Art Mûr : entre art et commerce

Centre de cas HEC Montréal
Ce cas porte sur les problématiques des galeries d’art commerciales à Montréal à travers l’exemple de la galerie Art Mûr dirigée par Rhéal Olivier Lanthier et François Saint-Jacques depuis maintenant seize ans. Il met en évidence le métier de galeriste, les relations d’affaires avec les collectionneurs privés et publics, le rôle des médias et les difficultés rencontrées par les galeristes en général.
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Difficile de manquer la Galerie Art Mûr1. Sa nouvelle façade et ses vitrines d’exposition invitantes qui dévoilent des œuvres à découvrir piquent la curiosité des passants. Située sur la rue Saint-Hubert, au coin de Rosemont, Art Mûr s’est établie comme une force tranquille dans ce quartier commercial. On entre ici comme dans une boutique, mais on est d’emblée surpris par la quiétude de ce vaste espace. Accueillant, l’agencement de la galerie rappelle l’effet white cube de certains musées d’art contemporain en Amérique du Nord2.

En ce bel après-midi de fin d’été, les œuvres résolument avant-gardistes de l’exposition en cours, « Peinture fraîche et nouvelle construction », intriguent certes, sans toutefois altérer l’atmosphère chaleureuse et accessible du lieu. Plusieurs tableaux aux formats divers et aux tons acidulés ainsi qu’une sculpture monumentale – un large toboggan pour enfants aux couleurs jaune et argent – donnent un aperçu de la production des étudiants récemment diplômés en plusieurs programmes en arts visuels au Québec et au Canada, sélectionnés pour la qualité de leur travail. Cette relève provient de plusieurs universités canadiennes partenaires de l’événement3.

Les deux fondateurs de cette galerie d’art contemporain hors normes, Rhéal Olivier Lanthier et François St-Jacques, en partagent la direction depuis une quinzaine d’années. Lorsqu’ils relatent leur périple, ils expliquent leurs parcours respectifs, la naissance de leur galerie d’art, leur vision et les nombreux questionnements qui ont guidé leurs décisions. Devant l’ampleur de la réussite de cette aventure artistique à caractère commercial, les propos des propriétaires de la Galerie Art Mûr sèment des pistes, soulèvent des interrogations et permettent d’établir des liens entre différentes perspectives artistiques et commerciales. Voici le parcours inattendu de deux entrepreneurs qui nous livrent, avec générosité, leur vision du possible équilibre entre l’art et les affaires.

La genèse de la galerie Art Mûr

Le temps de la découverte

C’est au détour de quelques expériences de vie et au croisement de leurs destinées que Rhéal Olivier Lanthier et François St-Jacques découvriront, chacun à leur manière, leur intérêt pour l’art visuel. En outre, un sens minimal de l’aventure aura permis de transformer les surprises de la vie en de parcours étonnants.

D’origine franco-ontarienne, Rhéal Olivier Lanthier a d’abord fréquenté l’Université Laurentienne de Sudbury avant de poursuivre ses études à l’Université d’Ottawa, où il obtiendra un baccalauréat en sciences sociales, concentration en sciences politiques. Une fois son diplôme en poche, en ce début des années 1980, le jeune homme se laisse séduire par les attraits de la métropole de la province voisine. Il emménage à Montréal où il multiplie les expériences professionnelles dans un contexte économique peu clément. Entre-temps, à l’Université d’Ottawa, il suit quelques cours au niveau de la maîtrise en administration des affaires, avant d’acheter son premier commerce, un Bed and Breakfast, qu’il revend l’année suivante. Rhéal Olivier Lanthier vient de rencontrer François St-Jacques.

Originaire de Québec, bachelier en beaux-arts de l’Université Laval, François St-Jacques a exploré la sculpture, la peinture, la gravure… et plus tard, la danse. Un an à peine après avoir commencé des cours de danse de jazz, son talent est reconnu par ses professeurs : l’école lui suggère de faire une demande de bourse. « J’aimais beaucoup ce domaine, mon corps était devenu un nouveau médium. Grâce à la bourse que j’ai obtenue, j’ai exploré la danse moderne et le classique. Si j’avais commencé plus tôt, j’aurais pu en faire une carrière. » Après dix ans dans le métier, à la fin de la vingtaine, François St-Jacques choisit de se retirer.

Dans l’intervalle, il s’établit à Montréal, suite à sa rencontre avec Rhéal Olivier Lanthier. Ayant quitté son emploi dans la restauration, il est libre. L’arrivée dans la métropole le bouscule :

Après deux mois et demi, je me suis demandé si je devais repartir à Québec. Je trouvais le rythme de Montréal effréné. Tout le monde courait, tout le monde travaillait, et moi, je me cherchais un boulot. Je me sentais étourdi. C’était le début des années 1990, et nous étions à nouveau plongés dans une récession.

Mais le vent tourne. Un technicien de la Galerie René Blouin4 qui projette de quitter bientôt son emploi, et qui connaît bien la situation et la formation en arts de François St-Jacques, parle au galeriste du jeune homme. Ce dernier est engagé tout de go.

Entre René et moi, ça a cliqué tout de suite, une fusion très simple. Pour lui, ce qui était important, c’était d’avoir quelqu’un de soigné autour de lui, soucieux du respect des œuvres. J’ai beaucoup appris de ce grand maître. C’était un privilège de travailler avec lui, de fréquenter les artistes associés à la Galerie René Blouin. Parce que j’aidais à l’accrochage, j’étais aussi complice des discussions quant à la mise en scène d’une exposition. Je préparais l’espace, je peignais les murs, je participais à la préparation des expositions. C’était très enrichissant. En outre, René pouvait m’appeler seulement pour me dire : « François, ton travail est extraordinaire! L’exposition, c’est grâce à toi! » La générosité de cet homme… Pour un technicien, c’était très valorisant, je donnais le meilleur de moi-même parce que j’étais reconnu, ça me faisait plaisir. Aujourd’hui, je suis capable de cette reconnaissance envers mes employés, c’est très important, c’est une manière de tisser des liens forts.

Parallèlement, ayant vendu son Bed and Breakfast, Rhéal Olivier Lanthier cumule les emplois. Il travaille entre autres pour le Centre des services sociaux du Montréal métropolitain. Puis, par l’entremise de son ami François, qui a trouvé un second emploi auprès des Encadrements Marcel Pelletier, Rhéal Olivier sera bientôt lui aussi engagé, à temps plein, faisant là, sans l’avoir véritablement planifié, ses premiers pas dans le métier.

Je suis entré dans cet univers avec fascination. Nous étions très peu payés pour fabriquer les bois, les moulures, travailler avec divers équipements de machinerie. Il y avait pour moi quelque chose d’inné, je me suis facilement senti à l’aise dans ce domaine, dans la fabrication manuelle. C’était pourtant une toute nouvelle expérience pour moi de travailler dans une shop. Peu à peu, Marcel m’a donné d’autres tâches, dont des tâches de gestion, pour lesquelles j’avais une formation. Je faisais de tout : de la comptabilité, du bureau, à la fabrication dans la shop. Marcel pouvait s’absenter en toute confiance, François ou moi recevions les clients. Nous étions des employés précieux et fiables.

