourrez trouver une version PDF de cette étude de cas ainsi que les notes de cours pédagogique qui l’accompagnent à cette adresse de la boutique evalorix

Au début de l’an 2000, le ministère de l’Environnement du Québec impose, par voie de règlement, aux fabricants de peinture l’obligation de la récupération et de la valorisation des rebuts de peinture. Éco-peinture, un organisme mis sur pied quelques années auparavant par la majorité des fabricants de peinture de la province, devient le véhicule qui permettra de satisfaire aux exigences du ministère. Pour étendre la collecte de rebuts de peinture, les membres de l’organisme veulent développer le réseau de bacs de collecte dans un plus grand nombre de municipalités de la province. Ceci n’est qu’une des phases du réseau car il faut maintenant acheminer les produits récupérés jusqu’au centre de traitement de Peintures récupérées du Québec (PRQ). Actuellement, PRQ gère le transport entre les municipalités et son centre de traitement. Cependant, avec l’extension du réseau de collecte, les membres d’Éco-peinture se demandent s’il n’existe pas des solutions plus économiques pour acheminer les bacs au centre de traitement.

L’état de la situation1

On évalue que les Québécois achètent annuellement 53 millions de litres de peinture (ou 42 000 tonnes) contenus dans 18 millions de contenants2 . Les achats de peinture pour l’intérieur représentent 77,3 % du marché contre 12,4 % pour la peinture d’extérieur. Le pourcentage restant est constitué d’émail à plancher (3,4 %), d’antirouille (2,7 %) et des autres produits dérivés (4,2 %). Plus de 50 % des déchets domestiques dangereux (DDD) générés au Québec sont constitués de rebuts de peinture. Bien que les DDD ne représentent à peine qu’un pour cent de tous les déchets domestiques des foyers québécois, ils sont responsables de 80 % de la toxicité des sites d’enfouissement. En fait des 42 000 tonnes de peinture achetées à chaque année, il resterait environ 3 000 tonnes de résidus qui seraient enfouis annuellement3 . La peinture ayant un taux élevé de toxicité, elle peut donc contaminer les sols, menaçant directement la nappe d’eau souterraine4 .

La mise en œuvre d’un cadre de solution

Au milieu de l’année 2000, le ministère de l’Environnement du Québec annonçait l’adoption du nouveau Règlement sur la récupération et la valorisation des contenants de peinture et des peintures mis au rebut. Une des conséquences du règlement a été qu’à compter du 1er janvier 2001, les producteurs de peinture étaient obligés d’offrir aux consommateurs un service de récupération des vieux contenants et de se doter d’un système de recyclage des résidus de peinture5 .

Au moment de l’entrée en vigueur du règlement, une vingtaine des 40 détenteurs de marques de peinture du Québec étaient membres d’Éco-peinture, un organisme à but non lucratif qui, depuis 1997, fait de la récupération par l’entremise de quelques magasins RONA et de la Coopérative fédérée. Ainsi, les fabricants de peinture décident de se conformer à la réglementation par l’entremise d’Éco-peinture. Pour son directeur général, Georges Portelance, le mandat de son organisme est clair : « Nous avons l’infrastructure existante pour recueillir les contenants [… et] Éco-peinture prend à sa charge les opérations de valorisation des contenants et des surplus de peinture et elle paiera aussi les frais de transport jusqu’au centre de traitement6 . » Ainsi, pour soutenir ses activités, les détenteurs de marques contribuent un montant de 0,25 $ pour chaque contenant de peinture vendu au Québec. C’est une somme de 2,5 millions à 3 millions de dollars qui serait ainsi versée annuellement à Éco-peinture.

