Ferronnerie d’art

Centre de cas HEC Montréal
Ce cas porte sur l’entrepreneurship et la reprise d’entreprise à travers la réflexion de Ludovic quant à l’évaluation de reprendre à temps plein l’atelier de ferronnerie de son père. Celui-ci travaille depuis 12 ans dans une grande usine du secteur de transformation des métaux de la région de Trois-Rivières.
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Ludovic travaille depuis 12 ans dans une grande usine du secteur de transformation des métaux de la région de Trois-Rivières, la Mauricie étant réputée pour son expertise dans le secteur. Juste après avoir obtenu son diplôme de technicien en métallurgie au cégep, il a accepté un poste de soudeur dans une grande multinationale. À l’époque, Ludovic avait fait des projets avec sa compagne et la stabilité d’un tel emploi le rassurait. Il n’a pas cependant complètement aban­donné la ferronnerie puisqu’il continue à en faire dans ses temps libres avec son père, lequel a aménagé un atelier dans son garage. En effet, son père, qui a sa propre entreprise de construction, est également métallier de formation et entretient une passion pour la ferronnerie d’art, qu’il a transmise à Ludovic depuis sa jeunesse1.

Cela fait longtemps qu’ils travaillent ensemble et ils ont réalisé de nombreux projets : des portails, des escaliers, des fenêtres… Le bouche-à-oreille leur a donné une réputation grandis­sante dans la région et toutes leurs fins de semaine sont occupées à travailler à l’atelier. Et comme les fins de semaine ne suffisent plus à honorer leur carnet de commandes, ce sont aussi les vacances qui sont consacrées au travail à l’atelier. La ferronnerie est pour Ludovic et son père un vrai loisir, et ils peuvent passer des heures à travailler sans ressentir la moindre fatigue.

Aujourd’hui, Ludovic s’interroge sur son avenir. Il va avoir 30 ans et son travail à l’usine l’ennuie terriblement. Les heures passent lentement comparativement à celles passées à l’atelier avec son père. Il a besoin de créer, d’être autonome dans son travail et de relever des défis. Il se demande donc s’il peut faire de la ferronnerie une activité à temps plein qui lui permettrait non seulement de gagner sa vie, mais aussi d’atteindre ses objectifs personnels.

Il a consulté son père, car il a absolument besoin de son avis. Ils travaillent en équipe depuis des années et Ludovic ne peut entreprendre un tel projet sans son soutien. Son père, qui est entrepre­neur, saurait sûrement l’éclairer sur les étapes à suivre. Son père adhéra totalement au projet et assura Ludovic de son soutien : il a en effet une grande expérience en gestion et quelques écono­mies de côté dont son fils pourrait bénéficier. Il est aussi prêt à se porter caution, dans le cas où son fils devrait contracter un emprunt. Cependant, comme il aura bientôt l’âge de la retraite, c’est Ludovic qui serait responsable du projet. En effet, il songe depuis un certain temps à s’arrêter et il serait ravi de passer la main à son fils. L’entreprise de construction qu’il a créée il y a environ trente ans est prospère. Elle se spécialise dans la construction et la rénovation résiden­tielles et ses clients sont en majorité des individus ou des familles qui cherchent à améliorer leur habitat. Elle est structurée indépendamment de l’activité de ferronnerie qui avait commencé comme un passe-temps. C’est uniquement cette activité que Ludovic souhaite faire prospérer, car il n’a que peu d’intérêt dans la construction. Ludovic a d’abord défini la liste des produits qu’il souhaite proposer à la clientèle locale. La ferronnerie d’art peut se matérialiser sous différentes formes, mais il a décidé de se concentrer sur des éléments de construction plutôt que sur des objets de décoration. Sa gamme de produits allait comprendre les éléments suivants : rampes d’escalier, portails, grilles extérieures et intérieures, défenses de fenêtres, mains courantes et garde-corps. Ce sont les produits que Ludovic préfère fabriquer et qui sont plus difficiles à trouver. Leur réalisation demande beaucoup de travail, puisqu’ils sont faits sur mesure selon les contraintes techniques du lieu d’installation, mais aussi les goûts du client.

Ludovic a une grande maîtrise du métier, mais très peu de connaissances sur le marché et en gestion. Jusqu’à présent, il n’avait jamais eu besoin de démarcher des clients et il s’inquiétait de savoir si le marché régional lui assurerait une clientèle suffisante. Comme il ne savait pas par où commencer, il décida de suivre la séance d’information sur la création d’entreprise animée par la Société de développement économique (SDE) de Trois-Rivières. Il put à cette occasion consulter de nombreux rapports mis à sa disposition par la SDE et échanger avec un commissaire. C’est avec enthousiasme qu’il commença ses recherches.