Ces premiers pas dans le métier de galeriste sont formateurs pour les deux jeunes hommes. C’est un tour d’horizon complet qui leur permet de comprendre les rouages des métiers des arts, que ce soit comme encadreur ou galeriste. Pendant trois ans, ils apprennent également à travailler ensemble. Aujourd’hui encore, ils recommandent à tous ceux qui souhaitent s’établir à leur compte de travailler d’abord dans le domaine qui les intéresse pour en comprendre et en percer les mystères… mais surtout éviter d’idéaliser le milieu auquel on rêve. Car dans le quotidien d’un entrepreneur, il y a aussi beaucoup d’inquiétudes…

En 1996, forts de leurs années d’apprentissage et de cette passion naissante et partagée, celle des arts visuels, Rhéal Olivier Lanthier et François St-Jacques décident de se lancer dans l’aventure et d’ouvrir leur propre galerie. Une petite entreprise d’encadrement voit le jour sur la rue Notre-Dame, dans le quartier Saint-Henri.

L’envol

C’est au deuxième étage d’un immeuble ayant pignon sur rue, au-dessus d’un bar, dans ce quartier bien vivant qu’est Saint-Henri, que les deux entrepreneurs installent leur entreprise. Ils y resteront six ans, le temps que le projet se définisse avec clarté et qu’il prenne forme progressivement. Les cofondateurs procéderont par étapes, avec une vision large de l’avenir. En effet, dès le départ, Rhéal Olivier Lanthier et François St-Jacques rêvent de posséder leur propre galerie d’art contemporain, mais décident, dans un premier temps, de se consacrer uniquement à l’encadrement. Le local qu’ils ont choisi pour exploiter leur entreprise est assez vaste pour accueillir des expositions, le moment venu.

Après trois ans de travail acharné, l’occasion se présente. L’entreprise est alors assez solide pour diversifier ses activités : l’espace adjacent est enfin aménagé en galerie d’art. Pour officialiser le changement, un nouveau nom est donné à l’entreprise : Galerie Art Mûr. Pendant des semaines, les cofondateurs analysent, réfléchissent, font des compromis. Ils désirent trouver un nom qui reflète avec fidélité ce qu’ils ont l’intention de développer comme projet artistique avec leur entreprise à but lucratif. Bref, une raison sociale mûrement réfléchie, comme l’explique Rhéal Olivier Lanthier :

Dans le milieu, plusieurs nomment leur entreprise selon leur propre nom : galerie René Blouin, galerie Pierre-François Ouellette5… Quant à nous, déjà, il y avait deux noms puisque nous étions deux. Par ailleurs, j’avais appris dans mes cours en administration qu’en choisissant un nom qui commence par la lettre A, il se retrouve souvent en tête d’une liste. Alors nous avons opté pour le choix de quelque chose qui débuterait par un A. Et comme à l’époque, l’entreprise était aussi un atelier d’encadrement, nous avons trouvé ce jeu de mots : Art Mur, pour armure, qui peut représenter une protection pour une œuvre. Mais aussi, qui peut vouloir dire « art sur le mur ». Finalement, nous avons ajouté un accent circonflexe pour signifier une œuvre ou un art mature, qui est prêt. Art Mûr.

Les deux codirecteurs ne recourent pas aux techniques d’administration des affaires comme les groupes de consultation ou les analyses du marché pour tester leur nouvelle appellation. Non par méconnaissance – Rhéal Olivier Lanthier est familier avec ces procédés –, mais plutôt à cause de la situation professionnelle dans laquelle ils se trouvent. Comme ils viennent à peine de quitter Les encadrements Marcel Pelletier pour se lancer dans une activité similaire, les deux entrepreneurs se veulent discrets quant à leur nouvelle orientation et tentent d’éviter que ne surgissent d’éventuels conflits. Suivant cette même ligne de pensée, les deux hommes choisissent volontairement d’implanter leur entreprise dans le quartier Saint-Henri, à bonne distance de leur ancien employeur. Ils consacrent également beaucoup d’énergie à chercher de nouveaux clients.

Pendant six ans, la galerie Art Mûr s’épanouira dans le quartier Saint-Henri et jouira d’une clientèle fidèle. En 2002, les deux directeurs prennent la décision de déménager leur entreprise.

Déménager : un exercice stratégique

Après avoir mûrement réfléchi et dressé un bilan des six années passées dans leur local de Saint-Henri, les fondateurs de la galerie Art Mûr peuvent établir les critères définissant l’endroit le plus approprié pour poursuivre leurs activités artistiques et commerciales. Plusieurs raisons incitent Rhéal Olivier Lanthier et François St-Jacques à déménager leur entreprise, mais c’est l’aspect sécuritaire qui agit comme déclencheur. À cette époque, dans le quartier Saint-Henri, plusieurs bars sont incendiés. Or, la galerie se trouve au-dessus d’un bar. D’ailleurs, le mois précédent le déménagement, la galerie elle-même sera la cible d’une tentative d’incendie.

Dans leur démarche, les deux directeurs décident d’acheter un immeuble qui accueillera les locaux de la galerie Art Mûr plutôt que de louer. Une décision qui de prime abord semble risquée, vu la somme d’argent nécessaire à l’investissement. Mais il s’agit d’un risque calculé, comme l’explique Rhéal Olivier Lanthier :

En décidant d’acheter, nous avons réfléchi à long terme, dans le sens où nous devons penser, en tant que travailleurs autonomes, à nos vieux jours. Ce n’est pas toujours facile de faire des placements pour la retraite quand on est à son compte. L’argent est constamment réinvesti, les liquidités ne servent pas à l’épargne pour la retraite! L’idée était donc de se bâtir un genre de fonds de pension en devenant propriétaires de l’immeuble. En plus, nous avons acheté un très grand édifice – à la bonne période, puisque les prix étaient beaucoup plus abordables qu’aujourd’hui – en nous disant que si on avait besoin de ressources financières, on pourrait louer6 ou se départir d’une partie de l’immeuble. Et en effet, nous avons récemment vendu une section du bâtiment – qui était un duplex – pour financer le développement de l’entreprise et les travaux de rénovation actuels de la façade.

Une fois ce premier critère établi, les deux amis analysent en profondeur la situation des autres galeries d’art, d’ici et d’ailleurs, s’inspirant, notamment, de la galerie Olga Korper7 : une galerie d’art phare torontoise dont la réputation n’est plus à faire et qui s’est littéralement enracinée dans un no man’s land. Selon Rhéal Olivier Lanthier, dans le domaine des arts visuels, un concept suffisamment fort attirera inévitablement les amateurs, peu importe l’adresse. « L’idée est de ne pas être au centre-ville afin de créer un lieu de diffusion qui devienne une destination, un lieu de rencontre pour les passionnés. »

Pour leur part, Rhéal Olivier Lanthier et François St-Jacques optent pour une artère vivante et commerciale, la rue Saint-Hubert.