Les contenus récupérés sont expédiés à la société Peintures récupérées du Québec (ci-après PRQ), autrefois connue sous le nom de Centre de formation en entreprise et récupération. Ce dernier amorçait ses opérations en 1989 par la récupération du papier et du carton. Il diversifia ses activités dans la récupération de peintures résiduelles en 19927 . L’entreprise est située à Victoriaville et elle réussit à recycler 85 % de la peinture collectée. Environ 60 % de la peinture revalorisée est commercialisée au détail sous les noms de Peintures récupérées, Éco-Vision ou Boomerang. La peinture revalorisée se vend à environ la moitié du prix régulier et elle occupe 1 % du marché québécois. Les autres 40 % sont écoulés à Cuba, en Haïti, en Angola et en Guinée8 . PRQ a des projets de partenariat en France, en Colombie-Britannique et en Nouvelle-Écosse, où elle a d’ailleurs commencé à faire de la revalorisation. Depuis le début de l’année 2003, PRQ est une filiale à part entière de Peinture Laurentide du Québec.

Le réseau de collecte9

Le tableau 1 présente les volumes de peinture récupérés au Québec entre 1994 et 2002. Dans la province, les contenants de peinture inutilisée sont récupérés de quatre façons différentes : la cueillette annuelle ou semi-annuelle par l’entremise de firmes spécialisées, les autres collectes municipales, les bacs et les magasins participants. La peinture récupérée provient de 700 endroits différents au Québec10 .

Tableau 1 – Statistiques de peinture récupérée (000 kg)

La gestion du transport dans le réseau de récupération de la peinture au Québec

Source : http://www.ecopeinture.ca, 2004-02-03.

Certaines municipalités, notamment Montréal, confient la cueillette de produits dangereux à des firmes spécialisées comme Onyx, Natrec et Clean Harbour. Ces firmes ont recueilli 639 769 kilos de contenants de peinture en 2002, soit 28,1 % du volume total ramassé. Certains contrats prévoient que le transport vers le centre de traitement de Victoriaville est inclus alors que pour d’autres, Éco-peinture doit défrayer le coût de transport vers Victoriaville à raison d’environ 840 $ du voyage, ce qui revient aux alentours de 0,07 $ du kg. De janvier à juin 2003, 138 023 kilos de contenants de peinture ont ainsi été ramassés à Montréal, soit 13,6 % du total à un coût moyen de 9,1 ¢ du kg. Enfin, 134 487 kilos (13,3 % du total) ont été ramassés dans les autres municipalités à leurs frais.

D’autres municipalités organisent et défraient elles-mêmes des collectes annuelles ou semi-annuelles. En 2002, 856 583 kilos de peinture inutilisée ont été recueillis de cette façon, soit 37,7 % du total. De janvier à juin 2003, 181 675 kilos de restants de peinture ont ainsi été récupérés, soit 18,0 % du total à raison de 23,4 ¢ du kg en moyenne. Ce coût de transport, plus élevé, tient compte de l’éloignement relatif des autres municipalités et des volumes moins élevés qui sont transportés à la fois. Lorsque le ramassage est confié à Peintures Récupérées du Québec inc. (PRQ), le coût de transport s’élève à 0,35 $ du kg.

Depuis janvier 2003, des bacs de récupération sont distribués dans plusieurs municipalités du Québec afin d’encourager tout au long de l’année la cueillette de peinture mise au rebut. De janvier à juin 2003, 139 174 kilos de peinture inutilisée ont ainsi été récupérés, soit 13,8 % du total, et transportés par PRQ à un coût moyen de 0,35 $ du kg.

Des chaînes de magasins comme RONA, la Coopérative fédérée et Matériaux à bas prix offrent à leurs clients la possibilité de rapporter leurs restants de peinture qu’elles acheminent ensuite à Victoriaville contre une compensation de 7,7 ¢ le kg. Cette compensation est défrayée par Éco-peinture et semble satisfaire les chaînes de magasins qui retournent avec de la peinture revalorisée qui sera vendue dans leurs établissements. En 2002, ces magasins ont recueilli 34,2 % du volume total ramassé. De janvier à juin 2003, ce sont 418 353 kilos de contenants de peinture inutilisée qui ont ainsi été récupérés, soit 41,3 % du total. Le tableau 2 récapitule les données pour les six premiers mois de l’année 2003.