Les informations publiées sur la ferronnerie laissent entendre un retour des consommateurs à la ferronnerie d’art, considérée comme plus esthétique que le bois et beaucoup plus solide. Ces produits artisanaux sont faits sur mesure et sont reconnus pour leur qualité et leur caractère unique. La ferronnerie d’art est un produit qui a une longue durée de vie et la commande d’une rampe ou d’un escalier est souvent considérée comme un investissement par les clients. Le marché est fortement lié à celui de l’immobilier.

Ludovic pense pouvoir viser un marché d’un rayon d’environ 70 km autour de son atelier près de Trois-Rivières. La construction se fait en atelier et il doit se rendre chez le client pour les mesures et l’installation. Pour déterminer le nombre de concurrents dans la région, il consulta les Pages Jaunes qui sont pour lui un endroit incontournable pour faire de la publicité2. Il y a déjà deux ferronneries à Trois-Rivières, mais cela n’a jamais empêché Ludovic et son père d’avoir des commandes. Le marché est actuellement saturé par la demande, car les entreprises installées n’arrivent pas à satisfaire les clients dans des délais raisonnables et elles refusent même certains petits chantiers. Il y a aussi près de Shawinigan deux ferronneries et de nombreux ateliers de soudure, mais ceux-ci ne proposent pas les mêmes produits. Il remarqua aussi qu’il n’y a aucune entreprise de ce genre dans la ville de Joliette qui se situe à environ 80 km de Trois-Rivières. Ludovic veut mettre l’accent sur le côté artistique de ses œuvres et en faire sa spécialisation.

Sa clientèle cible se compose de particuliers, mais aussi de professionnels. En effet, certains architectes et des entreprises de construction sous-traitent la fabrication des produits en fer, type escaliers, rampes, etc., à un professionnel. Les particuliers qui choisissent de faire appel à un atelier de ferronnerie sont en général aisés et ils sont prêts à payer plus cher pour avoir un objet unique, esthétique et de qualité. Les clients sont conscients qu’ils paient plus cher que pour des produits en bois, mais c’est l’esthétique et la durabilité qu’ils visent avant tout. Il a le sentiment que les gens dépensent beaucoup pour la construction dans sa région. En effet, des lotissements se forment dans les communes environnantes et de nombreuses maisons neuves sont construites. Pour confirmer ses impressions, il consulta le site Internet de l’Institut de la statistique du Québec où il trouva de nombreux rapports, dont un qui lui indiqua que la valeur des permis de construire avait augmenté de 24 % dans la région de la Mauricie de 2005-2006 comparativement à 5,2 % en moyenne pour le Québec3.

Il se dit alors que ces rapports étaient très riches en informations et il consulta le site d’Industrie Canada où il trouva des données statistiques sur le secteur de la fabrication de produits métal­liques (SCIAN 332). Il nota les informations suivantes :

  1. Les entreprises de ce secteur sont des micros et petites entreprises; environ 31 % d’entre elles emploient quatre personnes ou moins et 65 %, de 5 à 99 personnes. En 2008, le secteur de la fabrication des produits métalliques au Québec comptait 701 établissements sans salariés, 618 microétablissements et 1 312 petites entreprises4.
  2. Ce marché semble être dynamique, puisqu’on remarque une augmentation du nombre d’établissements entre 1999 et 2008, équivalant à un taux de croissance annuel de 9,2 %. Le nombre d’établissements dans ce secteur a cependant diminué de 2,2 % entre 2006 et 2008. Entre 1999 et 2008, les revenus manufacturiers de ces établissements ont augmenté de 4,6 % par an, dont 1,9 % au cours de la dernière année (2007-20082).
  3. Le salaire moyen des employés de la production dans le secteur de la fabrication des produits métalliques (SCIAN 332) s’élève à 40 309 $ en 2008. Entre 1999 et 2008, celui-ci a augmenté de 3,1 % par année. L’augmentation a été de 2,9 % entre 2007 et 20085.
  4. Le nombre d’employés de la production dans le secteur a en revanche diminué de 0,3 % de 1999 à 2008. Par contre, le nombre d’employés administratifs a augmenté de 2,9 % au cours de la même période6.

Afin de compléter ces informations, Ludovic alla interroger René, un métallier à la retraite depuis deux ans, que son père lui a recommandé. Ce dernier lui confirma qu’il y avait en effet une clientèle pour ce genre de produits, mais que l’enjeu était de se faire connaître. « Quand on commence sa carrière, il faut construire sa réputation », lui dit René. Certes, le bouche-à-oreille est très important dans le milieu, mais il faut aussi faire de la publicité pour attirer de nouveaux clients ainsi que pour créer des liens avec des architectes et des entreprises de maçonnerie qui peuvent apporter de nombreux contrats. D’ailleurs, René a un partenariat avec un cabinet d’architectes ce qui lui permet d’avoir des revenus fixes. Pour lui, entretenir de bonnes relations est la clé de la réussite dans le milieu.