Nous avions confiance que notre adresse en deviendrait une de qualité. De bons projets pour lesquels les gens se déplaceraient. Mais aussi, nous voulions être sur une rue facilement identifiable. En disant le nom de la rue, les gens disent : « oui, ok, au coin de quelle rue? » En plus, être près d’un métro, pour faciliter le déplacement. Avec tous ces critères en tête, nous avons arpenté tous les quartiers de Montréal. Le centre-ville a été éliminé, vu les prix faramineux. Ici, tout était superbe : c’était immense, nous pouvions grandir comme nous le voulions! Nous nous sommes sentis comme une plante qui doit être transplantée et [pour laquelle on] choisit le plus gros pot, pour qu’elle puisse grandir à son aise!

L’espace qu’occupe désormais la galerie abritait un ancien magasin de meubles réputé dans les années 1970 et 1980 à Montréal, qui déclarait faillite en 1995 avant d’être racheté par une entreprise qui à son tour s’en servait comme entrepôt. C’est avec les propriétaires de cette dernière que les deux hommes transigent en se portant acquéreurs du lieu. De ce passé glorieux, subsiste le plafond du rez-de-chaussée aux motifs sombres encore visibles aujourd’hui. Une histoire dont le charme particulier imprègne ce lieu gigantesque désormais consacré à l’art contemporain. Art Mûr est la plus grande galerie privée de Montréal et compte parmi les plus spacieuses de tout le Canada. Sept salles d’exposition occupent 14 000 des 22 000 pieds carrés disponibles!

Au moment du déménagement, la galerie bénéficie déjà d’une solide réputation. Art Mûr a pu compter sur la fidélité de sa clientèle de Saint-Henri, tout en développant un nouveau bassin d’amateurs. Le lieu, si imposant, a suscité manifestement la curiosité tant des collectionneurs, que des artistes et des médias. « Dans un tel espace, nous pouvons monter des événements d’une envergure qu’aucune autre galerie privée montréalaise ne peut réaliser! », s’exclame avec enthousiasme Rhéal Olivier Lanthier, ajoutant que même les habitants du quartier, et un public non initié, prennent plaisir à entrer dans le commerce, à la fois intrigués et curieux. Bref, étant plus visible, elle attire le regard. De l’avis de Rhéal Olivier Lanthier, elle n’exige pas, non plus, une démarche particulière en arts visuels, comme c’est le cas pour certains endroits du centre-ville, dont l’immeuble du Belgo8, où logeait la galerie René Blouin :

Lorsqu’on passe devant un édifice de 5 étages, c’est rare qu’on se demande : « Oh!, qu’est-ce qu’il y a au 4e? » ou « C’est quoi au 3e? »… il faut presque être un initié. En général, ce qu’on remarque, c’est ce qui est au rez-de-chaussée; le reste passe inaperçu, à moins d’être invité à l’intérieur dans un cadre formel. Tandis que l’art peut être un produit que tu trouves comme ça, en te promenant. Tu vois quelque chose qui t’intéresse, et tu entres. Nous avons vendu des œuvres de cette manière : parce que des gens passaient et étaient interpellés par une œuvre en vitrine…

Finalement, l’immensité du lieu offre une liberté peu commune. L’espace permet de multiples possibilités en termes d’expositions, bien qu’il demeure relativement structuré. Le rez-de-chaussée sert en général aux expositions phares d’artistes de mi-carrière; tandis que le deuxième étage est plutôt dédié à la très jeune création9. Jusqu’à ce que les propriétaires rénovent le quatrième étage pour en faire leur logement – également aménagé avec style et originalité pour y accueillir des clients et y tenir des réceptions – ce dernier servait de salle d’exposition. Rhéal Olivier Lanthier et François St-Jacques disent avoir ainsi ouvert leur logis afin de donner un aperçu de la manière dont une œuvre d’art peut s’intégrer dans l’intimité d’une demeure.

La diversité des activités d’Art Mûr et la superficie des lieux offrent du travail à quatre personnes à temps plein, en plus des propriétaires et des stagiaires qui y passent. En général, les galeries privées ne comptent qu’un employé en plus du directeur. Elles occupent d’ailleurs habituellement un espace beaucoup plus restreint.

Dynamique organisationnelle d’une galerie d’art commerciale

Direction bicéphale

Si la galerie Art Mûr se distingue par son lieu unique, elle se différencie également par sa direction bicéphale, laquelle repose sur une relation de confiance et une passion partagée. Selon les deux directeurs, cette confiance fondée sur le respect de l’autre et sur l’art du compromis va de soi. Bien qu’ils soient la plupart du temps d’accord sur les choix artistiques, Rhéal Olivier Lanthier souligne que si leurs opinions divergent, l’espace de la galerie permet à l’un comme à l’autre partenaire de présenter le travail d’un artiste souhaité.

Avec humour, François St-Jacques explique que la négociation ne concerne pas tant le choix des œuvres que l’endroit où les placer!

Nous avons des goûts très similaires. Et après 19 ans de vie commune, il y a un immense respect. Ce qui fait que, lorsque nous divergeons d’opinion, il est facile de faire des compromis, de donner raison à l’autre en lui disant : « Oui, vas-y, on essaie cet artiste. Moi, je suis un peu moins à l’aise, mais je te fais confiance, on va l’essayer. » Cette manière de penser et d’agir va dans un sens comme dans l’autre.

Autre valeur partagée : la prudence. Selon les deux directeurs, elle mène à des décisions longuement réfléchies et permet d’établir des stratégies à long terme dont les risques sont calculés. Par exemple, lorsqu’ils ont fait le choix de déménager leur entreprise, les propriétaires d’Art Mûr ont analysé la situation avant de décider d’investir dans l’achat d’un immeuble, prévoyant des manières de sécuriser leur démarche.

D’abord, le timing de l’époque était excellent : l’édifice n’était vraiment pas cher comparé au marché d’aujourd’hui. Nous avons acheté un lieu immense, afin d’y croître à l’aise et de développer nos projets. Aussi, nous avions la possibilité de louer une section de l’édifice, ce qui nous a aidés à payer l’hypothèque, le chauffage et les rénovations, dont celles de la façade.

Les deux hommes se sont également entendus aisément lorsqu’il a fallu s’adapter à la récente crise économique. « Nous avons réussi à traverser la récession, ce qui est un défi majeur lorsque l’on vend des produits de luxe. Pendant deux ans, notre chiffre d’affaires a diminué, mais très tôt, nous avons revu nos dépenses, réorganisé notre programmation… bref, nous avons planifié notre survie jusqu’à ce que passe la vague… »

Finalement, dans cette direction bicéphale, s’il n’y a pas de partage formel des fonctions de direction, l’expérience et les habiletés de chacun sont mises à profit. Rhéal Olivier Lanthier s’occupe surtout de l’administration, tandis que François St-Jacques voit principalement au service à la clientèle. « Moi, je suis plus souvent dans le bureau, et François est généralement à l’accueil pour rencontrer les clients », confirme Rhéal Olivier Lanthier, en ajoutant que les décisions stratégiques sont toujours prises d’un commun accord.

Modus operandi

Le choix d’un artiste

Afin d’assurer le rendement de leurs investissements et de guider leurs décisions, Rhéal Olivier Lanthier et François St-Jacques se tiennent au courant de l’actualité, se renseignent, suivent les tendances, visitent de nombreuses expositions. C’est également par cette méthode – qui ne leur demande aucun effort, confient-ils, puisqu’ils se nourrissent de leur passion – qu’ils repèrent les artistes dont le travail les interpelle. Pour les deux galeristes, il est primordial que les œuvres d’un artiste soient cohérentes avec l’esthétique de la galerie.