Tableau 2 – Volumes et coûts de transport de janvier à juin 2003

Source : http://www.ecopeinture.ca, 2004-02-03.

Par ailleurs, la collecte des contenants de peinture fait l’objet de fluctuations mensuelles significatives (voir la figure 1). Les périodes de pointe sont reliées aux ménages du printemps et de l’automne, à la période des déménagements, et à celle des rénovations. Cette situation ne semble pas incommoder la planification de la production de peinture recyclée de PRQ. En fait, son directeur général, M. Louis Coulombe n’y voit pas de problème majeur car les variations correspondent à peu près au rythme de production souhaité pour son usine, lequel évolue en fonction de la demande.

Figure 1 – Volumes mensuels de contenants collectés en 2002 (en kg)

Source : http://www.ecopeinture.ca, 2004-02-03.

Le fonctionnement du réseau actuel de collecte et ses perspectives d’expansion

Le règlement adopté par le ministère de l’Environnement du Québec impose des cibles aux fabricants. Ainsi, en 2002, 25 % des rebuts de peinture devaient être récupérés, 50 % en 2005 et 75 % devraient l’être d’ici 2008. Pour les membres d’Éco-peinture, un des moyens pour atteindre cet objectif serait de déployer un système de bacs dans un nombre plus grand de municipalités. Jusqu’à présent, 216 bacs ont été distribués dans 102 municipalités du Québec, regroupées dans 31 MRC et huit régions administratives.

En se basant sur les volumes observés en mai et juin 2003, 119 714 kilos de contenants de peinture (équivalant à environ 400 bacs puisqu’un bac équivaut à 300 kg) ont été ramassés au moyen des bacs de récupération durant une période qui représente environ 27 % du volume annuel. Sur une base annuelle, on estime donc que c’est un équivalent de 1 500 bacs (400 bacs/ 27 %) qui seraient ramassés en 2003. Éco-peinture prévoit que ce nombre augmentera à 3 000 bacs par année d’ici 2006 à cause d’un taux plus élevé de récupération et d’un plus grand nombre de bacs distribués dans plus de municipalités. On fait également l’hypothèse que le taux de rotation sera de six ramassages par bac par année d’ici 2006.

Présentement, lorsque les municipalités desservies par des bacs veulent un ramassage, elles communiquent avec PRQ qui gère l’horaire des cueillettes. Plus précisément, c’est la réceptionniste de PRQ qui reçoit la demande de ramassage, planifie les routes de cueillette et établit l’horaire des camions de ramassage. La cueillette elle-même est effectuée par le camion de service de PRQ lorsque les points de collecte sont rapprochés et que les volumes sont faibles. Certaines municipalités reçoivent un service régulier (par ex. une fois par semaine) alors que d’autres doivent appeler pour demander une cueillette.

Lorsque les volumes sont élevés, PRQ confie la tâche à la société de transport Groupe Gaudreau qui possède une semi-remorque ouverte avec courroies, munie d’un chariot à fourche à trois roues. Pour certaines régions, comme Lanaudière, il est plus économique de confier le travail à un transporteur privé. Certaines municipalités entreposent les bacs sur des surfaces non pavées où les transpalettes ne sont pas utilisables. Il faut alors soit avoir recours au chariot de la société Gaudreau ou transvider les contenants manuellement d’un bac à l’autre. Bref, c’est PRQ qui choisit la façon la plus économique de fonctionner tout en maintenant un tarif fixe de 0,35 $ par kg ramassé, lequel est facturé à Éco-peinture.