L’entrevue avec René a soulevé une autre problématique. Il doit en effet étudier l’aspect financier du projet. Son salaire actuel à l’usine est de 3 500 $ par mois. Si sa motivation première n’est pas l’argent, il a des obligations personnelles qui lui imposent de retrouver en 3 ou 4 ans une situation financière comparable.

Comme il possède déjà de nombreux outils, il n’aurait pas à faire un investissement important. En comptant le véhicule, le matériel informatique, le mobilier pour l’atelier, quelques outils et le fonds de roulement pour les trois premiers mois d’activité, il estime les dépenses liées au démar­rage de son entreprise à environ 70 000 $.

Pour financer cet investissement, il dispose de 10 000 $ qu’il a mis de côté. Son père peut investir dans l’entreprise à hauteur de la même somme. Il lui reste donc à obtenir les 50 000 $CA restants. Il pense pouvoir souscrire un emprunt auprès de sa banque assez facilement, mais il souhaite aussi recevoir quelques subventions. En effet, il existe plusieurs outils financiers pour aider à la création d’entreprise. La ville de Trois-Rivières propose différentes formules : des subventions entre 5 000 et 15 000 $CA, des prêts à taux préférentiels et des garanties de prêt et de marge de crédit7.

Pour exercer son activité, Ludovic devra tout d’abord louer un entrepôt pour y installer son atelier. Il en a trouvé un qui correspond à ses besoins pour un prix raisonnable – la location de cet établissement coûterait 8 000 $ pour la première année, avec des augmentations annuelles de 1,5 %. Ensuite, il devra payer toutes les charges que cela implique : électricité, eau, assurances, téléphone… Comme il n’a pas les connaissances suffisantes en la matière, il pense faire appel à un cabinet de comptabilité pour l’aider à produire ses états financiers, ce qui lui coûtera environ 7 500 $ par an. D’autre part, il prévoit l’embauche d’un employé dès la première année, car il ne peut réaliser seul de tels produits. Il pense embaucher un jeune diplômé en métallurgie du cégep où il a lui-même étudié et le former à la ferronnerie d’art. Le salaire pour un nouveau diplômé représente environ 75 % du salaire moyen. Pour estimer la rentabilité de son entreprise, Ludovic se payera le même « salaire ». René lui a recommandé de souscrire une assurance professionnelle et de faire de la publicité.

Ludovic ne savait comment rédiger un état financier, mais il souhaitait tout de même faire quelques prévisions financières sur les trois prochaines années avant de prendre sa décision. Il utilisa l’outil Performance Plus sur le site d’Industrie Canada qui propose une synthèse des informations financières des petites entreprises par secteur et par région. Ceci lui a donné une bonne base pour faire ces évaluations (voir annexe). En comparaison, il sait que l’entreprise de René, laquelle compte − lui y compris − trois personnes en production, a atteint un chiffre d’affaires de 500 000 $ lors de son dernier exercice après 5 ans d’activité. Il sait d’autre part que l’inflation se maintiendra à environ 1,5 % par an au cours des trois prochaines années.

Ludovic dispose maintenant de toutes les informations nécessaires pour prendre sa décision de lancer ou non sa propre entreprise.

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  1. L’aide des assistantes de recherche Caroline Colongo et Anika Laperrière dans le développement du cas, avec le soutien financier de l’École de gestion Telfer de l’Université d’Ottawa, a été appréciée.
  2. Pages Jaunes, Inscriptions pour « fer », janvier 2009.
  3. Direction des statistiques économiques et du développement durable, « Valeur des permis de bâtir selon le type de construction, régions administratives et ensemble du Québec, 2004-2007 », Institut de la statistique du Québec, 13 mars 2009.
  4. Industrie Canada, Statistiques relatives à l’industrie canadienne (SIC), Salaires et traitements, Fabrication de produits métal­liques (SCIAN 332), http://www.ic.gc.ca/cis-sic/cis-sic.nsf/IDF/cis-sic332329salf.html, consulté le 4 janvier 2011.
  5. Industrie Canada, Statistiques relatives à l’industrie canadienne (SIC), Emploi, Fabrication de produits métalliques (SCIAN 332), http://www.ic.gc.ca/cis-sic/cis-sic.nsf/IDF/cis-sic332329empf.html, consulté le 4 janvier 2011.
  6. Affaires Trois-Rivières, Contribuer au financement des projets d’entreprises, janvier 2009
  7.  Affaires Trois-Rivières, Contribuer au financement des projets d’entreprises, janvier 2009.