Les artistes, dont les deux hommes vont défendre le travail et le promouvoir auprès des différents acteurs du monde de l’art, ont souvent quelques années d’expérience. On les appelle communément « artistes de mi-carrière » par opposition aux jeunes artistes à peine sortis de l’école. Rhéal Olivier Lanthier explique ce choix :

Les écoles peuvent donner une bonne indication du potentiel des artistes, mais le plus difficile pour un artiste, c’est de réussir à traverser les trois ou quatre premières années de son métier. Plusieurs se découragent, abandonnent. Nous recherchons des artistes qui ont un engagement à long terme, qui veulent dédier leur vie à leur art, et ce n’est pas toujours évident de détecter cette détermination. Ce n’est pas uniquement une question de qualité du travail, c’est la volonté d’un artiste à faire ce métier…

Le choix d’un artiste révèle aussi un « coup de cœur », selon les deux galeristes. Une des dernières questions qu’ils n’oublient jamais de se poser dans leur réflexion sur le choix d’un artiste est de savoir s’ils souhaiteraient acquérir cette œuvre pour leur propre collection. En étant touchés par une œuvre, les deux galeristes peuvent la défendre efficacement, la mettre en valeur.

C’est une passion que nous vivons! Ce n’est pas juste monétaire, d’ailleurs, on ne sélectionnera jamais un artiste sur l’unique critère qu’il se vend beaucoup. Si notre seul intérêt était de vendre, on vendrait autre chose que des tableaux! Si nous vendons des œuvres d’art, c’est parce que ces œuvres nous interpellent et nous passionnent… L’important, c’est de se réaliser dans ce que l’on fait et de ressentir cette pulsion où tu te sens vivant…

Les racines d’une galerie d’art, ce sont donc les artistes avant tout. Il y a là, d’une certaine manière, une relation viscérale comme l’expliquent les dirigeants d’Art Mûr : elle est recherchée par les deux galeristes et nourrit leur travail de promotion auprès des différents acteurs du milieu. Une fois apprivoisée, c’est le début d’une relation professionnelle avec Art Mûr, un contrat entre l’artiste et la galerie est alors signé. Quant à l’exclusivité, il semble qu’elle dépende de la situation de l’artiste : a-t-il d’autres engagements contractuels? Est-il représenté par une galerie à l’extérieur du Québec? Les deux contractants discutent et s’adaptent, trouvant des compromis valables pour chacune des parties. Ainsi, un artiste peut être représenté par plusieurs galeries : une à Toronto, une à Vancouver et une à Montréal, par exemple. Chaque galerie se charge de promouvoir la carrière de l’artiste et des ventes sur son territoire ou en dehors du Canada. En revanche, si un artiste n’a jamais signé d’entente préalable, Art Mûr prendra en charge la promotion de sa carrière sur tout le territoire canadien et ailleurs dans le monde de manière exclusive, ce qui semble être de plus en plus fréquent pour la galerie.

Quant aux artistes qui forment l’écurie d’Art Mûr, les deux galeristes se plaisent à dépasser les frontières : la moitié d’entre eux ne sont pas québécois. Tout en lui conférant une envergure fédérale, cette façon de procéder permet à Art Mûr de s’imposer sur de plus vastes marchés.

Toujours dans l’optique de s’ouvrir à divers horizons, Rhéal Olivier Lanthier et François St‑Jacques recherchent un travail esthétique qui saura s’inscrire dans la durée par sa profondeur, comme ils l’expliquent eux-mêmes :

Pour nous, il est essentiel de choisir des artistes dont la démarche est réfléchie, que leur travail dénote une pensée qui a plusieurs niveaux de lecture, qui ait un style propre. Nous essayons de ne pas nous laisser séduire par un premier regard : il y a des œuvres très séduisantes pour les yeux, mais sous le glaçage, il n’y a pas vraiment de profondeur. Notre aspiration ultime est que nos artistes se retrouvent au musée… En regardant la production d’un artiste, on se demande : « Est-ce qu’un musée serait intéressé par ces œuvres? Est-ce que ces œuvres vont marquer le temps? Dans le futur, est-ce qu’on retrouvera ces œuvres dans un musée? Que disent ces œuvres sur notre société, disent-elles quelque chose de particulier? »

Les musées

De l’avis de Rhéal Olivier Lanthier et de François St-Jacques, une des stratégies d’Art Mûr consiste à accroître sa visibilité auprès de la clientèle muséale. Du coup, ils cultivent des relations professionnelles privilégiées avec ses représentants. Ils les tiennent informés sur la programmation d’Art Mûr, leur font découvrir leurs artistes. À l’instar d’agents d’artistes, les deux galeristes facilitent le passage entre leurs protégés et les grandes institutions puisqu’il est plutôt rare qu’un artiste passe directement de l’école au musée, comme le souligne Rhéal Olivier Lanthier : « Une œuvre acquise par un musée, c’est un sceau de reconnaissance; l’artiste est dès lors considéré comme une partie du patrimoine. » Car ces contacts étroits avec les musées ne se limitent pas à l’aspect économique. Nombre d’œuvres de leurs protégés ont ainsi profité d’une participation à des expositions temporaires.

Rhéal Olivier Lanthier s’est judicieusement servi de ses capacités d’analyse pour bâtir une relation durable avec certains membres de l’univers muséal. L’approche de ces derniers diffère de celle des galeries privées dans la mesure où leur mission est d’ordre public. Les musées doivent conserver, présenter, diffuser et acquérir les œuvres appartenant au patrimoine à des fins non lucratives. Leur mission est axée vers la communauté. Comment, donc, élaborer un message qui leur soit destiné, leur permettre de connaître des artistes dont les œuvres pourraient figurer, demain, parmi leurs collections?

Le dirigeant d’Art Mûr revient sur les fondements essentiels de son approche à la clientèle muséale :

À la base, l’important est de connaître les musées. C’est souvent l’erreur de beaucoup de gens : ils n’analysent pas en profondeur les intervenants de ce milieu. Qui sont les intervenants des musées canadiens; qui est responsable, dans tel musée, de tel type d’achats ou des expositions? Qui est la personne avec qui entrer en contact? Avant de l’approcher, analyser sa sensibilité, le type d’artistes qu’elle a représenté dans le passé, le type de travail qui l’intéresse… et lui proposer des projets ou des artistes qui répondent à ces aspirations-là. On peut facilement perdre beaucoup de temps à proposer à tout le monde n’importe quoi.

Rhéal Olivier Lanthier recueille principalement ce type d’information par Internet. Il collecte les données en explorant le site du musée visé. Une fois le nom de la personne responsable identifié, il fouille plus loin en se renseignant sur les expositions passées qu’elle a organisées et rassemble peu à peu les détails de sa sensibilité artistique. Il apprend à la connaître virtuellement, convaincu de l’importance de cerner parfaitement les intervenants avec lesquels ils désirent faire affaire.