Le fonctionnement actuel offre plusieurs avantages pour Éco-peinture. Tout d’abord, c’est PRQ qui se charge de la réception des appels de collecte, de la répartition et de la cueillette des bacs dans les municipalités. C’est aussi PRQ qui décide du moyen de transport le mieux adapté à la situation. Cependant, ce mode de fonctionnement représente des inconvénients. En effet, c’est Éco-peinture qui est responsable des coûts de transport alors que la prise de décision quant au choix du transporteur relève d’une tierce partie, soit PRQ. Sur ce point, M. Coulombe affirme que des soumissions ont été demandées à différentes entreprises de transport et qu’elles n’étaient pas avantageuses.

Cependant, dans le scénario d’une extension à 3 000 bacs, la facture actuelle de transport augmenterait. Chaque bac a une capacité moyenne de 300 kilos de peinture usagée. On peut estimer à 900 000 kilos le volume qui sera ainsi ramassé en 2006 pour un coût total annuel de 315 000 $, en supposant un coût unitaire actuel de 0,35 $/kg. Comme Éco-peinture défraie tous les coûts de transport, ses membres veulent s’assurer qu’ils ont en main la solution la plus économique. Pour les membres d’Éco-peinture, il devient clair que PRQ devrait être considérée comme tout autre fournisseur de services de transport quand vient le temps de procéder à la collecte de contenants et de bacs de récupération.

Un comité de trois membres d’Éco-peinture a été chargé de recueillir des données afin d’étudier une prise en charge interne totale des activités de transport. Après quelques recherches, le comité a soumis ses hypothèses de travail lors d’une réunion chez Éco-peinture (voir l’annexe, page 7). Les membres du comité ont pris soin de formuler des hypothèses concernant le financement des différents actifs. Par ailleurs, le comité a tenté d’évaluer la charge de travail du chauffeur qui serait embauché à l’interne. Ils ont consulté les registres de transport pour évaluer les distances parcourues à ce moment et ils ont tenu compte de la répartition régionale de la consommation de peinture. Ils sont arrivés à la conclusion que la distance parcourue s’approchait de 75 000 km par an avec une vitesse moyenne de 75 km/heure et que le temps moyen requis pour décharger et charger les bacs était de 10 minutes par bac. Ils ont également estimé que le kilométrage prévu en 2006 variera entre 100 000 km et 125 000 km par année. Une fois que les membres d’Éco-peinture ont pris connaissance des résultats du comité, ils considéraient avoir en main toutes les données pour prendre une décision éclairée.

Défis pour l’avenir

L'étude de cas complète
Vous appréciez cette étude de cas? Bénéficiez du cas complet incluant la section finale (1 paragraphe) et l’annexe (1 page) suivantes sur la boutique:
  • Défis pour l’avenir
  • Hypothèse de calcul pour la gestion d’un camion de collecte par Éco-peinture
Afin d’acheter l’étude de cas dans son intégralité, rendez-vous à cette adresse de la boutique evalorix
  1. À moins d’avis contraire, les informations contenues dans cette section proviennent de : La problématique des rebuts de peinture au Québec, Fondation québécoise en environnement.
  2. Nathalie Vallerand, « Les trois-quarts de rebuts de peinture récupérés d’ici 2008 », Les Affaires, samedi 10 novembre 2001, p. 29.
  3. Les peintures, www.recyc-quebec.gouv.qc.ca, 03-03-26.
  4. Soulignons que le développement de nouvelles peintures au latex a permis de réduire considérablement l’impact négatif de ces produits sur l’environnement.
  5. En plus, ces mêmes entreprises allaient être obligées de modifier l’étiquetage de leurs produits, de manière à préciser le caractère récupérable des contenants de peinture.
  6. Vallerand, loc. cit.
  7. Stéphane Champagne, « Un recyclage en couleur et rentable », La Presse, lundi 14 mars 2005, p. Affaires 3.
  8. Ibid.
  9. Les données financières présentées dans cette section ont été modifiées afin de respecter la confidentialité des entreprises citées.
  10. Champagne, loc. cit.