Il communique ensuite directement avec eux, leur propose une rencontre. Parfois, une relation plus personnelle se développe au fil du temps, selon la personnalité de l’intervenant. Le propriétaire d’Art Mûr confie que tout est une question de finesse, et surtout, d’écoute. Selon Rhéal Olivier Lanthier, qu’il s’agisse d’une vente visant à enrichir les collections d’un musée ou un prêt en vue d’une future exposition temporaire, la démarche exige de la patience afin d’établir une réelle relation de confiance. Une exposition dans un musée se prévoit parfois deux à trois ans à l’avance. Art Mûr est prête à investir.

Le réseau des ambassades canadiennes

D’autres acteurs alimentent évidemment les relations d’affaires de la galerie Art Mûr. Des projets ont notamment été développés en partenariat avec différentes institutions : le service culturel de l’Ambassade du Canada, celui de Berlin, en Allemagne et celui de Washington, aux États-Unis. De cette collaboration internationale, que favorise désormais la galerie, découlent rencontres, projets divers et couverture médiatique.

À l’été 2008, les deux directeurs recevaient une délégation de conservateurs allemands qui faisaient la tournée des galeries du pays sous l’égide de l’Ambassade du Canada et qui étaient venus spécialement à Art Mûr pour rencontrer une de ses artistes, Nadia Myre10. La discussion s’est élargie, menant concrètement à d’autres projets, dont la rédaction d’un article important publié dans une revue allemande, qui devaient ouvrir de nouvelles portes à la jeune artiste.

Les grands collectionneurs suivent avec intérêt l’évolution des artistes et peuvent jouer un rôle important dans la progression de leur carrière. L’artiste Cal Lane, une des protégées d’Art Mûr, s’est vue invitée par de grands collectionneurs privés à découper un sous-marin hors service – elle travaille le métal – remonté des eaux du Monténégro. Une opération financée par ces mécènes.

Les universités

C’est avec l’UQAM qu’Art Mûr a amorcé sa collaboration avec les universités, en accueillant des stagiaires à la galerie. Avec le temps, l’ouverture et l’intérêt mutuel de diverses universités, le projet estival « Peinture fraîche et nouvelle construction » s’est enraciné, tout en permettant à la relève d’exposer sans risque et de se faire découvrir. Pour la relève, l’occasion est unique et concrète. Quant à Art Mûr, elle y gagne en reconnaissance, en plus d’élargir son réseau auprès des universitaires et des professeurs d’art, et s’assure une fenêtre sur les tendances.

Si les galeristes privilégiaient, à leurs débuts, des artistes relativement établis, leur stratégie de renouvellement se veut plus ouverte à la relève, et « Peinture fraîche » – et autres partenariats avec les universités – leur permet de garder un œil sur les tendances, de faire grossir leur écurie d’artistes, et ce, toujours dans le respect d’une certaine philosophie muséale.

Autres stratégies internationales

Interrogés sur leurs projets, les deux hommes ne cachent pas leur objectif de développer davantage le territoire international au cours des prochaines années, grâce à des partenariats privilégiés avec des institutions européennes et américaines. Le succès de ce développement réside dans leur détermination à construire la réputation de leurs artistes à l’extérieur et à soutenir leur créativité en proposant des projets susceptibles de donner un coup d’envoi à une carrière prestigieuse. Rhéal Olivier Lanthier explique :

Créer des collaborations avec des artistes étrangers, c’est la prochaine étape de notre croissance. Nous cherchons des jeunes prometteurs. Le volet international, que nous développons actuellement, prend tranquillement forme et mènera la galerie à un niveau international. Nous ne pourrons obtenir cette reconnaissance et cette visibilité plus large si nous ne représentons pas des artistes internationaux. C’est une question de cohérence!

Élément complémentaire pour ce volet international, les foires sont dans la visée des deux galeristes. Ceux-ci reviennent d’une foire tenue à New York : selon Rhéal Olivier Lanthier, les dépenses et l’énergie liées à de telles participations sont un investissement à long terme et participent à la visibilité de la galerie. François St-Jacques explique :

En ce qui concerne les grandes foires, notre approche est concentrée : être présent sur un marché en particulier, New York par exemple, plutôt que plusieurs petites présentations ici et là. La préparation d’une foire dépend de l’espace qui nous sera alloué. Dans un espace réduit, il n’y a rien de pire que de surcharger : les œuvres seront noyées plutôt que mises en valeur. Donc, d’une manière ou d’une autre, il faut faire une sélection, parce qu’il faut prévoir une mise en scène appropriée à un espace plus restreint. On peut choisir une mise en scène solo, en mettant l’accent sur un seul artiste; ou encore faire une sélection réduite des artistes. L’idée est de séduire, tout simplement. Séduire pour que les gens, ensuite, aient le goût de pousser plus loin, de découvrir nos artistes.

L’unique mot d’ordre pour une foire : accrocher, captiver! Grâce à l’expérience acquise lors de son passage chez René Blouin, François St-Jacques sait mettre en scène des œuvres pour attirer l’attention du public! Lui et son partenaire se distinguent par leurs goûts particuliers et savent les mettre en valeur. Le secret? Apporter un peu plus de matériel qu’il n’en faut en sélectionnant celui-ci de manière rigoureuse, et planifier des mises en scène à l’avance par des accrochages virtuels, par exemple. Réfléchir à l’installation et à l’objectif visé, voir à ce que les œuvres choisies s’harmonisent. Bref, être « conscient de l’accrochage », ce à quoi excelle François St‑Jacques.

Les expositions

Les directeurs d’Art Mûr misent sur les expositions itinérantes. Instigatrice de plusieurs expositions « hors de ses murs », la galerie permet à la visibilité de ses artistes, tout autant qu’à la sienne, de croître. En septembre 2009, une exposition dédiée à Cal Lane11, une des artistes les plus prometteuses de la galerie au niveau international, a été accueillie par le Art Gallery of Mississauga, avant de voyager jusqu’au Southern Alberta Art Gallery à Lethbridge. « Nous entrons dans les grands musées grâce à nos artistes qui nous en ouvrent la porte de derrière », explique Rhéal Olivier Lanthier. Dans le cas de projets semblables, il est aussi toujours possible que d’autres institutions se manifestent pour s’inscrire dans le parcours de l’exposition itinérante. Comme l’explique Rhéal Olivier Lanthier, les deux directeurs ont particulièrement à cœur ce type de promotion :

Il y a peu de galeries commerciales qui se lancent dans ce genre d’événement. En général, c’est l’apanage des musées de faire voyager des expositions. Nous, on tient à cette démarche pour mener nos artistes vers l’extérieur, pour les faire connaître. Mais aussi, c’est une façon d’aller chercher des partenaires pour réaliser des opuscules, publications très chères et peu rentables pour une seule galerie. C’est rentable pour un artiste, et à bien d’autres niveaux, mais leur réalisation n’est pratiquement pas envisageable pour une galerie privée à cause de leurs coûts de production.

En outre, Rhéal Olivier Lanthier souligne l’alliance avec des commissaires reconnus et des intellectuels de l’art visuel pour les expositions. « Malgré nos connaissances, il fallait ouvrir nos horizons plus largement encore et s’affilier à des talents reconnus par le milieu pour apporter une légitimité certaine. »

Les opuscules12

Rhéal Olivier Lanthier et François St-Jacques ont décrit leur philosophie, leurs stratégies et les outils qui sous-tendent leur démarche artistique et d’affaires. Les opuscules, par exemple, délaissés par les galeries commerciales au Canada, jouent pour Art Mûr un rôle crucial dans son développement, la recherche de partenariat et le soutien promotionnel.

Grâce aux expositions itinérantes, profitables à plus d’un titre, Art Mûr imprime ces ouvrages. Elle propose en outre des brochures bilingues pour aider les collectionneurs à connaître et apprécier les artistes présentés. Celles-ci contiennent des informations sur l’artiste, son parcours, sa démarche artistique, souvent accompagnées de textes écrits par des historiens de l’art et des conservateurs. Ces brochures permettent au collectionneur potentiel ou à l’amateur de se familiariser avec l’œuvre d’un artiste et de l’apprivoiser. Ces deux outils promotionnels sont essentiels lorsqu’il s’agit d’art contemporain, généralement plus hermétique et moins accessible aux non-initiés.

L’opuscule est à la fois un outil de connaissance, de reconnaissance et de promotion :

C’est une réelle reconnaissance pour le travail d’un artiste lorsqu’une institution croit suffisamment en sa qualité pour y investir le montant nécessaire à la production d’un opuscule ou un catalogue. Ça devient un document fondamental : il présente l’artiste et sa démarche. Si un artiste cumule plusieurs livres sur son travail, c’est dire la reconnaissance que lui accorde le milieu! C’est en outre un excellent véhicule de promotion, envoyé aux institutions, aux conservateurs de musée. Une manière efficace de les sensibiliser. Évidemment, il y a Internet, et tout le monde peut s’en servir, tout le monde peut créer un site web. Mais c’est certainement moins prestigieux. Selon moi, l’investissement dans ces publications est rentable. C’est une carte de visite sûre, un gage de qualité.

Plus encore, les opuscules se révèlent un véritable éveil à la passion des arts visuels, auprès des collectionneurs privés, entre autres. Il n’est pas rare que certains particuliers, à défaut de pouvoir s’offrir l’œuvre d’un artiste qui les interpelle, achètent l’opuscule : un bel objet en soi qui contient la reproduction de l’œuvre appréciée, d’autres œuvres ainsi que des informations sur l’artiste et sa démarche.

L’opuscule est également le support indispensable pour de nombreux collectionneurs. Ces publications, qui ajoutent à la crédibilité du travail d’un artiste, aident à mieux comprendre l’œuvre acquise et leur permettent de transmettre leur passion auprès de leur entourage, comme l’explique Rhéal Olivier Lanthier :

L’opuscule est une mine d’informations sur un artiste et son travail. Les collectionneurs apprécient de pouvoir approfondir leurs connaissances d’un artiste qui les touche, aiment aussi savoir en parler, tout particulièrement en ce qui concerne l’art contemporain, où les œuvres peuvent être minimales ou abstraites. Vivre avec une œuvre, accrochée simplement au mur, est une chose. Mais de bien la comprendre, de pouvoir défendre son choix, c’est une situation dans laquelle le collectionneur se retrouve régulièrement… Il veut pouvoir défendre intelligemment ce qui se trouve sur ses murs.

La clientèle

Ce travail d’accompagnement et de découverte des œuvres va plus loin encore. Il s’agit d’une relation personnelle et informelle entre le collectionneur ou futur acquéreur et le galeriste, le rôle de ce dernier étant de le sensibiliser à l’œuvre. Ce que Rhéal Olivier Lanthier compare au domaine du vin :

Avec le vin, tu deviens connaisseur en le goûtant, alors il faut en consommer, y goûter, développer cette sensibilité qui permet de déceler les subtilités du vin et de les décrire. Pour quelqu’un qui ne prend pas la peine de goûter différents vins régulièrement, la différence entre un vin à 40 $ et un autre à 10 $ demeure énigmatique. Mais pour quelqu’un qui se passionne et qui goûte, les subtilités font la différence.

Pour les amateurs habitués à des paysages, l’abstraction d’une œuvre contemporaine est déstabilisante. Il y a tout un cheminement à faire. Une œuvre peut sembler insignifiante au premier abord. Il faut rechercher ce qui est derrière, détecter les subtilités qu’y aura laissées l’artiste. C’est quand on place une œuvre dans l’évolution des choses qu’elle devient importante dans un contexte historique. Nous avons développé cette sensibilité, et nous travaillons à faire comprendre les œuvres, à les défendre, à les mettre en scène pour que les gens puissent les apprécier.

Ce n’est évidemment pas une démarche instantanée. Cet apprentissage nécessite temps et passion, un chemin que Rhéal Olivier Lanthier a lui-même parcouru. Autodidacte, il n’a pas suivi de formation académique en histoire de l’art, mais sa curiosité, sa passion, son expérience sur le terrain ont façonné sa sensibilité et sa connaissance profonde de la production artistique contemporaine. En compagnie de François St-Jacques, il a parcouru de nombreuses salles de musées, lu d’innombrables articles, livres et magazines spécialisés en art. Une passion vive que les deux hommes partagent au quotidien, comme l’explique François St-Jacques :

Nous sommes curieux, nous sommes presque assoiffés de découvrir. Durant nos journées de congé, notre plaisir est de visiter des expositions. C’est un moment de détente. Comme lorsque nous sommes en voyage : déambuler dans une ville et chercher les adresses qui vont nous interpeller. D’aucuns diront que nous devrions décrocher! Mais nous n’avons pas l’impression que nous sommes en train de travailler en visitant une exposition. C’est fascinant de découvrir le caractère d’une ville, aussi par ses œuvres. Nous sommes très visuels. C’est fascinant aussi de voir, lors d’une exposition, comment les œuvres ont été accrochées, la manière dont la présentation a été préparée, ce qui est présenté, ce qui est écrit. La passion est intégrée à notre quotidien, infiltre aussi notre vie personnelle. Je crois que les gens qui sont dans ce milieu le font par passion, sans penser nécessairement : « Est-ce que c’est payant? »

En outre, cette passion qui les tient en éveil et ce travail constant de découverte permettent aux deux directeurs d’analyser la concurrence, de voir ce que les musées présentent, d’observer l’évolution de leur univers, d’y trouver leur place, et une façon de se distinguer. « Nous essayons de soutenir une audace qui nous appartient, en faisant confiance à nos goûts, à ce qui nous interpelle. »

Revenant à l’essence même de la curiosité qui attise leur passion, Rhéal Olivier Lanthier et François St-Jacques expriment aussi le plaisir qu’ils ont à la cultiver chez les clients qui visitent leur galerie :

Les gens dont le sujet ne les intéresse pas n’arriveront pas à apprécier une œuvre. Si tu n’es pas curieux, tu peux être entouré d’experts qui t’expliqueront l’œuvre, tu continueras à voir un tableau blanc. Mais lorsqu’on est attentif au moindre souffle de curiosité chez un visiteur, qu’on le sent disponible, par son attention à observer une œuvre, nous entrons en jeu. Sans le provoquer ou le rebuter par un discours trop élaboré, nous irons lui parler, afin de savoir ce qui le touche dans telle œuvre, voyant s’il désire davantage d’information… Nous le ferons parler de ce qui le touche pour, tranquillement, le sensibiliser à ce travail, à l’œuvre, à la démarche de l’artiste.

Faire partie d’une communauté

Pour les dirigeants d’Art Mûr, relations d’affaires et relations humaines s’interpénètrent harmonieusement. Si la majorité des contacts se font au sein même de la galerie, ces relations exigent toutefois que les deux directeurs sortent de leur galerie pour assister, de temps à autre, à quelques événements mondains. Les sorties dans les grands vernissages permettent de rappeler leur existence aux acteurs du monde de l’art au sens large, au même titre qu’à ceux de l’univers médiatique. De l’avis de Rhéal Olivier Lanthier, assurer une présence favorise la couverture médiatique, très importante pour développer l’intérêt du public pour un artiste. Ces événements et ces vernissages, qui se déroulent dans un cadre plus social que professionnel, autour d’un verre de vin et de savoureux canapés, facilitent les échanges. « Pour les artistes comme pour les galeristes, il faut être vu, rester présent à la mémoire, il faut que les gens parlent de nous, être le plus visible possible dans les médias. Il faut que votre nom revienne régulièrement dans les conversations. C’est comme ça qu’on devient un joueur important. »

Par ailleurs, peut-être pour éviter que leur plaisir ne s’estompe, les deux dirigeants sélectionnent les soirées auxquelles ils assistent, privilégiant les vernissages importants, ceux où les décideurs sont présents, ceux aussi où ils courent la chance de découvrir de nouveaux artistes. Interrogés sur cette fusion évidente entre vie professionnelle et vie personnelle, Rhéal Olivier Lanthier et François St-Jacques rappellent que leur métier est une passion.

La philosophie de Rhéal Olivier Lanthier et de François St-Jacques englobe une appartenance réelle à leur communauté, et une volonté d’y grandir ensemble. Déjà, du temps où leur entreprise était implantée dans le quartier Saint-Henri, sur la rue Notre-Dame, les deux hommes s’impliquaient dans leur milieu. Membres de l’Association des marchands de la rue, ils ont travaillé de pair avec la ville à la revitalisation du quartier, n’hésitant pas à investir temps et argent. Selon eux, la mise est claire : « Nous faisons partie d’une communauté et nous avons toujours désiré partager notre vision pour travailler ensemble à faire évoluer le milieu. »

En 2008, fort de ces convictions, et malgré un emploi du temps chargé, Rhéal Olivier Lanthier accepte la présidence de l’Association des galeries d’art contemporain (AGAC13). Il est entièrement soutenu par son partenaire, François St-Jacques :

Quand Rhéal a manifesté le désir de prendre la direction de l’AGAC, je ne pouvais pas lui dire non. Je ne pouvais pas lui dire : « Rhéal, tu vas avoir deux entreprises à gérer et moi, je ne pourrai pas assumer tes tâches. Tu dois être là. » Mais on se connaît bien et je savais tout ce qu’il pouvait apporter, avec son expérience, sa formation en sciences politiques… Être à son écoute, c’était de lui dire : « Ok, tu as le goût d’y aller, vas-y. » Pour lui, c’est une autre façon de se réaliser, toujours dans la même dynamique, toujours concentré dans le monde des arts, mais avec différents intervenants. Je savais tout ce qu’il y avait à faire, et c’est de notre responsabilité d’essayer de combler les manques, de faire bouger les choses.

En tant que codirecteur d’une galerie, Rhéal Olivier Lanthier connaît les défis que rencontrent les galeristes au quotidien dans la gestion de leur entreprise. C’est en tant que bénévole, et animé du souhait sincère de faire avancer le milieu, qu’il se joint à cet organisme à but non lucratif voué à l’entraide des galeristes et à la promotion de leurs activités. Le défi est réel : élaborer des projets accessibles à tous, qui plairont à la majorité, en trouvant les points d’ancrage qui uniront ces compétiteurs.

En partenariat avec une des Maisons de la Culture14, nous avons mis sur pied un projet où chaque galeriste proposait un artiste. Cette exposition, intitulée « Collectionner l’art », a permis l’implication concrète de chacun. Aussi, nous avons organisé une foire commerciale, « Papier », et d’autres événements ponctuels où les membres ont été invités à participer.

Ayant acquis une certaine crédibilité, Rhéal Olivier Lanthier peut exprimer leurs revendications et faire entendre leurs voix auprès du ministère de la Culture. « Il y a beaucoup de choses à changer dans un milieu qui n’est pas facile. Mais si nous nous organisons en association, il faut livrer la marchandise, donner des résultats concrets. Depuis que je suis à la présidence, j’essaie d’utiliser à bon escient la réputation de l’association pour faire des pressions auprès du gouvernement. »

À son avis, le problème des galeries d’art à but lucratif tient à la méconnaissance de leur travail. Polyvalents, à la fois administrateurs, éducateurs, directeurs artistiques, agents et promoteurs, il est difficile de classer les galeristes dans une seule catégorie. On sous-estime le plus souvent leur rôle au sein du paysage artistique, leur vocation commerciale portant ombrage à leur réputation : difficile, pour le grand public, de les imaginer dans le besoin comme les artistes eux-mêmes. Pourtant, leur situation financière peut être difficile. Lors d’une vente, près de 50 % du prix est versé à l’artiste. Jalon intermédiaire essentiel pour le développement de la carrière d’un artiste, la précarité du marché des galeries d’art affecte inévitablement ceux qu’il est censé soutenir, représenter et promouvoir.

C’est important pour nous que les musées aient un budget raisonnable pour faire des achats! Les achats par ces institutions participent à la réputation d’un artiste. C’est aussi une façon d’entretenir tout le système, tout le monde en profite : quand un musée acquiert une œuvre à travers une galerie, c’est profitable pour l’artiste, pour les médias, pour les diffuseurs… et pour la collectivité. Je trouve que c’est essentiel et il n’y a pas assez d’argent qui va dans cette zone d’acquisition. Le gouvernement du Québec a développé des programmes qui consistent à augmenter l’offre : ils subventionnent des artistes pour produire des œuvres, c’est près de 12 millions de dollars par année. Il a créé tout un réseau de centres d’artistes autogérés. Ces centres créent l’offre. Mais ils ne font pas nécessairement la vente des œuvres. Tandis que nous, dans le privé, le gouvernement offre un programme de la SODEC15 d’environ 235 000 $ pour toutes les galeries privées du Québec…

Une seule subvention existe pour les organisations artistiques à but lucratif, mais elle est restrictive et n’a pas été réévaluée depuis le milieu des années 1980. La proposition du président de l’AGAC, porteur du message auprès des autorités institutionnelles, tient compte de la vision à long terme de l’ensemble de cette industrie. La demande déposée au nom de l’AGAC se résume ainsi : doter les musées d’un fonds d’acquisitions de 2 millions de dollars par année pour qu’ils soient en mesure d’acheter des œuvres contemporaines québécoises d’artistes vivants. Artistes et galeristes seront rémunérés et les musées enrichiront et sauvegarderont le patrimoine québécois. Cette mesure pour laquelle Rhéal Olivier Lanthier se bat avec vigueur semble avoir été entendue par le gouvernement. Reste à savoir si celle-ci passera l’étape de la mise en œuvre.

Quant au reste, le dirigeant fait une rétrospection de ses quelques années à l’AGAC :

C’est un engagement exigeant. Je me suis énormément impliqué pour donner, essentiellement, une nouvelle orientation à l’association. L’AGAC est un organisme qui a été fondé en 1985 et qui a connu de meilleurs jours. Lorsque j’en ai pris la direction, ce n’était pas l’association la plus en vue! Mais j’avoue que je suis très fier de ce que l’équipe et le nouveau conseil d’administration ont réussi à mettre en place, la manière dont ils ont su relever les défis qui nous attendaient. Prochainement, au printemps, nous organisons la cinquième édition d’un gros événement. Et nous venons de réaliser le premier gala des arts visuels en décembre dernier. C’est vraiment extraordinaire!

***

Enfin, et malgré la taille des défis quotidiens, Rhéal Olivier Lanthier et François St-Jacques disent croire en cette liberté que confère l’entreprise privée :

Ne pas avoir à fournir des rapports d’activités, moins de paperasse à remplir et plus de temps pour l’action. Il y a des stimuli constants pour un entrepreneur : de ses actions, de sa créativité, de sa capacité à concevoir des projets attrayants dépend sa réussite. Les organismes à but non lucratif risquent la routine : 6 ou 8 expositions par année, choisir des artistes qui y sont liés, tout est déterminé sans grande flexibilité dans une ligne de conduite à suivre. Le défi de croissance n’est pas le même.

Art Mûr s’est enracinée dans l’univers des arts visuels. Les deux entrepreneurs ont non seulement réussi à s’imposer comme acteurs incontournables dans le paysage des galeries d’art commerciales à Montréal, mais également comme intermédiaires des institutions publiques canadiennes, qu’on parle de musées, d’ambassades ou d’écoles d’art. Surtout, l’entreprise continue de croître, se forgeant un horizon aux possibilités ouvertes sur le marché mondial.

Nous sommes des personnes qui aiment voir loin, c’est essentiel pour nous de nous imaginer dans deux ans, dans cinq ans, dans dix ans. C’est un exercice que nous faisons spontanément, régulièrement. Nous entretenons nos rêves, nous mettons en place les structures nécessaires à nos objectifs. Pour l’instant, à court terme, nous allons compléter la façade de l’édifice, pour que l’image de l’entreprise se démarque encore davantage. Puis nous allons nous concentrer sur le développement international, c’est là que nous en sommes : amener nos artistes sur la scène internationale, jouer dans la cour des grands. Une étape à la fois, par les foires, les magazines spécialisés, afin de bâtir un réseau, aussi, auprès des institutions américaines et européennes.

De nombreuses habiletés de gestion sont requises pour le bon fonctionnement d’une galerie d’art privée, notamment en ce qui concerne l’aspect financier. Rhéal Olivier Lanthier partage sa réflexion :

Fonder et diriger une galerie commerciale, c’est un travail pour passionnés, en premier lieu. Mais parallèlement, il y a des restrictions financières réelles, et il faut trouver des moyens pour les dépasser, contourner les obstacles pour réaliser des projets d’envergure qui répondent à l’esthétique recherchée. C’est un étrange équilibre. […] Nous avons ce sentiment de pousser toujours plus loin nos limites, un désir de faire croître un projet dans son ensemble plutôt que de se complaire à enchaîner les expositions sans vision à long terme.

De grandes leçons à retenir.

L'étude de cas complète
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  • Présentation de la galerie Art Mûr – communiqué de presse
  • Mini-portrait des types de galeries d’art au Québec
  • L’AGAC
  • Les galeries d’art commerciales sur l’Île de Montréal et ses quartiers
  • Article de presse
Afin d’acheter l’étude de cas dans son intégralité, rendez-vous à cette adresse de la boutique evalorix
  1. La Galerie Art Mûr est située au 5826, rue Saint-Hubert, à Montréal, soit à deux pas de la station de métro Rosemont, à la lisière nord du Plateau Mont-Royal. Ce quartier résidentiel jouit d’une vie culturelle et artistique dynamique.
  2. Deux étapes ont marqué la production du cas. Une première version a été rédigée en 2010 à partir d’une entrevue accordée aux auteurs par Rhéal Olivier Lanthier, un des deux fondateurs, le 5 août 2009. Une seconde entrevue, avec Rhéal Olivier Lanthier et François St-Jacques, réalisée le 1er février 2012, a permis d’enrichir le cas. Nous remercions les évaluateurs de la RICG dont les commentaires ont été utiles.
  3. Le projet estival « Peinture fraîche », à sa 8e édition en 2012, est une réelle alliance entre Art Mûr et plusieurs universités pancanadiennes qui contribuent à faire découvrir la relève et, peut-être, à créer des partenariats entre la galerie et les artistes. Cette année, 42 étudiants présenteront leurs œuvres.
  4. www.galeriereneblouin.com (2012).
  5. www.pfoac.com (2012)
  6. Jusqu’à récemment, les propriétaires ont pu couvrir les frais d’électricité, de chauffage et une partie des taxes municipales par la location du deuxième étage à de jeunes artistes qui désiraient présenter leur travail de maîtrise ou de fin d’année. Les locations avaient une vocation exclusivement artistique. Par ailleurs, le rez-de-chaussée accueille ponctuellement des événements extérieurs privés comme le lancement d’un livre ou une rencontre de professionnels. Dans ce dernier cas, seul le plancher de la galerie est à louer et l’espace ou l’exposition en cours n’est pas modifié.
  7. www.olgakorpergallery.com (2012) – Très reconnue par le milieu des arts visuels, Olga Korper habite sur les lieux de sa galerie et reçoit chez elle ses clients dans un cadre convivial et chaleureux.
  8. Pour en savoir plus sur l’immeuble Belgo : http://www.laviedejulie.com/2010/09/une-expo-au-belgo.html (2012).
  9. Par exemple, au printemps 2012, six artistes reconnus du milieu se partageaient harmonieusement les trois étages.
  10. www.nadiamyre.com/Nadia_Myre/home.html (2012).
  11. www.callane.com/works.html (2012).
  12. Définition d’opuscule : petit ouvrage, petit livre; du latin opusculum, diminutif de opus « ouvrage, travail ».
  13. http://new.agac.qc.ca/ (2012).
  14.  À Montréal, les maisons de la culture font partie d’ACCÈS CULTURE, un réseau municipal de diffusion culturelle, dont la mission principale est l’accessibilité de tous à la culture. Pour plus de détails, visiter :
    http://www.arrondissement.com/tout-get-document/u3558-vingt-cinq-annees-existence-pour-maisons-culture.
  15.  La Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) est un organisme gouvernemental qui a pour mandat de soutenir la production et la diffusion de la culture québécoise dans le champ des industries culturelles. Source :
    http://www.sodec.gouv.qc.ca/fr/page/route/-1/15.